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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

fascisme, nazisme, mein kampf, duce, caudillo, fuhrer, antisemitisme, referendum mai 2005, pierre bourdieu

L'Insensé du langage

28 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #fascisme, nazisme, mein kampf, duce, caudillo, führer, antisémitisme, referendum mai 2005, pierre bourdieu

Si parler, échanger, converser, est si difficile c’est sans doute parce que les mots ont un pouvoir propre, ils diffèrent de ce que serait un simple véhicule. Une charge émotionnelle intervient d’abord, elle se traduit soit par des gestes ou attitudes, soit par une expression verbale spontanée. La réflexion, lorsqu’elle intervient, ne se produit qu’après.

C’est ainsi que le geste précède la pensée. C’est ainsi de même que l’on en reste souvent au simple arc réflexe stimulus-réponse. D’où l’importance du langage du corps dans la relation de face à face.

Ce préambule pour revenir à une récente Epistole consacrée à la surdité aux évidences, telle que l’accentuation progressive de la dérive libérale nazie du régime dans lequel nous évoluons depuis plus de cinquante ans.

Exprimés sur ce blogue, quelques commentaires aussi judicieux qu’intéressants se sont focalisés sur le point précis des migrations de populations exilées volontaires, en occultant l’énormité provocatrice du propos liminaire. D’autres, directement exprimés, ont cherché à minorer ce qu’il serait effrayant d’admettre en proposant de remplacer l’expression libérale nazie par libérale fasciste. Certes la nuance existe mais avouons qu’elle demeure trop faible pour en décider. Essayons donc d’y voir un peu plus clair.

Alors qu’il le deviendra à la fin par soumission ou mimétisme, le fascisme n’est pas antisémite au départ. Il est fondé sur une opposition viscérale au communisme et une recherche de pureté salvatrice.

Il ne repose pas sur un corps de doctrine idéologique précise. Il  exalte la Nation et l’Etat, et prône un retour aux vertus antiques.

Vision totalitaire de la chose publique, il façonne un Etat à sa mesure et soumet les individus par la terreur et l’endoctrinement.

L’Etat fasciste dépend de la volonté ultime d’un seul : Duce ou Caudillo.

Le nazisme, résolument antisémite dès les origines, célèbre la supériorité absolue de la race germanique. Il se fonde sur une doctrine idéologique clairement exprimée dans Mein Kampf à partir de laquelle un endoctrinement et une propagande efficaces bâtissent un système répressif impitoyable aboutissant à des massacres de masse.[1]

L’Etat nazi soumet les puissances financières industrielles à sa volonté, il instaure le règne de la terreur permanente généralisée. Il s’érige en guide de l’humanité toute entière et commence par asservir les nations voisines.

Il dépend lui aussi de la volonté ultime d’un seul, le Führer.

Parvenus à ce point, on ne peut que constater que les différences de l’un à l’autre tiennent plus à des nuances qu’à des clivages profonds. Fascisme et nazisme célèbrent le mythe du Chef tout puissant, omniscient, détenteur d’un Pouvoir absolu, Guide suprême.

L’un comme l’autre sont exécrables. L’un comme l’autre sont infernaux. Alors, peste ou choléra ? Jouer aux osselets avec les mots ne change pas grand-chose à l’affaire.

Le parallèle avec notre bel aujourd’hui ?

Bien sûr, l’Histoire ne repasse pas les plats, et les analogies stricto sensu sont souvent trompeuses.

- « Les temps ne sont plus les mêmes » dit-on.

- Certes, certes, les costumes ont cédé la place aux uniformes, les méthodes et les moyens ne sont plus tout à fait identiques, la visibilité est atténuée.

- Et puis, nous sommes en République et en Démocratie, que diable ! Et puis la liberté de parole existe.

- Oui oui, tout cela est vrai. Il n’en demeure pas moins...

De nos jours, la propagande et le lavage de cerveaux marchent à plein régime. La presse papier et audio-visuelle, aux mains de quelques potentats, distille à peu de choses près les mêmes « informations », les mêmes slogans, les mêmes injonctions.[2]

Le langage officiel est affadi, neutralisé, réduit à une indigeste bouillie ligneuse, comme le fut la langue du IIIe Reich. Double ou triple langage permanent rendent difficile toute interprétation.

L’idéologie de la soumission à la finance mondialisée, de la dette à rembourser, donne le La à la vie socio-politico-économique. Instrumentalisation de la politique.

La répression contre les exilés cherchant une terre d’accueil bat son plein. Centres de rétention administrative (en fait, camps d’internement) et prisons sont surpeuplés.

Les lois sécuritaires s’empilent, s’enchâssent avec l’état d’urgence devenu monnaie courante. Au nom de la « Sécurité » et sous prétexte du danger terroriste, un processus sournois de limitation des libertés progresse.

La violence d’Etat s’exerce à l’égard de quiconque tente de venir en aide à ceux qui sont traqués.

Expulsions violentes, familles disloquées, décisions arbitraires, brutalités injustifiables, sont dénoncées chaque jour sur les réseaux sociaux.

Les acquis du Droit du travail sont peu à peu abolis, détournés, trahis.

Les suffrages qui ne vont pas dans le bon sens sont considérés comme inconvenants (exemple notoire du referendum sur l’Europe, mai 2005).

Etc.

Le régime de la cinquième République sous lequel nous sommes administrés confère au Chef de la Nation, monarque absolu à la sauce républicaine, le pouvoir suprême de décider seul. Ce pouvoir fortement décrié par l’un de ses prédécesseurs, qui sut en jouir pleinement à son heure, n’a fait que se renforcer au fil du temps.

Finance idéologie dominante broyant tout sur son passage, langue officielle alimentée par des « éléments de langage », formatage des esprits (« mise à disposition du temps de cerveau humain disponible » cf. P. Le Lay, Pdg de TF1, 2004), système policier répressif, rejet de populations, recours à une sacralité de la globalisation, pouvoir absolu d’un seul (donc totalitaire), comment qualifier un tel régime ?

Démocratie participative éclairée, peut-être.

 

 

[1] Sur ce plan, la différenciation totale avec le communisme s’est par la suite révélée plutôt malaisée quant aux méthodes d’asservissement. Petit Père des peuples, Duce, Caudillo, Führer ? Au choix...

[2] Relire Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber 1996.

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