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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

guieot, pompidou, ancien-regime

Passé, présent, futur ?

11 Octobre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Guieot, Pompidou, Ancien-Régime

« Du passé faisons table rase », une niaiserie de la même farine que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Deux pseudo-vérités solidement ancrées au panthéon des idées reçues, indiscutables sottises dont il faudrait purger les fondements de toute discussion pour éviter la garantie de l’échec. Sottises équivalant à la « paille » vouant au rebus une pièce délicate moulée dans un alliage complexe (ce qui se présente assez fréquemment avec les appareillages destinés à l’industrie nucléaire, origine de surcoût faramineux et de délais non métrisables).

Par le biais de notre rapport au temps notre lecture et notre compréhension du monde sont mis en cause. Le décompte du temps n’appartient peut-être qu’aux grammairiens, voire aux historiens, pour lesquels les notions de passé et de futur ont un sens par rapport à un présent immédiat auquel ils se réfèrent. Ils parlent d’objets définis à disséquer, trop souvent fixés dans une boite à papillons. Parmi les historiens, les archéologues fouillent, décapent, révèlent, datent, figent ce qui semble ne plus bouger. Le temps est ainsi souvent réduit à un simple constat suggérant que ce qui ne bouge plus devient intemporel. Il est vrai cependant que l’Histoire accepte des relectures propres à relativiser ce qui semblait situé à jamais. L’espace-temps de l’astrophysique contribue largement aux remises en question des acquis.

Chemin faisant, remarquons que les temps de l’histoire, préhistoire, antiquité, moyen-âge, temps modernes, époque contemporaine, sont essentiellement ceux des angoisses humaines et de croyances tentant d’y répondre.

Œuvrant à l’ombre, les artistes et les poètes saisissent en permanence les pulsations de ce qui en réalité n’a jamais cessé d‘être, et s’est constamment transformé. Ils nous font apparaître combien, indispensable ferment pour la création, la mémoire réfute toute assignation à résidence du fait historicisé. Les trous de la mémoire sont comme un immense terrain vague dans lequel il fait bon rêver pour découvrir des perspectives inattendues.  

Sans cesse le temps rebondit, modifie et transforme. Il révèle que seul le présent existe selon des modalités diverses : présent du passé fruit de mémoire, présent de l’instantané, et présent du futur rejeton de l’imagination.

Ainsi va la vie, qui n’est rien d’autre qu’un présent permanent successif. Le passé n’est ni mort, ni effaçable, il est simplement du présent d’avant, tandis que le futur est un présent qui n’existe pas encore, à accueillir le moment venu.

Ces réflexions trouvent une illustration dans notre présent-présent. Prenons pour exemple la dévolution absolue de notre monde à l’empire de la Finance. Il ne s’agit nullement d’une foucade de nos dirigeants actuels, mais d’un des fondamentaux de l’Histoire contemporaine.

Souvenons-nous de la célèbre formule de François Guizot (1787-1874), ministre libéral-réformateur de la royauté finissante, « Enrichissez-vous par le travail, l’épargne et la probité ». Principal ministre de Louis-Philippe 1er, Guizot élabore en 1842 une Loi sur les chemins de fer  accordant des monopoles et des concessions à long terme au domaine privé.[1] Un réformisme tranquille et un conservatisme « éclairé » sont à l’œuvre.

Les écailles du temps perpétueront de manière très efficace ce présent durable. A tel point que le 13 avril 1966, George Pompidou, premier ministre du général de Gaulle qui prétendait « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille », annonce à la tribune de l’Assemblée nationale de profondes révisions à venir dans les relations avec le monde de la finance et parle développement transfrontalier. Chacun de ses successeurs s’est employé depuis lors à abonder dans la voie indiquée. Aucun n’a dérogé. Depuis Guizot nous suivons la même pente, en dépit de quelques apparences tout juste bonnes à donner le change et à détourner l’attention, comme le font au Music-hall les magiciens adeptes des gestes barrières.

Notre présent procède directement de celui d’avant-hier dont rien de fondamental ne nous sépare, dont l’actualité permanente est soigneusement entretenue par les mentors d’une réforme permanente, gage de la perpétuation de l’existant, seule chose qui importe pour les tenants d’un pouvoir qui jamais ne changea de mains depuis la fin de l’Ancien Régime.

La concordance des temps permet de réaliser à quel point tout demeure en l’état grâce aux évolutions de façade, masques idéaux d’une affligeante réalité.

 

 

[1] Il n’était pas encore question d’autoroutes, d’aéroports, de compteurs Linky, ni de 5 G…

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