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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

hannah arendt

La saison du tourisme culturel

17 Juillet 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #; Culture ; Ministère de la culture, #Hannah Arendt, #Festivals

Nous sommes en été, saison du tourisme culturel tous azimuts.

Livres de l’été, l’été des festivals...

1 -

Culture, un des mots les plus piégés et les plus galvaudés qui soient.

De quoi parle-t-on ?

D’une Culture stable, empreinte de certitudes, soclée sur des siècles, voire des millénaires, dominatrice, arrogante, forte comme une citadelle ? Officielle, établie sur des dogmes, comme les religions ? D’une Culture de la transmission, de la reproduction, de l’académisme, productrice d’icônes pétrifiées, source de domaines réservés et de chasses gardées (ce qui implique évidemment le risque de nécroses) ?

Ou bien

D’une Culture de l’incertitude, nourrie d’instabilité comme d’irrespect ? Donc nécessairement évolutive, marginale, adepte des pas de côté ? Génératrice d’archipels de pensées où la fécondation résulte de transgressions et de découvertes (ce qui entraine évidemment le risque du n’importe quoi) ?

2 -

Un Ministère de la Culture, qui compte des Directions régionales des « affaires culturelles » (Les affaires sont les affaires) peut-il être autre chose qu’un Ministère de la police chargée de régenter son domaine ? Les affaires culturelles sont les affaires, cela va de soi.

Penser à la remarque d’Hannah Arendt pour laquelle la diffusion massique de la culture commercialisée ne peut en rien améliorer le niveau culturel général.

3 -

Piège de l’opposition entre culture populaire et « élitisme », c’est-à-dire entre Culture stable et Culture de l’incertitude.

La culture populaire, populacière, ne peut aller que dans le sens de la facilité et de la démagogique variété (le football et une « grande » exposition se situent au même plan). Elle s’oppose nécessairement à toute création, à toute recherche. Elle industrialise le déjà vu, le déjà connu ; elle fige dans le passé et favorise la censure en entretenant, voire en honorant, la paresse intellectuelle. Seule l’immuable lui convient vraiment.

La culture soit disant élitiste stimule l’esprit en prenant le risque de tentatives dans des voies nouvelles tout en s’appropriant les acquis du passé. Elle ne peut aujourd’hui que s’installer dans la résistance, en marge

4 -.

Au lieu de l’entretien d’un conflit irréductible et bassement électoraliste entre ces deux aspects, les décisionnaires cultureux devraient s’ingénier à favoriser des passages de l’un à l’autre pour que s’établisse une fertilisante communication.

Paul Klee remarquait que la dimension du tableau n’en fait pas la grandeur, il serait temps d’admettre que ce ne sont ni le nombre de spectateurs, ni l’affluence de visiteurs qui font l’intérêt d’un spectacle ou d’une exposition, pas plus que le chiffre des ventes d’un ouvrage. Adopter un tel point de vue serait bouleversant. Le Pouvoir s’y oppose depuis des décennies, quel que soit son coloratur.

5 -

Autre aspect, culture et dépossession progressive : ne pas confondre magasinage d’un vaste savoir et culture, c'est-à-dire constitution patiente de repères personnels, apprentissage du regard, d’une grammaire, d’une langue, mise en mouvement et mobilité mentale.

Et puis, aussi, faire la part de l’indicible.

Syllogisme improbable

L’art est le facteur absolu de la mise en commun et du partage.

Les États renoncent de plus en plus au ferment de la culture.

La barbarie gagne partout du terrain.

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