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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

langage

Pour qui vœux

27 Décembre 2016 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Rituels, #Tradition, #Langage, #Relations sociales

La ritualisation durable du vide, ou de l’affectation, a évidemment de quoi confondre. Il en va de même de l’indigence prétentieuse et agressive des illuminations communales, dérisoires barrières au délabrement social, onéreuses obscénités dispensant de tout effort de pensée, de toute action marquante.

Fin décembre 2013, je publiais un texte d’humeur. Légèrement remanié, il demeure aujourd’hui.

Chaque année à la même époque se reproduit la comédie des vœux lancés à la volée, aussi gratuits que dénués d’intérêt.

Il fut un temps, celui de mon enfance et de ma jeunesse, j’y souscrivais avec application, avec plaisir même. Les papeteries, quelques librairies, regorgeaient de propositions. Choisir des cartes particulières, parfois insolites, composer le texte ad hoc, souvent parfaitement insipide, choisir les destinataires en évitant d’en omettre, procéder aux expéditions, constituaient une occupation singulière. Il s’agissait souvent de se rappeler à quelqu’un que l’on n’avait pas vu l’année écoulée et que ne l’on ne verrait sans doute pas avant longtemps.

 

Avant que les cartes ne devinssent d’usage, il convenait de visiter les personnes concernées. Les cartes de vœux permirent à la fois de se dispenser des visites traditionnelles, comme de l’entretien de relations purement formelles. Elles établirent peu à peu un geste en passant, n’engageant à rien, ménageant toutefois les susceptibilités supposées.

Les correspondants anglophones tiraient en général les premiers, l’usage voulait qu’ils envoyassent des Christmas cards ou des Season greetings que nous recevions avec joie et curiosité peu avant Noël. Je me souviens des guirlandes décoratives que nous composions avec elles. Leur nombre constituait un enjeu.

Pour nous, la coutume était plutôt des Cartes de Nouvel An, à expédier juste après Noël, en veillant à ne surtout pas dépasser la première quinzaine de janvier.

 

Longtemps l’usage s’est perpétué de disposer à la vue des familiers les cartes reçues. Un plateau de commode, un coin de bureau, un manteau de cheminée, constituaient des lieux appropriés à l’exposition. La fierté se nourrissait de la quantité et de la variété disposées.

La formule postale s’est progressivement tarie. Internet y est pour beaucoup avec sa faculté de se substituer au courrier traditionnel, qu’il bouleverse en le renouvelant.

Cet épuisement va sans doute de pair avec une prise de conscience de la vanité de ces échanges ritualisés, souvent aussi creux que banals : le bonheur, la santé, la réussite, « l’inversion » de la courbe du chômage, le « retour de la croissance », et autres fadaises …

 

Autant échanger des cierges auto-inflammables.

Sanctus, sanctus... Credo ergo sum...

Que la tradition se perde n’est sans doute pas un mal en soi, pour autant qu’elle cède à une vérité, à une authenticité, et à une permanence de relations appréciées et régulièrement entretenues.

Laissons aux officiels et aux candidats de tous poils dont c'est le métier le soin de parler pour ne rien dire.

Cadeau respectueux du silence.

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Citation

27 Novembre 2016 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage, #Statistiques, #Sondages, #Discours

(Cf. « Guide de nulle part et d’ailleurs à l’usage du voyageur intrépide en maints lieux imaginaires de la littérature universelle » - Editions du Fanal, 1981, sous la direction de Gianni Guadalupi et Alberto Manguel)

Au royaume de la Sagesse, « au-delà d’un péage où l’on donne aux voyageurs un sac contenant des cartes, des pièces et un livre de règles à observer », se trouvent deux cités remarquables :

- Dictionopolis ou ville des Mots, située au pied des collines de la Confusion, près de la mer du Savoir. Ici sont cultivés tous les mots du monde.

« Une fois par semaine, se tient le grand marché des mots où l’on peut acquérir des lettres au détail pour composer ses propres mots ou échanger des termes hors d’usage. (...) l’Etat garantit que tous les mots vendus ont un sens.

Au cours des banquets royaux, les convives sont invités à mâcher leurs mots. Lors des grandes occasions, on savoure des idées toutes faites.

(...) Selon la loi, il est interdit aux chiens d’aboyer sans compteur, aux citoyens de semer la confusion, de brouiller les cartes ou de mettre les pieds dans le plat. »

- Digitopolis ou ville des Nombres, gouvernée par un Mathémagicien.

« La principale ressource du pays est la production de nombres, extraits des mines, puis polis ou exportés dans le monde entier.

(...) Le voyageur peut tout effacer et recommencer (...) Il est déconseillé de se restaurer à Digitopolis : la fameuse daube à soustraction a pour effet d’augmenter le faim à mesure que l’on s’en repait.»

(Norton Juster, The Phantom Tollbooth, 1962)

En ces temps de préliminaires électoraux, un présent amical conjugué à un hasard malin ont voulu que je tombe sur la mention de ce Péage fantôme, écrit par un architecte écrivain américain.

A savourer comme il se doit.

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Nancy Huston, une parole à considérer

15 Octobre 2016 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage, #Attentats ; Etat d'urgence, #Politique, #; Progrès ; Evolution

L’auteure est célèbre, de petit format le livre, marginal l’éditeur.

L’ensemble mérite l’attention.

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Nancy Huston, Sois belle (48 p.) suivi de Soi fort (51 p.), éditions Parole, 83630 Artignac-sur-Verdon, 12 €.

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Ce double essai reprend deux conférences destinées à tenter de faire « mieux comprendre et accepter les forces et les faiblesses des hommes et des femmes, la part animale qui les assemble et les oppose ainsi que leurs souffrances respectives dans notre monde actuel. »

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Il s’agit avant tout de remarques d’un tel bon sens que leur évidence peut paraître choquante. Rappeler des notions élémentaires totalement enfouies dans la bienpensance des allants de soi solidement établis sur de pseudo certitudes se révèle perturbant, voire répréhensible sans doute pour certains.

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Sois belle

Nancy Huston s’efforce d’enfoncer des portes ouvertes soigneusement dissimulées par les toiles  d’araignée d’une pensée figée.

Elle commence par rappeler haut et fort la réalité animale de nos origines pour insister sur la différence corporelle fondamentale entre femme et homme et ce qu’elle induit en matière de comportements différenciés. L’auteur note au passage que la théorie du genre, qui donne la préférence à l’individu par rapport à l’espèce, nie la continuité biologique humain-règne animal.

La différence de destinée reproductrice avec tout ce qu’elle entraine au plan de la sexualité et du rapport à l’autre est renforcée par l’homonymie entre l’homme en tant qu’espèce et le genre masculin.

L’égalité sociale fondée sur une prétendue égalité biologique est à l’évidence une fausse piste qu’aucune disposition, paritarisme ou autre fadaise, ne saurait justifier.

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Les religions monothéistes ont établi une scission entre moi et mon corps. Pas étonnant, dès lors, que le corps féminin soit devenu une chose à laquelle les hommes réagissent. « ... le corps féminin s’est largement émancipé de ses anciennes servitudes, qu’elles soient sexuelles, procréatrices ou vestimentaires (...) le voilà soumis à des contraintes esthétiques plus régulières, plus impératives, plus anxiogènes qu’autrefois. »

« Théoriquement, notre réussite (comme celle des hommes) ne tient plus qu’à notre compétitivité, à notre volonté, à notre intelligence. Mais du matin au soir, les artefacts de notre culture nous assènent au contraire qu’elle dépend de notre apparence physique. »

L’image du corps est devenue plus importante que la sensation du corps.

Libre l’occidentale et aliénée l’orientale ? Est-ce bien sûr ?

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Sois fort

La féminité n’est pas à prouver, alors que la virilité l’est.

La perpétuation de la vie est l’affaire des femmes. La survie, celle des hommes, chasseurs dont l’armement est une assurance contre la peur. Entre eux, les hommes se sentent forts.

Les guerres sont décidées par des hommes, qui en sont majoritairement les victimes.

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Les humains mâles sont programmés pour la violence, et les femelles préfèrent les mâles agressifs, de nos jours hommes riches et puissants.

Nous constatons que la violence virile a des effets incontrôlables. Après nous avoir longtemps aidés à survivre, la violence et l’agressivité masculines sont devenues contre productives, puisqu’elles deviennent capables de nous anéantir.

La violence physique est déléguée à l’Etat dans l’occident moderne (guerre, police, outils répressifs). Les seules manifestations reconnues acceptables au plan individuel en sont désormais la réussite sociale, l’argent, le pouvoir.

Bien sûr, la violence directe des démunis existe et horrifie (terrorisme). N’oublions pas, ce faisant, notre responsabilité collective dans son émergence. La dévastation du monde et les désastres engendrés sont largement de notre fait.

La barbarie n’est pas inhumaine, elle fait partie de l’histoire de notre espèce.

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La société laïque fait l’impasse sur les problèmes que leur corps pose aux jeunes adultes, alors que les femmes sont habituées à en parler ensemble. Tandis que la sexualité masculine naissante est souvent obsédante. Le foot, les bagnoles, la politique, font écran, et la pornographie trouve le champ libre.

L’idée prévaut que l’homme est un guerrier déchaîné et la femme une chose à orner et à déshabiller (industrie cinématographique, publicité).

Face à ce désarroi, la femme a toujours un recours : devenir mère.

Pour l’homme, devenir père est plutôt affolant (faire face à ses responsabilités).

S’installent alors la rage et la haine d’une société dans laquelle aucun future n’existe. D’où le terrorisme aveugle et suicidaire.

Seule la guerre est en mesure de provoquer des émotions incomparables.

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Que faire pour sortir de ce cauchemar ?

Importance de l’éducation au partage et à la connaissance de l’autre.

Il faudrait « reconnaître comme étant réellement des points faibles certains traits que la domination masculine est parvenue à faire passer pour des signes de valeur. »

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« ... il serait possible de ne plus se barder de fiction manichéennes pour ne pas mourir de peur. (...) contre les excès délirants de violence que nous commettons actuellement contre les causes ultimes des guerres contemporaines – bagarres pour le pétrole, spéculation financière, industries de luxe, monopoles pharmaceutiques, agriculture transgénique, monocultures, abattoirs industriels, armements nucléaires, centrales nucléaires, montres en diamants, manteaux en vison – contre notre arrogante habitude de nous arroger les richesses des autres (...) nous pouvons beaucoup. Beaucoup. Beaucoup plus. »

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DES MOTS ... (amorce de petit glossaire naïf abrégé – suite 1)

1 Décembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage

Admiration

S’en méfier, elle n’est souvent que le fruit d’une trop grande confiance ou de l’ennui.

Argent

Ne raisonner qu’en termes financiers fait rarement du bien aux bénéficiaires de largesses.

Art contemporain

Label couvrant un ensemble de produits jetables provenant d’élevages soigneusement contrôlés.

Les ouvriers de l’industrie culturelle s’appliquent aux recettes éprouvées, rusent, et font semblant d’innover.

Artiste

Être artiste relève de tout autre chose qu’une simple orientation professionnelle.

Aujourd’hui la confusion est soigneusement entretenue par les éleveurs et les maquignons de l’art-dit-contemporain.

Un véritable artiste ne peut pas faire autrement que de prendre le risque d’engager pleinement sa vie dans la voie choisie, quelles qu’en soient les conséquences.

Banlieues

Là où se conjugue la double humiliation de la misère et de la laideur (d’après Albert Camus).

Zones de stockage des rebuts urbains.

Bêtise

Elle n’a aucune limite, tandis que le génie cherche les siennes.

Bonne foi

Produit passe-partout, très souvent invoqué faute d’argument valable disponible.

Une définition satisfaisante en est-elle envisageable ? Quels critères d’évaluation retenir ?

Citoyen

Désigne des personnes auxquelles le Pouvoir fait prendre les vessies pour des lanternes. On parle alors moins de citoyens que d’électeurs. C’est-à-dire de personnes acceptant de se soumettre à des gardes chiourme.

Démocratie

Bobard absolu, fortes ventes dans les magasins de farces et attrapes.

Toujours balbutiant, le mythe d’un pouvoir exercé par le peuple s’est peu à peu diffusé depuis le 19e siècle, comme un immense rideau de fumée. Il a rapidement pris la forme d’un mensonge dont une mise en œuvre parfois chaotique s’est implantée dans certains pays. On parle alors de « démocratie représentative », pour occulter le fait qu’il s’agit en réalité d’oligarchie. N’oublions pas qu’on a même pu parler de « démocratie populaire » et de « dictature du prolétariat ».

L’organisation socio-politique désignée par cette galéjade est plus ou moins la même depuis les origines, sa capacité de mutation et de résistance est considérable.

Écrire

« J’écris pour que les gens continuent à lire. » (Claude Simon à l’occasion d’une interview ?)

Élections

Hallucinogène en vente libre.

Finance

Une manière très répandue de concevoir les choses de la vie.

Qui ne connait d’aristocratie que celle de l’argent, qui se définit uniquement par ses biens, s’en préoccupe exclusivement, en fait l’alpha et l’oméga de ses décisions, ne peut évidemment qu’attirer un mépris sans réserve, voire le dégoût.

Foi et croyances

Des contrepoids, des prothèses.

Gargarismes

Comprimés solubles à l’eau tiède : culturel ; démocratique ; développement durable ; principe de précaution ; autodétermination ; liberté, égalité, fraternité...

Langage politique

Outil de séduction totalement dépassé. Attrape mouches.

Art du non-dire, pour tenter de survivre parmi les morts-vivants.

Langues mortes

Le hollandais, le fabiusien et le solférinien sont les plus récentes.

Lecture

Besoin vital, hygiène essentielle, activité majeure.

Louanges

Laisser dire, il n’y a rien d’autre à faire.

Mensonge

Outil multi usages, manié avec virtuosité par quelques têtes de gondole, vieilles carnes du music-hall politique.

Plus il est répété, plus il est enjolivé, plus il a de chance d’accéder au statut de Vérité révélée.

Moindre mal

En politique, théorie névrotique de l’abandon, de la soumission, de l’aliénation consentie.

Programme de Gouvernement

La lutte contre le chômage, ainsi que celle contre l’évasion fiscale s’apparentent à la construction de la Grande Muraille de Chine : il y a partout des trous.

Révolte

Attitude tout à fait normale, à la stricte mesure de l’homme.

Révolution

Le plus court chemin pour aboutir à la démesure barbare de la terreur.

Silence

Du plein en décharge, tandis que le bruit et le bavardage sont du plein en surcharge.

Théorie de l’évolution

Lénine si tu savais : la Gauche est devenue le Stade suprême du Capitalisme.

Venise

Y aller, pour découvrir ce qui est hors de ce qui est à voir.

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DES MOTS ... (amorce de petit glossaire naïf abrégé)

13 Novembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage

Alternance

Modalité politique permettant la poursuite du même ad aeternum.

Ambition

« Être dans le vent, c’est avoir l’ambition d’une feuille morte. » (Banderole vue au jardin du Luxembourg – Paris)

Anxiogène

L’idée de liberté sans limite favorise la montée des fanatismes.

Barbarie

Commence à notre porte, avec la société du contrôle permanent, et le principe de précaution.

Certitudes

Incertaines certitudes temporaires, qui fragilisent les principes.

Servent à animer le théâtre d’ombres politiques.

Consanguinité

Équivalence absolue entre l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche de tout personnage désireux d’accéder aux marches du pouvoir.

Contresens

La notion de « démocratie représentative » est un prototype de contresens. Dès qu’ils sont élus, les « représentants » font écran. Ils savent, puisqu’élus.

Le peuple qu’ils incarnent n’a qu’à bien se tenir, sinon ils s’emploieront à faire « maintenir l’ordre républicain » dont ils sont dépositaires.

Croyances

Succédané de potion magique fait d’un mélange de pensées jetables, compactes, ensachées, prêtes à l’emploi.

Culture

Mot valise dont on ne connait jamais le contenu.

Office de la Culture, Ministère de la Culture, Culture pour tous : mensonges permanents.

Marchandise frelatée, leurre commode.

Élections

Accepter naïvement de mettre en place une élite à laquelle on s’assujetti des années durant en s’abstenant de tout contrôle.

Étranger

Cul de sac de l’Europe, terre d’immigration et d’invasion, la France est à l’évidence d’origine étrangère.

Frontière

Manière de non-sens.

Limite imaginaire instaurée pour faire face à l’ennemi.

Graffiti

« Si Dieu existe, j’espère qu’il a une escuse. » (vu à Marseille)

Humour

Tentative de revanche sur le mystère de la vie.

Intérêt général

- Qui en décide ?

- Les « représentants » du peuple ! Ça va de soi !

« Sous couleur de démocratie, de pluralité, de tolérance et de bien-être, les autorités politiques inféodées aux pouvoirs marchands, ont édifié un système totalitaire sans nul autre pareil. » (Pier Paolo Pasolini)

International

- Inter-national, bien sûr ?

- Vous plaisantez, j’espère !

Marché de l’Art

Imposture développée en moyen de pression (lobbying) sur les pouvoirs publics par des bandes organisées concurrentes, attachées au développement d’une spéculation financière fondée sur le négoce d’objets sans valeur, et probablement le recyclage d’argent sale.

Occasion de pratiquer l’élevage d’artistes labellisés voués au néo-académisme officiel.

Méchanceté

Un désir de bonheur initialement contrarié.

Moderne

Contient mode.

Présent absolu, sans futur, ni passé.

Mort

Les religions parlent à la fois de la mort et de l’immortalité.

Elles voudraient nous rendre moins mortels pour mieux nous soumettre.

Mutation

Passage rapide d’une appartenance professionnelle (la classe ouvrière, les métallos...) à une appartenance géographique (les jeunes racailles des cités, les immigrés).

Paradoxe 1

Dans ses propos comme dans ses actes, dans ses manières et sa démarche, le Président Hollande a un côté très... gauche.

Paradoxe 2

L’eau met des centaines d’années à transiter du sommet des montagnes aux sources minérales.

Sitôt mise en bouteille, on décide d’une date limite pour sa consommation.

Profession de foi

« In Cod we trust. » (lu en Norvège, dans une maison de pêcheurs)

Question

« C’est une très bonne question, je ne voudrais pas la gâcher par une réponse. » (John Cage, Silence)

Regard

« C’est au-dedans de soi qu’il faut regarder le dehors. » (Victor Hugo, Choses vues)

Sacré

Inaccessible, le sacré nous dépasse, et pourtant nous désirons l’expliquer, sinon l’atteindre. Voici pourquoi le mystère de la vie pousse à l’invention de dieux.

Manipuler la vie devient aujourd’hui possible, l’homme se situe dès lors dans la proximité des dieux. Le sacré disparait.

Sondages

- Que pensez-vous quand vous pensez ceci ou cela ?

- Et si par hasard je ne pense pas ceci ou cela ?

- Dans ce cas, le sondage n’a plus lieu d’être.

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De la banalité : Parler, souvent ne veut rien dire

28 Juillet 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage, #Convention, #Silence

Certains épisodes de la vie servent de révélateur. Ils coagulent impressions et ressentis avec une incroyable brusquerie. Rien de tel que le franchissement par un proche de la ligne d’horizon, qui le fait passer du regard au souvenir. L’infini du temps de la disparition se vit à l’immédiat.

Ce phénomène contradictoire rencontre le brusque changement d’état d’un fluide se transformant en solide. Mutation si rapide qu’elle ne laisse que le temps du constat. Le chaos précédent se fige tout à coup, la mue s’impose le temps d’un éclair. « L’éclair illumine toute chose », dès lors qu’il a crevé la nuit noire, le souvenir de l’entre-aperçu se fait premier plan occultant toute autre dimension.

Ce qui était n’est plus, ce qui au mieux était confusément envisageable devient évidence bouleversante. Cette affaire individuelle inopinée déroute aussi bien qui en est le sujet, que tous autres, perdus n’y comprenant rien, ignorants ce surprenant avatar inconcevable parce que su mais non prévisible. Pris au dépourvu, au lieu de se fier au silence, ils s’accrochent généralement aux bouées d’une parole supposée salvatrice alors qu’elle ne témoigne que d’un terrifiant désarroi, d’un absolu dénuement. Les mots les plus convenus passent à portée et s’agrègent aussitôt. Brochettes miséreuses, garnies de clichés, poncifs, lapalissades, platitudes, saupoudrés de conformisme agrémenté d’une bonne pincée de pauvreté langagière.

Que pourraient des mots face à l’immensité de l’inconcevable ?

S’entassent alors les condoléances, le nécessaire temps du deuil, le chagrin, la compréhension pimentée d’évocations de situations analogues, la compassion, si esthétique, les propositions d’aide, instantanément sincères mais sans objet, l’amitié et l’affection, l’une et l’autre jamais sollicitées mais énoncées sans aucune idée de suite, ainsi que le courage, comme si rencontrer une situation incontournable relevait de cette catégorie. Des mots mal enchaînés succèdent aux mots qui engendrent d’autres mots toujours aussi dénués de sens. Poupées russes alignées sur les étagères de la pensée en tube.

Parfois, d’autres tentent une diversion. Ils abondent des sujets courants, comme si rien n’était. Louable effort logorrhéique dont personne n’est dupe. Banalité inopérante, totalement inutile.

Les mots font obstacle, ils réduisent, catégorisent, enferment, polluent, s’opposent à tout intérêt. Ils désespèrent l’écoute. Ils transhument.

Parler, alors, sépare gravement.

A l’indicible ne pourraient tenter de correspondre que silence (habité), parfois musique, ou nuances colorées.

Bénéfique fulgurance de l’intransigeance !

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