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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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Merci à Madame de Sévigné

22 Septembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Madame de Sévigné, Versailles, FRAC PACA, Marcel Duchamp, Jack Lang, DRAC Ministère Culture, Jeff Koons, Art Contemporain, La Croix quotidien, Cristof Yvoré, Galerie Zeno X, Manet, Domenico Gnoli

« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie (…)  une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde (…) Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Hé bien ! Il faut donc vous la dire : on peut voir de la peinture figurative exposée aux murs d’un FRAC ! Et cela vient d’avoir lieu à Marseille, mais va bientôt se reproduire à Clermont-Ferrand. »

(Madame de Sévigné, à très peu près)

 

A partir des années 1970, nous commençâmes à percevoir les effets de l’opposition peinture/modernité. Peinture considérée comme agonisante opposée à une modernité galopante, prête à tous les extrémismes pour occuper la totalité du terrain. La peinture tenta un sursaut dans les années 1980, avant d’être expulsée de la contemporanéité depuis les années 1990.

De Marcel Duchamp proclamant tout est art, à Jack Lang pour lequel tout est culture, les dégâts du n’importe quoi sont considérables, public sidéré et désorienté, artistes d’élevage industriel tendant leur mangeoire, marché de l’art en capilotade, artistes persistant dans leur engagement, ignorés, voire méprisés car estimés ringards et parfois jugés nauséabonds

Le Ministère de la Culture et ses pseudopodes DRAC et FRAC sont le fer de lance de cette attaque en règle, puissamment relayée par quelques mécènes vedettes, collectionneurs et créateurs  de Fondations largement médiatisées. Il s’agit en fait du commerce d’objets inutiles et incertains tels que, notamment, l’installation d’un monumental objet sexuel Place Vendôme, les encombrantes tulipes de Jeff Koons, ou bien la très délicate présentation du Vagin de la Reine dans le parc du château de Versailles. On appelle Art Contemporain (A.C. pour les initiés) ces interventions douteuses, et cela fait l’objet d’une promotion effrénée.

 

(Un récent article paru dans le quotidien La Croix présente très clairement l’état des lieux aujourd’hui. Il figure en annexe à ce papier.)

 

Cependant, préfiguration d’une évolution, aberration ou simple anecdote, deux FRAC accueillent la peinture peinture d’un peintre figuratif français disparu en 2013, à 46 ans seulement. Saluons au passage cette heureuse initiative, quel qu’en soit le motif.

 

Cristof Yvoré travaillait à Marseille, soutenu par la prestigieuse Galerie Zeno X, à Anvers, quasi ignoré en France, mais présenté en Allemagne (Berlin), en Italie (Gênes), aux Etats-Unis (Los Angeles) et aussi en Chine (Pékin).

(Pour les images de son travail se reporter au site de la Galerie Zeno X, ou à celui du FRAC PACA)

Il s’agit d’un travail nourri de l’histoire de la peinture, résolument en marge de la mode et des institutions. La question « que signifie être peintre aujourd’hui ?» est sous-jacente. Aucune autre réponse n’est proposée que la nécessité de l’opiniâtreté et de l’insoumission. Passéisme ? Certainement pas, poursuite d’un cheminement à la limite de la schématisation de l’abstraction, dépassée au moment de l’exécution de l’œuvre.

Matières épaisses, souvent, appliquées avec rapidité, parfois avec désinvolture, recherche de la lumière, travail sur les contrastes et le clair-obscur. Détails d’espaces domestiques saisis de très près, pots et évocations de fleurs brossés avec de grandes libertés formelles, audaces des compositions, distorsions, asymétries, débordements du cadre, le bancal, l’échec apparent, deviennent source de succès. La palette de gris sourds, de verts profonds, de noirs, pourrait renvoyer à Manet. Le choix des sujets, quoique différemment traités, pourrait faire penser à Domenico Gnoli. Parvenir à donner une singularité picturale à la banalité semble un enjeu. Nous côtoyons un travail sur la pauvreté, faire quelque chose de ce qui n’est rien.

La peinture est plus forte que ce qu’elle représente.

Plaisir intense de la découverte d’un artiste véritable revendiquant sa singularité. Plaisir également de constater que la peinture peinture est loin d’être morte et qu’il convient d’aller sans cesse à sa rencontre. Celle-ci pouvant heureusement se produire dans des lieux inattendus.

 

 

ANNEXE

La Croix, Mercredi 18 septembre 2019 : Des peintres figuratifs français sacrifiés

Cécile Guilbert

 

Né en 1934, rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv, le grand peintre et pastelliste Sam Szafran vient de mourir et je ne peux m’empêcher de penser qu’avec lui disparaît un autre représentant de cette génération d’artistes sacrifiée par nos grands manitous culturels et par nos plus éminents musées. Car s’il n’avait rencontré vers 30 ans le galeriste Claude Bernard et obtenu sur le tard une certaine reconnaissance en Suisse grâce à la Fondation Pierre-Gianadda, nul doute que l’auteur des admirables Ateliers, Imprimeries et autres Escaliers serait mort de faim. Tout comme l’immense Vladimir Velickovic (1935-2019), peintre et dessinateur français qui, bien que membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2006, décoré de l’ordre de la Légion d’honneur comme de celui des Arts et des Lettres, n’eut jamais les honneurs d’une rétrospective dans un grand musée parisien. Pour quelles raisons ces institutions organisent-elles des expos monstres de grands peintres du passé – Vélasquez et Vermeer hier, Bacon aujourd’hui et bientôt Vinci et Le Greco – mais répugnent à honorer leurs contemporains ?

Longtemps j’ai cru qu’il fallait être mort et rangé dans une case de l’histoire de l’art pour être enfin reconnu mais c’est faux. Prenez l’émouvant et sensible Jean-Pierre Pincemin (1944-2005), peintre et sculpteur français sans doute l’un des plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Avant sa disparition, de maigres expositions à Sens, Clermont-Ferrand, Airaines. Depuis ? Quelques-unes à Roubaix, Orléans, Issoudun, Céret. Le même phénomène symptomatique se constate avec son puissant homologue Paul Rebeyrolle (1926-2005), expressionniste passé à la « nouvelle figuration » dont l’œuvre commentée par Sartre et Foucault est aussi méconnue du grand public que délaissée par les mastodontes institutionnels. Avant sa mort ? Des expos comptables sur les doigts d’une main montées au Grand Palais en 1979, à Charleville-Mézières et à la ­Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence. Après ? Chambord, Eymoutiers, Saint-Claude – fermez le ban.

Attention, je ne minimise pas l’importance d’exposer en régions, où pullulent centres d’art et musées de qualité où l’on peut voir de splendides expos parfois supérieures en qualité à certaines manifestations de la capitale. Non, je demande simplement pourquoi ni le Musée national d’art moderne, ni le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, ni le Centre Pompidou ou le Grand Palais – seuls lieux aptes à établir la renommée internationale d’un artiste et à influencer sa cote – n’ont jugé bon d’exposer non plus Gilles Aillaud (1928-2005) ou Charles Matton (1931-2008). Est-ce parce que la peinture ne saurait appartenir à la sacro-sainte (et vache sacrée) confrérie de l’art contemporain ? C’est idiot quand on sait qu’Anselm Kiefer ou Miguel Barcelo sont distingués comme ils le méritent. Est-ce alors (et là on ose à peine le penser) parce qu’ils sont français ? On me répondra, et on aura raison, que Pierre Soulages a eu pour ses 90 ans, en 2009 à Beaubourg, la plus grande rétrospective jamais consacrée à un artiste vivant et qu’il en aura une autre à la fin de cette année au Louvre pour son centenaire.

Faut-il comprendre que c’est la figuration « nouvelle » ou « narrative » qui pose problème ? Recouper les réponses à toutes ces questions qui fâchent prouve que c’est bien la peinture figurative française qui coince – et j’inclus ici Cremonini (1925-2010) et Arroyo (1937-2018) installés de longue date à Paris. Pourquoi ? S’en affligeant, Jean Clair laisse entrevoir un fragment d’explication en écrivant dans son récent Terre natale que « l’art figuratif est l’art de la croyance ». Est-ce à dire – même en laissant de côté la question religieuse – que nos décideurs culturels ne croient plus à rien sinon au concept, à savoir, selon Jean Clair, « le même motif, le même geste, le même ton, le même graffite, la rayure de Buren, le coup de brosse de Soulages, le chien de Jeff Koons, l’oiseau tricoté d’Annette Messager, l’animal tranché de Damien Hirst, le monochrome de Reinhardt… Des stéréotypes comme, dans les âges classiques, le dessin piqueté qu’on passait à la ponce pour être reproduit à l’identique, et qu’on appelait pour cela un “poncif” » ? C’est infiniment triste et révoltant, rageant et scandaleux pour tous ces grands peintres qui n’ont pas eu la chance et le bonheur de vivre jusqu’à 100 ans mais qui peut-être l’auraient pu en étant mieux traités, mieux aimés, mieux exposés, qui sait ? Encore une question qui fâche.

 

(article transmis par un peintre présentant les qualités requises pour ajouter son nom aux artistes sacrifiés par les apparatchiks)

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