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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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"Oh Bonne-Maire !"

14 Février 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marseille, Municipales mars 2020, Christine Breton, JC Gaudin, M Vassal

 

Bien connue des milieux artistique et culturel de Marseille, Christine Breton, conservateur honoraire du patrimoine et docteur en histoire, arpente les espaces de la ville, plus particulièrement ses quartiers nord, depuis des années. Elle s‘efforce d’en écrire une histoire renversée susceptible de restituer les savoirs occultés des délaissés méprisés ainsi que la permanence des traditions orales. Cela donne lieu à des récits globaux où passé présent s’entremêlent, non sans quelque difficulté pour le lecteur parfois appelé à jongler avec des références polymorphes. Quelque chose de l’ordre du plaisir propre au vagabondage de l’oralité persille l’exercice, jusqu’à frôler le poétique.

Les éditions Commune viennent de publier son plus récent apport : Oh Bonne-Maire ! [1] Celui-ci mérite lecture et relecture pour en exprimer tout le suc. 

Je me contenterai d’en extraire quelques citations à partir desquelles chacun pourra composer sa propre mosaïque. Ces citations sont cueillies comme on choisit les coraux d’oursins de la côte Bleue par une belle journée de février.

Présentations

Je suis Marseille et je ne suis pas une ville,

je m’adresse à vous qui vivez là en 2020

Vos 25 ans de maire indigne perpétuent ces effondrements muets,

ce peuple démoli.

L’héritière de votre maire perpétue déjà ces vides inhospitaliers

en expulsions, chambres d’hôtels ou résidences fermées.

… 8 mairies de secteurs, sans pouvoir.

je suis une étendue nostalgique de son littoral et de son delta,

disparus sous la mer quand le niveau des eaux est monté de 20 mètres…

Ça se compte en million d’années !

Dans les vides de temps, dans les vides de ville, gît le vide de maire.

Oh, bonne mère !

Au travers d’une déambulation trans historique nous sommes amenés à saisir combien le passé influence un présent diablement reproductif.

Récit d’effondrement

La vie quotidienne dans la Grande Bibliothèque comme dans les musées municipaux comprend la mort par sabotage lent. Elle subit l’action culturelle « Matuvu ».

Tout devenait sécuritaire. (…) Un renversement qu’on ne voit pas venir, dont on a le lourd pressentiment dans un « savoir non encore conscient », écrivait Ernst Bloch en 1926.

(…) Naufrage du sens et dès-institution de l’usage public, seules restent les façades et les ruines d’espaces symboliques qui autrefois fondaient la Ville et ses citoyens.

Récit communard

… notre vieux statut médiéval, conservé jusqu’à la Révolution.

J’incarne ces temps européens de bascule et de paradoxes.

Ils agissent encore quand vous dites Marseille.

(Avec Louis XIV) le beau triangle maritime tendu vers les lointains devient alors une ville carrée, idiote, un embellissement répressif.

(…) A Marseille, toute l’architecture gardant les traces artistiques de la Bonne Ville (médiévale) a été détruite par les édiles. (…) Vous n’avez aujourd’hui qu’une ennuyeuse ville commerciale   néo-bourgeoise à offrir aux touristes.

Marseille, un vide de ville, un vide de maire

… au matin du 5 (novembre 2018) une maison de la pente de Noailles, ou plutôt une ruine volontairement fabriquée par les humains a décidé d’en finir avec elle-même.  Elle gisait en tas, entraînant la maison voisine et avec elle huit humains.

(…) Tout le peuple de la ruine avait décidé d’arrêter le mensonge de façade. Il ne voulait plus faire semblant d’être une maison. (…) les murs ont compris avant les humains. (…) l’étendue du désastre administratif s’est vue.

(…) C’est ainsi que s'emboîtent deux réalités invraisemblables : le vide de ville instituée et le vide de maire pour la gouverner.

(…) Il y avait les locations de logements fragmentés, les habitants sous pression foncière, la consommation et le décor pour touristes, parfois appelé centre ville.

(…) Un spectacle terrible par le nombre et par la méthode mensongère utilisée pendant 25 ans.

(…) l’urgence inventée pour ne pas faire…

 

Il s’agirait donc aujourd’hui, demain matin, d’élire un maire ayant le courage d’attaquer le mal à la racine. Un maire qui soit autre chose qu’un ou une Vassal, redoutable copié collé de son mentor. Un maire et une équipe davantage préoccupés du devenir de la cité et de sa métropole que de leurs carrières personnelles.

Est-ce si utopique que ça ?[2]

 

 

[1] Oh Bonne-Maire ! « Récit électoral » de Christine Breton, éditions commune, 93 La Canebière Marseille, janvier 2020 – 2 €

[2] Rappel : Rue d’Aubagne – Récit d’une rupture – Karine Bonjour, éd. Parenthèses 2019

 
"Oh Bonne-Maire !"
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