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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

marseille

Au MuCem, une exposition Picasso

8 Mai 2016 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Picasso, #MuCem, #Marseille

Sous prétexte d’art et traditions populaires. Foutaise.

Beaucoup de choses. Du moment que c’est attribuable au Maître...

La signature attire la foule, comme n’importe quelle grande marque.

Succès commercial quasi garanti. Picasso, Genet, la saison sera bonne sans doute à Marseille. Pourquoi se montrer exigeant si ça marche comme ça ?

Des grumeaux dans les salles, circulation difficile, bien peu d’endroits où s’asseoir.

Picasso, quel culot ! Il ose et il ferme les portes derrière lui. Vlan !

Des vidéos, Picasso se met en scène, quoi qu’il fasse c’est bon pour la postérité. Là où l’icône a posé le doigt...

Il me semble plutôt desservi. La quantité l’emporte. Beaucoup de mineures. Surtout du bavardage.

Rien remarqué d’émouvant, alors qu’ailleurs dans l’œuvre...

Désagréable sentiment de désintérêt. Connu, trop connu ? Dommage.

Une exposition superflue ?

Reste le MuCem, plaisir inassouvi de la promenade.

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"Il faut cultiver notre jardin" - Voltaire

11 Mai 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Voltaire ; Ardèche ; Luberon ;, #Marseille

Noël 2014.

Face à cette montagne ardéchoise piquetée de hameaux, la question des origines s’impose. La seule qui vaille sans doute en ce moment, en ce lieu.

D’où venaient-ils, qui étaient-ils, ceux qui les premiers bâtirent, ceux qui nous précédèrent en ces parages ? Mais aussi qui sommes-nous, nous qui avons entrepris ce retour au désert, passée la mi-temps probable de notre vie ?

1975, mon choix du Grand Luberon demeuré alors le plus sauvage ; 2014, un neveu, son choix de l’Ardèche profonde.

A chaque fois un balcon sur la montagne. Alors que le paysage semble fini, il s’ouvre le plus largement à l’imaginaire. Le monde n’est pas limité puisqu’il y a quelque chose à découvrir au-delà de la ligne de crêtes. L’horizon n’est jamais une extrémité.

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Ardèche, Luberon, les dragons du Roy chassèrent sans merci les parpaillots infâmes. Terres de résistance et d’affirmation de soi. Farouches et déterminés, leurs traces affleurent partout. Ils demeurent, ils se perpétuent ; leurs bourreaux ne sont plus que vague souvenir.

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Deux pays coexistent, celui des médias, l’officiel, et celui du plus lointain.

A celui-ci ne parviennent que des rumeurs. Là on prête l’oreille, attentif cependant au cours des saisons, aux variations de climat. On lit couramment autre chose. L’anecdote y a peu de place.

Les plis du terrain, obstacles révérés, retardent la modernité dévastatrice.

Liaisons autoroutières, pistes d’envol, usures précoces programmées, tout cela est su, parfois expérimenté, toujours tenu à distance.

Juste ce qu’il faut pour entretenir la rudesse du véritable.

Un retour à des sources fantasmées, d’autant plus nécessaires qu’embrumées.

A la recherche de la beauté simple des choses élémentaires.

Vitalité radicale du dépouillement fruit de la distance.

Il faudrait toujours trouver un bout du monde pour s’établir au plus près de soi.

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Déjà préalable, un long détour par la campagne normande, plaisir du jardinage, des plantations, de la nature véritable, celle qui exige des savoir-faire simples et décisifs, travaux manuels sans recours, ceux dont mon grand-père et un oncle maternels me firent le témoin attentif de mon enfance puis de ma jeunesse. Souvenirs latents à l’affût d’une occasion pour resurgir. Régal de la fatigue physique et de l’accomplissement de gestes élémentaires si nécessaires à un équilibre. Gestes issus d’un amont immémorial, aussi imprécis que fascinant.

Quoi de plus navrant qu’un individu tristement emprunté ?

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Vint ensuite le Luberon et la bienfaisante explosion de ses découvertes. Des bouffées d’oxygène permettant de se tenir à distance raisonnable de l’habituel commun.

Au pays d’Apt, la route joue à saute-colline, elle lorgne la Voie Domitienne et ses Bégudes. Hannibal et ses éléphants, César Jules et ses légions, ont tutoyé ces pentes.

Une « Maison d’art avec paysage », des allées et venues d’amis artistes, expositions, lectures, musique ; en contre-bas un jardin, sorte de porte ouverte sur la vie et la création. Disponibilité à ce qui se présente, la joie simple et profonde de parvenir à s’offrir sa propre vie.

Jardiner, c’est comme écrire, qui est comme peindre.

Semer, planter, biffer, élaguer, greffer, déplacer, replanter, arracher, protéger, entretenir, conserver.

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Puis Marseille. La ville sans nom, la non ville, la ville patchwork, la ville autre monde. Mer, vent, soleil, rochers, collines, chaque soir les oiseaux jouent avec la lumière.

Les rocailles qui enserrent la ville, la tiennent à l’écart, et l’orientent vers le large, incitent au vagabondage des idées.

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Printemps 2015.

La terrasse requiert quelques soins. Notes anciennes oubliées et retrouvées dans un dossier poussiéreux, les bacs laissés à eux-mêmes fécondent des surprises. Les reprendre, relire leur fouillis, découvrir, nettoyer, barrer, biffer, compléter, modifier pour questionner le regard. Il y a à faire, beaucoup à faire.

Quelque chose s’accomplit. J’ose reprendre le jardinage de mes délaissés. L’horizon se déplace légèrement.

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Marseille, une image différente

7 Décembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marseille

Cette ville n’est que villages, à visiter patiemment, à deviner, à déguster. Ses enclaves de silence s'additionnent et se savourent, qu’elles soient calanque, jardin ou parc.

La nature est présente : collines et rochers, mer, plages discrètes, vent du large, oiseaux de mer. Contrainte par la montagne, la cité affronte la mer. Des goélands moqueurs, gabians cousins du mythique Jonathan, survolent les parages. D'un point haut, posés l'instant d'un regard souverain, on entend leurs rires, qui se mêlent à ceux des enfants.

Cette ville si pauvre procède d'un lointain passé dont elle a toujours englouti les traces, elle n'offre que très peu de vestiges. Le souvenir n’est pas son fort. De longue date elle a digéré et réemployé son patrimoine, les monuments ne comptent pas ici. Point de passages, séjour de marchands, lieu d’échanges et de mixité, elle n'a jamais cessé de s'édifier.

Aux encoignures croissent les petites vivaces, à l'abri du regard. Humbles, elles fleurissent le bitume. Laiteron, pariétaire, fausse camomille, pied de pigeon, figuier, misère, lierre, chrysanthème inodore sont quelques-uns de leurs noms.

Comme les dents d'un peigne fin ordonnant les allées et venues, les ruelles voisines, sources jamais taries, drainent le quartier Plaine-Cours Julien et abreuvent l'espace d'une faune colorée, cosmopolite. On se côtoie, on se mêle. Cabotage urbain, chaque terrasse est un ponton. On y accoste un moment, pour se détendre, pour regarder, pour rien, pour être simplement bien, pour repartir bientôt, stimulé.

Passé le surprenant Vallon des Auffes, l’anse de la Pointe rouge abrite une plage très populaire. Il fait bon s’y rendre en fin de journée pour contempler le coucher du soleil bien loin au large. Des couples et des familles sont là. Les enfants s’ébattent, courent, sautent, rient, remuent sable et eau. Parfois un ballon s’égare, on sourit. Le jour décline, des nageurs profitent des derniers moments, des embarcations légères glissent tranquilles. Au loin des navires, deux ou trois, s’acheminent vers le port ou en sortent. D’où viennent-ils, où vont-ils, Maghreb, Corse, ailleurs ?

Le château d’If et les îles du Frioul poussent délicatement leurs premiers feux tandis que l’Estaque enfile son collier de lumières orangées. Notre Dame de la Garde luit, indifférente et lointaine au faîte de son rocher.

Existe-t-il quelque autre endroit en France où l’on puisse dîner en famille à deux pas des premières vagues ?

Nous sommes à Marseille dans le huitième arrondissement. Nous sommes aussi bien en Inde du Sud quelque part vers Trivandrum, là où les gens se rendent pour célébrer le cosmos, pour goûter l’instant, et ressentir un bien-être collectif léger et rassurant.

L’agitation du monde est marginale, presque oubliée. Ici se trouve un territoire humain hors du temps et de l’espace. Nous touchons à la simplicité de l’évidence. Rentrer chez soi en longeant la corniche, goûter la fraîche tiédeur de la brise nocturne, instants réparateurs. Marseille n’est décidément pas une ville.

La mémoire lui importe-t-elle ? Elle se délecte d’un style de vie qui la fait unique depuis les origines.

On devient marseillais sitôt qu’on y arrive ou bien on décampe sans demander son reste.

Partout des tentatives, des espoirs, des projets, des énergies et des frustrations, jamais rien d’abouti. Ainsi va la ville sans souvenir, qui fut un temps « Ville sans nom », digérant sans retenue les traces d’un amont dont elle se repaît, riche d’ambiances colorées, toujours prête à s’inventer, immuable, grouillante d’une incroyable diversité. Ville de coexistences, de rencontres, ville de proximité, ville d’étrangeté totale. Ville de contrastes et d’excès où le tohu-bohu et l’incivilité côtoient sans cesse silence et délicatesse inattendus.

En d’autres lieux on contemple le paysage, ici c’est lui qui nous irrigue, qui nous emplit comme le fait une peinture.

Le bleu du ciel est par-dessus les toits, avec le regard, avec les sourires.

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