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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

noam chomsky, retraites, duree du travail, dispositifs securitaires,, privatisation, baccalaureat, sondages d'opinion, publicite

Manipulation politique et conditionnement délibéré

18 Novembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Noam Chomsky, retraites, durée du travail, dispositifs sécuritaires,, privatisation, baccalauréat, sondages d'opinion, publicité

 

 

Cet article est rédigé à partir de données qu’un lecteur assidu m’a aimablement transmises.

Noam Chomsky,  professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) où il a enseigné pendant toute sa carrière, s’est surtout fait connaître, à la fois aux Etats-Unis et à l’étranger, par ses prises de position et ses analyses critiques.

Il a élaboré une liste de « Dix Stratégies de Manipulation » utilisées pr le Pouvoir en place, et couramment relayées par les médias. Ces stratégies sont recensées et brièvement commentées ci-dessous.

En prendre connaissance pour en tenir compte parait indispensable à tout esprit soucieux d’un minimum de lucidité sur le fonctionnement de la démocratie représentative.

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique.

« Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser…»

(Le foot, les jeux olympiques, les émissions sportives en général, les variétés, les journaux télévisés, les pseudo débats, l’exploitation démesurée d’événements tels que le décès de Johny ou celui de Chirac, etc…)

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

On crée d’abord un problème, une «situation» prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. 

(Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou provoquer des dégradations, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires, quitte à malmener la liberté et l’Etat de droit.

Ou bien, susciter et entretenir une crise économique pour faire accepter l’austérité comme un mal nécessaire. Ou encore organiser l’appauvrissement d’un service public pour en justifier la privatisation.)

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

(Aujourd’hui, baisse des retraites et allongement de la durée du travail.)

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme douloureuse mais nécessaire, sans alternative, en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un effort immédiat. Le public a toujours tendance à espérer que tout ira mieux demain et que le sacrifice demandé pourra être évité.

Cela laisse du temps pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation, donc passivement,  lorsque le moment sera venu.

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton infantilisant, comme si le destinataire était un quasi débile mental. Plus on cherche à tromper le spectateur, plus on adopte un ton infantilisant. 

« Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans». 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements conformes à la volonté du Pouvoir en place.

(Entretien de la peur : mise en place de dispositifs sécuritaires voyants ; appel présidentiel à la vigilance, instauration d’une suspicion généralisée très orientée. Exploitation maximale des scènes de violence imputables aux protestataires, et camouflage de la violence institutionnelle niée ou présentée comme légitime défense du régime existant. Priorité absolue donnée au fait divers.)

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. »

(Le BAC est bradé et ne signifie plus grand-chose. 80 % des élèves des universités ou des grandes écoles sont issus des classes moyenne ou supérieure capables d’assurer un soutien efficace à leurs enfants. On organise le silence radio et une procédure informatique confuse à propos de l’organisation du referendum relatif à la privatisation de l’aéroport de Paris.)

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver attractif le fait d’être ignorant, vulgaire, et inculte. Promotion de « vedettes » et «animateurs » emblématiques sur ce plan (Johnny, Nabila, starification des joueurs de football…).

(On crée de nouvelles modes dégradantes : tenues négligées, chaussures délassées, pantalons avachis et/ou déchirés, etc… Influence considérable de certaines émissions TV particulièrement ineptes.)

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est l’unique responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts.  Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto dévalue et culpabilise, ce qui  engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Donc la tranquillité assurée pour le Pouvoir.

(Si vous êtes au chômage c’est que vous manquez de formation ou de capacité d’adaptation : Postulez  à un stage de réinsertion, et tout ira mieux).

 10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. 

Grâce à la biologie, la neurobiologie, la psychologie appliquée, et l’informatique, le «système» est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physique et psychologique. 

Cela signifie que dans la majorité des cas, l’Etat détient un très grand pouvoir de contrôle sur les individus, leurs comportements, et leurs pratiques. La surveillance devient l’alpha et l’oméga de la vie sociale.

(Les dirigeants politiques utilisent et rétribuent largement des instituts de sondages d’opinion ou de grandes sociétés de publicité. Ils utilisent les résultats comme un matraquage permanent, véritable formatage des esprits. Les sondages figurent désormais parmi les armes les plus efficaces d’un pouvoir de nature dictatoriale.)

 

(D’après Noam Chomsky, Armes silencieuses pour guerres tranquilles)

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