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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

pascal ; j-b pontalis ; viktor klemperer ; socrate, platon

Désencombrer

11 Juin 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Pascal ; J-B Pontalis ; Viktor Klemperer ; Socrate, Platon

France Inter, une émission se voulant culturelle, en début de soirée ; l’invité est un romancier dont je n’ai pas retenu le nom, les ondes sont légèrement colorées d’un vague jus psychanalytique, un enregistrement de la voix de feu J-B Pontalis est offert en prime.

A propos de l’un de ses personnages, accompagné de la mièvrerie vocale admirative de la présentatrice, l’auteur invité parle de la nécessité de se désencombrer de soi-même.

L’expression est jolie, séduisante même. Peut-être héritière d’une interprétation hâtive de la pensée de Pascal (« le moi est haïssable »), que veut-elle dire au juste, a-t-elle un sens, de quoi serait-elle symptôme possible ?

Ces questions se présentent immédiatement, au point de masquer la suite de l’émission.

Se désencombrer, ô combien cela est nécessaire pour s’approcher progressivement de l’essentiel ! Se désencombrer suppose des encombrants, que sont les futilités, le superflus, les gadgets de tous ordres. Comment pourrait-on imaginer de ranger le soi dans cette énumération ?

Ne faut-il pas préférer à cette improbable démarche le précepte gravé au fronton du temple d’Apollon, à Delphes, Gnothis seauton, Connais-toi toi-même, repris par Socrate et Platon ?

Faire l’effort de prendre conscience de soi, c’est-à-dire explorer ses limites, tenter de se situer au sein de l’écheveau des relations que nous entretenons avec le monde dont nous sommes  un fragment minuscule, avec l’univers. Voilà ce qui a fondé la démarche humaniste depuis plus de vingt siècles. Démarche exigeante, rigoureuse, souvent ardue et singulière, voire incomprise donc combattue, comme toute expression d’une volonté de privilégier le questionnement au détriment de l’affirmation péremptoire, brutale et sauvage.

Aujourd’hui gravement mise en péril par l’érosion du langage et la primauté de la langue de bois, cette démarche peut paraître désuète. Les laboratoires pharmaceutiques et leurs tranquillisants, la radio et la télévision, pallient l’absence de réflexion sur soi.

Désormais les mots sont en plus en plus vides de sens. Il n’est plus guère besoin d’inventer une sorte de méta langage comme le fit en son temps le IIIe Reich (Cf. Viktor Klemperer, LTI langue du IIIe Reich).

Les gens qui « comptent », personnel politique en tête, emploient les mots sans prêter la moindre attention à ce qu’ils engagent. Un mot chasse l’autre, en permanence. La seule chose qui importe pour eux tient un uniquement à l’impression quel laissent les mots, une fois employés. Les affects règnent en maître absolu. Occuper le terrain, principe élémentaire déterminant !

Parler n’engage plus. Dire, se dédire, se contredire, ne signifie plus rien. L’impact émotionnel est l’unique mesure, et ça marche !

Réfléchir, penser, quelle perte de temps !

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