Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

peinture, quotidien, art roman, baroque

De la peinture

17 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Peinture, quotidien, art roman, baroque

Accéder à la peinture semble à beaucoup impossible, sous prétexte d’un manque de formation initiale.

Cet obstacle volontairement entretenu par quelques beaux esprits serait plus fréquent en Occident qu’ailleurs. C’est là que s’est développée au fil des siècles une famille d’érudits, savants rats de bibliothèque, devenus historiens universitaires patentés et critiques d’art officiels surtout attachés aux circonstances et péripéties, aux assemblages de signes à déchiffrer, qui font des images des énigmes lisibles par les seuls initiés se transformant peu à peu  en experts guidant un marché international pesant sur la vie sociale et affective d’une élite auto-proclamée essentiellement soucieuse des modes de son temps, ainsi que du maintien de son principat.

Etudes, expertises, analyses, nomenclatures, hypothèses, enquêtes, permettent d’asseoir des connaissances, de comprendre des articulations historiques entre découvertes scientifiques ou techniques, et appropriations locales, entre mythes et préoccupations temporaires ou durables, entre doutes et croyances, etc. Mais chacun sent bien que s’en tenir à cela est insuffisant pour parvenir à ce qui imprègne la chair des œuvres et leur confère tant de pouvoir. Seule, se suffisant à elle-même, l’approche intellectuelle de type universitaire illusionne, elle devient vite un obstacle. L’immédiateté des émotions, du ressenti, ne saurait se quantifier, ni se condenser en une chronique studieuse, si brillante soit-elle. La densité de l’impalpable ne se laisse pas aisément domestiquer.

La peinture rend visible l’inconnu, l’insoupçonné, révèle l’absence, le manque ignoré, donc le désir. Riche de sa propre nature, l’image agit d’abord comme un déclencheur d’émotion. C’est la silhouette perçue dans la rue qui surprend et provoque d’abord le regard, puis le désir ou le non-désir. Vient ensuite la parole, toujours seconde. Entamer la visite d’une exposition par une déambulation rapide, permet de se laisser fugitivement surprendre par quelques pièces plus chargées que d’autres qui serviront de repères pour le parcours attentif à venir. Aucune image n’est neutre, si le tableau n’est pas remarqué, ça ne saurait être de sa faute.

Vivre avec la peinture c’est en grande partie vivre avec des partenaires quotidiens du quotidien. Les regards appliqués installent peu à peu une autre manière d’accéder aux œuvres, par le biais du sensible. Des relations s’élaborent entre le regardeur et les œuvres, mais aussi entre les œuvres elles-mêmes. Le propre d’un accrochage réussi tient à la concordance entre les œuvres présentées, ainsi qu’au pouvoir concertant de chaque ensemble exposé avec l’écrin des lieux.

Accéder à la peinture suppose de se confronter physiquement à elle, de briser quelques tabous révérencieux, de passer de la soumission dévote au dialogue de face à face. Il serait temps de rétablir une relation authentique avec l’Art, dénuée de prétentions ostentatoires et de discours inutiles. L’humilité de l’art roman s’adressant sans détour au plus grand nombre souligne l’insupportable bavardage du baroque comme de l’art dit contemporain. Elle tient à distance l’aspect pacotille d’une certaine culture mondaine, pseudo-savante, qui en fait n’a rien à dire.

En ces temps de faux-semblants, de mensonges outrecuidants, de mépris avéré des individus, de violence autoritaire, le rapport direct à l’art pourrait constituer une sorte d’indispensable viatique.

 

Lire la suite