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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

silence

De la banalité : Parler, souvent ne veut rien dire

28 Juillet 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Langage, #Convention, #Silence

Certains épisodes de la vie servent de révélateur. Ils coagulent impressions et ressentis avec une incroyable brusquerie. Rien de tel que le franchissement par un proche de la ligne d’horizon, qui le fait passer du regard au souvenir. L’infini du temps de la disparition se vit à l’immédiat.

Ce phénomène contradictoire rencontre le brusque changement d’état d’un fluide se transformant en solide. Mutation si rapide qu’elle ne laisse que le temps du constat. Le chaos précédent se fige tout à coup, la mue s’impose le temps d’un éclair. « L’éclair illumine toute chose », dès lors qu’il a crevé la nuit noire, le souvenir de l’entre-aperçu se fait premier plan occultant toute autre dimension.

Ce qui était n’est plus, ce qui au mieux était confusément envisageable devient évidence bouleversante. Cette affaire individuelle inopinée déroute aussi bien qui en est le sujet, que tous autres, perdus n’y comprenant rien, ignorants ce surprenant avatar inconcevable parce que su mais non prévisible. Pris au dépourvu, au lieu de se fier au silence, ils s’accrochent généralement aux bouées d’une parole supposée salvatrice alors qu’elle ne témoigne que d’un terrifiant désarroi, d’un absolu dénuement. Les mots les plus convenus passent à portée et s’agrègent aussitôt. Brochettes miséreuses, garnies de clichés, poncifs, lapalissades, platitudes, saupoudrés de conformisme agrémenté d’une bonne pincée de pauvreté langagière.

Que pourraient des mots face à l’immensité de l’inconcevable ?

S’entassent alors les condoléances, le nécessaire temps du deuil, le chagrin, la compréhension pimentée d’évocations de situations analogues, la compassion, si esthétique, les propositions d’aide, instantanément sincères mais sans objet, l’amitié et l’affection, l’une et l’autre jamais sollicitées mais énoncées sans aucune idée de suite, ainsi que le courage, comme si rencontrer une situation incontournable relevait de cette catégorie. Des mots mal enchaînés succèdent aux mots qui engendrent d’autres mots toujours aussi dénués de sens. Poupées russes alignées sur les étagères de la pensée en tube.

Parfois, d’autres tentent une diversion. Ils abondent des sujets courants, comme si rien n’était. Louable effort logorrhéique dont personne n’est dupe. Banalité inopérante, totalement inutile.

Les mots font obstacle, ils réduisent, catégorisent, enferment, polluent, s’opposent à tout intérêt. Ils désespèrent l’écoute. Ils transhument.

Parler, alors, sépare gravement.

A l’indicible ne pourraient tenter de correspondre que silence (habité), parfois musique, ou nuances colorées.

Bénéfique fulgurance de l’intransigeance !

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