Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

tour de babel ; pirandello ;travail en groupe ; seneque ; montaigne ; la boetie ; compromis ; accords de munich

Dialoguer, l’obstacle du langage

25 Juillet 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Tour de Babel ; Pirandello ;Travail en groupe ; Sénèque ; Montaigne ; La Boétie ; compromis ; accords de Munich

 

Le mythe de la Tour de Babel nous l’enseigne, c’est parce qu’ils se parlent que les hommes s’entendent si mal.

Ecrivant, cherchant à clairement m’exprimer, je ne manque pas d’être surpris à chaque fois, et elles sont fréquentes,  qu’une confusion apparait entre mon lecteur et ce que j’imagine avoir dit. Qui a raison, qui a tort ? Sans doute personne, chacun excipant de son indubitable bonne foi. Pour ce qui me concerne, je conviens volontiers d’une écriture parfois resserrée, donc lacunaire au plan des explicitations ou des étayages. Cela suffit-il à expliquer le phénomène ? Je ne le crois pas. Il pourrait s’agir d’un autisme généralisé, fruit d’une civilisation destructrice de relations plurielles. Prôner depuis des décennies le mérite individuel, l’excellence personnalisée, la victoire sur l’autre, vanter l’image du premier de cordée, ne peut que renforcer la prégnance du JE sur le NOUS.

Luigi Pirandello a pointé cela dès les aurores du XXe siècle en proclamant A chacun sa vérité.

Les approches psychosociologiques du Travail en groupe, de son efficacité, de ses méthodes, de ses exigences, ne sont pas parvenues à s’ancrer dans les pratiques sociales. L’impitoyable loi du Marché et de la Concurrence permanente s’est révélée bien plus forte et offensive que ces considérations humanistes, poussiéreuses, superflues et encombrantes.

 

Les réactions à mon dernier papier intitulé Au bénéfice de l’âge (cf. Epistoles improbables n° 373, 20 juillet 2020) m’ont conduit à une tentative de compréhension du phénomène.

Les commentaires sont souvent élogieux, quelques fois vigoureusement contestataires, ou bien simples témoignages d’évidences, donc plutôt positifs.

Leur intérêt dépend toujours des points précisément nommés sur lesquels ils s’appuient. Lorsqu’ils demeurent cantonnés dans une réaction émotionnelle, ils n’expriment en général qu’une opinion non argumentée , c’est-à-dire dénuée de fondement. Par conséquent, quelque chose d’illusoire ne méritant qu’une attention mesurée, même s’il s’agit d’approbation. Il serait plus satisfaisant de savoir ce à quoi souscrit mon interlocuteur.

A propos du papier cité, certains m’ont parlé de style, un autre d’inscription dans une lignée passant par Sénèque, Montaigne et La Boétie, que je ne puis évidemment que reconnaître comme des maîtres prestigieux, dont l’évocation me confond et me fait mesurer l’abîme entre eux et moi.

 

Les contestations ont surtout porté sur mon refus du compromis semblant contradictoire avec l’éloge de l’écoute, ou bien voie ouverte aux guerres et conflits, à l’impossibilité de vivre avec d’autres.

Elles ont également concerné le Non opposé à un certain nombre de données. L’insatisfaction par rapport à l’existant semble largement répandue, mais l’intransigeance des conclusions effraierait.

Il me faut reconnaître que l’absence fréquente de développement explicatif m’expose tout particulièrement à une incompréhension d’autant plus véhémente qu’elle suscite la contradiction immédiate, voire l’affrontement, et non une demande de précision, comme je pourrais le souhaiter. C’est ainsi, l'incompréhension d’un point de vue entraîne l’affirmation de son contraire, de manière réflexive. C’est presque pavlovien : stimulus – réponse stéréotypée ; évitement de l’analyse réflexive.

 

Alors, refus du compromis Oui, à coup sûr, car il implique automatiquement frustration et désir de revanche. Un exemple ? Le vote majoritaire soi-disant démocratique : si la majorité est acquise de peu, si elle parait contestable, la minorité n’aura de cesse de tout faire pour tenter de la renverser à son profit, sans aucun souci d’un but partageable, c’est à dire de la recherche d’un terrain d’entente. Gauche et Droite parlementaires excellent en cela, l’une contre l’autre et chacune en son sein. Le compromis les ronge inexorablement.

Autre exemple, l’un m’affirme que le refus du compromis débouche sur la guerre. Ah bon ! Les accords de Munich, en septembre 1938, ont eu le rôle de sauvegarde que l’on sait. La recherche d’un compromis a beaucoup fait avancer les choses du côté de la Palestine et d’Israël. Compromis, se compromettre, compromission… Pas toujours aisé, il est vrai de trouver un équilibre convenable. Au minimum, y tendre.

 

Relation écoute – compromis : L'écoute est tissée de respect de l'Autre, dans bien des cas elle permet de l'aider à s'exprimer. Écouter ne signifie nullement acquiescer. Intégrer une partie du dire de l'autre, c’est se l’ajouter, s'en enrichir, évoluer. Il s'agit alors de nuances fertilisantes. L’écoute est exigeante, elle requiert attention, réflexion, partage, humilité. Tout cela est évidemment très mangeur de temps, peu compatible avec une époque baignant dans l’urgence et l’immédiateté. Tout cela vaut pourtant bien mieux que le vote majoritaire.

Rien à voir avec le compromis, évidemment.

 

La série des Non : Le Non en tant que geste politique, qui serait à remplacer par autant de Oui ?

Comment ignorer que ces Non au système existant, dont les défaillances, les méfaits plutôt, sont patents, masquent un immense OUI à un changement radical indispensable, à inventer ?

 

C’est parce qu’ils se parlent que les hommes s’entendent si mal.

Alors patiemment, sans cesse, avec opiniâtreté, chercher ce qui se cache à l’intérieur des mots. Ecouter, s’efforcer de comprendre, de prendre en compte, jusqu’au point où il apparait que la discussion est vaine car une barrière de certitudes est érigée entre les partenaires, et qu’alors il ne s’agit plus d’un dialogue, mais d’un rapport de forces. Inutile dans ce cas de perdre son temps et son énergie. Pour véritablement échanger il faut être bienveillant de part et d’autre, et admettre en soi une part de doute. Sinon, la sciure de la langue de bois masque des mots vidés de leur sens, devenus orphelins sans domicile fixe. Des mots génétiquement modifiés, émasculés, stérilisés.

 

D’où parles-tu ? se demandait-on en mai 68. Quels sont tes préjugés, ton cadre de référence, etc. ?

Faut s’causer fut un slogan populaire au Québec voici des décennies.

Frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui, bien sûr.

Lire la suite