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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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Ça brule

25 Juin 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Vieillissement, vieillesse, Romain Gary, Quai des orfèvres, film, Ginger et Fred, film

Ça brule, ça détruit, ça angoisse, le vieillissement.

Certains vont jusqu’à en mourir.

Mourir à soi. Ils ne s’en remettent pas. Ils cherchent vainement à truquer, à donner le change ; Ils ne trompent personne, à commencer par eux-mêmes.

Catherine Deneuve, Silvio Berlusconi, chirurgiqués, tendus, cousus, pommadés, savent désespérément leur transformation en poupées Barbie. Ridicule, grossier, pathétique. Sans recourir à ces excès, d’autres tentent le maquillage d’une moumoute ou d’implants siliconés ; ou bien, tel le personnage de Charles Dullin dans Quai des Orfèvres, film de Clouzot, tentent un prolongement libidineux. Refus crispés mortifères, passablement répugnants.   

A l’opposé, Jeanne Moreau, Jean Marais, Marcello Mastroianni (Ginger et Fred,  de Fellini), ont su vivre et incarner ce qu’ils devenaient au fil du temps, de belles vieilles personnes. On parle alors d’acceptation, voire de soumission, sinon, avec quelque perfidie, de snobisme. Et pourquoi pas simplement élégance ou panache ? Le coup de pied à la Lune n’est pas sans grandeur.

Cinq ans avant son suicide, Romain Gary a publié Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable. Ce livre représente une sorte d’hymne très tendre à l’amour, énoncé par un obsédé de la virilité triomphante.

La peur du déclin le ronge jusqu’à le détruire. Le héros du livre craint d’être "fini" si l’impuissance, pas seulement sexuelle, le gagne. Il remarque que biologiquement nous sommes tous opprimés par cette nature que nous défendons tous, et qui en fait exige notre soumission à ses lois.

C’est beau, c’est fort, c’est émouvant. A lire absolument, si ce n’est déjà fait ; dans  ce cas, relire d’urgence…

Un humour amer persille des pages brillantes, tout à fait propres à satisfaire le goût de lecture. Romain Gary vient d’entrer dans la bibliothèque de La Pléiade, une reconnaissance qui s’explique mieux que celle d’un pétillant clown mondain, il y a peu.  

Quelques brefs échantillons :

- … mes rapports avec lui consistaient surtout à l’éviter

- il rayonnait de tristesse

- … ne pas avoir peur du bonheur. C’est seulement un bon moment à passer

- les bouquets de fleurs qui partent toujours à la recherche d’un cœur ne trouvent qu’un vase

- (avec Marx ou Freud) nous avons désappris à nous ignorer. Au détriment du bonheur, qui est pour une grande paix de l’esprit, et qui fait toujours l’autruche

Etc.

La peur du vieillissement peut donc sûrement mener à la mort.

L’acceptation de la loi de nature, peut à coup presque sûr conduire à une dégustation prolongée du plaisir de vivre. Et permettre une sortie réussie, pimentée d’inattendu.

- « Tu as peur ? » demandait Jean Rochefort à Philippe Noiret proche de la fin.

- « C’est déjà suffisamment emmerdant comme ça, si en plus il fallait avoir peur… » répondit celui-ci, parait-il.

 

 

 

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