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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

vincent lindon

Interdit !

7 Mai 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jérôme Ferrari, Médiapart, mai 68, Medef, #Vincent Lindon

Sens interdit !

Pelouse interdite !

Accès interdit !

Interdit au public !

Photo interdite !

Interdit de dépasser !

Stationnement interdit !

Etc.

L’interdit est le pain quotidien du formatage social, dès l’école primaire.

Dans la signalétique routière, les panneaux d’interdiction foisonnent.

Complètement intégré, nous y prenons si peu garde qu’il nous arrive de nous demander si ce qui n’est pas interdit est… permis. Réussite de l’infantilisation. Voilà c’est comme ça, cela ne nous dérange pas outre mesure. Le « il est interdit d’interdire » de mai 68 n’a jamais été qu’un slogan dérisoire fruit de quelque esprit en délire.

Soudain (parce qu’ils ont préféré en ignorer les prémices), un méchant virus apparait et prend les dirigeants du pays au dépourvu ; ils avaient omis de prendre en compte les conséquences probables de leurs orientations les plus néfastes en matière d’économie et d’écologie. Les gestes les plus élémentaires, les plus courants, de notre quotidien sont brutalement interdits.

Des gestes barrière et une distanciation sociale (expression aussi atroce que barbare) sont imposés. Le vivre ensemble déjà défaillant est banni.

Moyen commode, maladroit, de tenter de masquer l’absence d’anticipation et les conséquences de décisions inconséquentes prises d’année en année.

Fréquenter ses proches, famille ou amis : interdit.

Se réunir pour agir ou se divertir : interdit.

Se rencontrer pour une célébration ou un hommage : interdit.

Participer à un spectacle : interdit.

Pratiquer un sport : interdit.

Circuler à sa guise, se promener : interdit.

Etc.

Inouïe, proprement inouïe, l’aisance avec laquelle l’Etat est parvenu à soumettre tout le monde, grâce à la peur savamment instillée par la servilité des réseaux médiatiques et la force répressive de ses gardes chiourme. Il est plus simple de distribuer des PV que d’approvisionner du matériel de prévention, dont le défaut criant conduisit d’abord à déclarer son inutilité.

 

A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. Il se pourrait bien, en effet.

Comme le souligne Jérôme Ferrari, écrivain, dans une interview accordée à Médiapart, la situation dans laquelle nous sommes plongés éclaire de manière impitoyable la totale déconnexion entre le discours politique et la réalité. Le déni mensonger et l’illusion auto réalisatrice sont constants depuis les premiers jours. Le discours contradictoire sur les masques de protection (inutiles, néfastes, puis protecteurs), l’annonce irréfléchie de la réouverture des écoles, deux exemples parmi beaucoup, montrent le degré d’aberration auquel la parole politique est désormais rendue.

Arrogants, méprisants, ceux qui prétendent nous diriger nous prennent pour de parfaits demeurés indignes d’être associés à une réflexion. Revendiquer un droit de parole, c’est se déclarer opposant, donc ne mériter que la néantisation, fruit d’une superbe ignorance de la part du Pouvoir.

De fait, aucun dialogue n’est ni envisageable, ni possible, avec les maîtres actuels ou leur parentèle.

Tout cela devrait conduire inexorablement vers des prises de conscience radicales. Il semblerait que la réflexion progresse, que des yeux se dessillent peu à peu. Sera-ce suffisant pour entamer l’indispensable changement de paradigme sans lequel le retour à l’identique s’effectuera d’autant plus assurément que les ténors du système actuel, totalement failli, s’y emploient avec ardeur (déclarations du Medef, prolongement de l’état d’urgence, autisme absolu du discours gouvernemental, lobbying accru des fabricants de poisons agricoles cherchant à profiter de l’ombre temporaire dans laquelle ils sont, etc.).

Surtout, sachons ne pas nous laisser abuser par de séduisantes pétitions de principe, genre pieuses certitudes ou vœux niaiseux, aussi crédibles que des promesses d’ivrogne.

Nous sommes tous concernés, ou que nous soyons, n’attendons rien d’en haut, ne comptons que sur nous-mêmes. Le double enseignement selon lequel nous sommes responsables de ce que nous sommes et qu’il ne nous arrive en majeure partie que ce qui nous ressemble, est particulièrement d’actualité.

"Le pire n'est peut-être pas toujours certain, mais il est toujours possible" (J. Ferrari)

 

Médiapart a publié le 6 mai 2020 une remarquable réflexion du comédien Vincent Lindon, dont le lecteur pourra prendre connaissance avec grand intérêt.

https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll

 

 

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