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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

watteau, enseigne de gersaint, louis xiv, galerie d'art

L'enseigne de Gersaint

4 Septembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Watteau, Enseigne de Gersaint, Louis XIV, Galerie d'art, #Régence, style rococo

 

Une fois de plus des images de L’enseigne de Gersaint, l’œuvre ultime de Watteau, décédé à trente-six ans dans l’année suivant cette réalisation. Pour la contempler, il faut se rendre à Berlin, au château de Charlottenbourg, où la rencontre est saisissante.

La richesse et la lisibilité de cette toile capitale fascinent.

D’abord, évocation d’une période révolue, cinq ans après son décès on emballe un portrait de Louis XIV dans une caisse garnie de paille. Un observateur d’aujourd’hui se demande ce que valent les chimères de la puissance et la gloire, ainsi que celles de l’art officiel. Peut-être cette interrogation commençait-elle déjà à poindre. Ensuite, célébration de la frivolité de la Régence (nous sommes en 1720) ; revendication d’une expression artistique différente (fêtes galantes et bergeries rococo) ; hommage à l’élégance, mais aussi ouverture sur le monde, un chien s’agite dans la rue, un portefaix attend un chargement, les personnages secondaires affichent des visages du commun. La peinture délaisse les grands sujets pour commencer à s’intéresser au réel. Et puis aussi, la boutique de Gersaint, marchand d’art et d’objets précieux, de plain-pied sur l’extérieur, nulle devanture ne s’interpose entre l’encombrement du dedans et le dehors, entre le monde de l’art et la vie quotidienne. Le magasin, la galerie dirions-nous aujourd’hui, est une niche accueillante abondamment garnie. Quiconque passe dans la rue, en l’occurrence l’abord du Pont-Neuf à Paris, peut entrer et sortir à sa guise, peut contempler, scruter, se faire présenter des objets par de personnes avisées et attentives.

Les images proposées par Google, disent combien ce qui est ici donné à voir est singulier. On comprend en quoi cette œuvre est une charnière de l’histoire de l’art. Elle considère le déclin des bondieuseries et de la peinture historico-légendaire, pour annoncer l’ouverture de nouveaux champs d’investigation artistique dans les domaines profanes, ainsi que l’accès désiré pour un plus grand nombre.

 

C’est l’évocation du vernissage d’une exposition récente où fut convié un artiste de mes amis, qui sollicita le souvenir de cette œuvre maitresse de Watteau.

Qu’est-ce qu’une galerie ? En premier lieu, un espace de monstration d’œuvres d’art. La qualité de l’espace, ou des espaces, et ce qu’ils permettent d’envisager est importante, sans être décisive pour autant. Ce qui fait la différence tient souvent à l’esprit de l’endroit, comme à la manière dont l’anime son ou ses responsables.

Peut-on parler de galerie là où aucune ligne directrice, aucune cohérence dans les choix, ne sont discernables ?

Peut-on parler de galerie là où les accrochages ne sont trop souvent que des juxtapositions sans liaisons apparentes ?

Peut-on se prétendre galeriste en étant uniquement marchand, sans être habité par une passion, par une fougue généreuse ? Qu’est-ce qui dans ce cas différencie une galerie d’une épicerie fine, d’un entrepôt ou d’une grande surface ?

Peut-on se prétendre galeriste sans être mû par un enthousiasme, le besoin de transmettre, de faire comprendre, de partager ce que l’on a décidé de montrer, le besoin de décrypter, comme de démythifier ? Autrement dit, ne pas s’impliquer dans une pédagogie de la découverte relève de la lacune professionnelle.

Peut-on se prétendre galeriste en étant simplement marchand, sans être habité par une passion ? Réduire l’activité à un garnissage de cimaises, voire à leur location, est un parfait non-sens, pire une duperie.

Peut-on se prétendre galeriste sans respect profond des artistes que l’on a décidé de suivre puis d’exposer, avec lesquels on mène un travail de fond ?

Peut-on se prétendre galeriste sans générosité créatrice de relations peu ordinaires ?

La différence entre une galerie et un lieu homonyme proposant des bigniouseries en Bretagne, des champs de lavande en Provence, des sommets enneigés dans les Alpes, ou des enfilades de gondoles à Venise, réside dans les réponses à ces questions.

Galerie, restaurant, librairie, des termes génériques exigeants ne disant rien de la réalité de ce qu’ils désignent.

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