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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

yannick haenel ; caravage ; peinture

Caravage avec passion

12 Mai 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Yannick Haenel ; Caravage ; peinture

Le livre s’intitule « La solitude Caravage ». Yannick Haenel en est l’auteur inspiré (Fayard éd., 2019, 327 p., 20€).

Sous les apparences narratives d’une vie d’artiste, l’auteur nous offre en fait un remarquable essai consacré à la fréquentation de la peinture par un amateur possédé.

A partir de la contemplation adolescente d’une image anonyme (un portrait fragmentaire de Judith – Judith et Holopherne -) il entame une initiation érotique et esthétique devant le conduire progressivement  à l’exploration très minutieuse de l’œuvre de Caravage, soulignant au passage « ce paradis de la chair qu’est la vie vécue selon la peinture ». Sa quête l’amènera à « trouver dans sa vie comment saluer la beauté » en s’attachant à élaborer « une parole qui s’accorde aux énigmes enflammées qui peuplent la peinture. »

Un hymne à la peinture va sonner tout au long de quelques 300 pages incandescentes.

L’ouvrage ne compte aucune illustration, la justesse des remarques et des notations ouvre largement la porte d’un imaginaire propre à une vision aigüe des œuvres passionnément explorées.

« On voit dans la petite soixantaine de tableaux du Caravage éparpillés de par le monde : des sacrifices, des extases, des heures saintes et des mise à mort, toute l’histoire de la solitude, toute l’histoire de la vérité, et leurs torsions dans le noir. »

« L’infini du visible que chaque tableau met en jeu » signale combien « seules comptent les heures passées face à la toile » (et aussi face à la page  blanche) ainsi que l’importance « d’être libre dans son art. »

En suivant pas à pas Caravage dans son errance, dans son engagement total dans la peinture, l’auteur nous livre l’intensité que revêtent pour lui la traque de la vérité et du sacré, qui accueille en permanence l’infini, donc pour lui l’impossible de la sagesse. Il finit par avouer ce qui est implicite depuis les premières lignes du livre : « ce qui s’écrit ici, depuis le déploiement secret d’une érotique placée sous le signe de Judith, jusqu’à mon avancée nocturne vers la solitude du Caravage, raconte un voyage intérieur. »

La peinture, c’est clair, fascine qui s’éprend d’elle comme une maîtresse initiatrice absolue. Impossible alors de lui échapper, elle défie la vie et la mort, elle interroge leur vérité, pour permettre de mieux les contempler et s’en saisir.

Ce beau livre mérite vraiment qu’on s’y arrête. Il parle de peinture comme il convient. A la perfection, parce que passionnément.

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