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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

zola ; tina ; club de rome ; rene dumont

Think positive

30 Octobre 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Zola ; TINA ; Club de Rome ; René Dumont

Ces réflexions font écho à quelques propos lénifiants qui me sont parfois adressés en toute bienveillance. Chercher à compenser, voire à évacuer, ce qui trouble, effraie ou angoisse, équivaut à un mensonge inconscient à soi-même, et ne résout rien.

 

Le penser positif à tout crin, qui s’apparente au  déni de réalité permanent, ne peut que conduire à des calamités.

Exemple de l’Europe occidentale des années 30, des États-Unis, pas seulement de Reagan à Trump, de cette masse énorme de braves gens qui acceptent la discussion en général, et qui rompent aussitôt que le propos les implique un tant soit peu. Faire face, résister, prendre des risques personnels, comme l’ont su faire nos prédécesseurs, n’est plus de mise. Les grandes grèves ouvrières décrites par Zola, les mouvements de Résistance à l’occupant et les conquêtes sociales de la Libération, les luttes contre la guerre au Vietnam, ou, plus tard, celle d’Algérie, Mai 68, sont devenus de simples souvenirs légendaires. L’horreur de la bombe atomique sur le Japon, de l’emploi du napalm en Corée puis au Viêt-Nam, du coup d’État de Pinochet au Chili, du chaos au Proche et Moyen-Orient, des massacres en Afrique, de la totale compromission des « démocraties » occidentales dans toutes ces affaires, est vite glissée sous le tapis avec la poussière à dissimuler dare- dare.

 

La pensée semble s’arrêter au seuil du dérangeant, comme si pousser le raisonnement à son terme et considérer ce qui en résulte était effrayant. Peut-être cela correspond-il à une crainte de faire brusquement exister ce que l’on ne veut pas nommer. Une sorte de magie primitive se niche là, mais l’exorcisme ne vaut pas tripette. Chacun le sait, chacun  feint de l’ignorer. Et la réalité se gausse de ces mômeries. Cela rejoint le désormais fameux « Pas de vagues » de l’Éducation  Nationale, et le redoutable TINA de Margaret Thatcher.

 

Souvent se produisent de pseudo catastrophes largement annoncées par des indices révélateurs soigneusement occulté (inondations, glissements de terrain, rupture d’ouvrages d’art, réchauffement climatique, etc.). Il ne s’agit de catastrophes que parce que personne n’a voulu considérer au moment les premiers signaux pour ce qu’ils sont, tandis qu’en amont de mauvaises décisions ont été prises sans examen rigoureux, ni contestation résolue.

Vrai en politique, vrai dans le domaine de la nature et de son environnement (il y a près de soixante ans que les premières sirènes ont retenti : Club de Rome et notion de décroissance, René Dumont et irruption de l’écologie), vrai dans la vie courante.

 

Nous avons hérité d’une société du Verbiage, que nous enrichissons de nos démissions et autres mensonges chétifs.

L’imprégnation est si forte que tout cela se retrouve chez chacun, avec des aspects de complicité, des compromis et des lacunes entretenues, le tout plus ou moins conscient.

- ah, après tout, nous n’y pouvons rien

- les choses finiront bien par s’arranger

- tout n’est pas comparable au point que...

- oui, mais il y a des limites

- allons, sachons raison garder, n’exagérons pas trop

- la situation n’est pas la même

- bien obligé, comment faire ?

Etc.

Il est clair qu’un acquiescement de façade ne vaut rien, et que dans le « Oui, mais » la partie significative est le « mais ».

De petites démissions en petits renoncements nous arrivons à un laisser faire dans lequel s’engouffrent les forces de destruction les plus virulentes face auxquelles plus rien ne semble opposable. L’envahissement mortifère de notre système immunologique prend irrémédiablement le dessus, le crime de bureau n’est pas loin.

« Refuser, oui, mais alors risquer de perdre son  boulot ? ».

 

Une fois perdu, le contact avec la réalité et la possibilité de regard lucide qu’il implique risque fort de ne pas pouvoir se trouver rétabli. Nous nous trouvons alors dans une situation de dépendance absolue, aussi bien face au déclin physique qu’à la montée du fascisme néo-libéral ravageur de la planète, pas seulement au Brésil.

Lucidité et intransigeance n’ont rien à voir ni avec le pessimisme, ni avec le dogmatisme.

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