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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

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Un blogue

27 Août 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Zola, Gide, Malraux, F. Mauriac, Sartre, Camus, A. Breton, Pavlov, Siné, peinture gothique

 

- Vous écrivez m’a-t-on dit. Qu’écrivez-vous, des romans… ?

- Oui j’écrivaille, cela me fait du bien… Pas de romans, je n’ai pas l’imagination pour ça, cela ne m’intéresse pas. D’ailleurs, je lis très peu de romans… Rares sont ceux qui aujourd’hui retiennent vraiment mon attention, un de temps à autre.

- Ah bon, quoi alors ?

- Des essais, des réflexions, des témoignages, des monographies, des études critiques, des analyses historiques, sociales… Le domaine de la littérature est vaste, il ne se limite pas comme on voudrait le faire croire au seul domaine du roman. Il y a aussi la poésie, tombée en désuétude à partir des années 60, victime peut-être d’un snobisme obscurantiste militant ou bien d’un excès de niaiserie, le théâtre…

J’ai commis un certain nombre de livres, seul ou en collaboration (j’aime beaucoup le travail à quatre mains, parce qu’il permet la copulation méningée). L’art, le quotidien, le politique, s’y croisent fréquemment.

Et puis mon blogue… depuis des années maintenant.

- Alors, ce blogue ?

- Parlons-en…

 

Le temps des grands débats agitant le monde littéraire et artistique en butte au dogmatisme officiel s’est peu à peu étiolé avec le vingtième siècle finissant, jusqu’à leur actuelle totale disparition de nos jours. Se souvient-on seulement de ce furent les empoignades animées de la fin du 19e jusqu’aux années 1970, par des bretteurs tels que Emile Zola, André Gide, Georges Bernanos, André Malraux, François Mauriac, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Raymond Aron, André Breton, Louis Aragon ?

Des écrivains, des artistes, s’expriment heureusement encore aujourd’hui, mais cela ne fait plus débat. Ils s’époumonent dans le désert d’une indifférence abêtie où plus rien ne résonne (raisonne) vraiment. Au-delà de la capacité d’indignation, c’est celle de penser qui est gravement émoussée (pronostic vital engagé). L’électro-encéphalogramme plat d’une masse conditionnée comme la chienne de Pavlov l’emporte. Le Marché, la Dette, l’Economie, la Croissance, jugulent la collectivité, malgré quelques soubresauts écologisants, analogues à des râles. Est-il encore temps de se reprendre ? Ce serait urgentissime.

Alors, des individus isolés, décidés à être du peu restant hugolien face aux déchaînements monstrueux, s’efforcent d’entretenir les quelques braises restantes. Même si cela paraît vain, il vaut mieux périr debout que benoitement agenouillé. Mourir ? Plutôt crever, disait Siné.

 

Certains tiennent un blog, c’est-à-dire tentent d’entretenir un faible espace de résistance et de pensée. Ils lancent leurs bouteilles à la mer, sachant qu’il arrive qu’un quidam s’en saisisse sur une rive inconnue, la complète et la transmette à d‘autres.  

Dans les moments les plus difficiles, l’entretien de  la possibilité de relations conditionne en partie la survie. Dans le meilleur des cas, des dialogues peuvent même se nouer avec des inconnus, ainsi que j’ai pu l’expérimenter. Frotter et limer sa cervelle…

Rien à voir bien entendu avec ces horribles réseaux sociaux par l’intermédiaire desquels certains veulent montrer à d’autres quel beau caca ils viennent de faire.

 

Bon, passons aux choses sérieuses.

Ecrire, exercice solitaire s’il en est, répond à une nécessité impérieuse : s’essayer à un ménage intime. Il est clair que l’on écrit d’abord pour soi, la plupart du temps. Pour y voir un peu moins mal en soi.

L’écrit permet des questionnements, ouvre des portes, révèle des territoires, favorise le partage de secrets, cultive le silence, guide librement vers l’inconnu de l’extraordinaire. Cela permet également ces jets de vapeur si nécessaires au maintien d’un équilibre personnel. Principe d’homéostasie.

Ecrire est une indispensable hygiène mentale.   

Et puis, l’écriture est si proche de la peinture, que l’amateur passionné que je suis ne peut qu’y trouver son compte.

Ecriture et peinture tissent en effet leurs relations depuis le Moyen-âge gothique (textes nommant un thème ou paroles sortant de la bouche de personnages, comme des bulles de bandes dessinées).

Des artistes contemporains mettent à profit la peinture ou le dessin pour écrire (Magritte, Jean Le Gac, Ben). Dans le domaine littéraire les exemples abondent. Proust célèbre Vermeer et son petit pan de mur jaune, Zola et Rilke entretiennent une relation fructueuse avec Cézanne, Victor Hugo élabore une importante œuvre plastique (dessins, lavis), Antonin Artaud et Henri Michaux naviguent sans cesse d’un domaine à l’autre, Raymond Queneau réalise plus de six-cent gouaches et aquarelles, tandis que Picasso se fait auteur dramatique à l’occasion. Et bien d’autres…

(Un artiste récemment disparu, membre du Collège de Pataphysique, s’est attaché pendant plus de deux ans à écrire une peinture non peinte où les mots jouent le rôle de pigments. Un livre en rend compte : Peintures non peintes, Thieri Foulc, L’Atelier contemporain éd., 2019)

 

Ecrire sur quoi ?

Sur rien et sur tout. Sur la saisie de brins de vie dans leur diversité. Des brins de vie, comme des brins de muguet. Risquer des liaisons, des maillages, des analogies, des propositions. Marcher sur les pelouses pour découvrir des perspectives inattendues. Tenter de débusquer quelque vérité de fond. La vie, le fil de la vie, remonter les filets et explorer ce qui se présente.

A tout cela l’art, la littérature, la musique, les anecdotes significatives, les symboles, sont indispensables.

Ecrire c’est tenter de saisir les traces qui nous fondent.

Un blogue peut avoir l’ambition d’en témoigner.

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