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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 10:54

Capitaux

La fuite des capitaux est l’un des marronniers de la presse écrite ou orale. Si elle est avérée et aussi répandue que certains l’affirment, comment se fait-il qu’elle existe depuis si longtemps et que rien de sérieux n‘ait jamais été entrepris pour mettre fin à l’existence de paradis fiscaux à nos portes mêmes ? Cette complaisance ne serait-elle qu’un involontaire oubli ou un simple fait de hasard ?

 

Et si la réponse était à chercher dans la confusion devenue totale entre la haute finance et le pouvoir politique, au point que celui-ci soit totalement assujetti à celle-là, comme l’affirment quelques journalistes d’investigation ?

Dès lors pourquoi s’indigner que de grosses fortunes choisissent ouvertement l’exil ?

Evitons de ne dénoncer que quelques privilégiés amoraux qui tirent parti avec le plus parfait cynisme de lacunes soigneusement entretenues par un pouvoir complice.

 

L’obscénité, car obscénité il y a, est aussi très largement du côté de ces échotiers qui sous couvert d’information nous parlent d’abondance de chefs d’entreprise (collectionneurs d’art contemporain ou non), ainsi que de grosses vedettes du show biz, en présentant leur installation en Belgique ou en Suisse comme un fait divers des plus banals, par conséquent des plus admissibles. 

Intervenant à France-Inter après de trop longs instants consacrés à un comédien naguère talentueux devenu méprisable voyou, Philippe Geluck, le papa du Chat, a su apporter l’autre jour le nécessaire contre-point en déclarant qu’après tout l’attrait de la Belgique se révèle très favorable au développement de la fabrication des coffres-forts dans ce pays.

Voilà un bon moyen de relancer l’industrie de l’acier et de contribuer à la lutte contre le chômage en Europe !

 

 

 

Collection

Il est fréquemment question de collection et de collectionneur à l’occasion de telle ou telle exposition médiatisée. Le collectionneur est devenu une figure majeure du jeu de l’art actuel, il se constitue fréquemment en figure de référence quant au « marché ».

 

Posséder des œuvres d’art fait-il de qui les détient un collectionneur ? Je ne le crois pas.

Collectionner suppose un dessein arrêté : constituer un ensemble cohérent, le plus complet et représentatif possible d’un champ déterminé, l’art de telle période, les artistes de telle origine, une thématique précise, tel type d’objets, etc. La collection est un but en soi. Le collectionneur est alors toujours à la recherche de la pièce manquante, celle qui enrichira l’ensemble en le complétant. Il scrute en permanence ce qui fait défaut et mobilise son énergie pour le repérer et le posséder. Il y a du systématisme en lui. Son besoin est de répétition et de complétude.

 

Par opposition, l’amateur est animé avant tout par un désir de jouissance, par ses goûts et ses émotions. Il est beaucoup plus fidèle à ses appétences qu’à la raison, il est avant tout perpétuellement disponible à la surprise de l’inattendu. Il butine. Peu lui importent les manques et les béances, ainsi que la réputation de la pièce acquise. Il n’a pas le souci de construire un ensemble cohérent, peut-être pas même celui d’une collection, qui n’apparaît le plus souvent que comme un résultat d’autant plus surprenant qu’inattendu.

Toutefois, l’amateur peut se trouver réputé collectionneur malgré lui par un entourage mû par le besoin de nommer, de catégoriser, donc de limiter la part d’imprévisible que ce fou furieux totalement déraisonnable porte en lui.

 

 

 

Colonisation

Le phénomène d’expansion géographique et d’appropriation territoriale existe depuis la plus haute Antiquité, il concerne chaque continent. Il fut le fait marquant de l’Europe dominante à partir du Moyen-âge et à la Renaissance, l’économie en fut le principal moteur.

Au prétexte de la diffusion du progrès technoscientifique et des idéaux humanistes de la Révolution de 89, la Troisième République lui donna un coloratur supplémentaire, celui de l’Empire colonial français unificateur et généreux, apparemment différent de celui des Anglais avec leur Commonwealth officiellement respectueux des particularismes, mais néanmoins prédateur et soucieux d’allégeance.

 

Nous connaissons aujourd’hui un renversement des situations et nous voyons des nations anciennement soumises à l’imperium européen, Inde, Chine, Japon, Emirats arabes, s’implanter chez nous (et avoir même le culot, comme le Qatar, de prétendre nous aider à résoudre nos problèmes ; quel cynisme !) ou bien en Afrique noire (Inde, Brésil, Chine, notamment).

Il est évident que l’inversion des règles du jeu est une insupportable offense : elle ne tient aucun compte des fondements de la Morale séculaire.

 

 

 

Conscience

Quoi de plus extravagant qu’un président de la République s’autorise à suggérer, même s’il revient ensuite sur ses propos, qu’un maire pourrait évoquer une clause de conscience pour ne pas appliquer une nouvelle loi ne lui convenant pas, en l’occurrence le mariage pour tous ?

La porte est subrepticement ouverte à toute déviance possible, à la remise en question de la primauté du pouvoir législatif au nom d’une souveraine intimité.

Si son adoption mérite toujours un indispensable débat contradictoire, dans lequel la liberté de conscience trouve nécessairement sa place, une fois votée la loi s’impose à tous, dura lex, sed lex, nul n’est censé l’ignorer. Ce qu’a fait une loi, seule une autre loi peut le défaire.

 

Personne n’est obligé de solliciter un mandat électif, si l’application d’une disposition légale pose problème à l’officier d’état civil qu’est un maire, celui-ci peut toujours démissionner de sa fonction ; le laisser libre d’objecter au nom de ses convictions personnelles serait admettre que l’application de la loi soit soumise en dernier ressort à une morale d’essence religieuse, ce serait donc entériner le délitement du principe d’une république laïque, une et indivisible.

Induire par ce biais une telle controverse nous assimile à ce que certains reprochent aux musulmans intégristes pour lesquels le Coran prévaut sur toute législation civile.

La république et la démocratie sont décidément en peine.

 

 

 

Contagion

Ces malades rancis, racornis, avides de pouvoir personnel, aveuglés, ivres de prétention, totalement dénués de tout bon sens, nous renvoient une effrayante image de nous-mêmes.

Ils ont gouverné, ils gouvernent, ils prétendent pouvoir le faire à nouveau, ils décident et parlent en notre nom, ils trouvent des arrangements entre eux, et nous, inconscients du péril de la contagion, nous nous intéressons à eux, et les commentaires, et les hypothèses, pleuvent à qui mieux-mieux.

La petite monnaie du bavardage, comme dit Baudouin de Bodinat à propos de ce qu’on lit dans le journal, des images de la télé, ou bien des ragots et révélations propres à nous donner de quoi parler sans avoir rien à dire.

Le cas de ces morts vivants est désespéré, nul doute à cela, mais qu’en est-il de nous qui acceptons de nous en remettre à eux ?  

Ne s’agirait-il que de seulement nous prononcer sur le choix de nos dirigeants et d’ensuite nous conformer aux règles qu’ils choisissent ?

Quelle sinistre pantalonnade !

 

Refuser cela avec vigueur, s’opposer aux truquages et aux accommodements, exclure toute idée de moindre mal, signe le dynamisme d’une espérance.

L’espérance de changements à venir, même à très long terme. L’espérance de l’utopie opposée au cynisme mortifère du constat résigné, du pessimisme accablé de ceux qui ne font que remarquer qu’il en a toujours été ainsi.

L’espérance de l’utopie du refus, seul à même de nous éviter de vivre couchés, seul à même de rendre l’art indispensable au maintien de la vie.

 

  

Immobilier

Le Journal du Dimanche nous l’apprend (13/12/2012) :

Courant octobre une église construite en 1950 est mise en vente à Vierzon par l’Archevêché de Bourges. Un agent immobilier est chargé de la recherche d’acquéreurs éventuels. Il a suscité des propositions pour la transformer en commerce, habitation, ou même en un dancing. Une organisation musulmane a manifesté son intérêt pour la transformer en mosquée (elle resterait donc lieu de culte). Emoi immédiat dans le landerneau catholique, une confrérie a aussitôt publié un communiqué intitulé "Non pour une mosquée dans l'église de St Eloi", il s’agirait d’une profanation.

 

Au fait, connaît-on les échos rapportés par la presse d’alors lorsque la grande Mosquée de Cordoue est devenue Cathédrale chrétienne au 13e siècle ?

 

 

 

Nécrologie

Parfois soucieux d’un écho de l’immédiat après comme je l’ai écrit dans mon Carnet de l’indifférence (Gros textes éd., 2005), je consulte de temps à autre les nécros, moins souvent qu’auparavant il est vrai, pour vérifier que je n’y suis toujours pas.

Il fallait que ça arrive, c’est sur Google que je viens de découvrir un surprenant avis de décès à mes nom et prénom.

La surprise initiale passée et lecture attentive faite de la rubrique, j'ai constaté que l’identité de la veuve du susdit ne correspond nullement à celle de la mienne. Il s’agit donc d’un autre moi, d’un doublon en quelque sorte. Curieuse impression que de se trouver confronté à un autre soi dont je n’ai jamais soupçonné la possible existence.

Rien à voir avec Plutarque et Les vies parallèles. Cela ne peut que rendre humble.

 

Ancien mineur, ouvrier métallurgiste, médaillé du travail, ce respectable homonyme est décédé à Vendin-le-Vieil (je ne connais rien de cette commune), le 23 juillet 2012, à l’âge de 74 ans. Des funérailles religieuses ont été célébrées le 26 juillet 2012.

Mis à part le nom et le prénom, rien ne coïncide, ni l’âge, ni le nombre d’enfants, ni la mention d’un frère, ni bien entendu les obsèques religieuses.

Ces incohérences m’ont décidé à poursuivre ma route sans chercher à découvrir où se situe notre commune racine, de toute façon il serait trop tard.

 

 

 

Récurrence

La répétition, la redite, la rengaine, la conformité, tout cela s’institue comme caractéristique majeure du discours politique qui, tel un vieux serpent affamé, se mord la queue et ne trouve que la satisfaction d’un spasme tautologique avant l’extinction finale.

 

Le Proche-Orient, la dette à rembourser, la croissance, la sécurité, l’immigration, l’emploi, l’Europe, l’euro, les banques, les énergies fossiles, l’écologie, le réchauffement climatique, reviennent en permanence. Thèmes sans cesse repris par les mêmes, avec les mêmes mots, dans les mêmes débats. Les invariants font l’alpha et l’oméga.

Jamais n’affleure l’hypothèse d’une alternative, jamais ne sont tentés un détour de la pensée solidement établie sur les autoroutes de raisonnements figés, ni même une modeste escapade équivalent à la traversée d’une pelouse interdite pour tenter une voie et des perspectives nouvelles.

 

Si d’aventure quelqu’un essaie de sortir du bunker des allant de soi et du rabâchage permanent, sa parole est vite étouffée par le bruit ambiant de l’information permanente.

De plus en plus le bruit tient lieu de raisonnement.

Heureux sourdingue suis-je devenu !

 

 

 

Repentance

Le repentir concerne une personne confrontée aux actes qu’elle a commis, il appartient au domaine religieux, donc à usage très spécifique.

Ce n’est que lorsque ce terme s’applique aux corrections apportées par un peintre à son œuvre, qu’il devient digne d’intérêt.

La culpabilité résulte d’un acte délictueux imputable à quelqu’un précisément identifié, c’est une notion juridique applicable à chacun.

Ces deux expressions sont couramment employées de manière interchangeable par les politiques face à l’histoire, surtout depuis qu’un récent Pape a fait acte de repentance au regard de quelques uns des crimes de l’Eglise. Joli coup d’éponge imprégnée d’eau bénite.

 

S’il est bien évident que nous ne saurions nous repentir, ni éprouver de la culpabilité, à propos d’actes auxquels nous n’avons pas pris part, que nous pouvons regretter par ailleurs,  il est non moins clair que nous devrions refuser le détournement de ces termes abusivement employés dans le seul but d’éviter les investigations historiques sérieuses de notre amont.

L’enseignement aussi objectif que possible de l’Histoire résulte du besoin de connaître le plus clairement qu’il se peut les données du passé, de manière à permettre à chacun de se forger un point de vue et d’en tirer des conséquences pour le présent.

 

Commémorations, journées du souvenir, discours et tentatives de réparation (illusion totalement pernicieuse, profondément inopportune), ne servent qu’à brouiller les pistes et à entretenir l’ignorance. Elles procèdent sans nul doute de la stupide notion de péché originel, qui voudrait que nous soyons comptables des actes de nos ancêtres.

 

Trois Pater et deux Ave ne nous dispenseront jamais du devoir de connaissance et de compréhension, pas plus qu’ils ne nous mettront à l’abri du retour des démons.

Dans ses Ecrits sous la potence, me souvient-il, avant d’être fusillé par les nazis Julius Fučík s’exclame Frères humains je vous aimais, veillez !


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Published by Blogue-note de Jean Klépal
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