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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

pline, montaigne, freud, agnes varda, ecrire, pulsion de vie

Ecriture

2 Avril 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Pline, Montaigne, Freud, Agnès Varda, écrire, pulsion de vie

Savoir lire, écrire et compter (conter ?).

Ecrire fait ainsi partie du minimum requis. Ecrire peut se révéler un besoin fondamental, au même titre que lire, boire ou manger.

Il s‘agit d’un geste premier : aller à la rencontre du mot pour accéder progressivement à la découverte de la pensée.

Peu à peu, le besoin s’installe.

Nulla dies sine linea (Pline)[1]

Alors, cet exercice régulier s’apparente à une hygiène mentale source d’entretien des capacités intellectuelles, affectives aussi. Vigilance en alerte, l’écrivant se fait spongieux. Il écrit pour lui, pour tenter de se comprendre, pour tenter d’y voir clair. Il devient son principal  champ d’observation et d’expérimentation.

Ainsi, lecteur, je suis moy-mesmes la matière de mon livre (Montaigne)

 

Une envie de partage peut se faire jour après coup, mais c’est d’abord pour soi que l’on écrit. Pour tenter de comprendre.

Ecrire et se relire permet de mesurer l’évolution de nos points de vue, à mesure qu’avance le  chemin. C’est ainsi qu’il y a quelques mois, bousculé par un gros accident de santé, j’avais envie d’en finir, fatigué, lassé, ne voyant plus guère d’intérêt à poursuivre, fasciné par l’idée de la mort. Puisqu’il faut un jour ou l’autre en passer par là, autant ne pas trop attendre, le sentiment de sérénité aidant, le moment paraissait opportun. Lâcher prise, facilité peut-être.

Il n’en fut rien. Soins palliatifs, attention bienveillante des intervenants, la conscience d’une lente amélioration se mit à poindre.

Amélioration pour quoi ?

Pour moins mal vivre l’ici et maintenant.

Pour progressivement admettre la situation désormais imposée de semipotent (minus valido, disent joliment les espagnols).

Pour finir par y trouver quelque intérêt.

Pour reprendre plaisir au commerce d’autrui.

Pour rire, plaisanter ; pour réfléchir et envisager des choses à faire, à explorer, à tenter, envisager un à venir ensoleillé propre à admettre de mieux en mieux l’ultime et à continuer de s’y préparer en toute quiétude.

Autrement dit, reprendre goût à la vie, savourer sa précarité et laisser revenir des traces de juvénilité.

Eros contre Thanatos

Pulsion de vie / Pulsion de mort (Freud)

 

Activité apparemment solitaire, l’écriture se nourrit largement de l’extérieur. Evénements, surprises, rencontres, remarques et questionnement d’autrui. D’abord l’ouverture, ensuite le repli sur soi, sur son singulier universel, puis à nouveau l’ouverture dans l’offre de partage.

L’écriture se présente alors comme une fenêtre ouverte sur l’éternel quotidien. Il est passionnant.

Pour réfléchir, j’ai besoin de faire. De faire et de parler, toute seule je n’y arriverais pas

(Agnès Varda)

 

 

 

[1] Oui, je sais, existent des diarrhéiques du verbe. Laissons-les pour ce qu’ils sont, de simples pisseurs de copie,  style chasse d’eau. Existent aussi des stylistes mondains, petits marquis talons rouges dont le brillant de l’apparence masque la vacuité, précieux et précieuses ridicules. Des chroniqueurs, absents de leurs écrits, toujours le nez à la vitre. Des laborieux à la recherche de sujets vendeurs, butineurs voyageurs en quête de sujets. Ensemble producteur la plupart du temps d’écrits vains, le sachant sans s’en émouvoir. Par bonheur, il y a tous ceux qui ont quelque chose à dire, et savent le dire.

 

 

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