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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Déviance

10 Septembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Socrate, Sénèque, Savonarole, Giordano Bruno, Galilée, Trotski, Baltasar Garzon, Professeur Raoult

 

Le premier qui dit la vérité

Il doit être exécuté

chantait Guy Béart en 1968, faisant écho à La mauvaise réputation de Georges Brassens (1952) 

Non, les braves gens n’aiment pas que

L’on suive une autre route qu’eux.

 

Accusé de corrompre la jeunesse, de nier les dieux de la cité et d'introduire des divinités nouvelles, Socrate doit boire la cigüe.

Tombé en disgrâce, Sénèque est contraint au suicide par Néron.

A un siècle de distance, deux prédicateurs, hommes d’Eglise aussi intransigeants qu’indociles, Savonarole puis Giordano Bruno sont pendus, puis aimablement rôtis en place publique à Florence, pour avoir fustigé la licence des mœurs et professé des idées contraires aux enseignements officiels de notre Sainte Mère l’Eglise.

Plus tardivement (début 17e s.) Galilée, savant hétérodoxe, n’échappe à cette extrémité qu’après avoir abjuré l’héliocentrisme établi dans la foulée de Copernic.

A chaque fois, la Très Sainte Inquisition se trouve aux manettes.

Il n’a fallu attendre que trois siècles, seconde moitié du 20e siècle, pour qu’intervienne une réhabilitation papale : oui, la Terre et les planètes tournent bien autour du Soleil, mille excuses Signor Galilei.

En 1940, après un long bannissement et une folle errance, le déviant Trotski, chantre de la révolution permanente internationalisée,  périt à Mexico assassiné par un spadassin mandaté par les sbires de Staline. 

Tombeur de Pinochet en 1998, le juge Baltasar Garzon voit sa carrière brutalement interrompue par la droite au pouvoir en Espagne pour s’être montré trop curieux en matière de corruption, et surtout pour avoir voulu instruire un procès contre les crimes du franquisme, alors qu’ils ont été amnistiés en 1977.

Les procédés diffèrent, seules changent les apparences, l’intention demeure identique, faire taire de manière définitive le déviant. La marche du Monde est inexorable.

 

« Covid-19: le professeur Didier Raoult visé par une plainte à l’Ordre des médecins », titre Le Figaro. L’Ordre des médecins, une des incarnations de la Congrégation pour la doctrine de la foi, héritière en droite ligne de l’Inquisition ?

Le quotidien impartial et indépendant nous dit que Raoult serait coupable de

- promotion d’un traitement à l’efficacité non démontrée ; (cela semble impliquer que chimiothérapies, radiothérapies, et autres traitements de choc, ont une efficacité indubitable)

- diffusion de fausses informations ; (on n’est jamais trop exigeant sur le plan de la vérité)

- manquement au devoir de confraternité ; (il est vrai qu’il ne semble pas apprécier certains de ses petits camarades)

- pratique d‘essais cliniques à la limite de la légalité. (Ah ! ce problème des limites entre l’acceptable et l’interdit)

Certes, M. le professeur Raoult n’attire pas d’emblée la sympathie. Est-ce rédhibitoire ? Sa présentation physique n’est pas conforme, il prend volontiers la pose du provocateur. Pourquoi donc s’y laisser prendre ? Ce n’est sans doute qu’un jeu. C’est un bien curieux personnage. Cela en fait-il un individu dangereux ? Pour l’industrie de la médecine, il l’est sans nul doute. Parmi la communauté scientifique normalisée il ne peut avoir que mauvaise réputation. Sa flagrante marginalité exempte-t-elle de toute analyse sérieuse de ses prises de position ?

Ses interventions ne suscitent jamais que des réactions émotionnelles, voire passionnelles. Les esprits s’enflamment et avancent des opinions (des illusions de savoir), ils se tiennent à l’écart de la recherche de données factuelles, ignorées ou occultées. Comme le débat scientifique est ardu, il est plus commode de s’en tenir à des généralités, à des apparences.

Tout cela n’est  pas sérieux.

Peut-être aurions-nous besoin d’autres débats que des querelles de concierges.

Peut-être aurions-nous besoin de confrontations argumentées, sérieusement étayées, plutôt que des affirmations péremptoires et des statistiques fumeuses jamais référencées.

Peut-être aurions-nous besoin d’échanges pluridisciplinaires, largement ouverts, plutôt que des injonctions contradictoires.

Peut-être aurions-nous besoin de crédibilité.

Peut-être aurions-nous besoin d’intelligence.

 

 

P.S.

Un coursier m’a remis il y a peu une enveloppe soigneusement scellée contenant un exemplaire d’Un été avec Montaigne, recueil de textes d’Antoine Compagnon écrits pour France Inter. Nulle mention d’origine, ni d‘expéditeur, seulement une carte imprimée a gift for you. Manifestement l’expéditeur anonyme connaît ou a repéré mon goût pour les écrits de Montaigne et ma proximité avec la personne. Il fait partie de quelques assez proches puisqu’il sait mon adresse postale. Que ce généreux anonyme, si d’aventure il lit ce blogue, soit ici remercié de son attention.

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