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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal

Starisation ; statufication

7 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #E. Morin, A. Detoeuf -Barenton, confiseur, A. Camus, de Gaulle-Franco

 

Les étapes de la vie ont peu à peu forgé un personnage non seulement de référence, mais de surcroît fort respectable. Après une période d’écriture à l’accès rebutant, son style s’est éclairci, comme s‘il éprouvait un souci grandissant d’intelligibilité, comme s’il souhaitait rencontrer des publics de plus en plus élargis, à mesure que les coups portés à la planète et les défis à relever s’intensifiaient, à mesure aussi du délitement de la notion de gauche politique et de l’érosion des valeurs humanistes.

Il devint progressivement une vedette médiatique, une quasi star de l’intelligentsia, que l’on pouvait consulter comme jadis la Pythie de Delphes.

De la star à la statufication, il n’y a parfois qu’un pas, d’autant plus aisé à franchir que les années paraissent le justifier. Etre centenaire et monument national suffisent largement à l’affaire. Edgar Morin sera donc reçu à l’Elysée pour un hommage national le jour même de son anniversaire. Une béatification anthume, en quelque sorte. A coup sûr, une manœuvre pré-électorale pour tenter de grappiller quelques voix de centre-gauche au printemps prochain ; une des multiples façons d’entretenir le rideau de fumée d’un flou permanent. Par ailleurs, céder au sortilège des sirènes, n’est-ce pas ternir sottement l’image conclusive d’un intellectuel majeur ? L’âge n’a sans doute rien à y faire, le bonhomme est bien trop ingambe.

Le légat de la finance sera aux manettes, accompagné par la curie des renégats hollando-mitterrandiens, et la bimbeloterie de quelques invités privilégiés.

Un choix des propos échangés pourra être gravé dans le faux marbre médiatique, au mieux du comblanchien deuxième choix.

Dans ses « Propos d'O.L. Barenton, confiseur, ancien élève de l'École polytechnique », Auguste Detœuf explique comment se préparer un bel enterrement…

Un de mes fidèles lecteurs entretient une relation plus que trentenaire avec E Morin. Invité au pince-fesses élyséen, il m’écrit, déplorant une occasion manquée de faire retentir une parole différente sous les lambris officiels :

« Je lui avais proposé une ligne de réponse à l’éloge de Macron jeudi prochain.  Il avait l’opportunité d’offrir une vision coopérante du “monde d’après”.  Il m’a répondu qu’il s’en tiendrait poliment à la culture.

Décevant. Pathétique. N’est pas Albert Camus qui veut. 

Voilà pourquoi je n’irai pas. »

 

NB

De Gaulle dans les derniers mois de sa vie a rendu visite à Franco le 8 juin 1970, en son palais du Pardo.

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S
si étranger, voulais-je dire !
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S
À y bien réfléchir, c'est vrai, je suis un peu injuste avec le centenaire à la mode, même si sa recherche de clarté et d'ordre me paraît lui avoir coupé l'accès à cette pensée véritablement complexe qu'il appelle de ses vœux mais qui ne répond malheureusement pas à sa flamme. Une relation platonique avec le monde ne suffit pas à le comprendre en profondeur…<br /> Mais bien plus qu'à Morin, j'en veux à cette humanité qui ne cesse de se créer des idoles à adorer, des modèles à suivre, des sages à révérer. Servons-nous de ceux que nous admirons, pillons-les et aimons-les assez pour ne pas les imiter, mais pour à note tour devenir nous-mêmes. Nous leur éviterons ainsi ce naufrage pathétique que connaissent les stars de tout poil quand elles s'abaissent à renifler avec complaisance flatteries intéressées et adulations stupides.<br /> L'ami Audouard avait coutume de répondre aux flagorneurs, en exagérant son accent provençal : "Tu me flattes… mais continue ! "<br /> C'est peut-être ce qui me rend Morin si étrange : sa totale absence d'humour.
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B
Oh oui ! Pillons, révérons, nourrissons-nous de ceux que nous admirons pour devenir pleinement nous-mêmes. Le respect, absolument, la révérence dévote, en aucun cas. Et bien sûr l'humour, antidote puissant au naufrage de l'auto complaisance. L'être avant l'avoir.
A
Bonjour Jean.<br /> <br /> S'indigner à nuit debout est-ce déjà une révolte ? façon camusienne ? <br /> <br /> La préface – fort intéressante au demeurant, de Raphaël Enthoven ouvrant le Quarto Gallimard consacré à Albert Camus, est-elle la continuation de la révolte camusienne ? est-il le nouveau homme révolté ?<br /> <br /> La complexité morinienne à l'heure de l'hygiène est-elle compatible ?<br /> <br /> Un système se revendiquant des Lumières pour une même lumière universelle avec un effacement des cultures planétaires fait-il bronzer ?<br /> <br /> Un star-uper à vélo électrique connecté fait-il le printemps écologique ?<br /> <br /> Un tapis de bombe pour apporter la Lumière fait-il chanter la City et son marché ?<br /> <br /> Se revendiquer de Nietzsche, de Ferré, de Brassens, de Thoreau, de Melville dans la société du spectacle fait-il de vous un artiste sincère ? un homme révolté ?<br /> <br /> Quand la communication est la règle, la sincérité, la probité, le courage lui serrent-ils la main ?<br /> <br /> Ne faire que voter contre et s'en laver les mains une fois revenu devant la routine du JT télévisuel, est-ce un exercice de style ? un acte de courage ? un acte de résistance de la première heure ?<br /> <br /> Enfiler chaque jour son costume pour la parade de la subordination sociale – oublié de temps en temps de l'enlever une fois rentré à la maison, est-ce toujours compatible avec le dicton « l'habit ne fait pas le moine » ?<br /> <br /> Quand il n'y aura plus que la stricte réalité de la raison où sera Homo sapiens ?<br /> <br /> Combien de temps dure la réalité d'une vague ?<br /> <br /> Je ne sais pas. Je me demande.
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B
Ainsi donc, voici de belles interrogations, propres à composer les stances d'un lecteur fidèle et attentif.<br /> Merci, et vive le surfing !
S
Bien torché, ce texte doucement critique. Je serais plus sévère avec ce bavard impénitent, fastidieux enfonceur de portes ouvertes, homme d'ordre sans style et sans imagination, foncièrement académique (qui a lu jusqu'au bout ce pensum filandreux qu'est "La Méthode" ?), et donc en parfait accord avec lui-même dans cette célébration de la renommée merdiatique momifiante et des institutions officielles, certes vérolées mais officielles. En matière d'écriture, Morin est bien de son époque, qu'importe la qualité, pourvu qu'on ait la quantité. Écoutons Greta Thunberg ou lisons Baptiste Morizot, ils ne sont pas encore embaumés et ils respirent la vie.
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