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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Désobéissance - Graine de violence (Jean-Luc Danneyrolles)

28 Mai 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Graines, #Semences, #Agro-écologie, #Désobéissance civile

Un texte reçu de mon ami Jean-Luc Danneyrolles, le créateur du Potager d'un curieux, à Saignon, dans le Luberon.


La guerre de la semence fait rage, on perd des batailles, les moyens mis en œuvre pour l'appropriation d'un patrimoine génétique plurimillénaire sont sans mesure. Les grands groupes concernés sont prêts à tout pour ce hold-up historique et géant, les états sont pénétrés à tous les niveaux par des lobbies puissants. Incapables de résister, ils collaborent ; l'Europe a mis sa bureaucratie au service des puissances agro-industrielles,
elle achève sa société rurale.
Au niveau planétaire on maltraite le traité international donnant droit aux paysans de semer, échanger, commercer leurs graines librement. Les enjeux de la semence s'invitent dans l'opinion publique, cette dernière est sensible car dans l'histoire rurale mondiale il y une histoire de la graine. Au cœur des problématiques de souveraineté alimentaire, d'une
alimentation agro-écologique, des accaparements et de l'artificialisation des terres, il y a la graine, il y a la graine.

Quand les hommes/femmes violent les lois, les hommes/femmes vont en prison, mais quand les lois violent les femmes/hommes ?

La désobéissance civile n'est pas un choix c'est une détermination naturelle, une obligation non prévue dans l’existence. Alors on va continuer à semer et récolter nos graines contre vents et marrées, lobbies et répression, on va continuer parce que l'on n'a pas le choix, on ne lâchera pas le morceau parce que c'est trop gros, on ne quittera pas le jardin avant la fin de la partie, on va encore faire rêver les gens avec nos graines, et elles vont les nourrir. Nos semences portent en elles le germe des « jours heureux ».
(J-L Danneyrolles, printemps 2013 sur la terre)

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Perles de culture (Brèves 16)

27 Mai 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Culture ; langage

(Au point d’accueil de Marseille-Provence Capitale de la Culture 2013 - sic -, au sujet du Vieux-Port récemment réaménagé)

Une passante

– L’aménagement est impressionnant, dommage toutefois qu’il n’y ait aucun banc pour s’asseoir tranquillement, ni aucun arbre pour l’ombrage, tout ça est en plein cagnard… Serait-ce dû à la pression des bistrotiers ?

Une hôtesse (dûment formatée)

– Mais, Madame, c’est une œuvre d’art !

(trompettes de la renommée)

.................

(Dans une supérette fraîchement dotée d’automates de facturation)

Une cliente (au gérant, débordé, affairé à expliquer comment s’y prendre)

- Où sont passées les caissières ? C’était beaucoup plus simple avant…

Une rombière (fière de soi, comme il convient)

- Mais, Madame, il faut vivre avec son temps !

(salut au drapeau)

....................

(Dans un service d’oncologie)

Médecin spécialiste (à une patiente exténuée)

- Je vous ai prescrit une radiothérapie de confort (sourire)… Il faut continuer (sourire, à nouveau)…

(sonnerie de l’Angélus)

....................

(Largement repris par les échotiers politiques)

Un candidat (mine sérieuse et réfléchie)

- Nous constatons une baisse tendancielle de l’augmentation du chômage…

(trait de violon très appuyé)

........................

(Largement répandu sur les ondes, dans la presse, et par affichage)

Un autre candidat (d’abord avec un sourire niais, puis une expression de forte détermination)

- Le changement, c’est maintenant !...

Mon ennemi, c’est la finance !

(sonnerie de trompettes, battements de tambours)

..........................

(À propos de l’encadrement un temps envisagé des rémunérations des grands patrons)

Le ministre (d’un air convaincu et sûr de lui)

- Il convient plutôt de miser sur une autorégulation exigeante…

(saxophone avec sourdine)

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Hiroshige - Cent vues célèbres d’Edo

17 Mai 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Hokusai -Hiroshige - Estampes - Japon

Avec son aîné Hokusai, Hiroshige est l’un deux phares historiques et complémentaires de l’estampe japonaise. Les éditions Taschen viennent de rééditer le bel ouvrage précieusement présenté qu’elles ont consacré aux Cent vues célèbres d’Edo, devenu Tokyo en 1868 dix ans après le décès d’Hiroshige.

Dans cette très importante suite l’artiste s’est employé à brosser une fresque de la vie quotidienne, une sorte de reportage très apprécié d’entrée de jeu. Il s’agissait d’une manière de se projeter par le biais des estampes dans un voyage pas toujours aisément réalisable.

Montrées à Paris en 1893, ces œuvres ont tout particulièrement suscité l’enthousiasme de Pissarro et de quelques autres.

On trouve leur influence directe chez Van Gogh (ses Japonaiseries), comme chez l’anglais Whistler (Le vieux pont de Battersea).

Aujourd’hui encore on ne peut manquer d’être frappé par le savant dégradé des couleurs, à propos duquel les maîtres imprimeurs sont certainement autant à saluer que l’auteur lui-même. Réaliser des estampes où les tons nettement affirmés contrastent avec des nuances progressives et des ombrages qui vont du bleu au noir, n’est pas à la portée du premier venu. Le nombre des passages à la presse pour les obtenir peut être aussi considérable que délicat.

L’ouvrage s’efforce d’en rendre assez suffisamment compte pour que l’on puisse rêver aux originaux. Il permet en tout cas de s’arrêter aux angles de vue inhabituels ainsi qu’aux audaces de composition, que tempère parfois une note d’humour.

Les vues d’oiseau incitent au regard baladeur dans l’espace proposé, naturel ou urbain. La découverte progressive est comparable à celle que nous effectuons lorsque nous sommes face à un vaste paysage où aucun point particulier ne capture la vision. Il convient de parcourir plan après plan le panorama qui s’offre à nous pour en scruter peu à peu chacun des éléments et goûter l’harmonie d’ensemble.

Les perspectives linéaires, très proches de celles du point de fuite de l’art occidental, introduisent le vérisme du reportage sur le vif. Il s’agit le plus souvent de scènes de rue, de la vie qui va.

Enfin, interviennent parfois des motifs de premier plan, coupés par les bords du format ils produisent un effet de loupe, un seuil commandant l’accès à l’image. Effets novateurs très saisissants apparemment simples, en fait très construits, repris plus tard avec les premières BD.

A voir tout cela on comprend le choc qu’ont pu ressentir les artistes de l’orée du XXe siècle lorsqu’ils découvrirent cette suite en même temps que les Mangas d’Hokusai. Aujourd’hui encore la maîtrise de l’espace, du format et du jeu des points de vue sidère.

Un beau livre abondamment documenté qu’il serait dommage d’ignorer.

(Hiroshige - Cent vues célèbres d’Edo –Taschen, éd. 2013, 272 p., sous coffret, 29,99 €.)

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Fraîcheur de l'art roman

11 Mai 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art roman ; Barcelone

Cet art d’une époque d’avant l’Art, d’une époque ou la notion d’artiste n’existait pas, est éblouissant.

Il s’agit d’un temps du témoignage, d’une pureté de l’expression, avec toute la fraîcheur et la confiance qui marquent une implication totale dans la marche du monde. On raconte des histoires auxquelles on croit, on constate et on décrit ce que l’on voit, ce dont on est persuadé de l’existence. Établir une différence entre imaginaire et réalité n'est pas de mise. La fantasme s’incarne, il concourt pleinement au monde tel qu’on l’appréhende. On ne joue pas à, on vit aussi bien ce que l’on connaît que ce qu’on imagine, auquel on croit, que l’on décrit avec une extraordinaire véracité. Point de fables, il s'agit toujours de la réalité telle qu’on la conçoit. L’image est un gage d'existence.

Tout un peuple de bâtisseurs, façonniers divers, se met à l’ouvrage et témoigne tout simplement de sa foi, comme de l’enchevêtrement entre la trivialité du quotidien et le sacré. La vie est un rêve souvent cruel. La cruauté et la souffrance s’apparentent au constat. L’étonnement procuré par la découverte de différences ou d’inconnues construit un bestiaire dont l’évidence s’impose à tous. Le Codex Beatus de Liebana conservé à la Seo de Urgel, dans les Pyrénées espagnoles (Cerdagne), en est un remarquable exemple. Le contempler sur place est une grande source d’émotion (Google en propose un aperçu).

La magie joue à plein, elle participe du savoir. Le mystère de l’existence nécessite des explications et des commentaires, souvent assortis d’un solide bon sens. L’ingénuité marque la représentation du monde. L’innocence de la vision fonde la clarté. Nulle afféterie, juste le nécessaire, l’essentiel, ce qui permet une lecture et une compréhension directes. Le dessin revêt souvent la pureté de la haute antiquité. La précision du trait, de la ligne, vaut pleinement pour ce qu’elle indique. Ces temps furent durs, le dépouillement leur correspond, il ne connaît aucun bavardage.

A Barcelone, le remarquable musée d'art roman catalan n'est à manquer sous aucun prétexte.

Il faudra longtemps avant que cette simplicité puisse à nouveau apparaître sans aucune rouerie. Il faudra le XXe siècle et Matisse en sa chapelle de Vence. Entre temps l’art aura connu bien des vicissitudes, dont le gothique n’est pas des moindres. Oh, bien sûr, cette période du gothique n’est pas rien, elle a vu éclore d’incontestables chefs-d’œuvre. Elle a marqué une forte empreinte, mais elle est à l’art roman, ignorant de lui-même en tant qu’art, ce que la pâtisserie est à l’authenticité de la cuisine rustique, un savant détournement, une trop fréquente hypertélie. C'est-à-dire un développement nuisible d’une évolution dont le mérite principal fut de justifier le retour à plus de mesure, ce qu’a connu le quattrocento avant que le cycle de l’excès ne reprenne.

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N-D des Landes : chronique

28 Avril 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Rédigée par un ami de longue date, une chronique des événements très récents...

 

Sème ta zad
graine d'espoir.
écoute le son des bottes d'un peuple de boue,
refuse le bruit des bottes d'un état qui vacille.

 
Samedi 13 avril 2013, Notre dame des Landes.
Plusieurs milliers ( environ 2013?) de jardiniers bottés comme à l'habitude on convergé vers la zone d'autonomie définitive (ZAD), l'endroit de l'ex futur aéroport du grand ouest. Une fine pluie continue et traditionnelle accompagnait ce spectaculaire cortège.  Equipés de fourches, de bêches, de grelinettes, de plants et d'arbustes, les jardiniers se sont répartis dans les différents collectifs où des actions de jardinage avaient été organisées. Ainsi et malgré l'hostilité de la météo, de nombreuses serres ont poussé, des dizaines de buttes, des espaces agricoles ont été défrichés, la terre travaillée, des potagers clôturés, des centaines de mètres de drains creusés, des ateliers pour emmancher des dizaines d'outils et affuter les serpes, les faux, les sécateurs, planter des arbres. Habitué à des chantiers collectifs, je n'en avais jamais vu d'une telle ampleur. Cette journée d'actions fut une réussite magnifique. Des débats, des repas, des concerts et de la très bonne bière "semtazad" ont accompagné et terminé cette journée d'espoir. Les projets agricoles fleurissent sur la zad et témoignent concrètement de l'enracinement d'une lutte, de ses conséquences et ses ramifications fertiles. Un grand chantier d'expérimentation sociale et néo rurale est en cours dans le bocage breton. Dans sa durée, ses composantes, ses objectifs, il dépasse incontestablement la problématique des paysans du Larzac il y a 40 ans. La question de l'utopie est dépassée (on topos, non lieu) car plusieurs dizaines de collectifs occupent des lieux de manière durable. Une conscience s'est éveillée concernant l'impact des zadistes sur le milieu, les écosystèmes fragiles de ces milieux humides. Une connaissance naturaliste se développe peu à peu sur 2013( ?) hectares. Elle révèle l'extrême richesse d'une zone écologique fragile (ZEF). Batraciens, insectes, oiseaux, mammifères et plantes ont intégré désormais la lutte, le processus et leur voix comptent. Elle révèle aussi une démarche agro écologique qui prend en compte et respecte l’écosystème dans lequel elle s'intègre.

Dimanche 14 avril.
(RAS) Rayon Apparent du Soleil. Le sourire aux lèvres envahit la zad qui vit son premier jour de printemps. Tout le monde glande et profite, récupère de la veille. Un dimanche à la campagne, un pique nique organisé au carrefour de la Saulce rassemble quelques centaines de personnes. Ce check point délaissé durant le week end par la petite compagnie de gendarmes mobiles est l'objet d'un débat : faut il se le réapproprier pour éviter les humiliations quotidiennes ? L'hélicoptère de la gendarmerie (environ 2013€/heure) fait du surplace juste au dessus, comme un faucon crécerelle et doit se poser la même question.

Lundi 15 avril.
Graines de violence, nouvelles du front. zone à défendre (zad)
Au chant du premier rossignol nocturne et du crapaud accoucheur, endormi dans une grange, j'ai été réveillé par des explosions particulièrement sonores. A peine éveillé, je me disais que la carrière était bien proche et les dynamiteurs bien matinaux. Dès 7 heures du matin, plusieurs escadrons de gendarmes mobiles ont réinvesti les lieux, affrontant une jeunesse désenchantée et radicalisée. La guerre dans les champs et les forêts proches du carrefour s'est prolongée jusqu'a 2 heures de l'après midi. Des échauffourées d'une grande violence ont provoqué plusieurs blessés du côté gendarmes mobiles et du côté des jeunes, ainsi que  quelques arrestations. Des bombes assourdissantes, des grenades lacrymogènes et des tirs de flashball ont ponctué toute la matinée. Une tension extrême s'est installée chez tous les zadistes. Nous avons essayé de calmer cette jeunesse inquiète, déterminée et agitée face la violence de cette répression désorganisée et illégitime. Nous étions un peu comme les grands frères de cette diversité des enfants perdus. Nous avons passé l'après midi à bâcher une serre face à un champ où étaient déployés des colonnes de gendarmes mobiles. Un ancien a récolté dans les champs et les bois une carriole de cartouches de grenades. Il avait la haine, et nous aussi. Il se joue ici quelque chose qui ressemble au jeu de la guerre. Elle peut faire des blessés, des morts et des futurs terroristes. Le pouvoir n'a pas de stratégie, il panique. Les outils de jardin sont des armes pacifiées, je préfère imaginer qu'une armée de jardiniers se met en marche. « Les générations sont des tentatives ». Nous avons l'imagination et l'intelligence collective avec nous.   
Jean Luc Danneyrolles, 20 avril 2013

 Ps : il m’apparait utile que des médecins alternatifs et bénévoles visitent les zadistes. Les conditions extrêmes de (sur)vie épuisent le moral et la santé des troupes.

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Architecture : Rudy Riccioti, suite

26 Avril 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Deux lectures complémentaires : L’Impossible (mensuel, 7 €) ; Rudy Ricciotti, HQE (Le Gac Press, éd. 2013, 103 p., 13€)

 

Dans ma « Brèves n°6 » j’ai signalé l’existence de L’Impossible, un mensuel lancé en mars 2012, disponible en kiosques et dans certaines librairies. Le n° 12 vient de paraître en ce mois d’avril 2013, il consacre plusieurs pages à une « Image de l’architecte en miettes ». Rien que ça.

«Elle s’angoisse, elle vacille, un danger la menace, l’architecture : sa dilution, son émiettement en d’autres professions.»

Déjà en 1968, dans ses Mémoires d’un architecte, Fernand Pouillon prêtait une conversation  à deux de ses confrères :

- Que fais-tu ?

– Du sordide. Et toi ?  

– Moi aussi.

Depuis, le désenchantement n’a cessé de se développer, écrit l’auteur de l’article.

Peu à peu le concepteur a vu son rôle fondre dans la complexité des processus mis en œuvre. Les normes sont devenues accablantes, les équipes pluridisciplinaires exigées par les avis de concours s’apparentent parfois à un générique de film, les partenariats public-privé fragilisent l’architecte et le réduisent à un rôle de supplétif soumis aux injonctions des majors du bâtiment.

Ces phénomènes conduisent à des productions fréquemment navrantes, répétitives et stéréotypées. Un urbanisme planétaire uniforme développe un marché d’architectes vedettes devenus de simples marques commerciales. Ce marché s’apparente au mercato des footballeurs.

Face à cela, certains développent des postures médiatiques qui souvent sonnent le creux de l’outrance, d’autres, non moins soucieux de leur image, explorent des voies fondées sur des réflexions relatives à l’emploi de nouvelles techniques, des imaginaires particuliers, des préoccupations sociales, des enjeux culturels. Parmi ceux-ci figure « Ricciotti ou la version rock star, l’architecte en animal sexué et parfois destroy, tantôt en cuir noir, tantôt genre Vieux-Port, en espadrilles et débardeur bleu marine, musculature impeccable, bronzée.»

 

Evocation bienvenue au moment où parait la réédition « relue, réactualisée et augmentée d’un épilogue » de Rudy Ricciotti, HQE.

Deux textes de Ricciotti paraissent donc ce mois-ci (cf. blogue du 17 avril,  L’architecture est un sport de combat).

L’actualité du MuCem de Marseille constitue une belle opportunité éditoriale, dont nous ne nous plaindrons pas.

 

Colt sur les hanches, Ricciotti dégaine et tire à vue sur tout ce qui l’insupporte :

En urgente priorité, le miroir aux alouettes et l’influence technique néfaste de la Haute Qualité Environnementale, qui développe confusion, mystification, et collusion entre technocrates et marchands du Temple. « Le HQE est la doctrine des affairistes prédateurs. » Viennent ensuite la normalisation, le juridisme, la terreur technologique, le sectarisme, l’urbanisme paysager, l’activisme commercial et le lobbying des majors du bâtiment, le Grenelle de l’Environnement, les technocrates de tout poil, le « réseau des mafieux de l’environnement organisé en tribu. » Etc.

Le feu est si nourri que les métaphores disqualifiantes, les oukases, les anathèmes, pleuvent comme à Gravelotte. Il y en a pour tout le monde. La faconde indignée de l’auteur, la tonitruance de ses clameurs à chaque fois justifiées, pourraient parfois masquer à un lecteur trop pressé la pertinence et la richesse du propos. Ce livre est à lire avec une attention soutenue. Au fil des pages des formules acérées frappent et imposent la réflexion. Bigre, le bougre, quelle santé !

Quelques échantillons picorés au fil des pages :

Les intolérances normatives et l’hypertrophie des règlementations représentent une formidable aubaine pour les chantres  de matériaux et de techniques inappropriées. Il s’agit dans bien des cas de « terreur technologique et d’ostracisme ».

C’est ainsi, par exemple, que l’empire de la climatisation répute geste « socialement dégradant » l’ouverture d’une fenêtre pour ventiler une pièce… (Combien d’entre nous n’ont jamais pesté contre cette stupidité ?)

« Un chantier propre ici, mais qui délocalise sa saleté ailleurs, telle est la félonie vendue en général aux riverains et au maître d’ouvrage par le discours sur l’assemblage à sec non polluant avec des profilés métalliques silencieux. »

Les jurys des appels d’offres, qu’il appelle des tribunaux, sont peuplés de « psychopathes incompétents et vicieux », prétextant de théories fumeuses pour étouffer la vie à coup de prétendues raisons.

Les mythes numériques et composites conduisent irrévocablement à un « enlaidissement raisonné » des paysages.

Faire « l’économie du sol pour les générations futures » en refusant de « transformer des territoires agricoles en lotissements industriels ou en zones de supermarché » serait une mesure de sauvegarde de première nécessité si l’on veut rompre avec la délocalisation des métiers de base.

Le « développement durable est une vertigineuse question politique traitée avec l’allégresse de l’amateurisme politique. »

Pour l’auteur, les mesures les plus urgentes à prendre sont les suivantes :

« Interdire la publicité et la communication institutionnelle, taxer les faibles densités, criminaliser l’imperméabilisation non justifiée des sols, interdire le plastique dans la construction, interdire la climatisation généralisée, réduire à la source et aux compteurs les puissances d’énergie distribuées aux édifices tertiaire (…) Eradiquer sans remords la doctrine HQE.»

Difficile de s’en sortir par un simple haussement d’épaules.

Combien sont nécessaires à une hygiène élémentaire de tels coups de boutoirs !

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Marseille-Provence Capitale de la culture 2013 - un livre de Rudy Ricciotti

17 Avril 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Rudy Ricciotti – L’architecture est un sport de combat – Ed. Textuel, 2013 (94 p., 15 €)

 

Paraphrasant Bourdieu, Ricciotti s’affirme comme un redoutable bretteur. Il écrit avec la pointe de sa dague et parle rapière au poing.

La cléricature des politiques et des professeurs d’architecture qui « recyclent au rabais le savoir » ne trouve aucune grâce à ses yeux car il les considère aussi ignares les uns que les autres. Les institutions avec leurs règles et règlements, la « brutalité bureaucratique arbitraire », l’insupportent au plus haut point.

Impossible de le lire sans penser à Jean Dubuffet et son Asphyxiante culture, ou bien aux pamphlets libertaires que Paul-Louis Courier rédigeait sous la Restauration.

Pour lui, l’architecture comporte nécessairement une dimension politique. La neutralité ne saurait être de mise. Il possède à coup sûr l’art de ne pas se faire que des amis dans les milieux officiels.

 

Du Stadium de Vitrolles au MuCem de Marseille, il passe en revue ses réalisations hexagonales majeures : le Pavillon noir à Aix-en-Provence (Centre national chorégraphique hébergeant la Compagnie Preljocaj), le Département des Arts de l’Islam au Louvre, le musée Jean Cocteau à Menton, la rénovation du stade Jean Bouin à Paris. Il s’offre ainsi l’occasion de conter chemin faisant ses démêlés avec une administration jugée tatillonne, arrogante et profondément incompétente. Sa virulence ne connaît guère de limite.

Grande gueule pensante, il se veut trublion. « Un diplôme d’architecte n’est pas une sinécure pour enfants gâtés, c’est une responsabilité, un besoin intellectuel d’en découdre physiquement. »

Tonique, sanguin, vigoureux, il taille des croupières au minimalisme désincarné très en vogue de nos jours, ainsi qu’à l’urbanisme mondialisé dont « l’uniformisation colonise les habitudes et abrutit les cervelles. » Le « salafisme architectural » est une de ses cibles majeures. Le « barnum  de l’art contemporain » hautement marchandisé par Pinault et consorts en prend également pour son grade. Il dénonce avec une pertinence très jouissive le « fascisme marchand né de la médiatisation ».

Face à cela, pour résister au « concassage du désir », il convient de cultiver et de développer des « écritures de résistance à l’uniformité » nous dit-il.

 

Si ses diatribes parsèment le livre, ses éloges et sa défense des métiers et savoir-faire qui fondent son refus des compromis sont fortement affirmés. Il célèbre le talent de chacun des intervenants sur un chantier et n’admet pas que « la parole d’un HEC (puisse avoir) plus de valeur que celle d’un charpentier ou d’un maçon ». Fait notable peu courant dans la profession, il cite le nom de ceux sans lesquels il n’aurait pu mener à bien  ses réalisations. Le fameux Cesar fecit pontem qui permet au général en chef de s’arroger les mérites de la piétaille n’est pas de mise ici.

Il prononce de même un puissant éloge du béton, de ce qu’il permet et de ce qu’il exige de compétences locales « musclées » pour sa mise en œuvre. C’est « un matériau libre de droits », non spéculatif, dont la chaîne de production est courte. « Le béton défend une culture du travail territorialisée et résiste à la délocalisation des métiers ».

Il affirme son opposition irréductible aux structures en acier préfabriquées dans des pays lointains ; y avoir recours comme à un jeu de Lego ne supportant aucun imprévu entraîne une perte patrimoniale de la rigueur propre aux métiers traditionnels.

Ricciotti hurle son « goût du terroir » résolument opposé à la doctrine américaine du supermarché, et il clame son régionalisme méditerranéen face aux vedettes internationales de l’architecture.

 

Exemplaire des parti pris de Ricciotti, le MuCem dont le chantier s’achève sera sans doute l’un des fleurons de l’héritage de cette improbable aventure qu’est Marseille 2013.

Il aura fallu onze années pour qu’il voit enfin le jour, après recours de riverains frileux contre le permis de construire, mise en sommeil à l’occasion du fantasme gaudinesque de l’America’s Cup, opposition de cabinets ministériels pour lesquels les priorités étaient ailleurs.

Il s’agit avant tout d’un « travail d’accumulation des savoirs » rendu nécessaire par  l’utilisation du béton fibré ultra performant (BFUP), un matériau révolutionnaire ; « une haute technologie réunissant (…) des compétences pointues et des entreprises de premier plan ». Mais il s’agit également d’un « lieu de promenade et de culture », d’une « œuvre lisible, triviale et populaire » capable de transcender la vulgarité des architectures officiellement consacrées et de défier un « territoire (qui) se relooke façon Pierre Cardin. Boucle inox à la ceinture et foulard futuriste à la gorge ». (Chacun reconnaîtra le projet Euroméditerranée dans cette aimable métaphore.)

A en juger par l’affluence de visiteurs que suscite le chantier, le pari semble d’ores et déjà en passe d’être largement tenu.

 

Avant de clore l’évocation de ce livre, il est bon de signaler que pour l’auteur art et architecture n’ont pas grand-chose à voir. Écoutons-le : « les artistes opèrent à la limite de la lisibilité politique. Les architectes activent la décision politique. Entre les deux, il y a trop de distance génétique pour s’accoupler (…) Leur réflexion, pour exister, doit affronter les normes en vigueur, sécurité codifiée, urbanisme à la réglementation dantesque, droit de la construction, etc. On est assez loin de l’autonomie des artistes, qui est à la fois un paradis et une damnation. (…) aucune relation entre art et architecture.»

 

Avec Rudy Ricciotti souffle un vent du large qui dégage les bronches !

 

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Marseille-Provence Capitale de la Culture 2013 - suite 1

13 Avril 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Les Goudes, vous connaissez ?

C’est un de ces bouts du monde qui font la ville si exceptionnelle. Ici, nous sommes à Marseille, dans le 8e arrondissement, mais aussi en pleine nature préservée, aux portes des Calanques. Les rochers blancs le disputent à la mer qui taille et hérisse le rivage. L’accès n’est pas toujours aisé, la route est sinueuse, parfois impressionnante, elle louvoie et se plie aux exigences du relief.

Entre Les Goudes et Callelongue, là où la route épuisée cesse sa course, une arête rocheuse face à l’île Maïre. Le lieu est mieux que magique, magnifique. C’est à cet endroit précis que Pierre Sauvageot a installé son Champ harmonique.

 

John Cage a déclaré un  jour : « quand je veux écouter de la musique j’ouvre la fenêtre ! ». Sauvageot nous donne à entendre les sonorités du vent grâce à un parcours parfois  cahoteux au long duquel sont installées de curieuses machines directement inspirées des tringleries délirantes de Tinguely.

Le vent met en mouvement des roues et des engrenages commandant des percussions ou des vibrations produites par des violoncelles harmoniques, des tambours vibreurs, des crécelles, des caissons de résonnance, etc.

Des sièges sont disposés ça et là pour déguster à loisir le plaisir des sons naturels ou l’incroyable beauté du paysage. La simplicité à l’état pur, loin de la standartisation bon chic, bon genre, tenant à distance.

Bien sûr, les rochers, la mer, le vent, les sonorités, nous pensons immédiatement à Ulysse et au chant des sirènes. Surtout ne pas se boucher les oreilles !

 

C’est loin du centre ville, c’est peu accessible, et pourtant il y a du monde. Il est clair qu’un désir curieux existe.

Le chantier du MuCem, le J1, cette installation en plein air, 2013, malgré une organisation très approximative, des programmes et des horaires de visite surprenants (cette installation éphémère ne doit durer que quelques semaines), correspondra-t-il malgré tout à quelque chose contre toute attente ?

 

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MARSEILLE - PROVENCE CAPITALE DE LA CULTURE 2013 - Libres échos

8 Avril 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

 

De nombreuses raisons d’être réticent, de fortes réserves à formuler su certaines propositions, une organisation assez contestable, des réalisations inconsidérées (le J1 qui fermera à partir de mai faute de climatisation), des affectations financières sans doute incertaines…

MAIS

 

- Un parcours ponctué de sculptures vient d’être inauguré dans la vallée de l’Huveaune.

Ces sculptures ne sont en fait que des mannequins moulés, sans intérêt artistique véritable. On pourrait aussi bien les voir dans une vitrine de magasin de fringues. Peu importe qu’il s’agisse d’art ou non, ce qui compte tient à ce qu’a permis ce projet et sa réalisation : des gens d’origines diverses se sont rencontrés, ils ont échangé et se sont mobilisés pour mettre en valeur le lit d’une rivière côtière unissant le massif de la Sainte-Baume au Parc Régional des Calanques. Lit de la rivière = liaison citoyenne. Des personnes se sont unies pour poser une série d’actes significatifs dans le sens d’une réappropriation de leur cadre de vie, et les élus locaux ont avalisé. Cette action collective s’est déroulée selon le processus nouveaux commanditaires dont j’ai parlé dans mes « Brèves » 10, sous la rubrique Désir d’art, et 14, A propos d’œuvre et d’artiste (une inauguration emblématique en Camargue).

L’œuvre réside en partie dans ce qu’elle suscite, création artistique et vie publique ont à voir plus qu’on ne pense généralement.

 

- Sur le terre-plein du J4, à l’entrée du port de commerce, le chantier du MuCem attire en permanence des visiteurs curieux. Ce musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ne sera inauguré qu’en juin et déjà il fait évènement. L’architecture conçue par Rudy Riccioti intrigue par son apparente évidence, sa fonctionnalité et la nature du matériau de base employé, un béton fibré de très haute technicité produit dans la région (Riccioti, dont l’agence est installée dans le Var, insiste sur l’importance du produire local opposé à l’importation de techniques préfabriquées en Asie ou ailleurs). Il semblerait que ce chantier qui a tant tardé à démarrer suscite d’ores et déjà un certain enthousiasme. Lignes pures, un cube, souci de liaison avec l’antique Fort Saint-Jean rénové et aménagé, accès aisés favorisant la balade et la découverte du paysage, sobriété de la décoration, une résille pare- soleil évoquant un immense moucharabieh. Pas grand-chose à voir avec les habituelles architectures autoritaires des bâtiments officiels.

 

[A deux pas, comme un contre-point propre à renforcer l’intérêt du MuCem, s’érige la Villa Méditerranée au bien curieux intitulé. Nous sommes là dans le droit fil de l’architecture internationale mégalomaniaque dont Calatrava et Nouvel, entre autres, sont de vaillants représentants. L’architecte qui signe l’édifice, Stefano Boeri, parle d’un « geste architectural et culturel audacieux » (sic)… Vive la prouesse technique, pour la prouesse !  En fait une foutaise prétentieuse à la destinée incertaine, budgétivore, malheureusement plantée là en une stupide rivalité portée par le Conseil Régional.

Toutes les caractéristiques de l’aberration semblent réunies. Puissè-je me tromper.]

 

- Face à la mer, dans l’ancienne Station sanitaire maritime réhabilitée dont Fernand Pouillon fut l’un des trois architectes, vient de s’ouvrir le musée Regards de Provence. Ce bâtiment initialement destiné à s’assurer de l’état de santé des immigrants (le souvenir des épidémies propagées à partir du grand large demeurait vivace jusqu’après la seconde guerre mondiale) n’a que très peu fonctionné. Vite abandonné, tombé en déshérence, saccagé, incendié, il faillit être démoli. Sauvé in extremis à l’occasion de Marseille 2013, il semble attirer d’emblée de nombreux visiteurs et devrait confirmer son succès premier. Curieux destin que celui de cette Station sanitaire.

Une vidéo retrace l’histoire de la Peste de 1720 (100 000 victimes) due à la voracité financière de gros négociants passant outre les interdits en s’appropriant les marchandises consignées récemment arrivées au port. Dans une seconde partie cette vidéo présente la conception et le fonctionnement prévu de la Station. Alors que celle-ci fut construite en 1948, la froideur technique des impératifs sanitaires ne va pas sans évoquer l’horreur des chambres à gaz.

Une collection des peintres de la Provence occupe la plus grande partie de l’espace muséal. Très rares sont les toiles présentant un intérêt véritable, beaucoup sont faibles, mais la réunion de nombreux artistes possédant un réel savoir-faire, attachés aux lumières et aux paysages provençaux, soucieux d’en traduire ce qui les inspire, finit par être attachante. Cette collection a valeur de témoignage, c’est elle sans doute qui fait œuvre. N’oublions pas cependant l’agrément de découvrir ça et là André Lhote, Francis Picabia (surprenant), Edouard Pignon, Othon Friesz…

Parmi les contemporains, le plaisir est réel de rencontrer Piotr Klemensievicz, Jean-Jacques Ceccarelli, ainsi que des photomontages incisifs de Christian Garcin. Il convient également de citer les personnages sculptés et peints dans la manière de l’art brut par Luc Dubost. Des créatures hybrides, animalcules hominiens, sculptures en polyester que François Mezzapelle réalise avec humour depuis des années, ponctuent l’espace. Pour une fois quelques régionaux de l’étape sont présents, voilà qui est positif. Il en est beaucoup d’autres qui mériteraient d’être signalés en divers lieux à l’occasion de cette année capitale.

Le restaurant panoramique fort convenable mérite également une mention. Il est agréable d’y être servi par du personnel attentif et aimable.

L’art et la culture sont créateurs d’emploi. Certaines villes l’ont compris depuis longtemps. 

Qu'en sera-t-il de Marseille ?

 

- Roland Hayrabedian, le très attentif chef et directeur artistique de l’ensemble Musicatreize (lauréat des Victoires de la Musique en 2007), a décidé de s’engager à fond pour l’année Capitale dès lors qu’il en fut question. Il vient de conduire L’Odyssée 2013, une œuvre magistrale composée spécialement par Oscar Strasnoy sur un livret d’Alberto Manguel. On en parlait depuis plus de deux ans. Nous y sommes. Ce fut grandiose.

Un Ulysse multiforme nous entraîne dans une gigantesque épopée multilingue que nous content 370 exécutants, solistes et musiciens professionnels, mais aussi chœurs amateurs répartis sur la scène et dans la salle. Cet extraordinaire concert, assorti d’une impressionnante scénographie, sûrement aussi démesuré que le furent en leur temps certaines des créations de Berlioz, donné à deux reprises au théâtre du Merlan, marque une étape importante dans la programmation de cette année. C’est un peu comme s’il en signalait la véritable ouverture en donnant l’impulsion qui a manqué jusqu’à présent.

Et puis cette générosité d’associer des ensembles amateurs sollicités au maximum de leurs compétences par l’exceptionnel de l’enjeu. Cette association a permis à l’évidence de faire venir un public qui autrement ne se serait certainement pas cru autorisé à écouter une œuvre de cette ampleur. Ou tout simplement pas du tout concerné. A chaque fois la salle de 400 places était archicomble, et le théâtre se trouve dans les quartiers nord de Marseille, inséré dans un centre commercial…

L’importance de l’évènement sera-t-elle perçue à sa juste mesure et prise en compte comme il convient ?

L’art et la culture facteurs d’intégration.

 

 

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Brèves (15)

28 Mars 2013 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Avis de gros temps

 

Un ministre du budget démissionnaire sur fond d’évasion fiscale, un ancien président de la République déprécié et mis en examen sur fond de tripatouillage financier, des juges violemment pris à parti (comme dans l’Italie berlusconienne), une élection partielle soulignant la perte de crédit du parti au pouvoir et l’attrait de l’extrémisme, un taux de chômage immaîtrisable, une manifestation anti-gouvernementale rappelant les ligues d’avant guerre, la politique financière européenne en pleine déconfiture, un gouvernement paraissant à la dérive, un actuel président déconsidéré…

Voilà qui renvoie à de sinistres précédents. Il serait grand temps d’affermir les manœuvres de l’équipage et de tenter une navigation autonome.

 

 

 

Lecture :

 

Une Citation

 

« Le vingtième siècle fut celui des masses. Les foules qui saluent les dictateurs, les libérateurs, et les masses déportées, exterminées. Les foules pourchassées, déplacées. Les foules qui passent les frontières. Les mouvements collectifs. Les manifestations. Et les grands magasins puis les supermarchés, hypermarchés. Les villes s’étendent, leurs habitants se multiplient, les bâtiments s’étirent, s’allongent, ils forment des cités striées de barres horizontales ou verticales. Toujours plus indifférenciés… les téléspectateurs se multiplient. »

(Cécile Wajsbrot – L’île aux musées – Christian Bourgois éditeur 2013 – 8€)

 

Un livre

 

Jean-Claude Michéa vient de publier aux éditions Climat (mars 2013) un livre dense et argumenté – Les mystères de la Gauche (134 p., 14 €) –. Une fois la lecture terminée, un constat en forme de confirmation s’impose : la Gauche socialio-solférinienne s’apparente depuis longtemps au stade suprême du capitalisme.

 

 

 

Mélenchon

 

Jean-Luc Mélenchon est l’un des très rares hommes politiques à avoir des choses à dire, et à parler clair (dans un registre très différent François Bayrou en est un autre). Et pourtant il ne semble pas qu’il réussisse à convaincre davantage que lors de la campagne présidentielle. S’il ne parvient pas à l’emporter c’est notamment parce qu’il se heurte sans cesse à des échotiers toujours plus sensibles à la forme qu’au fond qu’ils écartent soigneusement. D’où ses outrances langagières, sorte de martelage imposé pour tenter de se faire entendre.

Mais en se livrant à des attaques personnelles virulentes, soulignées à satiété par des interlocuteurs masquant ainsi la pertinence de ses propos, il tombe évidemment dans le piège pervers d’interviewers pour lesquels seules importent les apparences mousseuses de leur surdité délibérée.

Très présent, hyperactif, sollicité car avec lui le numéro est assuré, comment se fait-il qu’il se présente seul sous les projecteurs, sans laisser de temps à autre la place à l’un de ses commensaux ? Son talent et sa capacité de réflexion sont indéniables, sa principale faiblesse tient à ce qu’il prête le flanc à la meute chargée de le discréditer.

 

En son temps Marchais vitupérait les journalistes. La pantomime de Guignol rossant le gendarme faisait recette, mais cela n’est jamais parvenu à dépasser la célébrité médiatique si fortement entretenue par la société du spectacle permanent.

 

 

 

Niaiserie

 

Un canard désœuvré, dénué de tout argumentaire, barbote dans le marigot : à l’issue de l’élection partielle qui vient de se dérouler dans l’Oise, Harlem Désir demande à Jean-François Copé de clarifier la ligne de l’UMP face au FN.

Peut-on imaginer interpellation plus ridicule, plus dénuée de sens ?

Cette demande ahurissante témoigne d’une impuissance flagrante nourrie d’une absence totale de réflexion.

 

 

 

 

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