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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Banalité, quotidien, médiocrité

14 Mars 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Sebastian Haffner, Nazisme

 

La lecture d’un livre s’apparente parfois à la gastronomie. Plaisir des sens, plaisir des acquisitions, puissance des évocations, qualité du moment, enrichissement du patrimoine personnel. Histoire d’un Allemand, (souvenirs 1914-1933), de Sebastian Haffner,[1] répond à chacun de ces critères. Témoignage précis, clair, lucide, perspicace de la montée du nazisme. Les circonstances de la prise d’un pouvoir absolu par les hitlériens sont rendues palpables et compréhensibles par un remarquable récit individuel voisin de l’universel. Qualités littéraires plus intérêt historique, clarté du style, précision et interprétation des faits rapportés, narration talentueuse, rendent ce livre indispensable à qui veut tenter de comprendre comment une lente et perfide évolution de la pensée totalitaire peut s’emparer d’un peuple désorienté, en perte de repères. Une lecture pour notre bel aujourd’hui.

 

L’arrivée au pouvoir des nazis procéda des années incertaines de l’immédiate après première guerre mondiale où le désarroi permanent permit la succession de gouvernements démocratiques semi-dictatoriaux, supposés empêcher l’instauration d‘une dictature véritable. Fruit d’un aveuglement collectif sur la personne d’Hitler, la formation d’un gouvernement d’union nationale, et l’accession de celui-là au titre de Chancelier se firent en toute légalité. La perte du sens des réalités par le plus grand nombre précipita l’édification aussi rapide que violente du régime que l’on sait.

De restriction des libertés, en restriction des libertés, sous prétexte d’urgence, de Covid, de maintien de l’ordre, de lutte contre le terrorisme, etc, on peut se demander à quel stade de nécrose de la démocratie nous en sommes.      

Au fil de son récit, Haffner en vient (p. 277) à une question essentielle : où sont donc passés les Allemands, qui le 5 mars 1933[2] se prononçaient en majorité contre Hitler ? 

Bien que les circonstances soient loin d’être identiques, une question de même nature se pose à nous à la veille des élections présidentielles, après cinq ans de pouvoir solitaire, autoritaire, secret, inégalitaire, contradictoire. Après cinq années d’un travail insidieux d’asservissement où le récalcitrant est un adversaire à combattre et non un citoyen à convaincre par le débat contradictoire.  

Enfin, sans bien sûr être exhaustif, une réflexion sur la niaiserie des publications réalisées de 1934 à 1938, propres à endormir les esprits, à ramollir les capacités cérébrales du grand public,

alors que les camps de concentration existent déjà (pp.308, 309).

Comment ne pas assimiler Manche et Méditerranée à d’immenses chambres d’élimination d’indésirables ? Que dire aujourd’hui de médias serviles désormais détenus par quelques grosses fortunes dictant à jet continu leur grille de lecture du monde ?

Sebastian Haffner comprit rapidement que tout aménagement de la relation individu-état relevait de l’impossible, que le refus actif, donc l’exil, s’imposait à lui. Il quitta l’Allemagne en 1938, pour n’y reparaître qu’en 1954 et y voir reconnues ses qualités de journaliste et d’historien.

De nos jours la mondialisation a considérablement rétréci une planète où tout se tient, où chaque Etat dépend de liaisons systémiques avec tous les autres.

 L‘exil lié à des considérations philosophiques et morales est-il encore possible bien qu’il ait un sens fort, exemplaire, porteur d’espoir ? Où sont désormais les lieux de résistance, quelles en sont les modalités envisageables, que faire de l’idée de soulèvement ?

Ne pas confondre exil et migrations engendrées par les guerres, le terrorisme ou les famines.

Banalité, médiocrité, terreur, angoisse, sont de l’ordre d‘un effrayant quotidien mondial.

 

 

[1] Actes Sud, col. Babel, 435 p.., 9,70 €.

Sebastian Haffner (1907-1999) était jeune magistrat stagiaire à Berlin quand il décida de s’exiler en 1938. Il devint                       journaliste écrivain par la suite. Histoire d’un Allemand ne fut publié pour la première fois qu’en 2000.

[2] Elections législatives en Allemagne.

 

Banalité, quotidien, médiocrité
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A rebrousse-poil

4 Mars 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

A rebrousse-poil

                                                           Chronique aléatoire        

                                                  par O. Fouinard & H. Trébuchet

                                                                                                          N° 0      février-mars 2022

 

 

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Onésime Fouinard et Hyacinthe Trébuchet, chroniqueurs associés depuis des lustres sous des noms d‘emprunt bien avant l’ère Covid ont décidé de reprendre leur véritable identité pour créer une feuille périodique vouée à la traque du réel le moins frelaté possible. Cette feuille diffusée par la voie du réseau Internet sera livrée hors de tout abonnement. Elle a pour principal objet d’améliorer la vue des biens voyants en les aidant à contrôler les variations de leur tache aveugle, et d’éviter la castration définitive aux couillemolles mâles ou femelles, qui choisissent la cécité au nom du maintien illusoire d’un confort individuel de plus en plus précaire. Certes, chacun est encore  libre de soi pour ce qui est des apparences. Très nombreux sont encore ceux qui veulent ignorer combien nous sommes en permanence soumis à des contrôles par le biais de nos cartes numériques, de nos téléphones mobiles, des compteurs Linky, ou bien des détecteurs embarqués dans nos automobiles, sans parler du contenu des nouvelles cartes d’identité. Il suffirait d’un rien pour que ces dispositifs se transforment du jour au lendemain en instruments de la plus parfaite coercition. Quand on parie de complot et de complotistes, il importerait de regarder du côté de ceux qui crient au loup, là sont sans nul doute embusqués les vrais comploteurs du libéralisme économique mondialisé.

Déjà ouvertement présente dans de nombreux Etats, la dictature s’avance chez nous de manière insidieuse sous couvert du faux nez d’élections foireuses, de lois sécuritaires sans cesse reconduites dans le plus grand désintérêt, et d’appauvrissement du parlementarisme réduit à un enregistrement des volonté du Monarque élu par une minorité. On peut toujours faire comme s’il n’en était rien, le péril n’en est pas moins présent, les effets induits (lassitude, abandonisme, soumission, lâcheté, délation…) pas moins considérables.

Nous vivons à l’heure actuelle des événements voisins de ce que l’Allemagne a connu après la première guerre mondiale, où une semi dictature s’est mise en place au nom de la démocratie sous prétexte d'empêcher une véritable dictature, qui finit bien sûr par l’emporter.[1] Les rapprochements avec le début des années 30 sont tentants. Certes, les conditions ne sont pas exactement les mêmes, certes l’histoire ne se répète pas à l’identique, mais les mêmes tropismes se retrouvent, et la perte de mémoire est des plus dommageables. Cerise sur le gâteau, la menace du recours à l’arme nucléaire par un dictateur nostalgique de la puissance soviétique vient aujourd’hui ajouter à la saveur incomparable du menu. L’angélisme peine à trouver une place où se blottir.

Deux liens récents parmi beaucoup d’autres permettent de prélever des échantillons significatifs de la dégradation mentale et morale à laquelle nous sommes conviés, dont nous sommes malgré nous les agents anémiés. Il ne faudrait pas que la brutale escalade de la violence orchestrée en Ukraine par la Russie masque ces faits, terreau de notre asservissement progressif par accoutumance à la privation de liberté.

A chacun de choisir de prendre ou non le temps de s’informer, de réfléchir, de se déterminer. Refuser de savoir après les monstruosités du XXe siècle, ne saurait permettre de prétendre après coup qu’on ne savait pas.

BLOOM Association One Ocean Summit : lettre ouverte au Président de la République - BLOOM Association

INÉGALITÉS : LE RAPPORT LE PLUS CHOQUANT DE L’HISTOIRE D’OXFAM - YouTube

Exemple remarquable de la crétinisation sociétale en cours, un courriel du Ministère de la Santé, tout à fait exemplaire de l’hypocrisie sinon de la perversité du système oppressif à l’œuvre, est en cours de diffusion pour les assurés sociaux, c’est-à-dire la quasi-totalité de la population.

Chaque destinataire peut apprendre avec autant de bonheur que de stupéfaction que l’Etat ne lui veut que du bien, qu’il va même au-devant de la satisfaction de besoins qu’il ne se connait pas encore. En Français pure laine de République En Marche, cela s’appelle de la Bienveillance. Merci Patron !

Voici ce que révèle le message, qui dès les premières lignes signe le mépris dans lequel nous tiennent les crânes d’œufs aux manettes :

« Vous allez bénéficier de Mon espace santé.

Ce nouveau service public, numérique et sécurisé, hébergé en France, vous permet d'être acteur au quotidien de votre santé et de celle de vos proches.

Avec Mon espace santé, vous pouvez :

  • stocker, classer et décider avec qui vous partagez vos informations de santé ;
  • échanger avec les professionnels qui assurent votre suivi médical grâce à une messagerie de santé sécurisée

Et prochainement,

  • suivre vos événements de santé grâce à un agenda personnalisé
  • découvrir des services numériques utiles pour votre santé disponibles dans Mon espace santé. »

Jusqu’à présent, il semblait possible de se débrouiller seul, inconscients que nous étions de nos limites. Nous proposer de nous associer à notre propre vie et à celle de nos proches a quelque chose d’aussi exaltant qu’inattendu, de quoi être pris du vertige auto réalisateur du premier de cordée qui git tapi au plus profond de nous-mêmes. Qu’en termes galants…

Comment se peut-on mieux moquer du monde ? Cette énorme duperie supplémentaire ne signifierait-elle pas plutôt que le Ministère de la Santé a décidé de réunir des données propres à un gigantesque flicage des affaires de son ressort, de même que la création de fichiers à céder un jour à l’industrie pharmaco-médicale, ou aux groupes d’assurance, pour leurs opérations de marketing ? N’oublions pas que la privatisation généralisée est un des buts avoués du libéralisme financier.

Six semaines nous sont généreusement allouées pour accepter ou refuser l’offre via un portail dédié. Non aux financiers qui imposent aux marionnettes gouvernantes de nous imposer leurs volontés, une absence de réponse est le minimum à leur opposer.

 

IL vient enfin de se déclarer candidat à sa propre succession, mettant fin à un doute insoutenable.

Cinq ans de Macron : Mediapart fait le bilan - You Tube

Hyacinthe Trébuchet

 

 

 

UNE PROMENADE DE SANTE

Mauvaise pioche ! Le rayon Jeunesse me jette aux yeux ses rayonnages chargés jusqu'à la gueule de produits baroques, « livres » ou coffrets illuminés comme de petits arbres de Noël psychédéliques, dans un fouillis bariolé dont le goût de chiotte d'une ahurissante sûreté surpasse le bordel débridé des églises rococo les plus déjantées. Je jette un regard sur certaines couvertures, grouillantes de monstres hideux entrelacés. Ophtalmie et cauchemars garantis ! Vertige aussi, tant tout cela sonne faux, creux, inutile plus encore que malsain. Cette fois je trouve, à défaut du mien, le bonheur d'un adolescent épris d'Harry Potter, sous la forme de trois opuscules de sorcellerie à l'usage des mordus, emboîtés dans un cartonnage prodigieusement laid. D'un pas chancelant, serrant contre mon cœur le coffret diabolique en priant pour que le kaléidoscope de ses couleurs criardes ne dégorge pas sur mon blouson, je louvoie vers la caisse. Où débarque aussitôt mon adjudante préférée, qui semble avoir développé à force de zèle stakhanoviste un impressionnant don d'ubiquité. Histoire de briser la glace, je susurre derrière mon masque : « Toujours number one, Happy Roteur ! » Pour toute réponse, Stakhanova me tend un lecteur de carte bleue, que je frôle docilement de ma carte jaune sans contact et prend sa plus belle voix robotique pour me dire un au revoir machinal où j'entends clairement malgré le masque : « Vous pouvez disposer, au suivant, n'encombrez pas la caisse, svp ! ». Elle ne m'a pas proposé de sac, pensez, un seul livre ! Je renonce à en demander un, je ne veux rien leur devoir, à elle et à la FNAC. Mon masque me gêne, je respire mal, je perçois tout à coup cette salle comme un énorme masque étouffant, et tout le bâtiment qui l'entoure est maintenant un gigantesque masque de béton, de verre et d'acier, et peut-être aussi la ville autour, voire le pays tout entier, la planète geôle, notre prisonnière. Masquée par nos soins, défigurés, violée, piétinée. Je dois quitter ce lieu, je m'y sens mal, étranger à lui et à moi-même tant que j'y suffoquerai. Qui est malade, lui ou moi ? Je sors du magasin et me retrouve dans l'allée centrale du bâtiment, quasiment déserte en ce samedi matin. Vite, arracher ce masque ! Qui est malade, lui ou moi ? Ou le vigile qui sous son mufle-masque m'apostrophe, hurlant : « Le masque, mettez votre masque ! » Et il insiste, l'enfoiré, pour le calmer j'ai sorti le bout de tissu froissé et effiloché censé nous protéger, mais pas question d'amadouer le fic amateur, auquel se joint un autre sous-fifre tout aussi plein d'un zèle vengeur, et qui bande tout aussi fort à l'idée de faire chier un réfractaire, un bourge en plus, le pied ! « Mettez-le ! Mettez-le ! » qu'ils gueulent et sans ralentir ni tourner la tête je gueule à mon tour « Va te faire foutre ! » et je remets le maudit préservatif dans ma poche en ruminant des idées de meurtre. Qui est malade ? Lui et moi ? Dehors, il fait soleil, un peu de vent, la pression retombe, pourquoi tous ces connards font-ils tout pour nous gâcher la vie ? Surtout à Marseille, la ville de Pagnol, merde, la ville où elle est « plus belle, la vie » ! Je remonte la Canebière, un peu de monde, peu de masques, pas trop de bagnoles, on profite de cette fin de matinée d'un samedi ensoleillé, j'accueille un bienvenu retour à la douceur de vivre, celle qui a quitté la FNAC et tout ce qui lui ressemble, celle pour qui le mot commerce n'évoque que les relations entre êtres encore humains. N'empêche, je remâche cette dérisoire et sordide descente aux enfers de la con-sommation, je la rumine, pire, elle me rumine, tourne en boucle dans ma tête et mes tripes révoltées. Je remonte la rue en pente qui mène au Cours Julien, le bon vieux Court-Jus qui a jusqu'ici survécu à toutes les « normes », à tous les « aménagements » et même à toutes les « réhabilitations ». Qu'il est beau, ce mot là, dans la bouche des fils de pute qui veulent nous formater à leur image, un étage en-dessous tout de même, histoire de ne pas mélanger les torchons et les serviettes ! Rentrez dans le moule et peu importe s'il est fêlé et s'il vous brise, du moment que vous tenez dans la boîte une fois qu'elle est fermée. En passant devant la savonnerie artisanale, j'aperçois son enseigne : elle s'appelle La Licorne. Voilà mon second cadeau qui tombe du ciel ! La maman du jeune fanatique d'Harry Potter a justement choisi pour totem la licorne, une licorne sauvage et indomptable, et c'est à Dame Licorne que j'adresse mes messages. Adieu la géométrie, la raison démonstrative, les engrenages impitoyables, les angles droits, l'esprit de sérieux et les lits au carré ! Adieu le monde normé, me voici enfin de retour dans le monde normal, celui des analogies, des synchronicités, des hasards pleins de sens, des rencontres, de l'humour et des lits en portefeuille… Ça fait un bien fou, ce retour au désordre cohérent de la vraie vie, après l'immersion forcée dans l'ordre chaotique de la rationalité démente ! « Attention à vous! » me lance avec un sourire jovial le jeune homme qui sort de la boutique en poussant un chariot bourré de colis en équilibre instable, « Pas de problème ! » réponds-je avec un clin d'œil en pivotant habilement pour l'éviter, en même temps qu'il corrige la trajectoire de son engin avec la virtuosité d'un pilote de rallye. J'entre dans la boutique qui précède l'atelier de fabrication, les savons sont partout, multicolores et odorants, rangés avec le même soin fantaisiste que les épices dans les comptoirs des marchés orientaux, une fête pour l'œil et le nez, pour le toucher aussi, je les prends en main, les caresse, les renifle, cherche les plus beaux, ceux qui sont frappés d'une licorne des plus élégantes, ravi d'avance à l'idée de la surprise de mon amie. Autour de moi, le patron et sa femme, deux employés dont l'un est sans doute leur fils, s'activent tranquillement, viennent aimablement me demander s'ils peuvent m'aider à trouver ce que je souhaite. Associée aux parfums exhalés par savons et savonnettes une bonne humeur presque palpable flotte dans l'air, je baigne dans une atmosphère idyllique de paradis retrouvé presque caricaturale, mais le sourire qui s'épanouit sur mes lèvres est plus béat qu'ironique… En sortant, je pense à David et à Goliath. Instructive, ma promenade, en 1h30, le temps d'un film, j'ai vécu leur combat inégal, industrie et marketing contre artisanat et échange, inhumanité et survie mortifère contre humanisme et vie vécue. N'empêche, c'est David qui a gagné. Et pour soutenir ma tentative d'optimisme, avant de rentrer, à la nouvelle boulangerie ouverte par de jeunes passionnés, je me suis acheté un de leurs délicieux pains au chocolat

Onésime Fouinard

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Pour tout contact      jeanklepal@gmail.cpm        alain.sagault@free.fr

 

[1] Voir à ce sujet Sebastian Haffner, Histoire d’un Allemand, souvenirs (1914-1933), Babel 2004, 435 p. Une remarquable analyse du processus menant de la démocratie hésitante et mal assurée à la dictature nazie. Indispensable.

Voir également Viktor Klemperer, LTI la langue du IIIe Reich, Albin Michel 1996, 175 p. Un passionnant révélateur du rôle du langage dans la formation du comportement mental et physique.  

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Déparler

25 Février 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Voilà, nous y sommes.

Le Covid et le confinement avaient ravivé les souvenirs d’enfance. Couvre-feux, laissez-passer, ruée sur les approvisionnements (d’où pénuries), méfiance, surveillance des voisins, crainte de contrôles, rumeurs.

Mal être.

Tout un ensemble de joliesses. Décoloratures.

Des jours, des semaines, des mois, puis des années.

Des communiqués, conférences de presse, des mensonges, des duperies, de la fumée, de l’à peu près. Ignorance, faux-semblants, replis sur soi, méfiance. Un acide ronge le cœur, un acide ronge la raison. Les maux envahissent les mots. Gras, vides, stupides, dévalués, inutiles.

Hier ni demain ne seront plus.

Attendre, attendre pour savoir.

Parler ment, parler trompe, parler dupe.

Chauves dans leurs têtes, ils sont vieux, vieilles, moches, poussiéreux, repoussants.

Ils proclament, déclament, gargarismes nauséeux. Ils vont et viennent, s‘envolent et réapparaissent, déconfits, pourris mais ravis. Ils veulent séduire, ils candidatent et statistiques truquées. Un coup par ci, un coup par-là, moulinets et coups de menton.

Des vieilleries, des pendeloques inuties.

Un langage factice, fabriqué, trafiqué, clos, hermétique, un non langage où se dissimuler. Déparler, comme déconstruire, ce sabir infect et infécond pour tenter une improbable survie.

Légitime est désormais pulvérisé. Entrés brusquement dans l’impensable, même pour les plus pessimistes.

Le chaos apocalyptique insensé de la guerre va sans doute hâter les choses. Rapide, radical. Le manège souffreteux des candidats est diablement hors sujet.

Y aura-t-il  temps pour un autre monde ?

Pilotage à vue, jour après jour.

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Il était une fois Denys Fine

11 Février 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Denys Fine, Moustiers-Ste-Marie, Musée de Digne

 

C’était sans doute en 1974, à Pokhara, au Népal, nous naviguions tant bien que mal sur l’immense lac, des nuages masquaient la chaîne des Annapurna. Nous les savions là, juste derrière. Tout à coup, comme au théâtre, le rideau de nuages s’entrouvrit puis se referma, juste le temps d’apercevoir et de perdre les pics gigantesques. Ce sont eux, ils sont bien là, presque à portée. Evidence de la présence absence, force de l’imagination comme du souvenir. L‘éternité peut être fugace, et quasi indélébile son empreinte. La scène s’est déroulée il y a  bien longtemps, sa fraîcheur demeure.

Alors que le siècle vingtième entamait sa dernière décennie, j’ai rencontré Denys Fine par le biais de la galerie Martagon, à Malaucène au pied du Ventoux. Peu de temps après, je l’ai accueilli dans la Maison d’Art avec paysage au cœur du Luberon, où notre relation s’est affirmée. Cet homme charmant, très sensible, fidèle en amitié, artiste humblement acharné, presque obsessionnel, présentait alors surtout des dessins à l’encre de chine. Des paysages imaginaires de grand format, très nuancés, inspirés par les gorges du Verdon. Extrême minutie et lyrisme caractérisent ce travail insolite. Des découpages savants de cartons ondulés pour composer des ensembles très harmonieux viendront ensuite.

Son épouse, modèle la terre, sculpte et peint ; ses fils sont potiers à Moustiers-Sainte-Marie, où vit la tribu. Denys a une belle plume, il écrit nouvelles et récits.

Certaines de ses œuvres sont entrées dans les collections du Musée de Digne, qu’il a enrichies d’un don il y a peu d’années.

Denys Fine dévisage les Gorges du Verdon (suite à une visite accompagnée au repaire de l’artiste) :

Quitter la route avant qu’elle ne plonge sur Moustiers-Sainte-Marie. Le chemin est sur la gauche, quelques kilomètres harassés de soleil et de vent. Ce chemin a beaucoup souffert, il est là depuis longtemps, épuisé, plein de bosses et de plaies, usé jusqu’à la roche. Un arbre mort,  vigie  aveugle, c’est maintenant à droite et le chemin n’en peut plus. Art et Aventure vont de pair.

Niché au creux d’un vallon, soigneusement à l’écart, une manière de hameau secret, un peu troglodyte, un peu bâti. Un atelier de céramiste soigneusement encombré et son atelier, à lui. Holà, quelqu’un ? Il apparaît, petit homme soigné, bouc taillé de blanc, accent chaleureux, regard pétillant. Il parle sans élever la voix. Il parle de ses chats, de leurs différences de comportement, de leurs territoires, de la nécessité d’admettre ce qui se présente, de la sépulture étrusque, du travail et du simple plaisir de vivre dans un tel cadre.

- Ton travail ? Ce que tu fais en ce moment…

- Un désastre… Vous voulez voir ?

- Allons.

Denys Fine est un artiste humblement acharné. Il dessine depuis des lustres les paysages imaginaires qu’il contemple en permanence. Dessin ou calligraphie ? Papier, encre de chine, plumes diverses, loupe et recul. Des dessins mouvementés, tout en nuances, évocations très subtiles, des plans successifs à approfondir, à visiter patiemment. Souvent, mieux lui vaut-il d’entrer à partir d’un détail et de patiemment organiser le tout. Il admet ce qui échappe, il profite des accidents. Des pistes se dérobent et se découvrent à mesure de l’avancée. Accord saisissant du lieu et de l’œuvre. Chez Denys, nous sommes dans une suite inachevable de ses dessins. Minutie et lyrisme imprègnent l’homme, son entourage, et son cadre de vie. L’intemporel nous est offert. Le travail est là, à savourer du regard, évident comme le paysage alentour. Il appartient à qui sait le voir, il ne cherche nullement à s’imposer. Son affaire n’est en aucun cas de vaincre.

Denys commence à reprendre d’anciennes peintures inspirées de Bram Van Velde. Il les hausse aux strates des années accomplies. Gentillesse du départ, culot de la reprise, maintien global des formes originelles, couleurs affirmées, appuyées, marques d’une poursuite et d’une évolution tranquille. Tel qu’en lui-même. Il semble inébranlable, il pourrait bien être serein.

Emotion forte d’une rencontre dépouillée de tout inutile. Une rencontre vraie puisque connivence il y a. Le bonheur du simplement authentique.

(Ces textes, légèrement remaniés, ont été rédigés entre 2000 et 2008)

Si les aléas corporels nous ont peu permis de nous rencontrer physiquement ces dernières années, une relation intense bien que peu fréquente persista jusqu’à ce qu’une longue et douloureuse maladie, ainsi qu’une curieuse périphrase nomme le parcours du Crabe, eut raison de lui dans les premiers jours de ce février 2022. Les paysages imaginaires réels qu’il a si attentivement créés et explorés viennent de l’absorber à jamais.

Ciao Denys, merci pour ce que tu fus, qui demeure en nous, qui importe tellement.

 

Denys Fine – sans titre – encre de chine sur papier – 113x150 cm, 1990, (col. part, cl. JK)

Denys Fine – sans titre – encre de chine sur papier – 113x150 cm, 1990, (col. part, cl. JK)

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Ligne de crêtes

4 Février 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Adorno, Fitzgerald, Chaplin

 

Un correspond, lecteur fidèle, vient de m’envoyer ces deux citations dans le droit fil du moment.

« La tâche presque insoluble à laquelle on se trouve confronté consiste à ne se laisser abêtir ni par le pouvoir des autres ni par sa propre impuissance. » TH.W. Adorno (Minima Moralia)

« Je voudrais faire une observation d’ordre général — la marque d’une intelligence de premier plan est qu’elle est capable de se fixer sur deux idées contradictoires sans pour autant perdre la possibilité de fonctionner. On devrait par exemple pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir, et cependant être décidé à les changer. » F.S. Fitzgerald (La fêlure, nouvelles)

Les mots d’Adorno, philosophe allemand (1903-1969), sont très forts : insoluble, abêtir, pouvoir des autres, impuissance. Ses Minima Moralia, ou Réflexions sur la vie mutilée (1951) traitent des mésaventures de l’existence moderne, qui aurait déjà perdu son autonomie et sa substance, car entièrement soumise aux lois de la société marchande. Les textes furent écrits durant les années de guerre, lors de l’exil américain d’Adorno.

L’insoluble est voisin de l’impossible, de l’inenvisageable, du hors de portée. Quoi que l’on fasse, il n’est pas de solution imaginable, l’horizon est complètement bouché. Vouloir s’attaquer à l’insoluble tient de la gageure, voire du défi stupide car voué à l’échec. Abêtir c’est s’acheminer vers la déshumanisation totale, vers l’absence de pensée, vers un comportement strictement réflexif, vers l’asservissement panurgique de la domestication. Les images du film de Chaplin, Les temps modernes, apparaissent tout à coup sur l’écran de mon ordinateur. Le pouvoir des autres est bien peu différent de ce que les psychosociologues appellent la pression de conformité, sorte de mimétisme qui fait que la pression exercée par le groupe sur l’individu finit par annihiler toute possibilité d’écart par rapport à la norme collective. L’individu se trouve dépossédé de sa personnalité propre du fait de son appartenance au groupe dont les règles de fonctionnement s’imposent à chacun, au risque d’être chassé comme déviant (cf. l’autocritique stalinienne, ou bien plus simplement l’indifférenciation du port d’un uniforme). La personne perd rapidement son statut de sujet et le penser par soi-même fondé sur l’analyse de faits réels, au profit d’un partage d’opinions, qui ne sont qu’un brouet d’illusions de savoir, autrement dit un mish-mash fourni en tubes jetables prêts à l’emploi, formidable outil de crétinisation collective. Uniformisation de la pensée, uniformisation des apparences grâce au pouvoir de la mode, la voie est largement ouverte à la propagande, à la publicité aliénante, aux « sondages d’opinion » manipulatoires, à la pensée unique. L’impuissance est évidemment liée au sentiment de défaite personnelle consommée ou inévitable, face à des forces d’autant plus redoutables que nous ne savons ni les identifier, ni les nommer avec précision. L’impuissance c’est quand nous ne trouvons plus de ressource en nous-même, quand les mots nous manquent, quand nous nous en remettons aux autres, à la fatalité, ou à quelque divinité.

Juif allemand contraint à l’exil, Adorno sait de quoi il parle et pourtant il tempère son propos d’un presque, simple adverbe qui change tout évitant de se fracasser sur un désespoir sans appel. La faible lueur du presque tient en respect le suicide. La faible lueur du presque permet le coup de talon salvateur de celui qui risque de se noyer au fond de la piscine. Cette lueur fulgure lorsqu’elle inscrit l’espoir utopique en lieu et place du désespoir. Cet essentiel tient à très peu, comme l’avancée périlleuse sur une ligne de crêtes, où tout se joue en permanence pour chacun.

La remarque de F.S. Fitzgerald, écrivain américain (1896-1940), bien que plus limitée s’appuie également sur des points déterminants.

Parlant d’intelligence de premier plan, il souligne l‘existence d’appareils méningés différents chez les individus, ce qui ne fait aucun doute. L’erreur serait de ne considérer que les « premiers de cordée » et de se désintéresser des autres. Nous avons appris au cours des années passées le risque de l’élitisme représenté par la toute-puissance des anciens élèves de l’ENA, détenteurs du seul savoir qui vaille réellement pour conduire et gouverner un pays. Les dégâts de la technocrature sont bien connus et exemplaires. Pour Fitzgerald l’absence de peur de la contradiction est essentielle. Parvenir à envisager des points de vue incompatibles peut fouetter les capacités de réfléchir et d’agir. Il n’est pas de cause perdue à l’avance, semble-t-il nous dire. L’absence d’espoir ne saurait dispenser du combat. Le manichéisme n’a pas lieu d’être, l’intégration des contraires importe au plus haut point dans tout raisonnement structuré. Point de vue tonique, qui nous entraine bien loin de la langue de bois, des « éléments de langage » dont un pouvoir aveugle et méprisant use et abuse pour masquer son incompétence et dissimuler son autoritarisme. Ce point de vue nous alerte sur la dangerosité des dépêches d’agence répétées à satiété avec des trémolos dans des voix de châtrés par la puissance financière des propriétaires de médias.

Nous voici livrés à nous-mêmes, situation hautement périlleuse à laquelle un (trop) grand nombre s’efforce d’échapper par le déni, la complaisance partisane ou la surdité (il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre). Se résigner dans un fatalisme abandonnique immédiatement confortable, justifié par le fait qu’il n’y a plus rien à faire, ou bien qu’il en a toujours été ainsi ? Soumission volontaire au servage trans-séculaire consistant à se satisfaire de ce que le choix de la couleur du lien à nous passer au cou nous est laissé par l’organisation d’élections biaisées ne servant qu’à perpétuer le système existant.

S’en remettre à des malfrats ou bien vouloir rester maître de soi, emprunter les chemins de crête, demeurer avide de ce qui se passe, s’en emparer et tenter de faire son miel vaille que vaille de ce qui se présente. Il n’est pas d’âge pour cela, quoique la vieillesse y prédispose peut-être, quels que soient les obstacles d’un empêchement physique. Rage inextinguible engendrée par le saccage de la planète, donc de la vie. Mourir, soit, mais sans délivrer le moindre quitus aux misérables responsables de la certitude du désastre auquel seront livrés à très court terme nos descendants.

Ligne de crêtes
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Nulla dies sine linea – António Saura

29 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Antonio Saura

 

 

Pour A.N. et nos réflexions partagées

Longtemps je me suis tenu à l’écart de l’œuvre d’Antonio Saura (1930-1998) pour laquelle mon incompréhension était totale. Je tenais sa peinture pour dissuasive, répulsive même. Noirceur, morbidité, distorsions gratuites répétées ad nauseam, me firent l’éviter, puis le perdre de vue. J’en vins à imaginer que son renom tenait surtout au snobisme de quelques esthètes en perdition.

Passent les années jusqu’au jour récent où les imprévus de l’amitié m’octroyèrent un livre au titre emprunté à Pline l’ancien. Ce livre possède les apparences d’un livre d’art, ce qu’il n’est en rien. Il s’agit en fait d’un coffret d’artificier, d’une arme de guerre contre les violences de la guerre, contre la violence en général. Une fois introduit chez soi, l’objet bouscule et ravage les positions les mieux établies. Il est très rare que l’arrivée de ce qui ressemble à un livre d’art en en étant surtout pas un provoque un tel tohu-bohu. Un éditeur genevois, Pascal Craner, l’a réalisé en 1999, à peine plus d’un an après le décès de son auteur. Format 28x23 cm, couverture entoilée, relié, sous jaquette, pas de pagination, 800 pages environ, poids énorme, attrait considérable, tirage 2218 exemplaires. [1]

Une fois rapidement feuilleté, l’ouvrage entraîne une soif immédiate de contact jamais établi avec Antonio Saura. Qui peut-il avoir été, qu’a-t-il fait au juste ? Biographie, œuvres, écrits, etc. Le rendez-vous n’a pas été manqué, il était simplement différé. Contrairement à Frida Kahlo dont la peinture est surtout une immense chronique des souffrances physiques et morales dues à un terrible accident, ou à Rembrandt qui s’envisage à divers moments de son existence et enregistre les variations de son apparence, A. Saura ne parle pas directement de lui. Il écoute et transmet les pulsions de son inconscient. Très marqué tout jeune par la bestialité courante de la guerre civile espagnole, handicapé dès l’enfance par un lamentable état de santé, il deviendra sismographe de l’humain. Naissent ainsi des séries ahurissantes à partir d’une exploration des ravages de la violence que nous impose le Vivre. Crucifixions, Brigitte Bardot, Dora Maar notamment, feront des thèmes largement déclinés pour scruter la hideuse beauté de la réalité, telle que chez nous Baudelaire, mais aussi Rimbaud ont pu la célébrer, Goya en Espagne. Ce qui fit obstacle naguère dans ma confrontation à l’œuvre en cours prend sens tout à coup. Le regard n’est alors plus le même.

Et ce non-livre ? Une fois de plus en bute à la maladie, dont il sait incurable la nouvelle manifestation, strictement empêché de peindre par son état physique, Saura décide de consacrer l’année 1994 (1er janvier au 31 décembre, sans interruption) à un « journal plastique de caractère subjectif ».  « Pendant toute cette année je fais un dessin par jour à partir d’un article ou d‘une image trouvée dans la presse du jour. Pendant toute une année, je vais être occupé par cette idée extrême qui conditionne ma vie, car si dessiner peut être un plaisir, chercher le prétexte d’où sortira le dessin constitue un souci quotidien et une entrave. » Il ajoute ce commentaire « Il n’est pas facile, à travers la modeste projection du dessin en liberté, de concilier l’extrême rigueur et l’abandon total, ni de savoir s’arrêter à temps, afin de trouver un équilibre miraculeux entre l’achevé et l’inachevé, sauvant ainsi l’image capturée du désastre inéluctable de l’insistance. »

Cette expérience grandeur nature impressionne par son opiniâtreté et son absence de concession. Il s’agit de s’investir à fond dans une contrainte choisie, avec des moyens réduits au strict nécessaire (encre de Chine, une couleur acrylique unique, un crayon). Une seule chose importe, être chaque jour toujours présent au monde, quels que soient les handicaps personnels. Il s’agit de demeurer acteur et témoin de soi-même. Abandonner les repères inutiles au profit de l’écoute du ressenti, oser se permettre ce qui parait juste, même si cela choque. Se garder de la violence comme de l’agressivité, poser des actes et inventer pour cela si nécessaire un alphabet et une syntaxe propre, ainsi que Miro et Dubuffet par exemple ont pu le faire. Le Beau, le Laid ne sont que des catégories arbitraires, la maladresse est parfois un atout. Jour après jour l’artiste capture le réel qu’il prend dans ses filets pour l’intégrer à son répertoire. Il transpose la réalité du monde pour en faire soit une icône tragique, soit une amulette satirique. Passée la surprise, une fois admis et reconnu le principe du système, ça marche avec une puissance étonnante. Nous plongeons dans une sorte d’au-delà de l’anecdote événementielle. Voici une leçon majeure pour qui avoisine la mort au quotidien de la pandémie. Etre debout, conscient, considérer la réalité avec lucidité, garder le contact d’abord avec soi. Affaire de chacun, sans concession cracher son dégoût du compromis réifiant. Demeurer sujet. Non, JE n’est pas un autre. Quelle actualité.

La suite des incroyables dessins de Saura possède une vertu cathartique. L’artiste m’apparaît désormais dans toute son importance. Espagnol jusqu’au bout du pinceau, il s’inscrit dans une lignée de témoins impitoyables de la rudesse et de la brutalité bestiale, sources de grandeur factice et parfois de fulgurante beauté, dont la tendresse et l’humour discret peuvent n’être pas bannis, une fois passée l’injonction du fameux ¡Hombre! castillan. Velasquez, Goya, Picasso, Miro, Ignasi Sumoy, si farouche que je ne suis pas parvenu à établir une relation durable avec lui, mais aussi Jean Dubuffet.

Et puis s’impose la grande question engendrée par l’ouverture au monde et la multitude de traitements possibles : qu’est-ce que l’art, où l’art réside-t-il ? La question est si vaste qu’il vaut mieux en laisser filer l’écho plutôt que de prendre le risque prématuré de tenter d’y répondre. On s’aperçoit alors qu’elle comprend celle des limites et des frontières…

Ce non-livre d’art est bien une bombe magnifique, dégoupillée en permanence.

 

[1] Des éditions courantes existeraient, si j‘en cois Google.

Nulla dies sine linea – António Saura
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En lisant Alain Badiou

23 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Sulfureux pour certains en raison de propos très malencontreux (officiellement regrettés depuis) en faveur des khmers rouges et de son soutien à un communisme chimiquement pur car débarrassé des scories qui ont fait échouer le projet jusqu’à présent, analyste rigoureux et lucide de la société contemporaine pour d’autres, Alain Badiou vient de consacrer un bref essai à la situation que nous vivons depuis l’apparition de la pandémie (Remarques sur la désorientation du monde – Collection Tracts, Gallimard, 52 p., 3,90 €). Voici une lecture utile requérant quelque attention (étais de la pensée, les mots ont leur importance), susceptible de provoquer des réflexions personnelles. Des jalons de lecture personnelle sont ici proposés en vrac. Le vacuum de pensée ambiante croissant à vue d’œil, Badiou et deux ou trois autres (Bruno Latour, Barbara Stiegler) contribuent à nous tenir la tête hors du bourbier informatif d’une campagne présidentielle comparable à une course hippique sur un hippodrome de seconde classe.

Remarque liminaire : quelle qu’elle soit, une élection n’est jamais qu’un rituel de confirmation, donc de perpétuation, de la servitude volontaire, tellement intériorisée que la participation aux scrutins politiques demeure élevée. Cela implique que les opposants (candidats et votants) pactisent nécessairement avec ce qu’ils prétendent combattre, puisqu’ils acceptent d’en passer par un système que l’adversaire contrôle.

Depuis le début, le gouvernement nous impose que la règle de son action soit élaborée en toute opacité avec les gros laboratoires privés, sous le couvert d’un Conseil de Sécurité hors sol. Désorientation issue de la confusion initiale, pour les citoyens ; s’ensuivent un désordre général, un brouillage des consciences, une incertitude permanente quant au futur immédiat ou plus lointain. La désorientation provient très souvent soit d’une négation, soit d’une absence mal expliquée d’éléments fondamentaux dans une démarche de vérité. Or les flous, les à-peu-près, les pétitions de principe et les injonctions impératives font florès depuis l’entrée dans la période.

Des symptômes de cette désorientation sont identifiables en divers points : écologie, féminisme, vaccination, laïcité.

Ecologie : la crainte de se couper des Etats et des opinions publiques conduit à des impasses. L’écologie n’est pas loin de se constituer en une religion avec ses célébrations œcuméniques mondiales et la faiblesse des actions entreprises. Vouloir s’adresser à tout le monde est un facteur d’impuissance. Tant qu’il n’y aura pas contrôle des dispositions productives, aucune avancée significative n‘aura lieu.

Féminisme : promotion de la délation et déchaînement des opinions ne peuvent qu’engendrer le trouble.

Vaccination : refuser d’une main l’obligation de vaccination et entretenir de l’autre un apartheid médico-policier favorise un développement insensé de crispations individualistes.

Laïcité : le galimatias autour de la notion débouche sur une imposture idéologique.

La désorientation règne à plein dans le domaine de l’enseignement depuis longtemps, elle ne fait qu’amplifier sous l’influence de l’amateurisme ministériel calculé. La volonté latente de privatiser peu à peu le domaine, ajoutée à la défaillance des moyens techniques et humains pour faire face efficacement, conduisent à l’effondrement de l’enseignement public. Un enseignement qui depuis des décennies bannit l’esprit critique,  omet d’apprendre à la jeunesse la pensée, la réflexion, le goût de connaître et d’argumenter, comment on passe de l’ignorance au savoir par la découverte et l’entretien de capacités personnelles de sélection, de tri et d’organisation de la pensée, rend possible l’émergence du pire et l’arrivée d’un Zemmour.    

Le repli sur soi, le culte du Moi et la valorisation du premier de cordée, la notion identitaire, la fiction nationaliste alors que nation et frontière perdent chaque jour du sens, conduisent à la dénonciation de boucs émissaires (musulmans, non vaccinés) propres à concentrer l’agressivité latente. L’absence généralisée de point de vue politique à valeur universelle (projet de société différente à promouvoir, ce qui a manqué à la Nuit debout comme aux Gilets jaunes) conduit pas à pas sinon à la nazification, du moins au dépérissement de la démocratie. 

La preuve est faite que les mouvements populaires uniquement revendicatifs et coléreux sont voués à l’échec. Seule une lutte radicale contre le système en place pour son remplacement par une formule vraiment différente devrait pouvoir aboutir. Tout le reste n’est que réformisme consensuel propre à renforcer l’existant (affirmation de la brutalité légale légitime lors de la crise des Gilets jaunes), voire pire (mise en place de régimes hyper répressifs après le Printemps arabe). L’opposition fiévreuse à des mesures gouvernementales précises n’est jamais qu’une négation localisée forcément réformatrice, génératrice d’une intériorisation de la dépendance. Processus bien connu des syndicats habitués à pactiser, c’est-à-dire à simplement repousser les échéances. Le compromis est forcément mortifère. Faute de projet à long terme et d’intransigeance, l’issue du combat est pilotée par ceux que l’on veut combattre.  

L’écrasant retour en force de l’idéologie capitaliste bourgeoise modernisée survalorise l’individualisme et le nationalisme trafiqué, comme le rejet de l’Autre différent. Pour combattre cela, il faut rechercher les causes réelles, fondamentales, des problèmes et cesser la déploration. Aller à la racine du Mal absolu qu’est le capitalisme mondialisé. Les défilés hebdomadaires du samedi après-midi croulent sous le ridicule de leur inefficacité.

Au moment où la tentation est grande de céder au désespoir et de s’avouer vaincu, Badiou réintroduit une bienfaisante dynamique, dont l’exigence de radicalité commande de mobiliser nos potentiels. Il ne rend pas vainement espoir, il mobilise. Peut-être nous aide-t-il à rechercher des idées au-delà de la colère et de la tristesse pour donner des coups décisifs à l’adversaire, même s’il est bien tard.

En lisant Alain Badiou
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Décervelage

18 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

Baume facial de décervelage - Médication recommandée dans les cas suivants

- perte de repères sociaux tels que  trouble de l’instinct grégaire

- céphalées dues à un excès de réflexion

- hyper acuité visuelle accompagnée d’un désir de voir clair

- fixation obsessionnelle sur la recherche des données élémentaires

- excès d’analyse critique

- exacerbation de la volonté de comprendre

- crise d’identité

- besoin de conformité

En cas de doute, se fier à l’air ambiant.

Classe et catégorie du baume facial de décervelage

Il s’agit d’un produit courant appartenant à la catégorie confort personnel à peu de frais.

Composition et fabrication du baume facial de décervelage

Le baume peut être fabriqué de manière artisanale par chacun, selon les anciens principes de la pharmacopée. Il suffit de disposer d’un mortier et d’un pilon, du genre de ceux que l’on utilise pour l’aïoli.

La qualité des ingrédients est essentielle. Largement répandus ils sont faciles à se procurer.

Ils doivent être longuement et patiemment pilés et malaxés jusqu’à l’obtention d’une pâte parfaitement homogène, exempte de tout grumeau comme de tout signe particulier.

On préférera des produits bien identifiés, garants d’excellence.

Choisir des feuilles fraîches de la presse nationale quotidienne ou hebdomadaire, les découper en lamelles propres à être pilées.

Recueillir des éclats de voix glanés à la radio publique ou privée. Les bulletins d’information de France-Inter constituent une bonne source d’approvisionnement. Inutile de les nettoyer,  leurs intonations contribuent à leur saveur.

Ajouter autant de bribes d’images télévisées que nécessaire. Un mesclun de présentateurs, débats strictement encadrés, des reportages et enquêtes préfabriquées, apporteront une touche comparable à celle des poissons de roche dans la soupe de poisson.

Pour finir, quelques poignées de données statistiques issues de sondages répétitifs apporteront la note finale.

Bien malaxer comme dit plus haut, réserver le baume sur une gaze médicale pour confectionner une série de boulettes uni dose. Prévoir de conserver une partie de la mixture obtenue pour l’utiliser avec une poche à douille.

Conserver au frais et tenir hors de la portée des enfants, leur tour viendra bien assez tôt, surtout s’ils font l’objet d‘un traitement préparatoire dès l’école primaire.

Posologie

Après une première immersion permanente, le protocole le plus courant est fondé sur la mise en place de cures de durée variable ayant valeur de rappels à partir de la seconde.

La manière la plus efficace est de procéder à une série de masques faciaux et oculaires, complétés par des injections avec une poche à douille dans les orifices crâniens : narines, bouche, oreilles. Le remplissage de ces orifices est une des conditions du succès de la cure.

Effets secondaires possibles  

Bien que généralement bien tolérée, la cure peut entrainer des dérèglements du comportement allant jusqu’à la contestation. Ces cas sont isolés, très rares, généralement peu durables. Inutile de s’acharner si le sujet résiste, il finira par entrer dans le rang ou se morfondre. Sa prise en charge éventuelle pourra alors faire l’objet d’une concertation entre spécialistes.

Autres : - addiction ; - hyper sensibilité réactionnelle ; - troubles du langage. Prendre l’avis d’un spécialiste.

Signes cliniques permettant d’augurer de l’efficacité du traitement

- renforcement de la tache aveugle rétinienne

- désencombrement sélectif de la mémoire

- prise de distance avec la réalité

- acceptation sans réserve de l’existant

- soumission volontaire aux injonctions

- transmission fidèle du discours officiel

On peut considérer la cure comme réussie lorsque l'existence d'une laisse apparaît totalement justifiée, voire nécessaire car sécurisante, et que les questions éventuelles ne concernent plis que le choix de la couleur du collier, parmi le petit nombre proposé.

Bibliographie

Bernays, Edward – Engineering of consent (MIT – USA) - Par le théoricien des principes de la propagande

César, Jules – De bello gallico (Les Belles Lettres) - Premier traité d'importance de propagande politique

Chirac, Jacques – Petit traité des odeurs (Musée des Droits de l’Homme)

Droit, Michel – Plasticité de l’objectivité (Mémoires d’un journaliste aux ordres)

Giscard d’Estaing, Valéry – Pratique du dîner en ville (Grasset)

Jarry, Alfred – Ubu Roi (Thèse de doctorat en médecine) - Indispensable

Lacan, Jacques – La lalangue et le mensonge (Séminaire)

Lang, Jack – Des vessies à la lanterne (Colloque à la Sorbonne)

Michéa, Jean-Claude – L’enseignement de l’ignorance (Climats) - Essai décapant

Mitterrand, François - Peindre la vie en rose (Colloque à la Sorbonne)

Phone, Gramo - La voix de son maître (Pathé Marconi)

Sarkozy, Nicolas -  Commentaires sur La Princesse de Clèves (Plon)

Tchakotine, Serge – Le viol des foules par la propagande politique (Editions ouvrières) -- Essentiel

Décervelage
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Une alternative est-elle encore possible ?

11 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Massada, Stefn Zweig, Walter Benjamin, Costa-Gavras, Conseil de l'Europe, Crise grecque, Yannis Varoufakis, Pandémie Covid, Présidentielles

 

Au terme de plusieurs années de siège, les habitants de la forteresse de Massada, en Judée, décidèrent de se supprimer plutôt que de tomber aux mains des Légions romaines sur le point de franchir leur muraille.

Après un long et difficile exil, puis une errance imposée par la montée du nazisme, Stefan Zweig et Walter Benjamin parmi d’autres alors, désespérant de l’état du monde, décidèrent de mettre fin à leurs jours pour ne pas être livrés aux barbares. Aucune autre issue ne leur semblait envisageable.

En 2019, Costa-Gavras présente un film, Adults in the Room, véritable thriller politique relatant la lutte implacable menée par le Conseil de l’Europe et les divers Ministres des Finances (Rome et ses Légions) contre le gouvernement et le peuple grec coupable d’insubordination (les habitants de Massada). Ce film implacable[1], fondé sur des faits indubitables soigneusement documentés, montre la vilenie des politiques, Ministres des Finances de France (le socialiste Michel Sapin) et d’Allemagne surtout (Wolfgang Schäuble). Monstruosité du pouvoir européen, inhumanité des institutions mondiales, pressions les plus cyniques, le Premier Ministre grec finira par se soumettre contre la volonté réaffirmée de son peuple, et le Ministre des Finances, Yannis Varoufakis, sera contraint à la démission.

Il semble difficile de mieux dépeindre le rouleau compresseur auquel nous sommes tous promis par la horde politico-financière depuis quelques lustres. Ce rouleau compresseur qui écrase tout et interdit toute alternative. Dévastation comparable à celle prêtée aux Huns d’Attila, après le passage desquels l’herbe était censée ne plus repousser.

La pandémie qui ravage la planète joue un rôle comparable. Des gouvernements, le nôtre notamment, ne comprennent rien, tentent de jouer l’illusion de la détermination, et de l’efficacité, cultivent le secret et entretiennent une peur favorable à la soumission. Ceci se double de l’emploi d’un langage appauvri et d’une inadmissible volonté de discrimination entre citoyens convenables et citoyens déclassés à rebuter. L’occasion est soigneusement mise à profit pour faire passer sournoisement aux petites heures de la nuit des mesures liberticides, contraintes et obligations temporairement définitives (outre un état d’urgence permanent ; police sanitaire exigeant la possession de divers documents rapidement obsolètes ; zones d’ambiguïté :  l’obligation vaccinale n’existe pas, mais qui n’est pas vacciné est banni). Les effets induits sont considérables. En voici quelques-uns : perte ou amenuisement sensible des relations entre personnes ; déstructuration de la vie courante ; fatigue et lassitude envahissantes ; disparition de la capacité à entreprendre ; perte de confiance généralisée ; tendance au fatalisme ; abandon de soi, perte de réflexion et soumission aux stimuli manipulatoires du Pouvoir. Le terrain est de plus en plus propice à l’affirmation d’un pouvoir autoritaire néo-fasciste. L’hypothèse commence d‘ailleurs à percer de ci de là chez certains observateurs. Croquignolet tout ça ! Si l’Histoire ne se répète pas, des constantes existent.

 

A ce point précis commencent à se poser des questions essentielles allant jusqu’à celle, incontournable, du suicide comme seul moyen de conserver un embryon de liberté individuelle.

A quoi sert-il de rapporter des faits, de signaler des excès, de proposer des pistes de réflexion, puisque la faculté d’indignation et la capacité de réflexion semblent avoir disparues ?

A quoi sert-il de diffuser des produits de pensée, alors que le rabotage permanent des cerveaux permet une vaste implantation de pensées préfabriquées et autres bimbeloteries décervelantes ?

A quoi sert-il d’amorcer des discussions, alors que l’aveuglement, la mauvaise foi, le fanatisme, l’obscurantisme, l’emportent ? A de rares exceptions près, nous avons à faire avec un magma pâteux de partenaires réduits à un ensemble bestial promis à un abattoir consenti.

A quoi bon tenter quoi que ce soit, alors que les pôles fondent, que le climat s’affole et qu’il est désormais trop tard pour empêcher que la planète ne retourne rapidement à son origine minérale ?

Comment peut-on continuer à donner le jour à des enfants promis au cataclysme imminent ?

L’Hydre financière mondiale ne cesse de se reproduire, chaque attaque semble la fortifier, chaque attaque est pour elle occasion d’une transformation toujours plus redoutable. Les foucades protestataires ne comptent pour rien, elles ne sont que des coups d’épingle. Seule une lame de fond d’immense envergure, internationale… Utopie délectable, sans plus.

Les organisations existantes, issues du passé, engluées dans leurs présupposés et leurs rivalités, sont toutes hors-jeu. Elles ne peuvent en aucun cas contribuer à un basculement.

Nul soutien à quelque prétendant au Pouvoir n’est plus envisageable. Issus d‘un monde à l’agonie, chacun est soit incompétent, périmé, failli, complaisant, falsificateur, ou terriblement dangereux. Aucun ne mérite confiance.

Où que porte le regard, aucun outil de changement radical n’est disponible.

Trop tard, il est semble-t-il beaucoup trop tard.

 

 

[1] Disponible en DVD

Massada, la mer Morte au fond

Massada, la mer Morte au fond

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Dégradation

6 Janvier 2022 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Viktir Klemperer, Julius Fucik

 

Lorsque la langue se dégrade au point de se perdre, la société toute entière est en péril.

Le crime contre l’esprit est bien plus grave que le crime de droit commun. Il concerne des populations entières dont il modifie à jamais les facultés intellectuelles et les comportements affectifs, alors que la sauvagerie de l’attentat de droit commun ne concerne qu’un nombre limité d’individus.

Principalement depuis les saillies sarkoziennes (inutilité de La Princesse de Clèves, casse-toi pauvre con …), nous sommes confrontés à de terrifiants ravages. La langue s’accoutume à véhiculer l’ignoble.

Nous sommes renvoyés à la période maudite de la montée sournoise du nazisme si clairement décrite par Viktor Klemperer dans son ouvrage de référence  LTI, la langue du IIIe Reich, riche analyse de ce qui constitue une langue totalitaire.

Les cinq dernières années ont vu s’accélérer le phénomène d’une intervention idéologique de grande ampleur allant dans ce sens maudit.

A grandes enjambées :

- célébration de l’excellence et de la réussite individuelle,

- mépris du plus grand nombre,

- discrimination offensive à l’égard des démunis,

- refus de la discussion et du débat (à moins qu’il ne soit strictement encadré), désignation de boucs émissaires (les gilets jaunes, les non vaccinés, l’Université, l’administration judiciaire),,

- distinction entre bons et mauvais citoyens,

- nécessité de contrôles permanents,

- ridiculisation des opposants,

- trivialité démagogique de la parole, etc.

Cette idéologie largement ressassée finit par percoler les esprits. Nombreux sont eux qui l’intègrent et la font circuler, abusés, croyant penser par eux-mêmes.

La pression de conformité aidant, une langue officielle s’élabore à bas bruit. La pluralité des discours possibles est peu à peu abolie, la pensée créatrice ou contestataire s’étiole, la volonté défaille. Aveuglement et passivité l’emportent.

La finalité est claire : tout organiser et tout contrôler pour assurer la primauté du langage totalitaire.

Des mots anciens reçoivent de nouvelles significations (empathie, employé désormais à tort et à travers), des locutions, des mots nouveaux apparaissent (présentiel, gestes barrière…). 

Limitation et engourdissement de la pensée, obscurantisme, sont assurés par des médias détenus par quelques financiers tout puissants orchestrant une désinformation permanente par le biais d’agences et de rédactions aux ordres. Confusions, amalgames, affirmations non étayées, répétition incessante du même, simplifications hâtives, les mots se vident peu à peu, les valeurs se lézardent à grande vitesse.

Voici où nous en sommes en ce début de « nouvelle » année.

« Hommes, mes frères, je vous aimais, veillez !» Julius Fucik, Ecrit sous la potence.      

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