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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

De la peinture

17 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Peinture, quotidien, art roman, baroque

Accéder à la peinture semble à beaucoup impossible, sous prétexte d’un manque de formation initiale.

Cet obstacle volontairement entretenu par quelques beaux esprits serait plus fréquent en Occident qu’ailleurs. C’est là que s’est développée au fil des siècles une famille d’érudits, savants rats de bibliothèque, devenus historiens universitaires patentés et critiques d’art officiels surtout attachés aux circonstances et péripéties, aux assemblages de signes à déchiffrer, qui font des images des énigmes lisibles par les seuls initiés se transformant peu à peu  en experts guidant un marché international pesant sur la vie sociale et affective d’une élite auto-proclamée essentiellement soucieuse des modes de son temps, ainsi que du maintien de son principat.

Etudes, expertises, analyses, nomenclatures, hypothèses, enquêtes, permettent d’asseoir des connaissances, de comprendre des articulations historiques entre découvertes scientifiques ou techniques, et appropriations locales, entre mythes et préoccupations temporaires ou durables, entre doutes et croyances, etc. Mais chacun sent bien que s’en tenir à cela est insuffisant pour parvenir à ce qui imprègne la chair des œuvres et leur confère tant de pouvoir. Seule, se suffisant à elle-même, l’approche intellectuelle de type universitaire illusionne, elle devient vite un obstacle. L’immédiateté des émotions, du ressenti, ne saurait se quantifier, ni se condenser en une chronique studieuse, si brillante soit-elle. La densité de l’impalpable ne se laisse pas aisément domestiquer.

La peinture rend visible l’inconnu, l’insoupçonné, révèle l’absence, le manque ignoré, donc le désir. Riche de sa propre nature, l’image agit d’abord comme un déclencheur d’émotion. C’est la silhouette perçue dans la rue qui surprend et provoque d’abord le regard, puis le désir ou le non-désir. Vient ensuite la parole, toujours seconde. Entamer la visite d’une exposition par une déambulation rapide, permet de se laisser fugitivement surprendre par quelques pièces plus chargées que d’autres qui serviront de repères pour le parcours attentif à venir. Aucune image n’est neutre, si le tableau n’est pas remarqué, ça ne saurait être de sa faute.

Vivre avec la peinture c’est en grande partie vivre avec des partenaires quotidiens du quotidien. Les regards appliqués installent peu à peu une autre manière d’accéder aux œuvres, par le biais du sensible. Des relations s’élaborent entre le regardeur et les œuvres, mais aussi entre les œuvres elles-mêmes. Le propre d’un accrochage réussi tient à la concordance entre les œuvres présentées, ainsi qu’au pouvoir concertant de chaque ensemble exposé avec l’écrin des lieux.

Accéder à la peinture suppose de se confronter physiquement à elle, de briser quelques tabous révérencieux, de passer de la soumission dévote au dialogue de face à face. Il serait temps de rétablir une relation authentique avec l’Art, dénuée de prétentions ostentatoires et de discours inutiles. L’humilité de l’art roman s’adressant sans détour au plus grand nombre souligne l’insupportable bavardage du baroque comme de l’art dit contemporain. Elle tient à distance l’aspect pacotille d’une certaine culture mondaine, pseudo-savante, qui en fait n’a rien à dire.

En ces temps de faux-semblants, de mensonges outrecuidants, de mépris avéré des individus, de violence autoritaire, le rapport direct à l’art pourrait constituer une sorte d’indispensable viatique.

 

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Du langage

9 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Trissotin, JP Sartre, A Korzybski, H Laborit,, V Klemperer,J Prévertn Tour de Babel

 

Presse écrite, presse parlée, discours politique, langage courant, il faut choisir : des mots ou de la pensée. L’efficacité commande, l’urgence interdit le superflu de la réflexion. Le flot continu d’informations laxatives cérébrales, indifférenciées, récurrentes, uniformisées, auquel nous sommes exposés en permanence répond à l’entretien chronique de cette urgence castratrice et nécrosante, qui nous est imposée depuis trop longtemps.

La langue s’affadit, elle devient imprécise, le vocabulaire s’amenuise au rythme de la fonte de la banquise ou de la perte de la biodiversité. Le brouet insipide libère parfois un grumeau attirant pour les Trissotins en mal de représentation. Ils le saisissent, s’en emparent, et le lancent sur le marché de la mode langagière. C’est ainsi qu’empathie et résilience, entre autres, connaissent une vogue comparable à celle d’aromates passe-partout. Une pointe d’ésotérisme leur confère une irrésistible touche intellectuelle. La fortune de l’expression est alors immédiatement assurée, le plaisir d’en agrémenter toutes sauces est extrême pour mesdames les Précieuses ridicules et messieurs les Trissotins.

Les mots qui étonnent, qui surprennent, résonnent, demeurent en mémoire, jouissent d’une large faveur. Comme l’homme qui est très rarement ce qu’il prétend (J-P Sartre, existentialisme),  le mot n’est jamais la chose qu’il désigne (A. Korzybski, sémantique générale), sa faculté d’occultation l’emporte souvent. Nommer, classifier, aboutit parfois à réduire à néant. « Ah, j’ai compris, vous êtes un empiriocriticiste » dit un quidam à Henri Laborit, qui ajoute « dès lors il ne m’adressa plus la parole » (Biologie et structure, Gallimard, 1968).

Outre la verroterie destinée à séduire le vulgaire dans une démarche hautaine de colon, ainsi qu’évoqué ci-dessus, existe du lourd hautement connoté, polysémique, chargé d’un trop plein de sens, tellement galvaudé que les dérives permanentes vers le jargon demanderaient des précisions à chaque usage. Entrent notamment dans cette catégorie Démocratie, Liberté, Egalité, Droits, Elections, etc.

Cabossé, éventé, devenu difficilement identifiable, usé jusqu’à la corde, n’ayant peut-être d’avenir que sous forme hallucinatoire, Démocratie ne parvient à survivre que grâce à des prothèses adjectives, au prix de fâcheuses redondances exprimant l’impossible : démocratie participative, démocratie populaire, démocratie républicaine… Il en va de même pour des mots usuels du langage courant tels que le Temps ou la Pensée.

Dans le dos du Temps se profile une multitude de sens : époque, période, souvenir, nostalgie, ou bien disponibilité, histoire, échéance, durée, attente, ou encore climat, rythme, mesure, conjugaison, délais, etc. Le temps des physiciens n’est pas celui dos historiens, pas plus que celui des philosophes, encore moins des politiques.

Dans le dos de la Pensée se profile une autre multitude de sens : imaginer, concevoir, créer, se souvenir, chercher, réfléchir, ou encore reproduire, inventer, découvrir, explorer, rêver, prévoir, etc. La pensée du chercheur n’est pas celle du philosophe, pas plus que celle du vrai jardinier devant laquelle il se découvre, selon Jacques Prévert.

Nous ne vérifierons sans doute jamais assez ce que parler veut dire.

Le mythe de la Tour de Babel ne peut manquer d’être évoqué, avec l’ombre de la prise de pouvoir d’un jargon totalitaire, tel que l’a analysé Victor Klemperer pour la manipulation du langage par la propagande nazie, conservant vocabulaire, syntaxe, expressions et intentions de la langue allemande, modifiés peu à peu, détournés de leur sens comme de leur usage jusqu’à devenir un véritable langage totalitaire, outil d’une propagande globale qui s’impose sournoisement..

A quel point, à quelle distance, en sommes-nous ?

Si l’existence d’un doute peut contribuer à la crédibilité du propos, à son écoute, à son partage, l’affirmation répétée de certitudes insuffisamment étayées ouvre la porte à des méfiances durables, souvent irréductibles (vaccination/antivax..)

 

 

 

 

 

 

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De l'âge

1 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #La Boétie, Montaigne, Luberon

Si le vieillir est commun, la vieillesse n’est accessible qu’à quelques-uns. C’est ainsi que, devenue plutôt banale, progrès de la médecine aidant, l’entrée dans les âges à trois chiffres demeure toujours un événement singulier.

A moins de naufrage mental réduisant la personne à l’état de légume, l’âge ne saurait constituer une excuse. Chacun est responsable de ses actes comme de lui-même jusqu’au moment ultime. L’homme est ce qu’il se fait en permanence. Nous avons les uns et les autres la gueule que nous méritons. Oui, bien sûr, les circonstances, les imprévus et autres aléas, les injonctions extérieures, jouent un rôle, moindre cependant que ce que nous en faisons, que ce que nous prétendons à leur égard. La responsabilité ultime nous colle à la peau.

Notre liberté est d’abord entre nos mains, condamnés à être libres à partir du moment où quelque embryon de raison a commencé de germer en nous. Constat difficile pour beaucoup, vite encombrés d’eux-mêmes. L’effrayante soumission à l’existant, au pouvoir majoritaire, à la privation de liberté, à l’uniformisation, l’effrayante dépendance (la servitude volontaire disait La Boétie), si présentes au cœur de l’homme depuis les origines, tiennent sans aucun doute possible au refus de la responsabilité, comme de la liberté individuelle absolue de chacun. Accepter de vivre à genoux ou à plat-ventre est-ce vivre vraiment ?

Lorsqu’un écrivain célèbre, réputé penseur indépendant non domestiqué, cède aux sirènes d’un Pouvoir qu’il a soigneusement dénigré, se fait encenser et laurer à plaisir, lorsqu’il se laisse récupérer sans saisir la célébration de son centenaire pour imposer sa véhémence, nous assistons à une navrante sortie de scène, piètre exemple de soumission dispensé à la galerie. Non, décidemment l’âge ne saurait constituer une excuse. Il ne saurait pas davantage fonder une quelconque respectabilité du simple fait de son existence, alors que l’agir pèse d’un poids autrement spécifique, à tout moment. Nous ne sommes évidemment que ce que nous sommes, et non pas ce que nous aimerions paraître.

Lier l’âge à la possession d’une expérience vécue aussi évidente qu’incontestable relève d’une confondante confusion. Si l’âge permet évidemment d’emmagasiner un capital réflexif susceptible d’enrichir le présent, propre à une transmission progressive raisonnée, il est aussi fréquemment le lieu de crispations méningées et corporelles tout à fait inappropriées au moindre témoignage. Dans la plupart des cas, un jeune crétin n’engendrera jamais qu’un vieil abruti, d’autant plus redoutable que fier de lui et bourré de certitudes.

Susceptible d’aider au dépassement de la binarité Etre ou Avoir, l’âge peut parfois révéler le bonheur de l’accession au bien-être. Incomparable élixir de moments apaisés, bouleversement de la jouissance de l’ici et maintenant, si fugace soit-elle. « Quand je dance, je dance ; quand je dors, je dors ; voyre et quand je me promeine solitairement en un beau vergier, si mes pensées sont entretenues de concurrences estrangères … je les ramène au vergier, à la douceur de cette solitude et à moy »,  nous dit Montaigne (Essais, III – XIII, De l’expérience).

L’âge et l’état où je suis rendus font que ma maison demeure ouverte à qui bon me semble, un préjugé favorable étant accordé à tout nouvel arrivant. Il en fut ainsi déjà il y a bien des années durant lesquelles nous avions transformé notre demeure du Luberon en Maison d’Art avec paysage, lieu de rencontre et d’échange fort apprécié. Si Monique n’a pas réussi l’accostage aux rives de la vieillesse, son esprit subsiste, il m’incite. 

A Marseille, assez nombreux sont les visiteurs habitués, d’origines et d’âges très variés. On ne vient pas ici par courtoisie, inutile, on vient pour partager le plaisir d’échanges nourris. Art, littérature, politique, et quotidien, sont en permanence au menu. Les différences d’âge sont abolies, seul prévaut l’intérêt du moment partagé. Nous vivons dans le même temps, au même rythme, avec un large plateau de préoccupations communes. L’intransigeance cède souvent le pas à la curiosité, elle suscite à l’occasion des débats fructueux.

Habituellement divisé en strates étanches, l‘âge apparait ici comme catégorie seconde, poreuse et non discriminante. Nous sommes à chaque fois à égales distances, au même niveau, c’est-à-dire de plain-pied.

Parfois l’air est empreint de la réciprocité d’un sentiment amoureux ; la vie vivante n’a d’âge qu’indéfini.

 

Domenico Ghrlandaio, vers 1490

Domenico Ghrlandaio, vers 1490

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Lorsque l'enfant parait...

26 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Victor Hugo, tefan Zweig, Walter Benjamin

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux, ...

… Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !

(Victor Hugo, Les feuilles de l’Automne, XIX)

 

Dans la très grande majorité des cas l’annonce d’une naissance prochaine est source de réjouissance. Promesse de l’aube, promesse de l’à venir. Ce point serait tellement acquis, tellement ancré, qu’il ne saurait faire l’objet de la moindre réserve, à peine de scandaleux outrage aux allants de soi. Idéologies et convictions issues d’une pensée ancestrale imposent comme une évidence les applaudissements à grands cris.

Et cependant, en 1831 date de parution du recueil cité en exergue, Victor Hugo envisage l’inouï d’un été sans fleurs, d’une absence d’oiseaux, et d’une disparition des abeilles entrainant celle des enfants, c’est à dire de la fin de la vie ainsi que nous la connaissons depuis les origines. Exactement ce à quoi nous sommes tout proches d’être rendus.

Que l’on y songe bien :

- la fonte de la calotte glacière arctique ne réjouit que les économistes les plus cupides, attachés à la réduction des coûts de transports de matières premières nécessaires à la production de biens devenus dévastateurs, à bannir ;

- le dégel progressif du sol du Groenland permet à des prédateurs  criminels d’entreprendre des forages à la recherche de matériaux rares propres à l’industrie de masse la plus polluante, susceptibles de provoquer et d‘accélérer de considérables désordres géologiques et de libérer des virus dormants encore inconnus ;

- le Gulf Stream risque de s’effondrer promettant à l’Europe des accroissements extrêmes de température :

- le réchauffement climatique général est désormais une donnée de fait provoquant incendies gigantesques, inondations diluviennes, ouragans à répétition, sécheresses absolues, canicules.

Certes, des catastrophes ont eu lieu depuis les origines, des espèces ont disparues, mais jamais les conditions mêmes de toute forme de vie possible, animale ou végétale, sur la Planète n’ont été mises en cause comme c’est désormais le cas. Il est fort probable que des seuils de non-retour ont été atteints, puis dépassés.

Nous sommes dans une véritable situation de sauve qui peut à laquelle aucune équipe dirigeante, nulle part, ne semble vouloir ou pouvoir sérieusement se confronter, les intérêts immédiats et la volonté de prévaloir l’emportent en tous cas, en tous lieux. Nez à la vitre et mensonges à répétition proférés comme des mantras. Le destin d’un footballeur réputé, la répétition de faits divers, et les épisodiques prises de parole officielle servent d’anesthésiants. La plupart semblent se laisser prendre, par lassitude, par incompréhension, par peur, par ignorance ? Pour toutes ces raisons, pour d’autres encore sans doute, dont la recension importe peu, en fait. Ce qui importerait serait de se demander comment parvenir à faire progresser une parole porteuse de réflexion, donc de prise de conscience.

La voie des analogies semble vouée à l’échec. Celles-ci, comme les remémorations, ne valent que pour ceux qui ont connu certains des aspects évoqués, sinon il ne s’agit que d’images non superposables, souvent incompatibles, donc trompeuses et peu parlantes.

Reste alors, peut-être, l’évocation d’un système répétitif, opératoire depuis des lustres, et la proposition d’une réflexion personnelle sur la triade Imposer Contrôler Trier.

Voici qui tient la route, que ce soit, en vrac, à propos des Cathares (Inquisition), des Protestants (Louis XIV), des Ci-devant ennemis du peuple (période révolutionnaire), des Juifs et des minorités (Nazisme, mais pas seulement), des petit-bourgeois réactionnaires (bolchevisme), des Immigrés (5e République), et maintenant des vaccinés et non-vaccinés.

Les modalités, les échelles, les moyens mis en œuvre sont bien entendu différents, les principes et les processus comportent néanmoins semble-t-il bien des rapports.

Si nous ne parvenons pas rapidement à nous trouver collectivement, à nous conforter par une attention accrue à l’essentiel, à ce qui fonde notre humanité, à tisser des liens de reconnaissance, à nous déprendre de l’actualité morne et vide, à nous garder d’un électoralisme racoleur et répugnant, il est probable que nous serons dissous dans un mélange pâteux, visqueux, tandis que retentiront les trompettes de l’Apocalypse. Alors quelle autre solution que celle individuellement choisie en leur temps par Stefan Zweig ou Walter Benjamin ?

Combien de temps encore le cercle de famille, béat, naïf, et benêt va-t-il continuer à s’esbaudir à l’arrivée d’un nouveau-né voué au désastre, égoïstement volontairement conçu pour la satisfaction de géniteurs plus soucieux de leur bonheur immédiat que du drame d’une vie devenue impossible. Ils se débrouilleront toujours, ils s’adapteront, entends-je souvent dire. Peut-on se montrer plus nettement abandonnique ?

Je sais que je vais profondément choquer, l’arrière-grand-père comblé que je suis ne peut se taire pour autant. Le souci permanent que je me fais pour mes descendants l’emporte. La discussion vaut largement la peine. Aura-t-elle lieu ?

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Chansonnette

19 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Boris Vian

(D’après Boris Vian)

 

Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous en avez le temps

 

D’vot’ pass’ sécuritaire

D’vos mesures de misère

Je n’veux plus guère (bis)

 

Nous sommes des milliers peut-être

Que vous voulez soumettre

Monsieur le Président vous avez tort

D’persister d’frapper aussi fort

Monsieur le Président vous allez dans l’mur

Et nous aussi c’est bien sûr (bis les deux derniers)

 

Voyez la Terre elle craque de partout

Continuer c’est complètement fou

Je vous l’dis sans fard

Il est déjà trop tard (bis les deux derniers)

 

Tout pour les uns rien pour les autres

Je ne suis pas apôtre

L’bâton vous rend fier

Président des violences policières (bis les deux derniers)

 

Vous jouez d’la trompinette

Un peu partout sur le net

Monsieur le Président je vous le répète

On n’en veut plus d’la perpette

Faut changer d’système

Faut jeter l’anathème

Fini d’nous faire taire

A coup d’vote majoritaire

L’système électif

C’est que du fictif (bis les deux derniers)

 

Messieurs qu’on nomme grands

C’est désormais le temps

Pour le bien d’la planète

Faut faire plac’ nette (bis les deux derniers)

(qui suara mettre en musique ?)

 

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Eloge du mensonge – poker menteur

13 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

Le mensonge serait un péché capital

Capital ? Dès lors y a plus péché

Capital

Joli mot pour célébrer la joie de vivre, le but, l’accomplissement suprême

 

Liberté, Egalité, Fraternité, Droits de l’homme, et du citoyen

Allons danser sous les ormeaux, là où chantent les lendemains, allons danser

Bien public, intérêt général, maintien de l’ordre

Tu l’as ton passe ?

 

Opinion publique

Sondages et statistiques

Bal, petit bal chez Temporel

Viens, viens, fais-moi danser, Julie la Rousse, fais-moi rêver

Gestes barrière, quelle allure

Mesures d’urgence, ça s’impose

Ordo, ordo, ordonnances

Tu l’as ton passe ?

Masques, bergamasques, inutiles, indispensables, disponibles, insuffisants

Vaxi, vexa, vaccins, comptés, décomptés, à gogo

En veux-tu, en voilà

Démo, démo, démocratie, merci, encore, encore

Suffrage universel, droit de vote,

Peau de balle et variétés

C’est rigolo, c’est rigolo

Encore, encore

 

Information, Communication, Publicité

Séparation des pouvoirs

Ni vu, ni connu, Conseil scientifique

Tu l’as ton passe ?

Faut vivre avec son temps

Etat d’urgence

Impair passe et manque

 

C’est d’la triche

Moi j’joue plus

Pôv’type t’as rien compris, ça va d’mal en pis

Mystère et boule de gomme

Prends ton passe et tais-toi

Prends ton passe et casses-toi

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Passage en quatrième

5 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean Cocteau, Pierre Desproges, Principe d'autorité, René Dumont, Siné, Covid variante delta

 

«Puisque ces mystères nous dépassentfeignons d'en être l'organisateur.»

Jean Cocteau, Les mariés de la Tour Eiffel.

« Si la violence ne résout pas ton problème, c’est que tu ne frappes pas assez fort. »

Pierre Desproges

 

Exercice permanent de l’Autorité - Entretien de la Peur – Primauté de l’Urgence

Mode triptyque de gouvernement.

L’exercice permanent de l’Autorité favorise une assurance à toute épreuve, source de bienfaisante autosatisfaction, dispensant de justification sérieuse des décisions prises. Il permet également de tenir à distance les gêneurs et autres pinailleurs soucieux de précision, de contrôle, voire de réflexion, avec lesquels il s’avère totalement vain de perdre son temps.

Le recours aux ordonnances, la banalisation par prolongements quasi automatiques de mesures dérogeant au droit coutumier, rendent possible l’ignorance du pouvoir législatif réduit aux apparences, comme il amenuise le pouvoir juridique souvent confiné au strict juridisme conformiste.

Seul léger défaut de la cuirasse, l’exercice permanent de l’Autorité ne permet jamais de baisser la garde,  il contraint à une spirale de surenchère constante. La moindre défaillance peut lui être fatale. Le risque d’affrontements majeurs, vite incontrôlables, se dresse à brève échéance.

L’entretien de la peur possède le gros avantage d‘une efficacité immédiate, contagieuse, et durable. Il produit un terreau fertile, propice au développement rapide de nombreuses variétés de craintes individuelles et collectives. L’entretien de son jardinage est assuré par une cohorte   d’opérateurs recrutés dans la sphère politique, de l’économie et de la statistique, du journalisme en général. Au nom d’un certain principe d’autorité ecclésiale, ils jouissent encore de quelque prestige auprès d’une importante partie de la population. Grande presse aux mains d’affairistes de haut-vol, chaines télévisuelles d’information en continu, et radios affermées, forment un réseau de diffusion et de contagion très performant. Une sorte de pissat cérébral anesthésiant est ainsi chaque jour injecté à des millions de patients rendus inoffensifs par nécrose progressive indolore des lobes cervicaux.

Fabrique et entretien quotidien de l’ignorance produisent et maintiennent une population suffisante de ravis de la crèche, handicapés mentaux conviés de temps à autre à une cérémonie votive destinée à perpétuer ad absurdum  le système existant.

Et pendant ce temps-là, le climat, les conditions du maintien d’une vie animale et végétale sur la planète, oui, bien sûr, mais la croissance et le développement économique… Peu importe, il est sans doute déjà trop tard depuis longtemps. Insuffisant pour baisser les bras. Mourir debout, mais pas crever soumis, dirait à peu près Siné. Lors de la campagne présidentielle de 1974, René Dumont n’était qu’un aimable utopiste, une sorte de clown politique tout à fait insolite. Les évidences ne vont jamais de soi. Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Face au duel Giscard Mitterrand, le doigt, Dumont parlait écologie, la lune. La campagne fut mémorable, le résultat un fiasco (1,32% des votes).

La primauté de l’urgence plaque les nez à la vitre. Au nom de l’urgence tous les à-peu-près trouvent excuse. N’ayant plus aucun espace où se développer, la possibilité d’une quelconque réflexion disparait. L’absence de prévision, voire parfois d’une simple vision, font que l’événement immédiat exige une réponse, immédiate bien sûr, donc en urgence réflexe, donc stupide le plus souvent.

Il y a le feu. Il couvait, personne ni ne le voyait, ni même s’en souciait. L’important était de se délivrer des certificats anoblissant errements, incohérences, mensonges. La magie du Verbe devait parvenir à masquer les incompétences. Las, Delta plane ou pas, la quatrième vague est là. Que faire alors que l’on vient de relâcher un peu les contraintes, l’élection présidentielle se profilant en ombre portée ? Aucune autre issue immédiate que de froncer les sourcils, de menacer, de contraindre à une vaccination générale non obligatoire mais exigée pour essayer de mener une vie « normale », mais soigneusement encadrée.

Panique à tous les étages ? Nullement, nous nous donnons les moyens de passer pour de judicieux organisateurs. L’intendance finira bien par suivre, à coups de bâtons si nécessaire.

Bilan actuel du quinquennat : émergence d’un mouvement de protestation hors du commun, les gilets jaunes ; restriction continue des droits fondamentaux et des libertés individuelles. L’échec est patent ? Courage, persévérons !

Lire La Princesse de Clèves est inutile. L’Art et les artistes, de même. Jeff Koons vaut bien un Mucem.

Tu mélanges tout ! Oui, bien sûr, car tout se tient.

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Déni de réalité - réalité du déni

24 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #déni de réalité, J-C Michéa,, enseignement de l'ignorance, mise en examen, vaccination anti Covid,Bertolt Brecht, Arturo Ui,

 

(Contribution aux prolégomènes à toute discussion fondamentale sur les conditions d’une vie partagée et responsable)

La destruction de tout régime de pensée critique, à vrai dire de toute velléité de penser, est à l’œuvre depuis lurette. La fabrication de l’ignorance par les médias comme par le système éducatif fait l’objet d’études sérieuses depuis au moins deux décennies. En 2006, J-C Michéa démontre combien L’enseignement de l’ignorance (titre de son ouvrage) par le biais de réformes successives correspond depuis environ trente ans à un amoindrissement systématique de l’esprit critique et à un appauvrissement de la langue dans le but de défendre la primauté de l’ordre financier. La baisse du niveau général n’est pas le fait de réformes avortées, mais  bien plutôt le fruit d’une volonté délibérée d’asservissement du plus grand nombre, l‘école républicaine ayant trop longtemps représenté un îlot de résistance à la soumission au monde du profit.

Plus récemment, nous assistons à l’emprise de grands groupes privés sur les médias, presse papier, radios, chaines de télévision. Ce qui se traduit par un contrôle massif des programmes et des informations dispensées. Dès 2004, le PDG du geoupeTF1 déclare en toute quiétude Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Son cynisme a banalisé une situation délétère dont beaucoup hélas s’accommodent, voire se satisfont, aujourd’hui. L’électroencéphalogramme plat est pour bientôt, les quelques récalcitrants seront alors réduits à merci, à force de règlements coercitifs élaborés à la va-vite par quelque comité d’urgence sanitaire incontrôlé.

Ces faits sont connus, documentés, avérés. Les nier, serait nier l’évidence, peut-être même s‘en rendre involontairement complice, ou bien, se situant sur un paradigme totalement étranger à celui qui est proposé, justifier un mode de soumission confortable à l’existant. Toute discussion deviendrait alors vaine, en raison d’une irréductible étrangeté, donc d’une impossibilité d’échange.

Parmi le grand nombre des insatisfaits, de nombreux points d’accord apparent dessinent des contours variables, mais néanmoins susceptibles de porter une volonté de changement. Réalité ou illusion ? Différé, le désaccord intervient généralement lorsqu’il s’agit de nommer, donc de qualifier, le fait examiné en le rattachant à une famille d’appartenance problématique.  

Nombreux accords apparents sur les dérives autoritaires, l’atteinte durable aux libertés, les mensonges à répétition, l’à-peu-près des décisions, les contradictions de nos gouvernants. La vérité d’un jour est rarement celle du lendemain, l’approximatif des modalités d’application de mesures annoncées à la hâte par des dirigeants très soucieux de ménager leur image, autant de circonstances où abondent les exemples. Tenter d’y voir clair, et d’élaborer son propre inventaire des situations problématiques, serait déjà un début de reprise en main.

Nombreux accords apparents sur l’accentuation depuis le début du quinquennat du phénomène d‘improvisation, d’absence d‘anticipation, de manque de réflexion prospective, puisque l’essentiel est délégué à un seul, de mépris des questionnements considérés comme inutiles, voire hostiles. L’amorce de conscientisation entreprise précédemment devrait aider la réalisation de cette phase.

Nombreux accords apparents sur les marques de droitisation extrêmes de la part de la quasi-totalité de la classe politique. L’étrange participation de représentants des Verts, du Parti Communiste, du Parti Socialiste, dont Madame la Maire de Paris, à la manifestation organisée devant l’Assemblé Nationale par les syndicats de Police contestant l’action du Ministère de la Justice, illustre cette dérive mortifère. Notons au passage que non seulement les participants, mais aussi leurs organisations qui ne les ont pas désavoués, ont perdu en cette affaire le peu de crédibilité qui leur restait. Tout ce qu’ils diront, feront ou prétendront, dans les mois à venir ne vaudra pas tripette. Affaire de mémoire et de vigilance.

Nombreux accords apparents sur l’insolite du maintien en fonction d’un Ministre de la Justice mis en examen, soutenu par un exécutif s’estimant hors de toute atteinte, donc supérieur à tout, y compris au principe fondamental de la séparation des pouvoirs. Exemple de dérive totalitaire majeure, s’il en est besoin. Totalement inédit, signal du franchissement d‘un seuil essentiel.

Accord apparent possible, quoique quelque peu malaisé, sur le fait que les récentes mesures en faveur d’une vaccination anti Covid, obligatoire, sans l’être, tout en l’étant, puissent introduire en catimini une sorte d’apartheid entre résidents dont certains seront relégués dans une cohorte bannie. Horrible évocation insupportable de situations monstrueuses.

Une fois établi un terrain d’entente sur quelques-uns de ces constats, peut-on aller un peu plus loin et tenter d‘élaborer quelques règles de sauvegarde ? Autrement dit, quels enseignements pratiques tirer, quelles conduites tenir, quelles décisions opératoires prendre ?

Hic jacet lupus. C’est bien ici que se terre l’embrouille. Le passage du Dire au Faire, de l’Avoir (des informations, des connaissances…) à l’Etre (debout, réagissant, résistant, fragile, incertain…) est si périlleux qu’il entraîne bien des reculades face à des évidences souvent inconcevables car insupportables. Comment admettre qu’au vu et au su de ce qui arrive chaque jour, nous sommes de fait plongés dans une période de préfascisation ?

Avec La résistible ascension d’Arturo Ui, Bertolt Brecht a décrit et démonté la dynamique du processus mafieux qui s’est joué en Allemagne dans les années 30, qui de manière assez voisine se développe actuellement sur l’ensemble de la planète.

L’horreur annoncée ne peut pas se profiler sans un rejet immédiat, passionnel, naïf, opposé comme un talisman face au monstre. Apparaît alors le fameux Oui – Mais, où le mais, c’est à dire le refus, l’emporte largement sur le oui, ouvrant la voie à la soumission. Mieux vaut se passer soi-même la laisse au cou, l’impression d’un choix libre l’emporte. Continuons à voter pour élire des gens qui n’auront aucun compte à rendre en cours de mandat, continuons à entretenir un système qui nous asservis, faute d’imaginer d’autres perspectives, faute de chercher à en imaginer. Seule alternative disponible si l’on s’en tient à ce cas de figure, me souffle une amie : muter ou mourir.

Que le cercle de ceux avec lesquels l’échange, la mise en commun, le débat d’idées la discussion approfondie, respectueuse des différences, loin de toute mise en cause ad hominem, s’amenuise, ne constitue en rien une raison pour baisser les bras.  Les attaques personnelles ne font en rien avancer le débat. Un Tu exagères non argumenté, un haussement d’épaules ou un geste de rejet permettent d’épingler l’interlocuteur dérangeant dans une boite à papillons, de l’ignorer et de neutraliser ses propos. Ils ne favorisent en rien la réflexion, ils plombent le débat et le coupent court

Il est des moments où la relation à l’existant s’écrit compromis et se prononce compromission.

Les périodes extrêmes, celle que nous vivons en est une (extinction progressive des conditions de la vie sur la planète : nuisance, poltronnerie et médiocrité de la plupart des responsables politiques mondiaux), ne peuvent admettre le moindre compromis pour ce qui concerne lucidité et conclusions à tirer de l’examen du réel. Courber l’échine et se taire est suicidaire pour soi, mortifère pour autrui.

L’intransigeance devient de plus en plus le seul viatique ; le prix affectif à payer peut se révéler non négligeable, il ne devrait pas pour autant constituer un obstacle à la rigueur.

Mourir (oui, car c’est une dimension de la vie), mais debout !

« Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds... Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » (B. Brecht- Arturo Ui)

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Il était une fois Jean de La Fontaine…

18 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #La Fontaine, Giraudoux, Jouvet, Fouquet, édit de Nantes, Racine, Molière,Oratoire, Jansénisme, La Bruyère, Descartes,Boccace, L'Aretin,, Gide, Suarès, Gracq ,

 

Ce mois de juillet 2021 correspond au qua tre centième anniversaire de la naissance, le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, de Jean de La Fontaine. Belle occasion de reprendre une lecture faite aux approches de mes vingt ans, dont la saveur ne s’est jamais affadie. Je sais le livre dans les attiques de ma bibliothèque où je le fais dénicher par un ami, n’étant plus en mesure de gravir moi-même les marches d’un escabeau, quelle qu’en soit la dimension. Défraîchies, pages jaunies et fragiles, Les cinq tentations de La Fontaine me sont délivrées. Je retrouve d’emblée le plaisir délicat du style élégant, de l’humour subtil, faussement désinvolte, brillant et très maîtrisé de Jean Giraudoux, auteur aujourd’hui tombé dans l’oubli, conséquence peut-être d’une identification malaisée de son attitude pendant l’Occupation. (La comparaison avec le destin de Jean Giono vient à l’esprit.) Son souvenir est indissociable de celui de Louis Jouvet qui porta au théâtre ses œuvres majeures. Admirateur de La Fontaine, que l’on ne peut se lasser de lire à tout âge avec un plaisir sans mélange tant son actualité demeure, Giraudoux nous brosse un délicieux portrait du « bonhomme » qu’aucun talent précoce n’a pu signaler à l’attention de ses proches. Distrait au point de ne pas reconnaitre son propre fils dans une assemblée, prodigue et généreux, souvent impécunieux, la solitude et le sommeil semblent avoir été ses passions majeures. Ce qui ne le préserva guère de tentations assez communes telles qu’une vie bourgeoise, les femmes, la vie mondaine, la littérature, et celle du scepticisme et de la religion.

Un air de fraîcheur envahit  la pièce où j’écris, le vent fait bruisser les tilleuls du cours,  le soleil est mesuré comme il convient, La Fontaine s’invite.

 

Ignorant de son talent, il commence par accepter tous les agréments et tous les ennuis d’une tentante vie bourgeoise en province. A vingt ans il n’a pas encore écrit un seul vers, à vingt-cinq ans il est maître des Eaux et Forêts, marié à vingt-six ans, il se satisfait du bonheur bourgeois et des relations familiales assorties. Ses rêveries lui permirent de se garder des impasses de cette existence promise, et de satisfaire son besoin d’aise en quittant famille et fonctions officielles pour atteindre le réel du cœur humain et de la nature, qu’il n’avait jamais vraiment contemplée. Ce n’est qu’à l’orée de la vieillesse, qui s’invitait alors bien plus tôt qu’aujourd’hui, qu’il publia son premier recueil de Fables, il avait quarante-sept ans.

« Qu’est-ce que vivre …

C’est jouir des vrais biens avec tranquillité ;

Faire usage du temps et de l’oisiveté … » (Discours à Madame de La Sablière)

 

Boccace et L’Arétin en poche, auteurs licencieux s’il en fut, La Fontaine s’en va  vers Paris. Là justement où la tentation des femmes tient des assises permanentes. Or, notre homme, plutôt bien fait et bien mis, des portraits d’époque en attestent, est plus porté au libertinage qu’à l’ascèse. Il fait assez peu de cas des femmes, les Contes le disent clairement ; bourré de préjugés issus de ses lectures, il parait en définitive assez benêt. C’est lorsqu’il devient un familier de Fouquet, le surintendant du Roi, qu’il découvre ce qu’est une femme du monde, douée de dons allégoriques qui s’apparentent aux vertus. Il découvre alors qu’il ne connaît rien aux femmes, et qu’il en restera ignorant à jamais. Prenant conscience de son incapacité, c‘est avec respect et admiration surtout qu’il les contemplera désormais. Ce qui ne l’empêchera nullement de céder à des émotions instantanées.

 

A son arrivée à Paris, la tentation du monde développe son avidité d’argent et de succès. Dès le printemps 1658 il se vend par acte notarial au surintendant Fouquet auquel il devra livrer à intervalles réguliers madrigaux et épitres. Par goût du confort, il devient en quelque sorte porte-parole d’un seigneur, courtisan appointé pour chanter ses louanges, l’équivalent d’un présentateur d’émission télévisée, tel que les façonnent aujourd’hui les propriétaires d’antennes. La Fontaine, poète officiel, n’est que complaisance. Après Fouquet, il se mettra au service de la duchesse d’Orléans, veuve du frère de Louis XIII, puis du duc et de la duchesse de Bouillon. En quête d’honneurs et de reconnaissance, Il parviendra à se faufiler à l’Académie française, comme le font aussi bien aujourd’hui quelques beaux esprits avides de prestigieuses bimbeloteries, sortes de miroirs aux alouettes pour personnes conformes

Tout à coup surgissent les Fables, si impitoyables, d’humeur si libertaire, qu’elles paraissent une œuvre de vengeance, une satire de la société, remarque justement Giraudoux. Il se pourrait que ce soit l’amitié qui ait sauvé de la veulerie le poète courtisan. Il reste fidèle à Fouquet, comme à la duchesse de Bouillon, malgré leur disgrâce, ce qui n’est pas sans risque, et lui vaudra la perte de l’accès à Versailles. « Qu’un ami véritable est une douce chose ! », écrira-t-il.

Alors que la littérature du XVIIe siècle masque la pauvreté généralisée et l’amorce du déclin du royaume (abolition de l’Edit de Nantes) pour célébrer la gloire et l’orgueil d’une monarchie dictatoriale, vaste opération de propagande d’Etat, La Fontaine est le seul à ne pas faire abstraction de la misère. (Ce n’est qu’au siècle suivant que l’on recommencera à voir le commun se profiler dans les textes littéraires.) Chacune de ses fables met clairement en garde contre la méchanceté ou l’indifférence des grands, la cupidité des bourgeois, la bassesse des courtisans. Pour Giraudoux, c’est une inconséquente inconscience qui fait passer le poète de la servilité à la liberté d’expression. C’est une nature domestiquée à Vaux qui lui fait apparaître la réalité de la nature, L’hypothèse est digne d’attention, elle permettrait d’expliquer bien des bévues de notre homme, grand gaffeur devant l’Etrnel.  

 

La tentation littéraire se manifeste d’abord par un désir d’écriture pour le théâtre et l’opéra, désir de rivaliser avec les premiers de la classe, Racine, Molière et compagnie, mais il ne parvint qu’à éprouver de l’ennui à la représentation de certains de ses ouvrages. La succession  de tentatives vaines, des échecs avérés même, voulut bientôt que La Fontaine se tournasse vers un genre mineur aussi discret qu’intransigeant, la fable, par laquelle il put dénoncer l’injustice maîtresse du monde fondée sur la méchanceté et l’inégalité des hommes, aussi bien que l’indifférence divine. C’est par les Fables qu’il est devenu l’un des auteurs majeurs de toute notre histoire littéraire, l’un de ceux que l’on conserve sur le premier rayon de sa bibliothèque, que l’on fréquente toujours avec un égal bonheur, chez qui les découvertes s’enchainent, dont l’actualité est d’autant plus forte que nous vivons en des temps d’involutions permanentes où méchanceté et mépris se taillent la part du lion.

 

Le temps est venu d’aborder l’ultime tentation, celle du scepticisme et de la religion. A l’âge de vingt ans La Fontaine fut élève novice chez les Oratoriens, ordre doux n’exigeant aucune obligation de vœu, requérant de ses membres sensibilité et amour de la contemplation. Il semble ne faire aucun doute que notre homme y trouva son compte. Il entrait dans un domaine où l’irréel formait la réalité, ce qu’il rencontrera au château de Vaux, chez Fouquet son premier protecteur, tandis que la mystique catholique ne lui avait suggéré que d’écrire des contes.

Un temps attiré par le jansénisme, doctrine austère de la grâce accordée à quelques-uns seulement, défendue par des ascètes, il prendra ses distances suite à un malentendu consécutif à la lecture d’un conte tiré de l’Evangile. Toujours aussi doué pour la bourde et le contretemps, il se lie avec des protestants au moment de la révocation de l’édit de Nantes, et se fait élire à l’Académie en 1683, à la faveur d’un vote secret désavouant la position du secrétaire perpétuel, plume attitrée du Roi. Quelques tribulations supplémentaires avec de fameux débauchés nous acheminent vers 1688/89 à la tentation capitale, celle de la  philosophie sceptique et du libertinage, alors qu’il aurait pu enfin faire  oublier ses frasques, les amitiés protestantes ayant disparu, exilées ou renégates, et son assiduité aux travaux de l’Académie étant appréciée. Devenu une gloire reconnue, La Bruyère vante ses mérites au même titre que ceux de Molière, autre vituprateur, la cour lui devient plutôt favorable, tyrannie et misère ont mis au pas toute velléité de contestation. La Fontaine va-t-il rentrer dans le rang ? Si la résistance au roi et à la religion n’est plus possible en France, il imagine pouvoir la relancer depuis l’Angleterre où se trouvent des fidèles du règne de Louis XIII, tous plus opposé les uns que les autres à la philosophie de Descartes. Son état de santé, et peut-être l’existence d’une jeune claveciniste, le dissuadèrent. Le déclin s’installa peu à peu, l’Eglise le soumit à un odieux chantage, exigeant qu’il renie ses Contes pour recevoir sa confession. Il refuse, se débat, puis finit par céder. Il décède le 13avril 1695, dans sa soixante-quatorzième année.

 

A vos pupitres, à vos lutrins, disposez La Fontaine et ses Fables, Jean Giraudoux son intelligence, et sa complicité admirative, ouvrez feuilletez, picorez, savourez, un régal indispensable !

Non content d’avoir quelque chose à dire, La Fontaine manie une langue exemplaire. La grâce qualifie son style, clair, simple, pertinent, élégant. Rares sont ceux qu’il est possible de louer de manière identique. Me viennent André Gide, André Suarès, Julien Gracq.

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Starisation ; statufication

7 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #E. Morin, A. Detoeuf -Barenton, confiseur, A. Camus, de Gaulle-Franco

 

Les étapes de la vie ont peu à peu forgé un personnage non seulement de référence, mais de surcroît fort respectable. Après une période d’écriture à l’accès rebutant, son style s’est éclairci, comme s‘il éprouvait un souci grandissant d’intelligibilité, comme s’il souhaitait rencontrer des publics de plus en plus élargis, à mesure que les coups portés à la planète et les défis à relever s’intensifiaient, à mesure aussi du délitement de la notion de gauche politique et de l’érosion des valeurs humanistes.

Il devint progressivement une vedette médiatique, une quasi star de l’intelligentsia, que l’on pouvait consulter comme jadis la Pythie de Delphes.

De la star à la statufication, il n’y a parfois qu’un pas, d’autant plus aisé à franchir que les années paraissent le justifier. Etre centenaire et monument national suffisent largement à l’affaire. Edgar Morin sera donc reçu à l’Elysée pour un hommage national le jour même de son anniversaire. Une béatification anthume, en quelque sorte. A coup sûr, une manœuvre pré-électorale pour tenter de grappiller quelques voix de centre-gauche au printemps prochain ; une des multiples façons d’entretenir le rideau de fumée d’un flou permanent. Par ailleurs, céder au sortilège des sirènes, n’est-ce pas ternir sottement l’image conclusive d’un intellectuel majeur ? L’âge n’a sans doute rien à y faire, le bonhomme est bien trop ingambe.

Le légat de la finance sera aux manettes, accompagné par la curie des renégats hollando-mitterrandiens, et la bimbeloterie de quelques invités privilégiés.

Un choix des propos échangés pourra être gravé dans le faux marbre médiatique, au mieux du comblanchien deuxième choix.

Dans ses « Propos d'O.L. Barenton, confiseur, ancien élève de l'École polytechnique », Auguste Detœuf explique comment se préparer un bel enterrement…

Un de mes fidèles lecteurs entretient une relation plus que trentenaire avec E Morin. Invité au pince-fesses élyséen, il m’écrit, déplorant une occasion manquée de faire retentir une parole différente sous les lambris officiels :

« Je lui avais proposé une ligne de réponse à l’éloge de Macron jeudi prochain.  Il avait l’opportunité d’offrir une vision coopérante du “monde d’après”.  Il m’a répondu qu’il s’en tiendrait poliment à la culture.

Décevant. Pathétique. N’est pas Albert Camus qui veut. 

Voilà pourquoi je n’irai pas. »

 

NB

De Gaulle dans les derniers mois de sa vie a rendu visite à Franco le 8 juin 1970, en son palais du Pardo.

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