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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Propos sur la pensée

6 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alain philosophe, Etienne de La Boétie,, #Présocratiques

 

Vers l’âge de deux ans, au moment où s’élabore une première structuration de la personnalité avec l’apparition de la parole verbale intelligible, l’enfant passe par une phase d’expression orale où il dit « non ». Il affirme son être au monde et cherche à se positionner comme sujet. Il commence confusément à chercher son identité. La société se chargera bientôt, notamment avec l’institution école primaire, de le contraindre au primat de l’acceptation et de la soumission considérée comme comportement social « normal » (norme, normatif, normalité).

Alain [1] note dans ses Propos sur les pouvoirs (1925), « Penser c’est dire non ». Il poursuit « Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort : au contraire le réveil secoue la tête et dit non. Non à quoi ? Au monde, au tyran, au prêcheur ? Ce n’est que l’apparence. En tous ces cas-là, c’est à elle-même que la pensée dit non. Elle rompt l’heureux acquiescement. (…) Ce qui fait que le monde me trompe par ses perspectives, ses brouillards, ses chocs détournés, c‘est que je consens, c’est que je ne cherche pas autre chose. Et ce qui fait que le tyran est maître de moi, c’est que je respecte au lieu d’examiner. Même une doctrine vraie, elle tombe au faux par cette somnolence. C’est par croire que les hommes sont esclaves. Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. Qui croit, ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée, ne pense plus rien. »

Une forme d’écho lointain au Discours sur la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie ?

Au fait, que penser signifie?

Rares sont les moments où nous pensons vraiment. Il est beaucoup plus fréquent que nous pensions à, ce qui n’est pas penser en fait. Il ne s’agit que d’un processus qui, par analogies successives, nous réfère à du déjà connu ; nous ne cherchons à ce moment qu’à reproduire ou à explorer du déjà envisagé. Il n’y aucun apport là-dedans, simplement une vérification de la validité de la mémoire. La pensée n’est alors qu’une illusion de pensée propre à nous abuser sur nous-mêmes. Comme nous le savons, cela marche très fort, au singulier comme au collectif, en tout temps.

Une autre forme d’erreur est de confondre croire et penser. Dire je crois équivaut à publier une minéralisation de l’esprit, qui s’en tient à des énoncés non vérifiés, voire invérifiables comme l’existence de Dieu, relevant du domaine des émotions et non de celui de la réflexion. Non, le cogito, ainsi que le bon sens, ne sont pas les choses du monde les mieux partagées, contrairement à ce qu’affirme Descartes.

Il n’y a pensée véritable que lorsqu’il y a remise en question et aperçu d’éléments inenvisagés ou inexplorés jusqu’à présent. La pensée est nécessairement iconoclaste et créatrice. Elle relève d’une sorte de révélation instantanée, comparable à celle de l’éclair qui révèle toutes choses avant que les ténèbres ne s’en saisissent aussitôt (les présocratiques).  Cela relève de l’exception.

Méfions-nous des penseurs et autres faux prophètes dont l’époque regorge.

PS :

Une remarque directement formulée par un lecteur assidu me pousse à nuancer un propos nécessairement abrupt étant donné le format choisi. Croyance et intuition ont une large place dans la recherche ; elles peuvent ouvrir des pistes auxquelles la pensée créatrice s'appliquera alors. A contrario, le rationalisme aveugle trop souvent.

 

[1] Alain (Emile Chartier – 1868-1951), philosophe, essayiste, journaliste, prestigieux professeur de khâgne au lycée Henri IV à Paris, pacifiste militant, il fut un personnage marquant de la IIIe République.
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Fringale

1 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

Un long temps de privation, un long temps d’interdit, et le désir semble disparu, trop lointain, trop inaccessible.

Etiolé, enfoui, recroquevillé, il somnole. Simple hibernation, sensible au moindre frémissement car contrainte, artificielle. Il suffit alors de peu pour éveiller un besoin impérieux, un désir ardent, une fringale.

Au dehors la chaleur étouffante du mois d’août, la chambre que j’occupais dans le service de soins intensifs était tempérée. Et pourtant… Un brusque désir de bière fraîche m’a saisi, totalement hors de portée bien évidemment. Rires des soignants, médecin en tête. « Vous n’y pensez pas, de l’alcool à l’hôpital, et dans votre état ! Allons, soyez raisonnable !»

Seule issue, l’humour ; la requête est vite devenue un dérisoire mode de reconnaissance propre à canaliser la frustration. Humour salvateur, souvent regard distancié sur une situation anxiogène.

La charge devient parfois si lourde que le gilet de sauvetage se révèle insuffisant. Des grincements apparaissent, l’ironie, la colère ou une lassitude délétère pointent le museau. D’autant plus que la morgue méprisante de nains porteurs d’un pouvoir temporaire, interprètes d’une chanson inchangée, s’entêtent à baptiser vrai le faux le plus criant. Air vicié.

Marre de ne plus pratiquer grand monde. Les discussions, les rencontres nourries manquent. Envie très forte de peinture, d’aller humer un atelier, envie de concert, de musée, de visites, de cinéma, de théâtre. Besoin de vie vivante, libre, décontractée, non strictement marchande ou utilitaire, besoin de soleil, d’espace. Envie de respirer sans contrainte, de bouger, de savoir que tout cela est possible, qu’il n’est pas besoin de sauf-conduit, d’alibi, de faux-semblant. Envie de projets, besoin de rêves. Soif de légèreté. Fringale de senteurs et de saveurs !

Privilégier le volet économique, tenir pour secondaire la santé publique, physique et mentale d’un pays, est tout simplement abominable.

Chercher à donner le change par des annonces tardives, contradictoires, confuses, souvent incohérentes, est ridicule.

Garder en ligne de mire la réforme des retraites comme priorité intangible, supérieure à toute autre, clame le mépris pour une population à asservir au plus vite.

Entretenir une propagande informative machiavélique, nier les évidences d’une absence totale de maîtrise, d’anticipation et d’organisation efficace des mesures sanitaires, est inadmissible.

Fringale d’air pur.

Face à ces extrêmes, les oppositions dites de gauche continuent de s’entre-déchirer. Des chefaillons auto-proclamés se parent de vertus qu’ils n’ont jamais eues, de valeurs qui leur sont étrangères, pour miner sans cesse un terrain qu’ils vont une fois de plus traitreusement livrer à leurs prétendus adversaires. Le vert couleur d’espoir devient synonyme d’ambition personnelle criminelle.

Alors une énorme fringale de vérité, d’authenticité, d’honnêteté, d’intransigeance. De nettoyage, de rupture définitive avec un jeu  totalement périmé.

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Une grille de lecture possible

25 Janvier 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

La lecture d’un récent article de Michaël Foessel, professeur de philosophie à l’Ecole Polytechnique, me fournit l’occasion d’élaborer une grille simple d’analyseurs auxquels confronter le mode de gouvernement que nous connaissons.

Alors que des pays comme la Pologne, la Hongrie (sans parler de la Turquie, de la Russie, d’Israël, et de quelques autres), se satisfont de l’usage du cadre formel de la démocratie (élections) pour oblitérer les dérives autoritaires auxquelles ils se livrent, et se prétendre hautement respectables, qu’en est-il chez nous ?

Elections

Le système électoral est-il ou non dénué de toute forme de truquage ; la liberté de choix des candidats existe-t-elle ; les sources de financement des campagnes sont-elles connues et vérifiées ?

Les élus sont-ils astreints à un devoir de compte-rendu périodique de l’exercice de leur mandat avant son terme ?

Quel rôle et quel statut de fait sont réservés à l’opposition ? L’opposition peut-elle se faire vraiment entendre, ou bien est-elle réduite au rôle de figurant à négliger ?

(des élections « libres » suffisent-elles pour définir un régime démocratique ?)

Débat public

L’équilibre du débat public est-il assuré ou contraint par des règlementations limitatives propres à museler l’opposition ? (procédures législatives)

Le débat et la contestation par un contre-pouvoir sont-ils considérés comme légitimes ? (imposer le silence à l’opposition implique refus du pluralisme)

La véracité des affirmations, arguments, données factuelles, est-elle vérifiée ? Comment les manquements sont-ils sanctionnés ? (information ou propagande, clarté ou silence feutré)

Respect des lois et des institutions

La séparation des pouvoirs est-elle une réalité ? (respect de l’indépendance du pouvoir judiciaire)

Comment se garde-t-on d’une légitimation du verdict des urnes contre l’indépendance des pouvoirs ? (risque de populisme)

Dissensus

Le dissensus est-il considéré comme un défaut blâmable ou bien comme un ferment de la vie politique ? (la démocratie implique une culture de la confrontation)

Droits de l’homme

Les droits de l’homme (acquis à force de luttes collectives) sont-ils promus et respectés ou bien considérés comme des obstacles à lever ? (discriminations)

Exercice des libertés

La reconnaissance et l’exercice des libertés individuelles liées au droits sociaux élémentaires (satisfaction des besoins liés à l’existence) doit-elle ou non être liée au respect de valeurs supérieures ?

 

Alors sommes-nous toujours en « démocratie » (si nous l’avons jamais été), ou bien en voie de totalitarisme rampant ?

Questions simples, réponses aisées sans doute pour quiconque est attentif, ouvre les yeux, se garde du sectarisme dogmatique ou de l’aveuglement doctrinal, bref se comporte comme individu socialement responsable.

 

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Réminiscences et analogies

17 Janvier 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #1939-1945, Occupation, droits sociaux, libertés individuelles, néo-libéralismz

 

Au soir d’une vie, étonnant et douloureux d’être sollicité par des analogies issues de réminiscences du quotidien le plus banal. Des décennies se sont écoulées, le monde a profondément changé et cependant… Il m’est fréquemment arrivé de déclarer « Je suis né au 19esiècle, le court 20e n’a vraiment démarré qu’aux alentours des années 1950 avec le début de la société de consommation ». Les bouleversements socio-techniques pour considérables qu’ils soient ne dissimulent pas les invariants majeurs blottis dans les rapports individus réalité sociale. Virus intellectuels et affectifs bloquant toute possibilité d’avancée fondamentale.

D’où de possibles analogies, évidemment contestables, néanmoins présentes à l’esprit. La séquence que nous vivons depuis un an bientôt est un révélateur fertile.

 

1939/1940 …

Affolement devant la montée des périls. Distribution massive de masques à gaz. Discours martiaux destinés à occulter la réalité de la pagaïe, de l’impréparation, de la désorganisation. Slogans simplistes : Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts ; les murs ont des oreilles… Propagande envahissante, disparition de l’information objective. Crainte d’un ennemi dissimulé, insaisissable, la 5e colonne, ainsi nommé par référence à un épisode fameux de la toute récente guerre d’Espagne.

Débâcle, exode, naufrage généralisé.

Abandon de pouvoirs à des ennemis des libertés.

Mesures coercitives, limitation des déplacements, zone occupée et zone libre, couvre-feu, laissez-passer, rafles, police aux ordres.

Chasse aux réfugiés, apatrides, opposants politiques, regroupés dans des camps. Déportation des Juifs. Terrible nuit de l’occupation.

Soumission du plus grand nombre. Délation, méfiance, surveillance des voisins.

Émergence lente et très progressive d’îlots de résistance parfois rivaux, difficiles à coordonner.

… 2020/2021

Affolement devant la propagation d’un virus et ses mutations agissant comme une insaisissable 5e colonne.

Obligation de porter un masque, gestes barrière. Pagaïe et contradictions dans la distribution, consignes de prévention parfois aberrantes, panique face au manque de moyens hospitaliers, au sous-équipement fruit d’une volonté affirmée de gestion strictement financière. Informations truquées, manipulation de la réalité, entretien d’une anxiété permanente. Presse servile. Absence totale de perspectives.

Inorganisation de la distribution de vaccins, bobards et contre-vérités à propos des centres de vaccination submergés.

Abandon de pouvoir à un Comité de vigilance sanitaire prévalant sur les instances gouvernementales et parlementaires.

Gouvernement par décrets, état d’urgence permanent. Violences policières. Réduction des libertés, confinement, couvre-feu, attestations de déplacement, législation répressive (Loi de « Sécurité globale », fichages).

Interdiction d’activités estimées non essentielles, théâtres, cinémas, sports.

Incohérence des décisions prises, fermeture sélective de secteurs commerciaux, dérogations incompréhensibles, fonctionnement aberrant des établissements d’enseignement, transports publics. Arbitraire.

Accroissement de la chasse aux immigrés, camps de rétention, non prise en charge des mineurs à la rue.

Étonnante soumission globale de la population. Existence d’ilots de résistance à l’emprise du tout économique.

 

Sommes-nous en train de renoncer aux libertés au prétexte d’une urgence sanitaire répondant au seul impératif économique ? Interroge à bon escient Télérama dans son n° 3705, semaine du 16 au 22 janvier 2021.

Dans un court article intitulé Opposer protection et libertés est un faux débat, Julia Christ, qualifiée philosophe, propose quelques remarques intéressantes, porteuses de réflexion. Elle souligne le lien passé sous silence entre libertés individuelles et droits sociaux. A l'évidence, le premier confinement résulte de l’incapacité matérielle des hôpitaux à accueillir tous les malades. On voit bien ainsi que les libertés individuelles sont limitées non pas pour assurer notre sécurité, mais pour pallier les déficiences sociales hospitalières. Mauvaise foi et mensonge officiel.

Clairement, les droits sociaux (être soigné, manger à sa faim, être éduqué…) fondent sécurité et libertés fondamentales. Face à cela, l’aspect liberticide des projets de lois actuellement en débat est le propre d’un gouvernement qui pense que les libertés individuelles sont à réduire à la portion congrue. En effet pour le néo-libéralisme les droits de la personne ne valent rien au regard des impératifs économique du profit maximum. Cette tendance autoritaire est inhérente au système libéral. Il y a là comme une marque de l’incurable incompétence de gouvernants pensant que la cohésion sociale ne peut être obtenue qu’en imposant à coups de matraque et de lois hâtives leurs valeurs baptisées « principes républicains ». Mépris, soumission, servilité, loi d’airain du néo-libéralisme économique.

L’aveuglement est total.

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Farce tragique

10 Janvier 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Elections et tirage au sort

C’est à Washington, au Capitole, que le naufrage tragique des États-Unis se consomme sous nos yeux.

Point de mire de l’Occident, modèle fascinant, préfiguration constante du devenir des sociétés dites avancées, la nation référence offre l’image d’un désastre fondamental après s’être offerte à une succession de malandrins nuisibles à l’humanité. De Nixon à Trump, en passant notamment, par Reagan et Bush Jr… (Par un certain mimétisme, nous avons réussi à introniser Chirac, Sarkozy, Hollande ou Macron. Puissance et richesse du vote prétendu démocratique !)

Nous assistons à l’aboutissement d’un effrayant processus de déclin fondé sur le total mépris des valeurs essentielles propres au respect de la vie sous toutes ses formes, comme à celui de la planète elle-même. Emportés dans une spirale mortifère où les résultantes de forces antagonistes accélèrent les réactions, nous vivons probablement les derniers instants d’une ère.

Un fou délirant, mégalomane accompli, réincarnation paroxystique d’Idi Amin Dada ou de Bokassa, parvenu à la tête d’un Etat superpuissant, vient d’illustrer en peu d’années la décrépitude non seulement de la Nation qu’il voulait rétablir dans sa suprématie absolue, mais aussi du  reste du monde.

Nous avons là le résultat d’un lent et irrémédiable glissement vers le totalitarisme et l’abandon définitif des valeurs de l’humanisme. Cela à partir de concessions et de compromis apparemment anodins portant sur l’essentiel. Chaque coup de canif porté au respect de la vie et du vivant porte en soi une imparable nécrose. A chaque fois que nous admettons ou passons sous silence une déviance, un écart aux valeurs essentielles, nous nous faisons complices de l’affirmation progressive d’un système destiné à nous broyer. C’est comme cela que les idées du Front National sont parvenues à se banaliser et à gangrener les esprits. Grâce à Chirac (les « odeurs ») et Sarkozy (Ministère de l’identité nationale), Macron (atteintes aux droits fondamentaux, libertés, travail), Le Pen est devenue superflue, au mieux, totalement envisageable, au pire.

L’intransigeance la plus sourcilleuse est désormais requise. Laisser dire, laisser faire, admettre au nom d’une certaine pluralité, ne sont plus possibles.

Les dérives et les accommodements de la social-démocratie depuis Guy Mollet, et peut-être même Léon Blum, nous ont conduits là où nous sommes.

Croire aux vertus d’un système prétendument démocratique par lequel les statuts privilégiés se transmettent quasi automatiquement de génération en génération grâce au vote majoritaire totalement encadré par des astuces de découpages ou de représentation à échelons multiples, relève d’une inconcevable naïveté.  

L’enchaînement depuis 1789 est toujours identique. Apparence de changement, reprise en main par les mêmes ou leurs strictement semblables autrement vêtus, alternance pseudo démocratique propre à donner le change pour qu’en fin de compte les choses demeurent en l’état.

Socialistes, centristes, droites dures ou extrêmes, le personnel est interchangeable. En matière d’exercice du Pouvoir, les fesses se mettent toujours à la forme du fauteuil. Le Président quel qu’il soit travaille sous les dorures et les lambris de l’Ancien Régime, auquel d’ailleurs nous revenons à pas de géant.

Il ne s’agit en aucun cas de Révolution à faire, l’Histoire nous a appris l’illusion à laquelle elles répondent. Révolution, contre-révolution, retour au point de départ, parfois en amont… Il s’agit de rupture fondamentale, s’il est encore temps.

Parmi ces ruptures mettons en question le leurre des élections majoritaires et interrogeons-nous de toute urgence sur les conditions de la pratique du tirage au sort des responsables politiques, soumis à une véritable obligation de comptes à rendre,  à une révocation possible, à l’interdiction de s’installer pour faire carrière au mépris de leurs mandants. Il y a là un passionnant chantier à ouvrir. Des documents existent, une recherche s’impose.

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Parenthèses

2 Janvier 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Années folles, Trente glorieuses, choc pétrolier, krach boursier, Art Contemporain, dérèglement climatique

 

Une année supplémentaire s‘amorce, occasion d’un regard cavalier sur quelques-uns de ses amonts, ainsi que d’une évocation vaguement prospective.

Bordées par deux catastrophes mondiales, les Années folles – 1920-1929 – emplirent une parenthèse enchantée. Frénésie de nouveautés, intensité de la création artistique, émancipation des mœurs, audaces surréalistes, développement de la culture populaire, signèrent cette période. Théâtre, danse, musique, peinture, poésie, arts décoratifs, connurent une singulière embellie accompagnée par un renouveau économique.

Le krach boursier de 1929-1930 mit brutalement fin aux Années folles.

La richesse littéraire et artistique des Trente glorieuses – 1946-1975 – assises sur une forte croissance économique, de profondes modifications socio-politiques internationales creusets d’affrontements mémorables, l’accroissement du niveau de vie, ne parvint pas cependant à l’équivalence.

Le choc pétrolier des années 1975 flétrit rapidement les illusions des Trente glorieuses.

Depuis, l’érosion des valeurs fondamentales liée à la montée fulgurante du libéralisme mondialisé a induit un rapide déclin continu, moral et intellectuel, bouleversant jusqu’au quotidien des relations sociales. La vie culturelle et artistique est dépréciée, tenue pour quantité négligeable ; marchandisées à outrance, les œuvres d’art contemporaines sont de plus en plus dénuées d’intérêt.

Des isolats se constituent, la société se fragmente,  la confusion régule échanges et rapports humains dégradés.

Pandémie, Covid, dérèglement climatique, mise en péril de l’existence des espèces animales et végétales, avancée générale des totalitarismes, atteintes aux libertés, empilement de mesures sécuritaires, duperies permanentes, qualifient de manière universelle l’amorce des années 2020.

La France officielle tient une place de choix dans ce déplorable et nauséabond naufrage collectif. Honte à chacun d’entre nous !

Un siècle après les Années folles nous entrons à pieds joints dans un bouquet nouvelle manière d’années flétries, parfaitement démentes. Il ne s‘agit pas de crise, mas d’un changement de nature, d’une mutation fondamentale, d’une disparition programmable.

Alors, ou bien, ignorant, stupide ou misérable complice,  persister à foncer dans le mur, tous phares allumés, en klaxonnant, ou, s’efforçant de garder quelque bribes de sagesse, prendre le temps de la réflexion et chercher les alternatives à immédiatement mettre en œuvre, à supposer qu’il ne soit pas définitivement trop tard.

Espoir ou désespoir absolu, nous ne pouvons pas laisser faire sans hurler un désaccord irréductible. Plus rien n’est crédible en provenance des sphères officielles dont les minables minets et autres petits marquis sont périmés à jamais. Qu’apparaissent vite au jour des initiatives collectives multiples, résolues et porteuses de projets. L’écho me dit qu’elles sont nombreuses en gésine. Puissent-elles être dénuées de pitoyables rivalités paroissiales ou de querelles d’ego, avides de reconnaître les terrains d‘entente, plutôt que d’inventorier les plages de différences et les moyens de prévaloir sur l’autre !

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Noël, Nouvel An, traditionnelle période de vœux

26 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Vœux, #Reporterre

Forçant ma réserve à l’égard de cette pratique, voici mes vœux en cette période de confusion totale : Je me saisis de la lettre d’un étudiant à l’un de ses professeurs, que le quotidien de l’écologie, Reporterre a publié le 23 décembre 2020. (https://reporterre.net/Toute-l-information)

Bonjour Monsieur,

Ce mail n’appelle pas nécessairement de réponse de votre part, je cherchais simplement à écrire mon désarroi. Ne sachant plus à qui faire part du profond mal-être qui m’habite, c’est vous qui m’êtes venu à l’esprit. Même si cela remonte à longtemps, l’année que j’ai passée en cours avec vous a eu une influence déterminante sur les valeurs et les idéaux qui sont aujourd’hui miens et que je tente de défendre à tout prix, c’est pour cela que j’ai l’intime conviction que vous serez parmi les plus à même de comprendre ce que j’essaye d’exprimer. Ces dernières semaines ont eu raison du peu d’espoir qu’il me restait. Comment pourrait-il en être autrement ? Cette année était celle de mes 21 ans, c’est également celle qui a vu disparaître mon envie de me battre pour un monde meilleur. Chaque semaine je manifeste inlassablement avec mes amis et mes proches sans observer le moindre changement, je ne sais plus pourquoi je descends dans la rue, il est désormais devenu clair que rien ne changera. Je ne peux parler de mon mal-être à mes amis, je sais qu’il habite nombre d’entre eux également. Nos études n’ont désormais plus aucun sens, nous avons perdu de vue le sens de ce que nous apprenons et la raison pour laquelle nous l’apprenons car il nous est désormais impossible de nous projeter sans voir le triste futur qui nous attend. Chaque semaine une nouvelle décision du gouvernement vient assombrir le tableau de cette année. Les étudiants sont réduits au silence, privés de leurs traditionnels moyens d’expression. Bientôt un blocage d’université nous conduira à une amende de plusieurs milliers d’euros et à une peine de prison ferme. Bientôt les travaux universitaires seront soumis à des commissions d’enquêtes par un gouvernement qui se targue d’être le grand défenseur de la liberté d’expression. Qu’en est-il de ceux qui refuseront de rentrer dans le rang ? Je crois avoir ma réponse. Samedi soir, le 5 décembre, j’étais présent place de la République à Paris. J’ai vu les forces de l’ordre lancer à l’aveugle par-dessus leurs barricades anti-émeutes des salves de grenades GM2L sur une foule de manifestants en colère, habités par une rage d’en découdre avec ce gouvernement et ses représentants. J’ai vu le jeune homme devant moi se pencher pour ramasser ce qui ressemblait à s’y méprendre aux restes d’une grenade lacrymogène mais qui était en réalité une grenade GM2L tombée quelques secondes plus tôt et n’ayant pas encore explosé. Je me suis vu lui crier de la lâcher lorsque celle-ci explosa dans sa main. Tout s’est passé très vite, je l’ai empoigné par le dos ou par le sac et je l’ai guidé à l’extérieur de la zone d’affrontements. Je l’ai assis au pied de la statue au centre de la place et j’ai alors vu ce à quoi ressemblait une main en charpie, privée de ses cinq doigts, sorte de bouillie sanguinolente. Je le rappelle, j’ai 21 ans et je suis étudiant en sciences sociales, personne ne m’a appris à traiter des blessures de guerre. J’ai crié, crié et appelé les street medics à l’aide. Un homme qui avait suivi la scène a rapidement accouru, il m’a crié de faire un garrot sur le bras droit de la victime. Un garrot… Comment pourrais-je avoir la moindre idée de comment placer un garrot sur une victime qui a perdu sa main moins d’une minute plus tôt ? Après quelques instants qui m’ont paru interminables, les street medics sont arrivés et ont pris les choses en main. Jamais je n’avais fait face à un tel sentiment d’impuissance. J’étais venu manifester, exprimer mon mécontentement contre les réformes de ce gouvernement qui refuse de baisser les yeux sur ses sujets qui souffrent, sur sa jeunesse qui se noie et sur toute cette frange de la population qui suffoque dans la précarité. Je sais pertinemment que mes protestations n’y changeront rien, mais manifester le samedi me permet de garder à l’esprit que je ne suis pas seul, que le mal-être qui m’habite est général. Pourtant, ce samedi plutôt que de rentrer chez moi heureux d’avoir revu des amis et d’avoir rencontré des gens qui gardent espoir, je suis rentré chez moi dépité, impuissant et révolté. Dites-moi Monsieur, comment un étudiant de 21 ans qui vient simplement exprimer sa colère la plus légitime peut-il se retrouver à tenter d’installer un garrot sur le bras d’un inconnu qui vient littéralement de se faire arracher la main sous ses propres yeux, à seulement deux ou trois mètres de lui ? Comment en suis-je arrivé là ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Je n’ai plus peur de le dire. Aujourd’hui j’ai un dégoût profond pour cette République moribonde. Les individus au pouvoir ont perverti ses valeurs et l’ont transformée en appareil répressif à la solde du libéralisme. J’ai développé malgré moi une haine profonde pour son bras armé, qui défend envers et contre tous ces hommes et ces 2 femmes politiques qui n’ont que faire de ce qu’il se passe en bas de leurs châteaux. J’ai toujours défendu des valeurs humanistes et pacifistes, qui m’ont été inculquées par mes parents et desquelles j’ai jusqu’ici toujours été très fier. C’est donc les larmes aux yeux que j’écris ceci mais dites-moi Monsieur, comment aujourd’hui après ce que j’ai vu pourrais-je rester pacifique ? Comment ces individus masqués, sans matricules pourtant obligatoires peuvent-ils nous mutiler en toute impunité et rentrer chez eux auprès de leur famille comme si tout était normal ? Dans quel monde vivons-nous ? Dans un monde où une association de policiers peut ouvertement appeler au meurtre des manifestants sur les réseaux sociaux, dans un monde où les parlementaires et le gouvernement souhaitent renforcer les pouvoirs de cette police administrative qui frappe mutile et tue. Croyez-moi Monsieur, lorsque je vous dis qu’il est bien difficile de rester pacifique dans un tel monde… Aujourd’hui être français est devenu un fardeau, je suis l’un de ces individus que l’État qualifie de « séparatiste », pourtant je ne suis pas musulman, ni même chrétien d’ailleurs. Je suis blanc, issu de la classe moyenne, un privilégié en somme… Mais quelle est donc alors cette religion qui a fait naître en moi une telle défiance vis-à-vis de l’État et de la République ? Que ces gens là-haut se posent les bonnes questions, ma haine pour eux n’est pas due à un quelconque endoctrinement, je n’appartiens à l’heure actuelle à aucune organisation, à aucun culte « sécessionniste ». Pourtant je suis las d’être français, las de me battre pour un pays qui ne veut pas changer. Le gouvernement et les individus au pouvoir sont ceux qui me poussent vers le séparatisme. Plutôt que de mettre sur pied des lois visant à réprimer le séparatisme chez les enfants et les étudiants, qu’ils s’interrogent sur les raisons qui se cachent derrière cette défiance. La France n’est plus ce qu’elle était, et je refuse d’être associé à ce qu’elle représente aujourd’hui. Aujourd’hui et malgré moi je suis breton avant d’être français. Je ne demanderais à personne de comprendre mon raisonnement, seulement aujourd’hui j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose, une lueur, qui aussi infime soit-elle me permette de croire que tout n’est pas perdu. Ainsi c’est à regret que je dis cela mais cette lueur je ne la retrouve plus en France, nous allons au-devant de troubles encore plus grands, le pays est divisé et l’antagonisme grandit de jour en jour. Si rien n’est fait, 3 les jeunes qui comme moi chercheront une sortie, un espoir alternatif en lequel croire, quand bien même celui-ci serait utopique, seront bien plus nombreux que ne l’imaginent nos dirigeants. Et ce ne sont pas leurs lois contre le séparatisme qui pourront y changer quelque chose. Pour certains cela sera la religion, pour d’autre comme moi, le régionalisme. Comment pourrait-il en être autrement quand 90 % des médias ne s’intéressent qu’aux policiers armés jusqu’aux dents qui ont été malmenés par les manifestants ? Nous sommes plus de 40 heures après les événements de samedi soir et pourtant je n’ai vu nulle part mentionné le fait qu’un manifestant avait perdu sa main, qu’un journaliste avait été blessé à la jambe par des éclats de grenades supposées sans danger. Seul ce qui reste de la presse indépendante tente encore aujourd’hui de faire la lumière sur les événements terribles qui continuent de se produire chaque semaine. Soyons reconnaissants qu’ils continuent de le faire malgré les tentatives d’intimidation qu’ils subissent en marge de chaque manifestation. Je tenais à vous le dire Monsieur, la jeunesse perd pied. Dans mon entourage sur Paris, les seuls de mes amis qui ne partagent pas mon mal-être sont ceux qui ont décidé de fermer les yeux et de demeurer apolitiques. Comment les blâmer ? Tout semble plus simple de leur point de vue. Nous sommes cloîtrés chez nous pendant que la planète se meurt dans l’indifférence généralisée, nous sommes rendus responsables de la propagation du virus alors même que nous sacrifions nos jeunes années pour le bien de ceux qui ont conduit la France dans cette impasse. Les jeunes n’ont plus l’envie d’apprendre et les enseignants plus l’envie d’enseigner à des écrans noirs. Nous sacrifions nos samedis pour aller protester contre ce que nous considérons comme étant une profonde injustice, ce à quoi l’on nous répond par des tirs de grenades, de gaz lacrymogènes ou de LBD suivant les humeurs des forces de l’ordre. Nous sommes l’avenir de ce pays, pourtant l’on refuse de nous écouter, pire, nous sommes muselés. Beaucoup de choses ont été promises, nous ne sommes pas dupes. Ne gaspillez pas votre temps à me répondre. Il s’agissait surtout pour moi d’écrire mes peines. Je ne vous en fait part que parce que je sais que cette lettre ne constituera pas une surprise pour vous. Vous êtes au premier rang, vous savez à quel point l’abîme 4 dans lequel sombre la jeunesse est profond. Je vous demanderai également de ne pas vous inquiéter. Aussi sombre cette lettre soit-elle, j’ai toujours la tête bien fixée sur les épaules et j’attache trop d’importance à l’éducation que m’ont offert mes parents pour aller faire quelque chose de regrettable, cette lettre n’est donc en aucun cas un appel au secours. J’éprouvais seulement le besoin d’être entendu par quelqu’un qui, je le sais, me comprendra.                       Mateo

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Encombrement

19 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Descartes, J-F Revel, fin de vie, euthanasie

Deux de mes amis de jeunesse se sont suicidés aux alentours de la quarantaine. Quel refus de la monotonie routinière du vivre machinal a pu les conduire à cette extrémité ?

Vivre ne correspond plus qu’à une simple habitude, une sorte de réflexe conditionné, lorsque, détournant une expression de Descartes,  l’homme devient un animal machine…

(Descartes inutile et incertain, intitulait un de ses pamphlets Jean-François Revel. Descartes auquel la superbe du « génie » français aurait bien des comptes à demander !)

 

Généralement, l’âge, la maladie, un accident, se conjuguent pour installer la perte progressive d’autonomie. Cela peut se présenter  très tôt, ou bien attendre patiemment que survienne l’événement déclencheur inopiné.

D’abord, souvent de l’anodin ou de l’anecdotique mobilisent un minimum d’attention. Tiens, tiens, que m’arrive-t-il ? Rien d’important, nous verrons bien… Erreur coutumière fréquemment issue d’un déni de réalité latent.

Parfois, au contraire, une brutalité sidérante, qui laisse comme assommé. Soins palliatifs, tentatives de récupération, espoirs, avancées, reculs, déceptions. Scénario ultra connu, totalement éculé, très opérationnel cependant.

Les beaux discours, les niaiseries masquant l’indifférence ou l’absence de réflexion, les conseils non sollicités, les analogies insolites, rien n’est en général épargné. Parler pour tenir en respect le dérangement du grand obstacle du silence attentif. Pris au dépourvu, directement concerné dans son être même, l’entourage bruisse d’inutile ou de superflu.

De vraies marques d‘intérêt, voire d’attachement, fulgurent cependant, il est vrai, et cela bouleverse, surprend, et fortifie. La face au soleil irradie alors.

 

Surgissent parfois des moments où l’idée de l’ultime cède le pas à l’obsédant encombrement de la vie. Cet encombrement peut parvenir à brouiller toutes les pistes de réflexion. Il peut même conduire à de véritables aberrations.

Complications matérielles du quotidien le plus routinier, le plus intime, le plus dérisoire, soucis, angoisse même, relatifs à l’inéluctable involution physique, comme aussi bien à l’amenuisement des ressources financières. Les difficultés ne peuvent qu’aller croissant. Comment poursuivre, dans quelles conditions, où ? Se retirer dans un trou à rat, mouroir confortable, adapté, vendu sur papier glacé, ou bien rester à domicile ? Mais alors comment s’organiser, comment trouver quelque tranquillité ? Vrai défi à la raison.

La vie n’est pas une fin en soi. Il faut constamment trier, mettre au jour, se préparer sans gâcher en futiles mascarades le temps encore disponible. La déprise de tout ce qui en fin de compte n’est qu’accessoire s’impose sans la moindre équivoque. L’avoir pratiqué peu ou prou en amont, ne peut qu’aider, au mieux.

Parler, parler de tout cela avec quelque très proche. Ouvrir des dossiers négligés, administration, banque, tenter de comprendre, situer les données, réfléchir, décider, surtout prendre de la distance, désaffectiver. Déterminer l’essentiel véritable, le reconnaitre, l’admettre, composer avec lui.

S’efforcer de mettre en place les moyens de garder la main sur l’événement le plus longtemps possible, et s’attacher à obtenir l’assurance que le courant sera coupé sitôt perçus les signes premiers du naufrage.

Le désencombrement nécessaire au maintien d’une certaine tranquillité est sans doute à ce prix.

 

 

 

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Etant donné le Covid

14 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Très éprouvante expérience, le Covid envahit tout. Il s’accompagne d’un stupéfiant épuisement physique traduisant tout geste, toute volonté gestuelle même, en effort souvent dissuasif. Perte de réaction, passivité, dépendance totale au monde extérieur immédiat, soumission à l’instant, mal être constant, composent le bouquet peu avenant du bouleversement quotidien. Vouloir rester maitre à bord relève de l’utopie et perd rapidement de son attirante saveur.

Combien étrange ce constat de manque d’intérêt vis-à-vis de ce qui il y a peu ossaturait mon rapport au monde. Ailleurs devient un lieu anonyme non identifié. Le temps s’effiloche, un état pâteux nappe ma niche biologique, m’envahit.

Inhibition.

Il m’aurait déplu de quitter ce monde à l’occasion d’un phénomène devenu aussi banal et vulgaire. Il me semble qu’un tel événement requiert un peu plus de lustre. L’idée que l’on se fait de soi dit peut-être quelque chose de la capacité à ne pas tout admettre.

  

Des échos assourdis d’un outre monde percent de temps à autre. Des silhouettes dérisoires gesticulent sur fond de violence permanente, niée et cependant bien réelle. Cette violence émane d’abord de pantins dépassés, affolés, irréfléchis, tétanisés par le maintien de leur pouvoir. Dénués du sens de l’essentiel, le recours incessant à l’argument d’autorité leur tient lieu de compétence.

Si contradictoires soient-elles, leurs décisions ne valent que parce qu’elles sont leurs décisions. Scrogneugneu, en colonne, couvrez ! clamait l’adjudant-chef abruti de ma jeunesse, pour lequel tout appel à la réflexion était preuve manifeste d’insoumission, donc à réprimer.

Une involution collective dissolvant toute capacité de réaction, rongeant de manière incessante le corps social, mais aussi les corps biologiques, est soigneusement cultivée. Perspectives, échappées, anticipations, espoir et rêverie, des notions grossières désormais bannies.

Le sentiment d’être véritablement assommé pas seulement par les matraques parait prendre de l’ampleur. Une population toute entière risque de se trouver bientôt conditionnée à la servitude de la contrainte collective assumée par les intéressés eux-mêmes. L’avenir auquel devraient sourire les audacieux, risque fort de se trouver réduit à un fichage, une immatriculation, un parcage gardienné par des nervis, et des itinéraires de promenade (entendez parcours autorisés de manifestation) soigneusement contraints.

Immondes, abjectes, tandis que le monde s’écroule, les envolées officielles de mots creux, parfaitement inutiles, servent de placebos. Seuls les zozos, les complices ou les salauds peuvent les prendre à leur compte.

Les crapules de BFMTV vont jusqu’à filmer un manifestant blessé, ensanglanté, le déclarant agitateur extrémiste, maquillé pour les besoins de son inqualifiable cause alors que la Police est si vertueuse et exemplaire. (Des excuses aussi limitées que tardives interviendront plus tard entre de nouvelles bordées de mensonges)

Aucune lueur à l’horizon.

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?

Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne?

 

De nombreux messages me parviennent. Je remercie leurs auteurs et leur demande de bien vouloir excuser ma fréquente absence de réponse. Mon état de fatigue permanente en est la cause. Par l’émission d’un billet tel que celui de ce jour, je m’efforce de donner des nouvelles partielles.

 

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Naviguer au plus près

8 Décembre 2020 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Covid, Georges Pérec, Radeau de la Méduse

Des échos affaiblis par la distance et la météo spécialisée me signalent l’étonnement de quelques lecteurs assidus, surpris d’un long silence. L’indifférence, l’ignorance, l’absence au quotidien, la zombification, n’ont donc pas encore totalement gagné la partie. Ainsi donc, rebelles, des souches d’espoir demeurent. Vivent les noyaux durs !

Frappé par le typhon du Covid, je suis entré début novembre dans une zone d’opacité totale, une sorte de pot-au-noir, masse spongieuse vierge de toute référence possible, hors de tout repère. L’absence de quelque forme de conscience que ce soit rend cet épisode incomparable avec ceux que j’ai connus à l’occasion de précédentes poussées de curiosité extra temporelle.

Aucune vision, nulle sonorité, pas la moindre évocation : rien.

La disparition pourrai-je dire, parodiant Georges Pérec. Depuis, le moindre geste, ouvrir timidement un œil par exemple, est source d’effort rendant quasiment impossible, voire impensable, quoi que ce soit. Toute initiative, si mesurée soit-elle, se lever, changer de position, fait immédiatement long-feu. Une aide permanente est requise, elle permet d’éviter l’aspect Radeau de ka Méduse. Instabilité, fragilité, dépendance, épuisement, forment le menu permanent.

It’s a long way… A long, long way

Premier temps, navigation inconsciente, sans repère, ce qui rend inimaginable tout journal de bord. Le Raz de la Baie des Trépassés évité on ne sait par quel hasard, s’entame alors un voyage au long cours, à faible allure, le plus souvent à fond de cale, avec passages de hautes pressions fugaces en basses pressions durables.

Quel est le cap ?  Probablement l’Ile du Salut, pour autant qu’elle demeure atteignable malgré l’errance et sa durée.

Etre soi-même objet de sa propre expérience, passionnant mais très exigeant !

Voici donc. Il n’aura fallu que deux jours et demi pour rédiger ce papier ! Patience et longueur de temps…

Amis lecteurs ne soyez pas trop exigeants sur ma capacité à réagir promptement à vos éventuelles interventions, pendant quelque temps encore.

Décembre 2020

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