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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Commedia dell'arte

10 Octobre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alain Badiou,Bruno Latour, Barbra Stiegler

Les temps sont de plus en plus difficiles pour les plus démunis et les couches moyennes, les repères font souvent défaut, la mémoire défaille, les moyens financiers nécessaires à l’entretien d‘une domesticité électorale (la classe moyenne) suffisante sont affectés à d’autres fins, donc le pouvoir s’achemine vers une politique affirmant la nécessité de l’autorité de l’Etat, sous prétexte de « réformes indispensables » au maintien et au renforcement du pouvoir des grands groupes financiers. Un lent glissement réactionnaire vers une dépolitisation gestionnaire autoritaire, voire fascisante parait inéluctable. D’autant plus que les mouvements de révolte, de Mai 68 aux Gilets Jaunes, en passant par la Place Tahir, Occupy Wall street , Nuit Debout, les Printemps arabes, etc., ont tous connus une issue décevante sinon sinistre, voire  catastrophique, faute d’élaboration collective de projets à long terme, à valeur universelle, sur les grands enjeux (liberté, justice, éducation, droits...) Des groupes spontanés de protestation, sans liens fédérateurs, n’ont aucune chance de l’emporter, d’autant plus que le pouvoir a toujours beau jeu de leur opposer un processus électoral réduisant l’idéal de la démocratie à une expression individuelle périodique formatée et encadrée par des procédures restrictives. Il est clair que se prêter à cette pantalonnade électorale ne peut qu’affermir dans son existant le pouvoir en place, sans même qu’il ait besoin de trafiquer les résultats, comme le font les Etats ouvertement totalitaires.  

L’écheveau est si bien maintenu embrouillé (la dette, les migrants, l’islam, etc.) qu’il est difficile de tenter de le démêler seul. En permanence s’offrent à nous aider un nombre considérable de beaux esprits auto-proclamés.  Pseudos journalistes relayeurs de dépêches d’agences de presse, experts de pacotille manipulateurs de statistiques sondagières, intellectuels de broussailles dont certains sont allégrement baptisés philosophes dès lors qu’ils enseignent l’histoire de la philosophie, les Arlequin, Polichinelle, Colombine, Pantalon et autres Scapin, connaisent le plein emploi. Ils ajoutent sans cesse de la confusion à la confusion. Ils se croisent, se répètent, courent de plateaux TV en plateaux TV, et nous bernent à loisir, parfois avec une bonne foi à la mesure de leur naïve inculte myopie. Cela étant, nous sommes nombreux à nous en satisfaire, en nous berçant de l’illusion d’une information réfléchie et du maintien de la possibilité d’expression d’une opinion personnelle alors que nous ne faisons que déglutir du prémâché. L’animal de compagnie choisit avec délice la couleur de sa laisse. L’oie regarde avec bienveillance celui qui la gave pour Noël.

Alors ? Ne pas baisser la garde. Demeurer exigeant, insatisfait, vigilant, voire intransigeant. Choisir ses sources, les examiner. « Ne recevoir aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle » (Descartes, Discours de la Méthode). Le doute systématique s’impose.

Choisir ses sources implique de s’interroger sur qui parle, à partir de quelle situation, pour transmettre quel type de message. On s’apercevra alors que la plupart des soi-disant philosophes ne sont que des portevoix ou bien des répétiteurs de pensée préfabriquée prête à l’emploi, donc à jeter comme un produit déjà périmé. N’est véritablement philosophe que celui qui élabore une pensée, celui qui cherche, travaille, creuse, et évolue manière cohérente, celui qui pose les questions essentielles, s’interroge sur ce que parler veut dire et par conséquent sur le pouvoir des mots. Parmi ceux qui se saisissent actuellement des questions auxquelles nous sommes confrontés pour les rapporter à l’essentiel de l’avenir de la vie et de ses conditions sur la planète, je retiendrai trois noms, sans pour autant suggérer qu’ils sont les seuls.

Alain Badiou, fort décrié par quelques-uns pour certains écrits semblant justifier l’inadmissible du stalinisme comme du maoïsme (il a depuis déclaré regretter ces propos), révélé au grand public par son pamphlet De quoi Sarkozy est-il le nom ?, entretient avec constance l’idée que le communisme véritable n’a pas encore été suffisamment exploré et expérimenté nulle part (n’en irait-il pas de même du christianisme, dont l’institution ecclésiale a toujours si remarquablement couvert les pires atrocités ?). Force est de constater que son auscultation claire et méticuleuse du fonctionnement du monde est très porteuse de réflexions essentielles, qu’elle participe à l’édification d’un cadre de lecture et d’interprétation. Il nous interroge sur ce qui fonde l’intérêt collectif, sur ce que sont les intérêts particuliers, comment peu à peu faire du commun (communisme). Où l’impasse du capitalisme mondialisé nous conduit-elle, quelle est la valeur du « prêche » écologique, les absurdités sociales, la concurrence, les hiérarchies, la notion de crise, etc. Un recueil de ses interventions de 2016 à 2020, vient de paraître aux éditions Fayard : Les possibles matins de la politique – 170 p., 16 €. C’est passionnant.

Outre Badiou, Bruno Latour Barbara Stiegler, nous aident à prendre du recul face au rideau de fumée de l’actualité. Ils nous aident à nous situer, à situer nos actions, dans un monde si hostile et déconcertant.

Commedia dell'arte
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Ecrire l’Art Contemporain

1 Octobre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art contemporain - AC-, Voltaire, Boileau, Jef Koons, Morandi, Mondrian

 

Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

(Nicolas Boileau - L’Art poétique 1674)

 

L’Art Contemporain (AC) est l’alpha et l’oméga des milieux professionnels de la profession, les officiels officiants s’emploient à le rendre incontournable, avec l’aide assidue d’un ancien Ministre de la Culture au service de spéculateurs hors pairs. Jef Koons tête de gondole , sonnez trompettes, battez tambours ! Hors l’AC, point de salut, clament ses thuriféraires. Si tu veux exister en tant qu’artiste, si tu espères l’amorce d’une once de reconnaissance publique assortie d’une aumône, fais-toi illico disciple soumis de l’AC, enjoint la cléricature des FRAC et galeries pseudopodes associées.

L’examen de textes émanant d’institutions officielles peut contribuer à dégonfler la baudruche prétentieuse d’une cérébralité caporaliste. Ainsi cette présentation d’une exposition à laquelle vient de participer une artiste dont je tiens le travail en grande estime. L’auteur directeur d’une prestigieuse galerie d’art contemporain à Marseille, est enseignant à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulon.

Le cuistre commence par s’interroger sur le titre même de l’exposition pour signaler le « préalable métaphorique » qu’il constitue. Il cite alors l’un de ses homologues qui « interroge le fait esthétique emblématique du début du XXIe siècle initié au tournant des années 1980 quand s’engageait la théorisation du postmoderne en tant que synchronisation des processus historiques caractérisés par un rapport renouvelé au passé et à l’histoire ». Le ton est donné, la liste des citations propres à conférer un aspect pseudo-savant à l’ensemble du papier est ouverte. Suivent cinq pages de logorrhée sur le rapport au temps, à la « relation dialogique qui prémunit le passé de l’écueil nostalgique ». Il est question d’un certain « renouvellement du rapport au passé, (d’une) temporalité tierce qui échapperait simultanément à la linéarité du récit cinématographique ou romanesque ainsi qu’à la phénoménologie du temps présent/de la présence propre à l’art des années 1960 et 1970. » Etc., etc.

Dans le cas du rédacteur du papier incriminé, nous sommes en présence d’un symptôme d’énurésie méningée fruit du dépérissement fatal d’un organisme à bout de souffle prêt à toutes les compromissions pour survivre.

Il s’agit de se faire valoir et de mater les esprits pour régner en maître. Le discours est uniquement fondé sur la nécessité et l’entretien d’une plus-value permanente dont la notion d’art, érodée, bafouée, vidée de toute substance, est en l’occurrence le prétexte.

La langue est malmenée, comme la syntaxe et le vocabulaire, elle est détournée au bénéfice d’une prise de pouvoir dictatoriale en faveur d’une pensée unique, donc de la soumission au démantèlement d’une société de partage et d’intelligence. Le jargon agit à la fois comme un cordon sanitaire de l'entre-soi et un outil d'asservissement. Le déclin, la fin d’un monde, sont clairement annoncés. Il n’y a plus grand-chose à dire, encore moins à inventer par un système en fin de vie. Les notions d’universel, de sacré, de sublime, sont périmées. Le cynisme de la pédanterie grotesque rend tout partage impossible.

Non, décidément non ! Morandi plutôt que Mondrian. La vie en sa diversité sensible plutôt que la sécheresse mortifère de l’intellect réduit à lui-même.

Face aux injonctions normatives des gredins des réseaux du ministère de tutelle et à l’imperium financier d’une poignée d’agioteurs uniquement préoccupés par lémarchés, les tenants d’un art sensible, ancré dans une longue histoire, porteur d’une pensée qui bouscule et ouvre sans étouffer ni soumettre, sont réduits à la portion congrue. Nombreux, présents sur l’ensemble du territoire, de valeurs inégales mais très souvent sincères et authentiques,  ils méritent une attention soutenue. Il faut aller à leur rencontre, les détecter, les encourager, écouter ce qu’ils ont à nous dire, considérer ce qu’ils nous montrent. Nous avons besoin les uns des autres en cette période de déclin, si difficile à vivre.

« Ecrasons l’infâme » s’exclamait Voltaire, en des temps où l’obscurantisme filait déjà bon train.

Face à face - 25 septembre 2021 - Cl. JF

Face à face - 25 septembre 2021 - Cl. JF

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De l’actualité d’un certain art actuel

22 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Christo, Christine Sourgins, AC art contemporain

 

Christo, surtout connu du grand public pour son emballage du Pont Neuf à Paris en 1985, est décédé en 2020. D’outre-tombe il gratifie Paris d’un emballage éphémère de l’Arc de Triomphe. De quoi s’agit-il ? Art, provocation, marketing pour la vente très lucrative d’objets dérivés (estampes, photos, films, reliques post installation…), nous sommes face à une colossale opération de dénaturation de l’art, du langage, du sens commun, une de ces mystifications dont ce que l’on dénomme Art contemporain (AC pour les initiés, pour ne pas confondre avec tout ce qui se fait aujourd’hui dans les ateliers d’artistes non médiatisés) se repait depuis des décennies. Un de ces moments où la langue de bois du conceptualisme narcissique s’en donne à cœur joie.

Ça marche, ça plait aux gogos, ça permet à l’inculture grossière des politiques de donner le change en espérant se faire mousser. « L’Arc de triomphe empaqueté est un formidable présent aux Parisiens, aux Français et, au-delà, à tous les amateurs de l’art », a déclaré la ministre de la culture, dans un de ces moments de niaiserie absolue où elle excelle, lors de la présentation de l’œuvre, nous apprend Le Monde du 18 septembre 2021.

Le grotesque ne connait aucune limite. Jeff Koons n‘est-ilArcde Triomphe pas un maître-étalon pour l’époque?

Christine Sourgins, vigoureuse chroniqueuse de l’art dit contemporain (AC), rédige et publie un pertinent  « Grain de sel », un mardi sur deux depuis des années. Il s‘agit d’un blog auquel l’inscription est gratuite.

Je me permets de relayer le tout dernier, citation intégrale.

mardi 21 septembre  2021 :

Une rentrée emballante ?

 

 

Malgré des reports et sa mort, Christo a réussi à empaqueter  l’Arc de triomphe. D’où des images spectaculaires de cordistes aux prises avec l’énorme métrage de tissu : prouesse technique et savoir-faire des « manuels » sont toujours impressionnants en soi, cependant accordons à Christo le choix du plissé, des reflets, du flotté, bref de possibles effets esthétiques. Mais pour dire quoi ? Occulter un pareil bâtiment historique et symbolique suppose d’être à la hauteur, d’exprimer haut et fort … quoi donc ? On nous parle d’un geste poétique, provisoire, éphémère, pure « gratuité ». Chez Christo pas d’articulation de la forme et du fond : la forme est le fond (1) ou plutôt il n’y a plus de fond, juste une surface, un emballage, une présentation à apprécier  en mode « do it yourself » : car dans l’AC « ce sont les regardeurs qui font les tableaux »  et donc aussi l’emballage. Or les avis s’emballent : catafalque mortuaire pour Vème République finissante, « chancre mou », voire « burqa » (une séquelle de la chute de Kaboul ?) mais aussi « paquet cadeau » généreusement offert à Paris, avec les râleurs taxés d’ingrats. Empoignade générale : ce lieu étoilé de réconciliation nationale devient soudain clivant comme si la société française ne l’était pas assez, clivée.

Mais, nous dit-on, c’est gratuit et vous être libres d’y voir ce que vous voulez : le nec plus ultra de la démocratie ! Certains n’ont toujours pas compris que  « quand c’est gratuit, c’est toi le produit » : ce que Christo commence par dissimuler est une privatisation de l’espace public. Soit une opération d’Art financier (2) d’un montant de 14 millions d’euros alors qu'on nous suggère un don émouvant à la collectivité  via une fondation (en France les fondations ne font pas de profits) or celle de Christo et Marie-Jeanne est une holding basée… dans le paradis fiscal de l'État du Delaware.

Une célèbre sociologue acquiesce, puisque l’AC se doit de « transgresser les attentes du sens commun concernant ce que doit être une œuvre ». Soit une ficelle, pardon, un gros cordage vieux de plus de 50 ans : jouer avec désinvolture d’un symbole national se concevait peut-être en 1961, date du « rêve » de Christo, quand la France des 30 glorieuses était respectée mais aujourd’hui ? L’actualité est cinglante, le jour où cet Arc en berne est inauguré,  la France reçoit une claque diplomatique monumentale qui retentit jusqu’en Chine  et en Australie (2). L’ordre symbolique se venge-t-il des petits jeux conceptuels des happy few ? Pire, la préparation a montré des groupes sculptés, dont la Marseillaise de Rude, en cage, coincée en des protections quadrillées. Ces symboles de Liberté sont mis sous le boisseau au moment où sévit le pass sanitaire. Je n’ai ni envie ni compétence d’en discuter mais reconnaissons qu’il inaugure chez nous  un début de « crédit social » à la chinoise. Coïncidence cruelle, troublante prémonition d’un ordre nouveau à son lever de rideau ?

Pendant ce temps-là, les chaises musicales continuent dans l’entre-soi culturel : Emma Lavigne qui présidait depuis 2019 aux destinées du Palais de Tokyo (financement mixte privé/public), s’en va à la Pinault collection. Remplaçant  à ce poste Jean-Jacques Aillagon, un ancien président du Centre Pompidou, ex ministre de la Culture : que voulez-vous,  le ballet du domaine public avec les intérêts privés a ses étoiles…

Sinon, la casse de l’enseignement continue aux Beaux-Arts, l’atelier de gravure de Toulouse est menacé, vous pouvez signer la pétition qui tente d’y parer. Le reste de l’été n’a pas été folichon, décès de Boltanski, héros de l’AC et du peintre et graveur Sergio Birga dont on a moins parlé, lui qui appartint (comme Fromanger disparu en juin) à la Figuration narrative. Côté reconnaissance de la Peinture une petite éclaircie : on annonce pour septembre 2022 une grande exposition Garouste au centre Pompidou. Certes, tous les peintres n’ont pas la chance d’avoir le diligent Daniel Templon pour marchand mais qu’on apprécie ou non l’œuvre de Garouste, c’est un peintre. Et  les rares fois où Beaubourg s’avise qu’il y a toujours des peintres en France, cela reste un événement !

Christine Sourgins

• (1) Mac Luhan disait ‘le médium est le message ».

•  (2) Voir Ch. Sourgins « Brève histoire de l’Art financier » in « Les mirages de l’Art contemporain », réédition de 2018, La Table Ronde.

• (3) L’annulation brutale par l’Australie du « contrat du siècle », dépossédant la France au profit de l’Amérique d’une mirifique commande de sous-marins…

 

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De la peinture

17 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Peinture, quotidien, art roman, baroque

Accéder à la peinture semble à beaucoup impossible, sous prétexte d’un manque de formation initiale.

Cet obstacle volontairement entretenu par quelques beaux esprits serait plus fréquent en Occident qu’ailleurs. C’est là que s’est développée au fil des siècles une famille d’érudits, savants rats de bibliothèque, devenus historiens universitaires patentés et critiques d’art officiels surtout attachés aux circonstances et péripéties, aux assemblages de signes à déchiffrer, qui font des images des énigmes lisibles par les seuls initiés se transformant peu à peu  en experts guidant un marché international pesant sur la vie sociale et affective d’une élite auto-proclamée essentiellement soucieuse des modes de son temps, ainsi que du maintien de son principat.

Etudes, expertises, analyses, nomenclatures, hypothèses, enquêtes, permettent d’asseoir des connaissances, de comprendre des articulations historiques entre découvertes scientifiques ou techniques, et appropriations locales, entre mythes et préoccupations temporaires ou durables, entre doutes et croyances, etc. Mais chacun sent bien que s’en tenir à cela est insuffisant pour parvenir à ce qui imprègne la chair des œuvres et leur confère tant de pouvoir. Seule, se suffisant à elle-même, l’approche intellectuelle de type universitaire illusionne, elle devient vite un obstacle. L’immédiateté des émotions, du ressenti, ne saurait se quantifier, ni se condenser en une chronique studieuse, si brillante soit-elle. La densité de l’impalpable ne se laisse pas aisément domestiquer.

La peinture rend visible l’inconnu, l’insoupçonné, révèle l’absence, le manque ignoré, donc le désir. Riche de sa propre nature, l’image agit d’abord comme un déclencheur d’émotion. C’est la silhouette perçue dans la rue qui surprend et provoque d’abord le regard, puis le désir ou le non-désir. Vient ensuite la parole, toujours seconde. Entamer la visite d’une exposition par une déambulation rapide, permet de se laisser fugitivement surprendre par quelques pièces plus chargées que d’autres qui serviront de repères pour le parcours attentif à venir. Aucune image n’est neutre, si le tableau n’est pas remarqué, ça ne saurait être de sa faute.

Vivre avec la peinture c’est en grande partie vivre avec des partenaires quotidiens du quotidien. Les regards appliqués installent peu à peu une autre manière d’accéder aux œuvres, par le biais du sensible. Des relations s’élaborent entre le regardeur et les œuvres, mais aussi entre les œuvres elles-mêmes. Le propre d’un accrochage réussi tient à la concordance entre les œuvres présentées, ainsi qu’au pouvoir concertant de chaque ensemble exposé avec l’écrin des lieux.

Accéder à la peinture suppose de se confronter physiquement à elle, de briser quelques tabous révérencieux, de passer de la soumission dévote au dialogue de face à face. Il serait temps de rétablir une relation authentique avec l’Art, dénuée de prétentions ostentatoires et de discours inutiles. L’humilité de l’art roman s’adressant sans détour au plus grand nombre souligne l’insupportable bavardage du baroque comme de l’art dit contemporain. Elle tient à distance l’aspect pacotille d’une certaine culture mondaine, pseudo-savante, qui en fait n’a rien à dire.

En ces temps de faux-semblants, de mensonges outrecuidants, de mépris avéré des individus, de violence autoritaire, le rapport direct à l’art pourrait constituer une sorte d’indispensable viatique.

 

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Du langage

9 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Trissotin, JP Sartre, A Korzybski, H Laborit,, V Klemperer,J Prévertn Tour de Babel

 

Presse écrite, presse parlée, discours politique, langage courant, il faut choisir : des mots ou de la pensée. L’efficacité commande, l’urgence interdit le superflu de la réflexion. Le flot continu d’informations laxatives cérébrales, indifférenciées, récurrentes, uniformisées, auquel nous sommes exposés en permanence répond à l’entretien chronique de cette urgence castratrice et nécrosante, qui nous est imposée depuis trop longtemps.

La langue s’affadit, elle devient imprécise, le vocabulaire s’amenuise au rythme de la fonte de la banquise ou de la perte de la biodiversité. Le brouet insipide libère parfois un grumeau attirant pour les Trissotins en mal de représentation. Ils le saisissent, s’en emparent, et le lancent sur le marché de la mode langagière. C’est ainsi qu’empathie et résilience, entre autres, connaissent une vogue comparable à celle d’aromates passe-partout. Une pointe d’ésotérisme leur confère une irrésistible touche intellectuelle. La fortune de l’expression est alors immédiatement assurée, le plaisir d’en agrémenter toutes sauces est extrême pour mesdames les Précieuses ridicules et messieurs les Trissotins.

Les mots qui étonnent, qui surprennent, résonnent, demeurent en mémoire, jouissent d’une large faveur. Comme l’homme qui est très rarement ce qu’il prétend (J-P Sartre, existentialisme),  le mot n’est jamais la chose qu’il désigne (A. Korzybski, sémantique générale), sa faculté d’occultation l’emporte souvent. Nommer, classifier, aboutit parfois à réduire à néant. « Ah, j’ai compris, vous êtes un empiriocriticiste » dit un quidam à Henri Laborit, qui ajoute « dès lors il ne m’adressa plus la parole » (Biologie et structure, Gallimard, 1968).

Outre la verroterie destinée à séduire le vulgaire dans une démarche hautaine de colon, ainsi qu’évoqué ci-dessus, existe du lourd hautement connoté, polysémique, chargé d’un trop plein de sens, tellement galvaudé que les dérives permanentes vers le jargon demanderaient des précisions à chaque usage. Entrent notamment dans cette catégorie Démocratie, Liberté, Egalité, Droits, Elections, etc.

Cabossé, éventé, devenu difficilement identifiable, usé jusqu’à la corde, n’ayant peut-être d’avenir que sous forme hallucinatoire, Démocratie ne parvient à survivre que grâce à des prothèses adjectives, au prix de fâcheuses redondances exprimant l’impossible : démocratie participative, démocratie populaire, démocratie républicaine… Il en va de même pour des mots usuels du langage courant tels que le Temps ou la Pensée.

Dans le dos du Temps se profile une multitude de sens : époque, période, souvenir, nostalgie, ou bien disponibilité, histoire, échéance, durée, attente, ou encore climat, rythme, mesure, conjugaison, délais, etc. Le temps des physiciens n’est pas celui dos historiens, pas plus que celui des philosophes, encore moins des politiques.

Dans le dos de la Pensée se profile une autre multitude de sens : imaginer, concevoir, créer, se souvenir, chercher, réfléchir, ou encore reproduire, inventer, découvrir, explorer, rêver, prévoir, etc. La pensée du chercheur n’est pas celle du philosophe, pas plus que celle du vrai jardinier devant laquelle il se découvre, selon Jacques Prévert.

Nous ne vérifierons sans doute jamais assez ce que parler veut dire.

Le mythe de la Tour de Babel ne peut manquer d’être évoqué, avec l’ombre de la prise de pouvoir d’un jargon totalitaire, tel que l’a analysé Victor Klemperer pour la manipulation du langage par la propagande nazie, conservant vocabulaire, syntaxe, expressions et intentions de la langue allemande, modifiés peu à peu, détournés de leur sens comme de leur usage jusqu’à devenir un véritable langage totalitaire, outil d’une propagande globale qui s’impose sournoisement..

A quel point, à quelle distance, en sommes-nous ?

Si l’existence d’un doute peut contribuer à la crédibilité du propos, à son écoute, à son partage, l’affirmation répétée de certitudes insuffisamment étayées ouvre la porte à des méfiances durables, souvent irréductibles (vaccination/antivax..)

 

 

 

 

 

 

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De l'âge

1 Septembre 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #La Boétie, Montaigne, Luberon

Si le vieillir est commun, la vieillesse n’est accessible qu’à quelques-uns. C’est ainsi que, devenue plutôt banale, progrès de la médecine aidant, l’entrée dans les âges à trois chiffres demeure toujours un événement singulier.

A moins de naufrage mental réduisant la personne à l’état de légume, l’âge ne saurait constituer une excuse. Chacun est responsable de ses actes comme de lui-même jusqu’au moment ultime. L’homme est ce qu’il se fait en permanence. Nous avons les uns et les autres la gueule que nous méritons. Oui, bien sûr, les circonstances, les imprévus et autres aléas, les injonctions extérieures, jouent un rôle, moindre cependant que ce que nous en faisons, que ce que nous prétendons à leur égard. La responsabilité ultime nous colle à la peau.

Notre liberté est d’abord entre nos mains, condamnés à être libres à partir du moment où quelque embryon de raison a commencé de germer en nous. Constat difficile pour beaucoup, vite encombrés d’eux-mêmes. L’effrayante soumission à l’existant, au pouvoir majoritaire, à la privation de liberté, à l’uniformisation, l’effrayante dépendance (la servitude volontaire disait La Boétie), si présentes au cœur de l’homme depuis les origines, tiennent sans aucun doute possible au refus de la responsabilité, comme de la liberté individuelle absolue de chacun. Accepter de vivre à genoux ou à plat-ventre est-ce vivre vraiment ?

Lorsqu’un écrivain célèbre, réputé penseur indépendant non domestiqué, cède aux sirènes d’un Pouvoir qu’il a soigneusement dénigré, se fait encenser et laurer à plaisir, lorsqu’il se laisse récupérer sans saisir la célébration de son centenaire pour imposer sa véhémence, nous assistons à une navrante sortie de scène, piètre exemple de soumission dispensé à la galerie. Non, décidemment l’âge ne saurait constituer une excuse. Il ne saurait pas davantage fonder une quelconque respectabilité du simple fait de son existence, alors que l’agir pèse d’un poids autrement spécifique, à tout moment. Nous ne sommes évidemment que ce que nous sommes, et non pas ce que nous aimerions paraître.

Lier l’âge à la possession d’une expérience vécue aussi évidente qu’incontestable relève d’une confondante confusion. Si l’âge permet évidemment d’emmagasiner un capital réflexif susceptible d’enrichir le présent, propre à une transmission progressive raisonnée, il est aussi fréquemment le lieu de crispations méningées et corporelles tout à fait inappropriées au moindre témoignage. Dans la plupart des cas, un jeune crétin n’engendrera jamais qu’un vieil abruti, d’autant plus redoutable que fier de lui et bourré de certitudes.

Susceptible d’aider au dépassement de la binarité Etre ou Avoir, l’âge peut parfois révéler le bonheur de l’accession au bien-être. Incomparable élixir de moments apaisés, bouleversement de la jouissance de l’ici et maintenant, si fugace soit-elle. « Quand je dance, je dance ; quand je dors, je dors ; voyre et quand je me promeine solitairement en un beau vergier, si mes pensées sont entretenues de concurrences estrangères … je les ramène au vergier, à la douceur de cette solitude et à moy »,  nous dit Montaigne (Essais, III – XIII, De l’expérience).

L’âge et l’état où je suis rendus font que ma maison demeure ouverte à qui bon me semble, un préjugé favorable étant accordé à tout nouvel arrivant. Il en fut ainsi déjà il y a bien des années durant lesquelles nous avions transformé notre demeure du Luberon en Maison d’Art avec paysage, lieu de rencontre et d’échange fort apprécié. Si Monique n’a pas réussi l’accostage aux rives de la vieillesse, son esprit subsiste, il m’incite. 

A Marseille, assez nombreux sont les visiteurs habitués, d’origines et d’âges très variés. On ne vient pas ici par courtoisie, inutile, on vient pour partager le plaisir d’échanges nourris. Art, littérature, politique, et quotidien, sont en permanence au menu. Les différences d’âge sont abolies, seul prévaut l’intérêt du moment partagé. Nous vivons dans le même temps, au même rythme, avec un large plateau de préoccupations communes. L’intransigeance cède souvent le pas à la curiosité, elle suscite à l’occasion des débats fructueux.

Habituellement divisé en strates étanches, l‘âge apparait ici comme catégorie seconde, poreuse et non discriminante. Nous sommes à chaque fois à égales distances, au même niveau, c’est-à-dire de plain-pied.

Parfois l’air est empreint de la réciprocité d’un sentiment amoureux ; la vie vivante n’a d’âge qu’indéfini.

 

Domenico Ghrlandaio, vers 1490

Domenico Ghrlandaio, vers 1490

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Lorsque l'enfant parait...

26 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Victor Hugo, tefan Zweig, Walter Benjamin

Lorsque l’enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux, ...

… Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j’aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l’été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !

(Victor Hugo, Les feuilles de l’Automne, XIX)

 

Dans la très grande majorité des cas l’annonce d’une naissance prochaine est source de réjouissance. Promesse de l’aube, promesse de l’à venir. Ce point serait tellement acquis, tellement ancré, qu’il ne saurait faire l’objet de la moindre réserve, à peine de scandaleux outrage aux allants de soi. Idéologies et convictions issues d’une pensée ancestrale imposent comme une évidence les applaudissements à grands cris.

Et cependant, en 1831 date de parution du recueil cité en exergue, Victor Hugo envisage l’inouï d’un été sans fleurs, d’une absence d’oiseaux, et d’une disparition des abeilles entrainant celle des enfants, c’est à dire de la fin de la vie ainsi que nous la connaissons depuis les origines. Exactement ce à quoi nous sommes tout proches d’être rendus.

Que l’on y songe bien :

- la fonte de la calotte glacière arctique ne réjouit que les économistes les plus cupides, attachés à la réduction des coûts de transports de matières premières nécessaires à la production de biens devenus dévastateurs, à bannir ;

- le dégel progressif du sol du Groenland permet à des prédateurs  criminels d’entreprendre des forages à la recherche de matériaux rares propres à l’industrie de masse la plus polluante, susceptibles de provoquer et d‘accélérer de considérables désordres géologiques et de libérer des virus dormants encore inconnus ;

- le Gulf Stream risque de s’effondrer promettant à l’Europe des accroissements extrêmes de température :

- le réchauffement climatique général est désormais une donnée de fait provoquant incendies gigantesques, inondations diluviennes, ouragans à répétition, sécheresses absolues, canicules.

Certes, des catastrophes ont eu lieu depuis les origines, des espèces ont disparues, mais jamais les conditions mêmes de toute forme de vie possible, animale ou végétale, sur la Planète n’ont été mises en cause comme c’est désormais le cas. Il est fort probable que des seuils de non-retour ont été atteints, puis dépassés.

Nous sommes dans une véritable situation de sauve qui peut à laquelle aucune équipe dirigeante, nulle part, ne semble vouloir ou pouvoir sérieusement se confronter, les intérêts immédiats et la volonté de prévaloir l’emportent en tous cas, en tous lieux. Nez à la vitre et mensonges à répétition proférés comme des mantras. Le destin d’un footballeur réputé, la répétition de faits divers, et les épisodiques prises de parole officielle servent d’anesthésiants. La plupart semblent se laisser prendre, par lassitude, par incompréhension, par peur, par ignorance ? Pour toutes ces raisons, pour d’autres encore sans doute, dont la recension importe peu, en fait. Ce qui importerait serait de se demander comment parvenir à faire progresser une parole porteuse de réflexion, donc de prise de conscience.

La voie des analogies semble vouée à l’échec. Celles-ci, comme les remémorations, ne valent que pour ceux qui ont connu certains des aspects évoqués, sinon il ne s’agit que d’images non superposables, souvent incompatibles, donc trompeuses et peu parlantes.

Reste alors, peut-être, l’évocation d’un système répétitif, opératoire depuis des lustres, et la proposition d’une réflexion personnelle sur la triade Imposer Contrôler Trier.

Voici qui tient la route, que ce soit, en vrac, à propos des Cathares (Inquisition), des Protestants (Louis XIV), des Ci-devant ennemis du peuple (période révolutionnaire), des Juifs et des minorités (Nazisme, mais pas seulement), des petit-bourgeois réactionnaires (bolchevisme), des Immigrés (5e République), et maintenant des vaccinés et non-vaccinés.

Les modalités, les échelles, les moyens mis en œuvre sont bien entendu différents, les principes et les processus comportent néanmoins semble-t-il bien des rapports.

Si nous ne parvenons pas rapidement à nous trouver collectivement, à nous conforter par une attention accrue à l’essentiel, à ce qui fonde notre humanité, à tisser des liens de reconnaissance, à nous déprendre de l’actualité morne et vide, à nous garder d’un électoralisme racoleur et répugnant, il est probable que nous serons dissous dans un mélange pâteux, visqueux, tandis que retentiront les trompettes de l’Apocalypse. Alors quelle autre solution que celle individuellement choisie en leur temps par Stefan Zweig ou Walter Benjamin ?

Combien de temps encore le cercle de famille, béat, naïf, et benêt va-t-il continuer à s’esbaudir à l’arrivée d’un nouveau-né voué au désastre, égoïstement volontairement conçu pour la satisfaction de géniteurs plus soucieux de leur bonheur immédiat que du drame d’une vie devenue impossible. Ils se débrouilleront toujours, ils s’adapteront, entends-je souvent dire. Peut-on se montrer plus nettement abandonnique ?

Je sais que je vais profondément choquer, l’arrière-grand-père comblé que je suis ne peut se taire pour autant. Le souci permanent que je me fais pour mes descendants l’emporte. La discussion vaut largement la peine. Aura-t-elle lieu ?

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Chansonnette

19 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Boris Vian

(D’après Boris Vian)

 

Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous en avez le temps

 

D’vot’ pass’ sécuritaire

D’vos mesures de misère

Je n’veux plus guère (bis)

 

Nous sommes des milliers peut-être

Que vous voulez soumettre

Monsieur le Président vous avez tort

D’persister d’frapper aussi fort

Monsieur le Président vous allez dans l’mur

Et nous aussi c’est bien sûr (bis les deux derniers)

 

Voyez la Terre elle craque de partout

Continuer c’est complètement fou

Je vous l’dis sans fard

Il est déjà trop tard (bis les deux derniers)

 

Tout pour les uns rien pour les autres

Je ne suis pas apôtre

L’bâton vous rend fier

Président des violences policières (bis les deux derniers)

 

Vous jouez d’la trompinette

Un peu partout sur le net

Monsieur le Président je vous le répète

On n’en veut plus d’la perpette

Faut changer d’système

Faut jeter l’anathème

Fini d’nous faire taire

A coup d’vote majoritaire

L’système électif

C’est que du fictif (bis les deux derniers)

 

Messieurs qu’on nomme grands

C’est désormais le temps

Pour le bien d’la planète

Faut faire plac’ nette (bis les deux derniers)

(qui suara mettre en musique ?)

 

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Eloge du mensonge – poker menteur

13 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

 

Le mensonge serait un péché capital

Capital ? Dès lors y a plus péché

Capital

Joli mot pour célébrer la joie de vivre, le but, l’accomplissement suprême

 

Liberté, Egalité, Fraternité, Droits de l’homme, et du citoyen

Allons danser sous les ormeaux, là où chantent les lendemains, allons danser

Bien public, intérêt général, maintien de l’ordre

Tu l’as ton passe ?

 

Opinion publique

Sondages et statistiques

Bal, petit bal chez Temporel

Viens, viens, fais-moi danser, Julie la Rousse, fais-moi rêver

Gestes barrière, quelle allure

Mesures d’urgence, ça s’impose

Ordo, ordo, ordonnances

Tu l’as ton passe ?

Masques, bergamasques, inutiles, indispensables, disponibles, insuffisants

Vaxi, vexa, vaccins, comptés, décomptés, à gogo

En veux-tu, en voilà

Démo, démo, démocratie, merci, encore, encore

Suffrage universel, droit de vote,

Peau de balle et variétés

C’est rigolo, c’est rigolo

Encore, encore

 

Information, Communication, Publicité

Séparation des pouvoirs

Ni vu, ni connu, Conseil scientifique

Tu l’as ton passe ?

Faut vivre avec son temps

Etat d’urgence

Impair passe et manque

 

C’est d’la triche

Moi j’joue plus

Pôv’type t’as rien compris, ça va d’mal en pis

Mystère et boule de gomme

Prends ton passe et tais-toi

Prends ton passe et casses-toi

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Passage en quatrième

5 Août 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean Cocteau, Pierre Desproges, Principe d'autorité, René Dumont, Siné, Covid variante delta

 

«Puisque ces mystères nous dépassentfeignons d'en être l'organisateur.»

Jean Cocteau, Les mariés de la Tour Eiffel.

« Si la violence ne résout pas ton problème, c’est que tu ne frappes pas assez fort. »

Pierre Desproges

 

Exercice permanent de l’Autorité - Entretien de la Peur – Primauté de l’Urgence

Mode triptyque de gouvernement.

L’exercice permanent de l’Autorité favorise une assurance à toute épreuve, source de bienfaisante autosatisfaction, dispensant de justification sérieuse des décisions prises. Il permet également de tenir à distance les gêneurs et autres pinailleurs soucieux de précision, de contrôle, voire de réflexion, avec lesquels il s’avère totalement vain de perdre son temps.

Le recours aux ordonnances, la banalisation par prolongements quasi automatiques de mesures dérogeant au droit coutumier, rendent possible l’ignorance du pouvoir législatif réduit aux apparences, comme il amenuise le pouvoir juridique souvent confiné au strict juridisme conformiste.

Seul léger défaut de la cuirasse, l’exercice permanent de l’Autorité ne permet jamais de baisser la garde,  il contraint à une spirale de surenchère constante. La moindre défaillance peut lui être fatale. Le risque d’affrontements majeurs, vite incontrôlables, se dresse à brève échéance.

L’entretien de la peur possède le gros avantage d‘une efficacité immédiate, contagieuse, et durable. Il produit un terreau fertile, propice au développement rapide de nombreuses variétés de craintes individuelles et collectives. L’entretien de son jardinage est assuré par une cohorte   d’opérateurs recrutés dans la sphère politique, de l’économie et de la statistique, du journalisme en général. Au nom d’un certain principe d’autorité ecclésiale, ils jouissent encore de quelque prestige auprès d’une importante partie de la population. Grande presse aux mains d’affairistes de haut-vol, chaines télévisuelles d’information en continu, et radios affermées, forment un réseau de diffusion et de contagion très performant. Une sorte de pissat cérébral anesthésiant est ainsi chaque jour injecté à des millions de patients rendus inoffensifs par nécrose progressive indolore des lobes cervicaux.

Fabrique et entretien quotidien de l’ignorance produisent et maintiennent une population suffisante de ravis de la crèche, handicapés mentaux conviés de temps à autre à une cérémonie votive destinée à perpétuer ad absurdum  le système existant.

Et pendant ce temps-là, le climat, les conditions du maintien d’une vie animale et végétale sur la planète, oui, bien sûr, mais la croissance et le développement économique… Peu importe, il est sans doute déjà trop tard depuis longtemps. Insuffisant pour baisser les bras. Mourir debout, mais pas crever soumis, dirait à peu près Siné. Lors de la campagne présidentielle de 1974, René Dumont n’était qu’un aimable utopiste, une sorte de clown politique tout à fait insolite. Les évidences ne vont jamais de soi. Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Face au duel Giscard Mitterrand, le doigt, Dumont parlait écologie, la lune. La campagne fut mémorable, le résultat un fiasco (1,32% des votes).

La primauté de l’urgence plaque les nez à la vitre. Au nom de l’urgence tous les à-peu-près trouvent excuse. N’ayant plus aucun espace où se développer, la possibilité d’une quelconque réflexion disparait. L’absence de prévision, voire parfois d’une simple vision, font que l’événement immédiat exige une réponse, immédiate bien sûr, donc en urgence réflexe, donc stupide le plus souvent.

Il y a le feu. Il couvait, personne ni ne le voyait, ni même s’en souciait. L’important était de se délivrer des certificats anoblissant errements, incohérences, mensonges. La magie du Verbe devait parvenir à masquer les incompétences. Las, Delta plane ou pas, la quatrième vague est là. Que faire alors que l’on vient de relâcher un peu les contraintes, l’élection présidentielle se profilant en ombre portée ? Aucune autre issue immédiate que de froncer les sourcils, de menacer, de contraindre à une vaccination générale non obligatoire mais exigée pour essayer de mener une vie « normale », mais soigneusement encadrée.

Panique à tous les étages ? Nullement, nous nous donnons les moyens de passer pour de judicieux organisateurs. L’intendance finira bien par suivre, à coups de bâtons si nécessaire.

Bilan actuel du quinquennat : émergence d’un mouvement de protestation hors du commun, les gilets jaunes ; restriction continue des droits fondamentaux et des libertés individuelles. L’échec est patent ? Courage, persévérons !

Lire La Princesse de Clèves est inutile. L’Art et les artistes, de même. Jeff Koons vaut bien un Mucem.

Tu mélanges tout ! Oui, bien sûr, car tout se tient.

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