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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Parce que...

15 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Mythologie,Veau d'or, du pain et des jeux, société du pectacle, grand dbat convention citoyenne pour le climat causlisme,Café du Commerce

 

What do you read my Lord ? Que lisez-vous Monseigneur ?

Words, words, words. Bla, bla, bla.

Shakespeare – Hamlet, II, 2

 Et voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. 

Molière – Le médecin malgré lui, II, 4

 Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire.

Raymond Queneau – Zazie dans le métro, passim

Posez-moi les questions, j’ai les réponses.

Woody Allen (semble-t-il)

 

Combien est répandue cette faculté de trouver des réponses immédiates, de discerner les causes d’un phénomène ou d’une situation problématique, d’expliquer hâtivement ce qui  surprend.

Combien est impérieux ce refus de ne pas savoir, de douter, de demeurer dans l’indécision, ce besoin de dénier ce qui gêne.

Le temps du COVID exacerberait-il ces tendances ? Il se pourrait. L’incertitude se révèle difficilement soutenable, elle requiert sans délais des prothèses mentales et affectives.

Les temps anciens développèrent le recours aux fables de la Mythologie, du polythéisme, puis des religions monothéistes. Nécessité absolue de représentations, d’histoires sur lesquelles s’appuyer, de révélations, de mystères labellisés, pour couper court aux angoisses de l’existence. Plus récemment, les idéologies totalitaires tentèrent d’évincer les religions, puis s’établit parfaitement sûr de lui le culte universel du Veau d’Or.

Ainsi se constituèrent des réponses opératoires garantissant une résistance absolue aux coups de bélier de l’Histoire, souvent ramenés à de simples piqures d’épingle grâce à une relativité temporelle. La brièveté du temps d’une vie n’a rien à voir avec la permanence de la Durée. Cette brièveté alimente notre impatience et entretient le règne de l’immuable, parfois grossièrement dissimulé par une astucieuse rénovation de façade. Elle permet aussi la parade foraine des bateleurs de la politique, de plus en plus essoufflés mais toujours aussi persuadés de leur importance et de leur nécessité, encouragés en cela par la docilité encore majoritaire d’un corps électoral délibérément aveugle à son aliénation.

Donnez-nous notre pain quotidien,

et surtout une réponse à notre ignorance,

afin de nous délivrer du mal de la soif de connaissance,

et du besoin d’autonomie.

Ainsi s’est élaboré un joli fonds de commerce international, à responsabilité et durée illimitées, avec des agences sur chaque continent.

Du panem et circences de la Rome antique  jusqu’à la société du spectacle, une succession d’ajustements techniques assure la continuité d’un système intangible de duperie généralisée.

Lorsque des avis de gros temps circulent, des bataillons d’experts sortent du bois, comme fleurissent les graminées sauvages sitôt l’orage. Crétins ayant réponse à tout, ils caquèttent du parce que à tout va. Jamais bien sûr nous ne les entendrons chercher à identifier la nature des questions posées, pas plus que nous ne les verrons tenter de saisir les origines d’un problème dont les composantes leur importent si peu. Le temps presse, il est décompté par l’horloge radio-télévisuelle, les fidèles audispectateurs trépignent, il faut des explications immédiates à ce que l’on ignore, de même qu’il faut disposer des cibles sur lesquelles s’acharner, le cas échéant, comme au jeu de massacre de la fête foraine.

A quoi attribuer le manque de masques, la pagaïe des vaccinations, le sous-équipement hospitalier chronique, les annonces contradictoires de mesures à géométrie variable en matière de déplacements, la présentation au Parlement de données trafiquées, les promesses non tenues, les contradictions flagrantes dans les décisions de fermeture ou d’autorisation d’activités, le hiatus permanent entre annonces officielles et réalités du terrain, l’absence de perspectives, les voltefaces ministérielles, le court-circuitage des Assemblées, la constitution d’instances décisionnelles hors contrôle, sinon à des circonstances étrangères aux décideurs faisant de leur mieux ? Pourquoi indéfiniment repousser la fin des mesures d’exception, sinon pour donner à ces décideurs le temps et les moyens de parfaire leur emprise ?

Circulez, y a rien à voir,

l’urgence commande,

nous veillons et nous pensons pour vous !

Discuter, débattre, réfléchir de manière pluridisciplinaire, serait gâcher un temps bien trop précieux, et puis les risques de dérive seraient trop importants (on l’a bien vu avec le Grand Débat post gilets jaunes, puis avec la Convention Citoyenne pour le Climat). Nous avons par ailleurs tant de choses à mettre en place, une loi climat, une autre sur le séparatisme et la protection de la police, sur les retraites, des décrets sur la réforme de l’Etat et les modalités de la formation de ses serviteurs, etc.

Dans l’arène, les membres de la cuadrilla agitent les capes pour étourdir le toro blessé. A la télévision, à la radio, dans la presse papier, les ministricules et leurs affidés interviennent, ils accaparent le temps de cerveau disponible. Se produire, se montrer, occuper la scène, se faire désirer, parler d’autant plus qu’on n’a rien à dire, voici l’alpha et l’oméga de la com’ publique. Le bla bla officiel et les capes des toréadors s’équivalent.

Si d’aventure quelque défiance se manifeste le couteau suisse des explications vaseuses, le socle de théories fumeuses telles le complotisme, autrement dit le Parce que, est immédiatement dégainé. Fondé sur une relation de cause à effet à portée de main, il dispense de toute réflexion, de toute analyse critique. Aisément disponible, prêt à l’emploi, il permet de passer à autre chose avec la conscience tranquille.

Quelle que soit la question apparente, la réponse se trouve dans les « éléments de langage » soigneusement élaborés par des rédacteurs aux ordres. S’il se passe quelque chose quelque part, c’est d’abord parce que ceci ou cela l’explique de manière évidente. Lumineux. Tout ce que nous avons fait, tout ce que nous avons entrepris, trouve ici sa justification. Nous avons pris telle ou telle décision parce qu’elle s‘imposait, n’importe qui d’autre aurait agi de même. Par conséquent, aucune remise en question, aucun remord, ne peuvent s’envisager.

La complexité des relations de cause à effet, comme celle de la notion même de cause, sont volontairement ignorées. Le simplisme suffit, il est à la portée de chacun, garant d’une douce somnolence.

Au fait, à quoi cet article est-il dû ?

En premier lieu à une irritation récurrente face au mépris et à la pauvreté mensongère du discours politique, ensuite à la vacuité et à la partialité servile des propos tenus par les ténors de l’information radio-télévisuelle, totalement dénués d’exigence critique et de vision sur les objets de leurs interventions. Leur toxicité ne date pas d’hier, mais elle semble grossièrement accrue ces dernières années avec la personnalisation galopante d’un Pouvoir de plus en plus régalien.

Des remarques glanées ici ou là à l’occasion d’échanges informels du type « Café du Commerce » ont aussi grandement contribué à mon effarement face à la naïveté et à l’indigence satisfaites d’elles-mêmes dont témoignent de nombreux propos estimés anodins. Ce papier n’y changera rien, il me soulagera peut-être de certaine humeur maligne rétive aux purgations des Diafoirus de l’actualité. Puisse-t-il peu ou prou inciter quelques-uns à une cure bénéfique à leur équilibre.

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Quand un artiste disparaît…

10 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Gérard Depralon, Georges Brassens, Alain Diot, Ionas, Jean-Jacques Ceccaelli

 

... une porte dérobée s’ouvre sous nos pas. Elle donne sur un morceau de ciel bleu limpide, calme, piqueté de légers nuages blancs, immobiles : l’infini inconcevable, son trouble, son vertige.

Figés, les travaux en cours s’effritent. Ils n’ont pas eu le temps de prendre. Evincés à jamais, promptement oubliés, remisés, stérilisés sur le champ, les projets ne connaitront aucune montée de sève. Ils deviennent feuilles à jamais pétrifiées témoignages de confiance en l’à venir.

Sans prévenir, sans rien laisser paraître, Gérard Depralon s’en est allé, seul, un soir juste avant son souper, l’autre semaine. Subitement indifférent, il n’a pas vu les secours se presser chez lui, il avait déjà pris congé. Il a brusquement tout quitté, tout planté là, comme s’il avait été mû d’une telle singulière légèreté que l’on pourrait croire à une ultime sinistre facétie.

La banalité de l’événement le rend invisible au plus grand nombre. Une très infime partie de l’Univers se trouve à peine dérangée, un soupçon de frisson peut-être. D’abord incrédules, puis bouleversés, seul le souvenir occupera bientôt ceux qui ont connu et su apprécier la finesse de l’artiste. L’avoir connu, l’avoir pratiqué, appartient à quelques-uns, les fameux happy few.

- Etait-il connu, souffle le vulgaire, réglant sa réaction sur le coup possible à jouer.

- Passez votre chemin ! Il est connu de tous ceux qui le connaissaient, et cela suffit grandement.

Trompettes de la renommée

Vous êtes bien mal embouchées

(G. Brassens)

Plus tard, peut-être, beaucoup plus tard, un curieux viendra fouiller, on le nommera alors  inventeur.

Pour l’heure, protégeons son empreinte fragile d’une disparition fatale sur le sable humide de l’oubli. Il s’agit d’une marque humaine, banale et unique à la fois, précieuse. La question essentielle du devenir de l’œuvre, de sa conservation et de son entretien, se pose d’emblée alors qu’il n’existe aucun modèle pour cela et que le maelström de l’actualité, vorace et ravageuse, n’a cure de tels soucis.

Imaginant des formes, des couleurs, les faisant exister par le dessin, la peinture, des assemblages insolites, du verre sculpté ou façonné, des interventions localisées, des écrits, il nous a proposé sa vision du Monde, au détail significatif près. Une vision toujours suffisamment décalée pour que le regard soit tenu en éveil, pour que le regardeur accommode et adopte la distance convenable.

Gérard Depralon vient de franchir la ligne d’horizon comme avant lui, Alain Diot, Ionas, Jean-Jacques Ceccarelli, avec lesquels j’ai beaucoup échangé, qui parfois m’ont même généreusement associé à la réalisation d’une œuvre, artistes connus d’un cercle d’amateurs éclairés peu soucieux des vanités de la mode et de l’existence médiatique. Désormais l’avenir est un peu moins assuré, raison suffisante pour exercer une veille exigeante, pour résister aux sirènes de  l’art jetable, consommable sur place, imposé aux gogos médusés.

Cette prise de distance, nous fait réaliser une fois de plus qu’une des caractéristiques du présent immédiat est de se conjuguer au présent-passé du labeur, dont les traces s’ancrent dans la perspective du présent à venir. Seule dimension qui désormais importe pour Gérard Depralon

 

 

 

Meubles muets et intérieurs, dessins G. Depralon ; Texte ;. J. Klépal ; L'Art et la Manière éd., 1994

Meubles muets et intérieurs, dessins G. Depralon ; Texte ;. J. Klépal ; L'Art et la Manière éd., 1994

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Lueur à l'Ouest

1 Avril 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #St-Rémy de Provence, Vigneux de Bretagne, N-D des Lndes, Démocratie participative, E-M Remarque

 

De même que j’ai signalé en février dernier une lueur à Saint-Rémy-de-Provence, je fais aujourd’hui écho à un événement porteur d’espoir dont j’ai été précisément informé. Les faits se sont déroulés à Vigneux-de-Bretagne, commune de 6 000 habitants, proche de Nantes, en bordure de la célèbre zone de Notre-Dame-des-Landes.

A Vigneux, les élections municipales du printemps dernier ont donné lieu à la nomination presque par défaut d’un Maire de 41 ans semblant digne de confiance. Moins d’un an après son élection il a dû démissionner face au désaveu de la plupart de ses adjoints et conseillers membres de sa majorité, sans parler du milieu associatif local. La bronca suscitée par ses méthodes et son comportement l’avait privé de soutien suffisant.

La presse conservatrice régionale n’a pas manqué de cultiver allusions malveillantes et commentaires hasardeux à l’encontre de conjurés de plus en plus hostiles au Maire, présenté comme victime d’un misérable complot. Jamais la question du pourquoi nous en sommes arrivés là n’a été posée. Aucun journaliste ne s’est interrogé sur la responsabilité de l’intéressé à propos de  ce qui lui est arrivé.

Le nauséabond se vend toujours bien parait-il. Il permet de surcroît d’économiser la pensée, avantage non négligeable en ces temps ténébreux.

Que s’est-il passé ?

La révélation inattendue d’un comportement césariste a pris de court la plus grande partie des membres de la liste majoritaire. Le découragement a commencé à poindre dans les services communaux privés de repères stables. Un adjoint d’importance a démissionné de son poste en publiant son désaveu. Arrogance, autoritarisme, moralisation permanente, associés à un manque de considération des règles élémentaires de relations entre les personnes, et à une certaine légèreté face aux directives du Code des collectivités locales, ont conduit à une progressive prise de conscience collective de graves sources de malentendus estimés irrémédiables à force de non prise en compte. La surdité récurrente aux remarques formulées, les dénis et accusations personnelles prononcées contre les auteurs de critiques ou de simples réserves ont favorisé l’accélération du processus de désagrégation interne. Ceci jusqu’à un point de non-retour illustré par une demande collective de démission immédiate que l’intéressé a tenté d’ignorer par des subterfuges. La pression s’est alors accrue, la démission considérée comme seule issue vint enfin, libératrice mais aussi lourde de questionnements quant aux conséquences.

Dans les rangs de l’opposition municipale, comme dans la bouche du Maire désormais démissionnaire la notion de putsch fut évoquée. Curieuse erreur de raisonnement, singulière volonté de dénaturer la réalité, grave confusion sémantique. Au lieu d’un putsch, c’est-à-dire une action violente illégale pour s’approprier le pouvoir par la force, il s’est agi d’un processus de contrôle parfaitement démocratique par lequel des comptes sont demandés à un mandataire défaillant, donc disqualifié car hautement contestable. Nulle violence là-dedans, simplement une exigence intransigeante à l’égard d’un abusif détenteur de pouvoir. L’élu exige le respect certes, mais il doit pouvoir être révocable. Une des formes de la démocratie participative, et non dévote, que nous ne pouvons qu’appeler de nos vœux.

Il y a là quelque chose de très sain, d’exemplaire même. La rareté du fait en constitue le prix. Voici un précédent qui devrait contribuer à mettre en question la sclérose du système électoral, où les élus une fois désignés deviennent quasiment intouchables donc auréolés d’une puissance hors de propos. 

Vigneux-de-Bretagne nous donne la preuve qu’à l’échelon local peuvent se jouer des choses essentielles pour peu qu’un groupe déterminé, uni par une durable volonté partagée, un courage individuel indéniable, se donne un but, même s’il parait utopique à l’origine.

A l’ouest rien de nouveau, titrait en 1929 son roman E-M Remarque, écrivain pacifiste allemand honni par les nazis. Eh bien presque cent ans après dans des circonstances fort différentes, mais avec en fond de scène un même tableau de totalitarisme mortifère, à l’Ouest il y a du nouveau propre à constituer un intéressant précédent : on peut demander des comptes à un responsable très insatisfaisant, on peut même parvenir à l’évincer. Le titre, le galon, le statut engagent au plus haut point. Etre mauvais n’est pas condamnable en soi, pour autant que l’on ne  s’attribue pas des vertus inexistantes, et que l’on ne prétende pas exercer des responsabilités majeures. Sinon l’intransigeance s’impose, sitôt franchi le seuil d’incompétence. En cela réside l’exemplarité de ce qui vient de se dérouler à Vigneux-de-Bretagne.

La servitude volontaire n’est pas inéluctable. Il ne tient qu’à chacun.

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Parution : sélection des Epistoles

27 Mars 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Epistoles, Jean Klépal, Gros Textes édition

Gros Textes / Avis de parution

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Jean Klépal - Épistoles improbables (sélection)       

Avec les Epistoles, J. Klépal dresse au fil du temps un grand miroir réflexif sur les périodes que nous traversons. Il lui importe autant de parler des petites choses du quotidien, que des événements qui marquent et bouleversent la société. Dans cette transmission il nous interpelle pour former avec lui une chaine de pensée, hors de l’anecdote et de la polémique. Chez lui la concordance des temps et des Epistoles est une affaire d’éthique. Il nous parle au présent, le passé n’est pas effaçable ; il est comme il le dit si bien « simplement du présent d’avant, tandis que le futur est un présent qui n’existe pas encore, à accueillir le moment venu. » Les Epistoles sont une terre d’accueil. Un laboratoire intime qui questionne notre compréhension du monde. Alain Nahum 

Jean K. n’a pas perdu ce regard d’enfant étonné, ébahi, curieux, qui n’a pas laissé l’innocence battre en retraite, ce regard qui ne laisse pas la pensée s’encombrer de trop de doutes. Je me souviens d’une exposition parcourue ensemble, lui dans son fauteuil roulant, moi le poussant. Des cris, des onomatopées devant les œuvres. Il est comme ça, capable d’amour devant la création et capable d’agressivité devant l’art superflu. Il est parfois abrupt, dur, parce qu’il a une clairvoyance juvénile. Il aime rire aussi, il aime les coups de gueule, il se trompe parfois mais il nous fait toujours penser, c’est là l’essentiel. Paul-André Pouderoux

 Un livre à butiner tranquillement…

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ISBN : 978-2-35082-484-0

90  pages au format 20 x 15 cm, avec des dessins de l’auteur   10 € (+ 3,50 € de forfait port – quel que soit le nombre d’exemplaires commandés)

Commande à Gros Textes

Fontfourane

05380 Châteauroux-les-Alpes

(Chèques à l’ordre de Gros Textes)

 

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Un conte

18 Mars 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Confinement, couvre-feu, la Ville sans Nom, Viollet-Le-Duc, Couscous, masques

 

Des mois d’enfermement, de contrôles, d’injonctions, et aussi de peur, de crainte des rencontres les plus banales, le ressenti d’un état de siège pousse au repli, sinon à la régression, puis à l’abandon progressif aux bras d’un destin non maîtrisable. Le poids lourd à porter endolorit les épaules, il impose puis entretient la soumission fatidique. Celle-ci peut conduire à une période de délire commandant un indispensable défoulement, condition essentielle du maintien du soi.

Fraîche septuagénaire perchée dans son mirador, Solange observe cette ville qui n’est pas une ville, naguère si attractive, une mosaïque de villages tous différents, tous les mêmes, grouillants, colorés, livrés à une extraordinaire variété de provenances. Aujourd’hui devenue amorphe malgré quelques soubresauts, échos très assourdis de ce qui jadis lui imposa l’anonymat de Ville sans nom.

Active, entreprenante, femme d’affaires, Solange languit, elle trompe le temps immobile entre un mari amnésique et une mère en perte de repères. Interdites ou fortement réduites, les activités habituelles s’acheminent vers le souvenir. Toute possibilité de divertissement semble abolie, chaque jour reproduit et amplifie la veille, sans que jamais ne se dessine quelque perspective. Attendre le passé devient le bégaiement du présent. Une suffocation menace.

Habile conteur, Hamadi, artisan né, subtil orfèvre de talent, sourcier d’audaces gustatives, propose des coffrets délicats de haute pâtisserie fine aux amateurs d’exotisme délicat. Ebloui, l’œil éveille immédiatement les sens. Avec Hamadi l’art est à déguster. Depuis peu sa palette s’élargit au domaine de la cuisine traditionnelle. Il transporte alors son échoppe à la demande ; il se fait agent de liaison entre les produits les plus purs de la nature et les gourmets assignés à résidence dont il soulage l’ennui.

Maria, jardinière à domicile d’éclopés divers, possède un entrain communicatif doublé d’une disponibilité à l’inattendu. Son activité est propice à la découverte de l’insolite ; elle lui a permis de rencontrer Solange, puis Hamadi. Industrieuse, elle a transporté le pollen de l’un chez l’autre. Il n’en fallut pas davantage pour que s’élabore le miel d’une relation fructueuse, contre-proposition à la grisaille dépressive ambiante.

Comme une épiphanie l’idée d’un repas table ouverte à quelques happy few s’est imposée, des proches en priorité. Heureuse surprise, Solange, lectrice inconnue de mes Epistoles, a chargé Maria de me convier également. Flatté et curieux, je ne pouvais qu’accepter.

Au jour fixé nous nous retrouvâmes à quelques-uns au sommet d’un immeuble de standing, à deux pas d’un édifice néo-crypto-pseudo gothique consacré au culte catholique, édifié vers la fin du 19e siècle et tout récemment rénové sous la direction d’un local Viollet-Le-Duc. Mise à part cette pâtisserie minérale, la vue des toits alentours présente une maquette grandeur nature d’une canopée urbaine où les cheminées lasses d’être figées pourraient partir vagabonder à la découverte de ce qui se passe en leurs sous-sols, comme de la diversité des senteurs qu’elles canalisent. Une certaine évocation de Venise du côté de l’Arsenal, peut-être.

Immédiatement le voyage, très vite viendront les transports.

Passons sur les préalables mises en bouche, qui ailleurs eussent pu largement suffire à la satisfaction de chacun, pour évoquer le moment gargantuesque d’un couscous au mérou. Couscous normal, royal ? Impérial suffirait à peine à le nommer. Beauté de la palette colorée des légumes, poivrons, navets, courge, oignons, fèves… Saveur incomparable du bouillon à base de tête de mérou ; quelque chose de parfaitement indicible.

Rien ne domine, chaque élément concerte ; Hamadi nous offre son talent de chef d’orchestre à la hardiesse d’une rare élégance. Le lait fermenté accompagne à merveille ce chef d’œuvre. Harmonie somptueuse de la table dressée par Solange.

Bien être envahissant d’un jour heureux, tapivolantesque. Une éclaircie déraisonnable dissipe la morosité brumeuse du temps actuel et révèle un îlot de convivialité spontanée. L’aisance cordiale des rapports va de soi, elle s’impose comme une évidence.

Si tu veux être heureux sois-le. C’est aussi simple que ça, inutile de faire comme si.

Quelle leçon, quel imprévu, quel rappel à la simplicité originelle du partage, à la nécessité de l’autre, au besoin d’initiative !

Cueillons dès aujourd’hui les roses de la vie.

Oui sans la moindre retenue, cependant il parait temps de rentrer chargé d’émotions et de saveurs, appelons un taxi et prenons allègrement congé.

Une fois dans l’avenue dans l’attente du voiturin, Maria, prévenante et subitement inquiète : Nos masques, nous avons oublié de mettre nos masques !

RÉVEIL.

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Mots, langage, témoins de hasard

12 Mars 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Covid, Henri Monnier, Julien Gracq,

La période de repli sur soi qui nous est imposée depuis un an est favorable à la réflexion, quand elle n’engendre pas la dépression. Le constat s’impose de la manière dont la mort a été peu à peu occultée au cours des cinq à six décennies passées, et comment aujourd’hui elle n’est plus qu’un élément statistique prioritaire sur les ondes, depuis le Covid et l’interdiction de célébrer des funérailles largement partagées. Déréalisation folle et mise en question de la notion de deuil.

Autrefois, hier encore, la mort était présente dans la vie quotidienne. Les morts étaient signalés par des tentures noires aux initiales du disparu installées sur les entrées d’immeubles, ainsi que par des convois sur la voie publique auxquels participaient famille, amis et relations du défunt. Tout cela s’est évanoui dans la brume du souvenir. La mort s’est trouvée remisée et euphémisée par des locutions banales et pudiques. La richesse langagière, l’efflorescence verbale, concernent la vie, tandis que la pauvreté d’expression s’applique à la mort. Et pourtant l’une ne va pas sans l’autre, elles se donnent sens mutuellement.

Il existe un abîme entre la représentation théâtrale de L’enterrement, écrite par Henri Monnier, et la dissimulation, voire l’empêchement, actuels. Si le langage est un geste susceptible de convoquer la pensée, les mots, l’emploi des mots, témoignent d’une époque.

 

C’est à un orfèvre du langage, un joaillier des mots, que je viens de consacrer une récente lecture. Les éditions Corti, auxquelles il fut fidèle sa vie durant, ont publié le mois dernier (fév. 21) sous le titre Nœuds de vie un recueil de proses exhumées du fonds Julien Gracq (1910-2007), à la Bibliothèque Nationale de France.

Publier des écrits posthumes, notes, esquisses, brouillons, est toujours délicat car il est permis de se demander si l’auteur aurait accepté leur divulgation en l’état, au risque de laisser passer des faiblesses stylistiques. Eh bien, Gracq n’y échappe pas et c‘est dommage. La révérence n’est pas toujours bonne conseillère. Ces proses poétiques toujours lumineuses se présentent parfois excessives dans la recherche de la préciosité, qui les affecte parfois d’une lourdeur flamboyante, comme le gothique tardif épuisé de démesure. Il faut lire Julien Gracq avec une tranquille patience. Chez lui la sensualité perceptive s‘attache au vivant aussi bien qu’à l’inerte (« Les vaches, vautrées dans l’herbe neuve, étalées partout dans les prairies, comme une lessive. »), et la parole lucide décape la fragilité du modernisme et de sa politique. La rigueur du témoin est implacable. Son scepticisme s’applique précisément quant à la prise de conscience des humains : « La Terre a perdu sa solidité et son assise, cette colline, aujourd’hui, on peut la raser à volonté, ce fleuve l’assécher, ces nuages les dissoudre. Le moment approche où l’homme n’aura plus sérieusement que lui-même et plus qu’un monde entièrement refait de sa main à son idée – et je doute qu’à ce moment il puisse se reposer pour jouir de son œuvre, et juger que cette œuvre était bonne. »

Certains instants de douceur méditative imprégnée du paysage alentour renvoient avec bonheur au Balcon en forêt, merveilleux récit de la drôle de guerre dans les Ardennes, en 39-40, désœuvrement, angoisse, promenades, avant l’assaut final.

Les textes consacrés au Lire et à l’Ecrire sont souvent décapants, dans la droite ligne de ce vigoureux pamphlet dénonçant la République des Lettres et son bavardage pseudo mondain, qu’est La littérature à l’estomac, publié dans le même temps qui vit Julien Gracq refuser le si honni Prix Goncourt venant de lui être décerné.

C’est précisément dans la partie intitulée Ecrire que l’on trouvera des réflexions sur la langue et le langage, mais aussi un vibrant hommage au Mot et à son pouvoir.

 

 

 

 

 

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A venir...

3 Mars 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Georges Braque, Suzanne Hetzel, Arnaud Bizalion, Gros Textes, Alain Sagault

 

Une multitude de petits rien constituent le quotidien, notre lot commun. Quelques-uns cherchent parfois à le pimenter par l’artifice d’événements singuliers. Cela revient la plupart du temps à chercher à s’étourdir grâce à des diversions stériles. Société du spectacle permanent (show), de l’illusion, de la consommation outrancière, du paraître. Vanitas vanitatum. Scénario on ne peut plus fragilisant. Cette histoire connue, rabâchée jusqu’à plus soif, conduit au désastre de  la perte de soi. Nous le savons tous. Avoir ou Etre ? Alternative majeure face à laquelle l’Art se révèle un précieux auxiliaire. « Avec l’âge, l’art et la vie ne font qu’un », selon Georges Braque. Il peut même se faire que vivre sa vie relève de l’Art de vivre.

Si sœur Anne, qui du haut de sa tour ne voit rien venir, scrutait mieux l’horizon, elle apercevrait la parution annoncée de trois ouvrages dans lesquels je suis impliqué. Ils pourraient retenir l’attention des lecteurs des  Epistoles.

1 - Suzanne Hetzel a choisi la photographie comme moyen d’investigation du quotidien et de la façon d’occuper un lieu ou un territoire. L’emploi de ce medium lui permet une relation directe avec les personnes, les lieux ou les objets, pour en explorer la spécificité. L’écriture a pris de plus en plus de place dans sa pratique, jusqu’à la conception et la réalisation de livres à forte identité.

« 7 saisons en Camargue » est paru aux éditions Analogues, en 2016. « L’Appartement » sortira en juin prochain, chez Arnaud Bizalion, éditeur de livres d’art, à Arles. Le livre est présenté sur le site Arnaud Bizalion éditeur, où l’on peut d’ores et déjà en réserver un exemplaire.

Forte d’une relation établie depuis des années, Suzanne Hetzel a voulu approfondir sa connaissance des lieux et mieux comprendre la relation de proximité quotidienne que l’impénitent amateur d’art que je suis peut établir avec les divers objets venant à l’assaut de son appartement. Quels en sont les fondements ? A quels types d’émotions, de souvenirs, sommes-nous confrontés lorsque nous échangeons sur l’Art ? Comment les objets dialoguent-ils selon les endroits où ils sont disposés ? Un cheminement est-il discernable ? L’ensemble fait-il œuvre ou non ? Quels sont les fondations, les étais, les cales qui tiennent l’ensemble ? Vivre avec l’Art ou vivre en Art ?

Il s’agit plus de constater que d’établir un bilan.

2 – Un abrégé des trois cent quatre-vingt-huit Epistoles improbables parues entre mai 2012 et octobre 2020 est en cours de préparation chez Gros Textes, éditeur à Châteauroux-lès-Alpes. Ce petit éditeur hors normes milite en faveur de l’édition singulière. Ils sont nombreux dans son genre, animés par l’amour du livre, des textes et des relations directes avec les lecteurs. Les encourager relève de l’utilité publique, quelles que soient les réserves que leur indigence matérielle peut susciter.

Dans le cas présent, il s’agit de présenter des échantillons d’approche du réel différents de  la pensée pré-formatée coutumière.

3 – Un dialogue mené avec Alain Sagault, aquarelliste au talent exigeant doublé d’une redoutable détermination de bretteur, devrait prochainement paraître en édition Hors Commerce. « Peindre à l’aquarelle » s’attache à la spécificité de ce medium si particulier, usité par quelques-uns des plus grands, loin de la médiocrité des images coloriées où certains le cantonnent parfois.

Il sera possible de se le procurer chez Alain Sagault, sans doute d’ici l’été.

Cet ouvrage procède d’un projet d’exposition d’ampleur, sans cesse repoussé à cause du Covid, à Venise. Sa parution est devenue indispensable…

Confinement, couvre-feu, alarmisme impuissant, contre-vérités, absence de perspectives, ne suffisent pas à éteindre le désir de s’aérer. Fortement menacée, la vie pas seulement physique n’a pas dit son dernier mot, car très nombreux sont ceux qui s’acharnent à activer et réactiver la pensée.   

1 - Confinés             2 - Déconfiné        jk 2020
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Montaigne, Proust, Covid

25 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Montaigne, Essais ; Proust, La Recherche ; Covid ;

Il m‘est arrivé à diverses reprises d’avoisiner consciemment le trépas. L’ablation d’un méningiome, une hémorragie interne, le Covid, me furent occasion de me voir la main sur la poignée de l’EXIT final. Trois expériences fort intenses, deux d’entre-elles lumineuses et colorées, presque festives. La troisième plutôt noiraude, étouffante, et calfeutrée dans une mousse opaque.

Comment alors ne pas évoquer le célébrissime récit de Montaigne contant son accident de cheval ?

« … n’ayant ni mouvement ni sentiment, non plus qu’une souche … reprendre un peu de vie … mes premiers sentiments étaient beaucoup plus approchant de la mort que de la vie … Il me semblait que la vie ne me tenait plus qu’au bout des lèvres : je fermais les yeux pour aider .. à la pousser hors, et prenais plaisir à m’allonger et à me laisser aller. » (Essais – II, 6)

Le Covid entraîna un profond épuisement, une perte de ressources. La conscience du passage en cours ne fut que seconde. D’abord essentiellement un constat d’impuissance. L’immédiat primait.

Suivit une longue période où ne comptait que la possibilité d’exécuter une tâche simple : déclencher un  appareil d’assistance, inhaler une mixture, ingurgiter des pilules… Une stricte répétition de tâches élémentaires ponctua les jours et les soirées, un long moment. Prises de tension, contrôle du taux d’oxygénation, routine émolliente.

Très peu discernables, de très lents progrès se mettaient en place. Seul le franchissement de paliers infimes suggérait quelque timide avancée. A force de mini reprises physiques, apparut un vague désir de reprendre peut-être un jour l’élaboration d’un recueil mis en chantier dans la période antérieure, et déjà bien avancé. Mais, écrire requerrait des efforts considérables, lire me paraissait presque hors de portée. Concevoir une chose, tenter de l’exprimer, s’apparentait à chercher à s’agripper à une surface lisse, sans aucune prise possible. Sisyphe rodait.

Lassitude, remise sans cesse à plus tard, idée d’abandon, tant pis. Le dossier était là sur ma table de travail, totalement inaccessible.

« Les difficultés que ma santé, mon indécision, ma procrastination … mettaient à réaliser n’importe quoi, m’avaient fait remettre de jour en jour, de mois en mois … l’accomplissement de certains désirs. » (Marcel Proust – Albertine disparue, La recherche du temps perdu)

Le temps passe, la lecture redevient possible, voire attirante, quelques brèves tentatives d’écriture aboutissent. L’envie s’impose de reprendre l’élaboration délaissée d’un recueil de textes. Il est parfois doux d’y penser, mais cependant rien ne se passe. Repousser, différer, en parler, suffiraient-ils ? Non bien sûr. Un certain jour, pourquoi, comment, intervient le passage à l’acte, de manière totalement autonome, semble-t-il. Insight dirait peut-être quelque apprenti psychologue. Quelle joie, quel bonheur ! Un cap est franchi ! Aurais-je retrouvé une situation quo ante ?

Ce jour-là je décide de rompre la monotonie de ma vêture. Je choisis une de ces chemises colorées que j’affectionne, retiens un gilet plutôt qu’un pull dépenaillé, fais ressortir un pantalon bien plus convenable que celui de ma tenue de malade. Peau neuve !

Il restait peu à faire. La chose est réalisée rapidement, le plus difficile fut de retrouver le principe d’élaboration initial, ceci obtenu il ne s’agit presque plus que d’un jeu.

Un éditeur initialement pressenti semble toujours disponible. Des obstacles des mises au point sont à prévoir. Qu’importe ! Que vogue ou non la galère est presque devenu second.

 

 

PS : Des dessins sans aucun rapport avec ce qui précède demandent à prendre l’air, sans plus de prétention. Je m’en vais les délivrer au fur et à mesure des Epistoles à venir. Comme un semis d’herbes folles. Après tout, ils existent, pourquoi les confiner ?

Montaigne, Proust, Covid
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Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ?

18 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Arié Alimi, Barbara Stiegler, confinement, déconfinement, couvre-feu

 

Depuis environ un an, profitant de l’aubaine du développement de la pandémie, un processus de congélation de la pensée et d’infantilisation galopante des personnes s’est emparé du corps social.  Avons-nous encore des yeux pour voir et des oreilles pour entendre ? Deux publications très récentes (janvier 2021) peuvent aider à retrouver acuité visuelle et auditive. Il est grand temps de réagir pour ne pas laisser s’installer à jamais le handicap.

Arié Alimi, avocat pénaliste, vient de publier au Seuil Le coup d’Etat d’urgence – surveillance, répression et libertés – 176 p., 15 €.

Barbara Stiegler, universitaire, professeure de philosophie politique, signe dans la collection Tracts Gallimard De la démocratie en pandémie – santé, recherche, éducation – 59 p., 3,90 €.

Ils formulent des remarques saisissantes, et proposent des réflexions propres à nourrir la réflexion. Parcourons à grandes enjambées.

Arié Alimi

Il souligne d’entrée que l’état d’urgence, mécanisme juridique octroyant des pouvoirs exceptionnels à l’exécutif, est un danger car d’exceptionnel, il tend à progressivement devenir la règle, pour finir par se substituer au droit commun.

L’état d’urgence sécuritaire rabote les libertés publiques, à terme seule demeure la liberté de travailler. Il s’agit alors plus d’un contrôle des comportements que des actes.

1 – Masque Covid.

Entrée dans la logique du soupçon. Cela après les cafouillages et contre-vérités dont on se souvient : 4 mars 2020, le masque est dangereux, il ne sert à rien (le gouvernement sait qu’il est en manque); août 2020, le masque est obligatoire dans l’espace public.

2 – Urgence sécuritaire, urgence sanitaire.

Restriction de la liberté d’aller et venir, de se réunir, de manifester, de mener une vie familiale normale. Transformation sournoise de l’équilibre institutionnel, politique et judiciaire.

Le confinement équivaut à une assignation à résidence pour l’ensemble de la population. Le sujet de droit disparait au profit d’un sujet virus potentiel. Répression et violences policières deviennent techniques de gouvernement. Les mécanismes traditionnels du droit sont mis à mal, le droit pénal est contaminé par le soupçon généralisé.

3 – Emploi de drones.

Par nature, l’Etat cherche à diminuer les libertés. L’efficacité de la surveillance s’oppose aux libertés fondamentales, la vie privée en pâtie, une stratégie d’illégalité se met en place.

Curieusement, cette aliénation progressive est plutôt consentie, une accoutumance s‘élabore assez rapidement. Pour durer, l’Etat se doit de soumettre la population.

4 – Stop Covid.

Le smartphone est envisagé comme un outil de surveillance généralisée. Il faut domestiquer l’humain, habituer l’opinion aux mécanismes de traçage. Si ça marche, le retour en arrière sera impossible.

5 – Penser au temps du Covid.

7 mars 2020, Macron appelle tous les Français à sortir. 16 mars 2020, confinement généralisé, aberration des attestations personnelles. L’imprécision des textes les concernant permet à la police de faire la loi. Incohérence et chaos, l’Etat de droit vole en éclats. La justice d’urgence est tétanisée par l’urgence. L’urgence justifie l’exception.

6 – Violences policières.

Employées dans les quartiers populaires, elles gagnent ailleurs.

Déséquilibre flagrant entre les poursuites engagées qu’il s’agisse de manifestants ou bien de membres des forces de l’ordre. Volonté d’invisibiliser les violences policières avec le projet d’interdiction de les photographier.

Tout individu est un délinquant potentiel, car susceptible de porter et de transmettre le virus.

7 – Etat d’urgence sociale.

L’habitat indigne rend impossible un confinement strict. Le télétravail est inenvisageable pour beaucoup : caissiers et caissières, éboueurs, manutentionnaires, ouvriers. Malgré cela, il offre l’occasion de profondément modifier le droit du travail (horaires, repos, congés, dates imposées…).

Afin de ménager l’économie, le gouvernement fait peser le risque sur les plus précaires. Les petits commerces agonisent, la distribution en ligne récupère la mise.

Barbara Stiegler

Elle nous propose constats, analyses et réflexions sur ce que nous vivons depuis l’apparition de la pandémie. Pour elle, rester le nez collé à la vitre de l’épidémie, ignorer les conditions environnementales qui l’ont rendue possible, est proprement stupide. Une telle attitude ne peut que conduire à la régression de citoyens, et non à l’éducation et à la prévention.

Le caractère de l’épidémie tient plus aux circonstances sociales et politiques qu’il révèle, qu’à son identité biologique. Le délabrement du système de santé, allié au développement très coûteux de l’industrie pharmaceutique internationale doivent impérativement être pris en compte. Nous constatons par ailleurs un basculement vers un autoritarisme et un système de contrôle à la chinoise. La démocratie devient un inconvénient, il convient de plus en plus  d’accepter sans discuter. Briser le mur du silence consensuel, de toute urgence.

17 mars – 10 mai 2020 : Confinement.

Le gouvernement est dans le déni, le virus est laissé à lui-même. La peur domine, peur panique du virus, peur de révolte sociale. Tout faire pour préserver l’économie.

Un tri est fait entre bonnes et mauvaises activités ou conduites. Nous assistons à une inversion des responsabilités. Panique des « élites », prétention au savoir de la part des dirigeants. Nous assistons au retour d’un Etat fort. Les torts sont toujours du côté de la population, seuls les comportements individuels sont responsables de la situation.

Toute critique est soit rejetée, soit suspendue. Les institutions républicaines sont malmenées, des groupuscules conseils, dépourvus de toute légitimité, sont mis en place. Instauration  de l’arbitraire. Hôpitaux et enseignement sont à nouveau mis à mal. La vie sociale disparait, l’enseignement se vide de sens.

Déconfinement 11 mai – 31 août.

Avoir peur du virus pour soi, pour les autres, est une marque de civisme. Manque de masques, pagaïe des tests. Aucune stratégie de santé publique, ni de plan de reconstruction du système sanitaire.

La pensée est pétrifiée : interdiction des assemblées, théâtres, cinémas, interdiction des manifestations, mais poursuite du commerce en grandes surfaces, et des transports en commun. Dissolution progressive de la vie sociale, distanciation, etc.

Organisation d’un faux-semblant, le Ségur de la santé (cf. le Grand débat face aux actions des gilets jaunes).

Reconfinement 1er septembre – 28 novembre 2020.

Pagaïe dans l’Université. Mise sous tutelle de la Recherche par le monde économique. Emprise du Marché sur la Science. Course au numérique. Le petit commerce est anéanti par les immenses plateformes de distribution, les étudiants sont abandonnés à leur sort, la vie culturelle est asphyxiée. L’arsenal sécuritaire fonctionne : couvre-feu, surveillance active.                                                                       

Il s’agit avant tout de s’adapter, plutôt que de lutter contre les causes de la situation mondiale.

Une promesse de vaccin (très difficile à honorer) pour calmer la colère naissante.

 

 

Qu'elle était verte ma vallée ! Le vagabond se prend à rêver d’un monde apaisé, convivial, consensuel. Il donne la main à des enfants, salue les passants, l’un d’entre eux lui offre une fleur, d’autres dansent la sardane. Sur l’écran, la Terre se lève comme un soleil resplendissant.

THE END

Des yeux pour voir, des oreilles pour entendre ?
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Lueur à Saint-Rémy de Provence

14 Février 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #St-Rémy de Provence, Van Gogh, Prassinos, Gérard Depralon,

 

Saint-Rémy de Provence : capitale des Alpilles, environ 10 000 habitants, lieu de villégiature apprécié, fréquenté depuis longtemps par de nombreux artistes. On se souvient du séjour qu’y effectua Vincent Van Gogh dans une maison de santé, et de l’existence de la Fondation-Donation Mario Prassinos, peintre, chantre des collines avoisinantes. (Le lieu est hélas aujourd’hui fermé par manque de soutien institutionnel. En quel cul de basse-fosse les Peintures du supplice et les Collines données à l’Etat sont-elles entreposées ?)

2021, en cette période de peur, de mépris et de régression, la Municipalité lance un bien singulier projet. Il s’agit d’inscrire la nature comme source d’inspiration artistique et d’animation culturelle de la Commune, pour l’année en cours et les suivantes. L’arbre dans la ville en est le thème initial, devraient venir ensuite La roche, escalader les massifs, puis L’agriculture, travailler la terre (saisons 2 et 3, périodes de deux ans).

« Cette action conjuguée des services culturels (musée des Alpilles – bibliothèque Joseph-Roumanille et service de l’action culturelle (devrait) permettre aux habitants, et aux visiteurs, de se questionner sur leur appropriation de l’espace public, la place de la nature en ville » lit-on dans la Présentation générale du Projet édité par la Mairie.

Cette initiative tient aux considérations suivantes :

« La nécessité d’abattre plusieurs platanes sur la commune de Saint-Rémy-de- Provence, à cause du développement du chancre coloré, a été vécue par certains comme un vrai traumatisme. Cet événement a mis en exergue l’attachement profond des habitants pour les arbres et le rôle qu’ils jouent dans le cadre de vie saint-rémois.

Ce ressenti avait déjà laissé des traces dans la mémoire collective et dans les archives de la commune. En effet, l’abattage des ormeaux du tour de ville à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle et notamment le gros ormeau, « exécuté » en 1928, avait marqué les esprits.

La Saison 1 a pour objectif d’accompagner tout un chacun dans ce bouleversement en proposant des actions artistiques autour du rôle de l’arbre dans la ville. » (Présentation générale du Projet)

Plusieurs artistes ont été sélectionnés pour mener à bien cette belle aventure.

Gérard Depralon (dessinateur)  Anne Cortey (auteure),  Agnès Régolo et la Compagnie théâtrale qu’elle dirige, Thomas Bohl (photographe), Jean Faggianelli (auteur). Il leur est demandé de concourir à « développer un dialogue, des interrogations et une discussion sur la place de l’arbre dans le milieu urbain. »

Les élèves du primaire, les collégiens et les lycéens sont associés à la réalisation d’une œuvre collective, en liaison avec le Musée.

Il y a une exemplarité dans cette décision si peu conforme à la soumission ambiante. Bien sûr une hirondelle ne fait pas le printemps, ni une lueur un foyer ardent. Il n’en demeure pas moins qu’en ce temps de contrainte, de contrôle et de répression, oser publier le souci de l’environnement, celui d’une relation personne-nature lucide et apaisée, oser monter une opération mobilisant des énergies positives, s’apparente à une bienfaisante témérité offensive dédaigneuse des menaces que des pisse-menus entretiennent pour mener à bien leur entreprise de soumission planétaire. Culture, foisonnement artistique, contre démocrature !                                                                                                      

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