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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Déni de réalité - réalité du déni

24 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #déni de réalité, J-C Michéa,, enseignement de l'ignorance, mise en examen, vaccination anti Covid,Bertolt Brecht, Arturo Ui,

 

(Contribution aux prolégomènes à toute discussion fondamentale sur les conditions d’une vie partagée et responsable)

La destruction de tout régime de pensée critique, à vrai dire de toute velléité de penser, est à l’œuvre depuis lurette. La fabrication de l’ignorance par les médias comme par le système éducatif fait l’objet d’études sérieuses depuis au moins deux décennies. En 2006, J-C Michéa démontre combien L’enseignement de l’ignorance (titre de son ouvrage) par le biais de réformes successives correspond depuis environ trente ans à un amoindrissement systématique de l’esprit critique et à un appauvrissement de la langue dans le but de défendre la primauté de l’ordre financier. La baisse du niveau général n’est pas le fait de réformes avortées, mais  bien plutôt le fruit d’une volonté délibérée d’asservissement du plus grand nombre, l‘école républicaine ayant trop longtemps représenté un îlot de résistance à la soumission au monde du profit.

Plus récemment, nous assistons à l’emprise de grands groupes privés sur les médias, presse papier, radios, chaines de télévision. Ce qui se traduit par un contrôle massif des programmes et des informations dispensées. Dès 2004, le PDG du geoupeTF1 déclare en toute quiétude Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Son cynisme a banalisé une situation délétère dont beaucoup hélas s’accommodent, voire se satisfont, aujourd’hui. L’électroencéphalogramme plat est pour bientôt, les quelques récalcitrants seront alors réduits à merci, à force de règlements coercitifs élaborés à la va-vite par quelque comité d’urgence sanitaire incontrôlé.

Ces faits sont connus, documentés, avérés. Les nier, serait nier l’évidence, peut-être même s‘en rendre involontairement complice, ou bien, se situant sur un paradigme totalement étranger à celui qui est proposé, justifier un mode de soumission confortable à l’existant. Toute discussion deviendrait alors vaine, en raison d’une irréductible étrangeté, donc d’une impossibilité d’échange.

Parmi le grand nombre des insatisfaits, de nombreux points d’accord apparent dessinent des contours variables, mais néanmoins susceptibles de porter une volonté de changement. Réalité ou illusion ? Différé, le désaccord intervient généralement lorsqu’il s’agit de nommer, donc de qualifier, le fait examiné en le rattachant à une famille d’appartenance problématique.  

Nombreux accords apparents sur les dérives autoritaires, l’atteinte durable aux libertés, les mensonges à répétition, l’à-peu-près des décisions, les contradictions de nos gouvernants. La vérité d’un jour est rarement celle du lendemain, l’approximatif des modalités d’application de mesures annoncées à la hâte par des dirigeants très soucieux de ménager leur image, autant de circonstances où abondent les exemples. Tenter d’y voir clair, et d’élaborer son propre inventaire des situations problématiques, serait déjà un début de reprise en main.

Nombreux accords apparents sur l’accentuation depuis le début du quinquennat du phénomène d‘improvisation, d’absence d‘anticipation, de manque de réflexion prospective, puisque l’essentiel est délégué à un seul, de mépris des questionnements considérés comme inutiles, voire hostiles. L’amorce de conscientisation entreprise précédemment devrait aider la réalisation de cette phase.

Nombreux accords apparents sur les marques de droitisation extrêmes de la part de la quasi-totalité de la classe politique. L’étrange participation de représentants des Verts, du Parti Communiste, du Parti Socialiste, dont Madame la Maire de Paris, à la manifestation organisée devant l’Assemblé Nationale par les syndicats de Police contestant l’action du Ministère de la Justice, illustre cette dérive mortifère. Notons au passage que non seulement les participants, mais aussi leurs organisations qui ne les ont pas désavoués, ont perdu en cette affaire le peu de crédibilité qui leur restait. Tout ce qu’ils diront, feront ou prétendront, dans les mois à venir ne vaudra pas tripette. Affaire de mémoire et de vigilance.

Nombreux accords apparents sur l’insolite du maintien en fonction d’un Ministre de la Justice mis en examen, soutenu par un exécutif s’estimant hors de toute atteinte, donc supérieur à tout, y compris au principe fondamental de la séparation des pouvoirs. Exemple de dérive totalitaire majeure, s’il en est besoin. Totalement inédit, signal du franchissement d‘un seuil essentiel.

Accord apparent possible, quoique quelque peu malaisé, sur le fait que les récentes mesures en faveur d’une vaccination anti Covid, obligatoire, sans l’être, tout en l’étant, puissent introduire en catimini une sorte d’apartheid entre résidents dont certains seront relégués dans une cohorte bannie. Horrible évocation insupportable de situations monstrueuses.

Une fois établi un terrain d’entente sur quelques-uns de ces constats, peut-on aller un peu plus loin et tenter d‘élaborer quelques règles de sauvegarde ? Autrement dit, quels enseignements pratiques tirer, quelles conduites tenir, quelles décisions opératoires prendre ?

Hic jacet lupus. C’est bien ici que se terre l’embrouille. Le passage du Dire au Faire, de l’Avoir (des informations, des connaissances…) à l’Etre (debout, réagissant, résistant, fragile, incertain…) est si périlleux qu’il entraîne bien des reculades face à des évidences souvent inconcevables car insupportables. Comment admettre qu’au vu et au su de ce qui arrive chaque jour, nous sommes de fait plongés dans une période de préfascisation ?

Avec La résistible ascension d’Arturo Ui, Bertolt Brecht a décrit et démonté la dynamique du processus mafieux qui s’est joué en Allemagne dans les années 30, qui de manière assez voisine se développe actuellement sur l’ensemble de la planète.

L’horreur annoncée ne peut pas se profiler sans un rejet immédiat, passionnel, naïf, opposé comme un talisman face au monstre. Apparaît alors le fameux Oui – Mais, où le mais, c’est à dire le refus, l’emporte largement sur le oui, ouvrant la voie à la soumission. Mieux vaut se passer soi-même la laisse au cou, l’impression d’un choix libre l’emporte. Continuons à voter pour élire des gens qui n’auront aucun compte à rendre en cours de mandat, continuons à entretenir un système qui nous asservis, faute d’imaginer d’autres perspectives, faute de chercher à en imaginer. Seule alternative disponible si l’on s’en tient à ce cas de figure, me souffle une amie : muter ou mourir.

Que le cercle de ceux avec lesquels l’échange, la mise en commun, le débat d’idées la discussion approfondie, respectueuse des différences, loin de toute mise en cause ad hominem, s’amenuise, ne constitue en rien une raison pour baisser les bras.  Les attaques personnelles ne font en rien avancer le débat. Un Tu exagères non argumenté, un haussement d’épaules ou un geste de rejet permettent d’épingler l’interlocuteur dérangeant dans une boite à papillons, de l’ignorer et de neutraliser ses propos. Ils ne favorisent en rien la réflexion, ils plombent le débat et le coupent court

Il est des moments où la relation à l’existant s’écrit compromis et se prononce compromission.

Les périodes extrêmes, celle que nous vivons en est une (extinction progressive des conditions de la vie sur la planète : nuisance, poltronnerie et médiocrité de la plupart des responsables politiques mondiaux), ne peuvent admettre le moindre compromis pour ce qui concerne lucidité et conclusions à tirer de l’examen du réel. Courber l’échine et se taire est suicidaire pour soi, mortifère pour autrui.

L’intransigeance devient de plus en plus le seul viatique ; le prix affectif à payer peut se révéler non négligeable, il ne devrait pas pour autant constituer un obstacle à la rigueur.

Mourir (oui, car c’est une dimension de la vie), mais debout !

« Vous, apprenez à voir, plutôt que de rester les yeux ronds... Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde » (B. Brecht- Arturo Ui)

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Il était une fois Jean de La Fontaine…

18 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #La Fontaine, Giraudoux, Jouvet, Fouquet, édit de Nantes, Racine, Molière,Oratoire, Jansénisme, La Bruyère, Descartes,Boccace, L'Aretin,, Gide, Suarès, Gracq ,

 

Ce mois de juillet 2021 correspond au qua tre centième anniversaire de la naissance, le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, de Jean de La Fontaine. Belle occasion de reprendre une lecture faite aux approches de mes vingt ans, dont la saveur ne s’est jamais affadie. Je sais le livre dans les attiques de ma bibliothèque où je le fais dénicher par un ami, n’étant plus en mesure de gravir moi-même les marches d’un escabeau, quelle qu’en soit la dimension. Défraîchies, pages jaunies et fragiles, Les cinq tentations de La Fontaine me sont délivrées. Je retrouve d’emblée le plaisir délicat du style élégant, de l’humour subtil, faussement désinvolte, brillant et très maîtrisé de Jean Giraudoux, auteur aujourd’hui tombé dans l’oubli, conséquence peut-être d’une identification malaisée de son attitude pendant l’Occupation. (La comparaison avec le destin de Jean Giono vient à l’esprit.) Son souvenir est indissociable de celui de Louis Jouvet qui porta au théâtre ses œuvres majeures. Admirateur de La Fontaine, que l’on ne peut se lasser de lire à tout âge avec un plaisir sans mélange tant son actualité demeure, Giraudoux nous brosse un délicieux portrait du « bonhomme » qu’aucun talent précoce n’a pu signaler à l’attention de ses proches. Distrait au point de ne pas reconnaitre son propre fils dans une assemblée, prodigue et généreux, souvent impécunieux, la solitude et le sommeil semblent avoir été ses passions majeures. Ce qui ne le préserva guère de tentations assez communes telles qu’une vie bourgeoise, les femmes, la vie mondaine, la littérature, et celle du scepticisme et de la religion.

Un air de fraîcheur envahit  la pièce où j’écris, le vent fait bruisser les tilleuls du cours,  le soleil est mesuré comme il convient, La Fontaine s’invite.

 

Ignorant de son talent, il commence par accepter tous les agréments et tous les ennuis d’une tentante vie bourgeoise en province. A vingt ans il n’a pas encore écrit un seul vers, à vingt-cinq ans il est maître des Eaux et Forêts, marié à vingt-six ans, il se satisfait du bonheur bourgeois et des relations familiales assorties. Ses rêveries lui permirent de se garder des impasses de cette existence promise, et de satisfaire son besoin d’aise en quittant famille et fonctions officielles pour atteindre le réel du cœur humain et de la nature, qu’il n’avait jamais vraiment contemplée. Ce n’est qu’à l’orée de la vieillesse, qui s’invitait alors bien plus tôt qu’aujourd’hui, qu’il publia son premier recueil de Fables, il avait quarante-sept ans.

« Qu’est-ce que vivre …

C’est jouir des vrais biens avec tranquillité ;

Faire usage du temps et de l’oisiveté … » (Discours à Madame de La Sablière)

 

Boccace et L’Arétin en poche, auteurs licencieux s’il en fut, La Fontaine s’en va  vers Paris. Là justement où la tentation des femmes tient des assises permanentes. Or, notre homme, plutôt bien fait et bien mis, des portraits d’époque en attestent, est plus porté au libertinage qu’à l’ascèse. Il fait assez peu de cas des femmes, les Contes le disent clairement ; bourré de préjugés issus de ses lectures, il parait en définitive assez benêt. C’est lorsqu’il devient un familier de Fouquet, le surintendant du Roi, qu’il découvre ce qu’est une femme du monde, douée de dons allégoriques qui s’apparentent aux vertus. Il découvre alors qu’il ne connaît rien aux femmes, et qu’il en restera ignorant à jamais. Prenant conscience de son incapacité, c‘est avec respect et admiration surtout qu’il les contemplera désormais. Ce qui ne l’empêchera nullement de céder à des émotions instantanées.

 

A son arrivée à Paris, la tentation du monde développe son avidité d’argent et de succès. Dès le printemps 1658 il se vend par acte notarial au surintendant Fouquet auquel il devra livrer à intervalles réguliers madrigaux et épitres. Par goût du confort, il devient en quelque sorte porte-parole d’un seigneur, courtisan appointé pour chanter ses louanges, l’équivalent d’un présentateur d’émission télévisée, tel que les façonnent aujourd’hui les propriétaires d’antennes. La Fontaine, poète officiel, n’est que complaisance. Après Fouquet, il se mettra au service de la duchesse d’Orléans, veuve du frère de Louis XIII, puis du duc et de la duchesse de Bouillon. En quête d’honneurs et de reconnaissance, Il parviendra à se faufiler à l’Académie française, comme le font aussi bien aujourd’hui quelques beaux esprits avides de prestigieuses bimbeloteries, sortes de miroirs aux alouettes pour personnes conformes

Tout à coup surgissent les Fables, si impitoyables, d’humeur si libertaire, qu’elles paraissent une œuvre de vengeance, une satire de la société, remarque justement Giraudoux. Il se pourrait que ce soit l’amitié qui ait sauvé de la veulerie le poète courtisan. Il reste fidèle à Fouquet, comme à la duchesse de Bouillon, malgré leur disgrâce, ce qui n’est pas sans risque, et lui vaudra la perte de l’accès à Versailles. « Qu’un ami véritable est une douce chose ! », écrira-t-il.

Alors que la littérature du XVIIe siècle masque la pauvreté généralisée et l’amorce du déclin du royaume (abolition de l’Edit de Nantes) pour célébrer la gloire et l’orgueil d’une monarchie dictatoriale, vaste opération de propagande d’Etat, La Fontaine est le seul à ne pas faire abstraction de la misère. (Ce n’est qu’au siècle suivant que l’on recommencera à voir le commun se profiler dans les textes littéraires.) Chacune de ses fables met clairement en garde contre la méchanceté ou l’indifférence des grands, la cupidité des bourgeois, la bassesse des courtisans. Pour Giraudoux, c’est une inconséquente inconscience qui fait passer le poète de la servilité à la liberté d’expression. C’est une nature domestiquée à Vaux qui lui fait apparaître la réalité de la nature, L’hypothèse est digne d’attention, elle permettrait d’expliquer bien des bévues de notre homme, grand gaffeur devant l’Etrnel.  

 

La tentation littéraire se manifeste d’abord par un désir d’écriture pour le théâtre et l’opéra, désir de rivaliser avec les premiers de la classe, Racine, Molière et compagnie, mais il ne parvint qu’à éprouver de l’ennui à la représentation de certains de ses ouvrages. La succession  de tentatives vaines, des échecs avérés même, voulut bientôt que La Fontaine se tournasse vers un genre mineur aussi discret qu’intransigeant, la fable, par laquelle il put dénoncer l’injustice maîtresse du monde fondée sur la méchanceté et l’inégalité des hommes, aussi bien que l’indifférence divine. C’est par les Fables qu’il est devenu l’un des auteurs majeurs de toute notre histoire littéraire, l’un de ceux que l’on conserve sur le premier rayon de sa bibliothèque, que l’on fréquente toujours avec un égal bonheur, chez qui les découvertes s’enchainent, dont l’actualité est d’autant plus forte que nous vivons en des temps d’involutions permanentes où méchanceté et mépris se taillent la part du lion.

 

Le temps est venu d’aborder l’ultime tentation, celle du scepticisme et de la religion. A l’âge de vingt ans La Fontaine fut élève novice chez les Oratoriens, ordre doux n’exigeant aucune obligation de vœu, requérant de ses membres sensibilité et amour de la contemplation. Il semble ne faire aucun doute que notre homme y trouva son compte. Il entrait dans un domaine où l’irréel formait la réalité, ce qu’il rencontrera au château de Vaux, chez Fouquet son premier protecteur, tandis que la mystique catholique ne lui avait suggéré que d’écrire des contes.

Un temps attiré par le jansénisme, doctrine austère de la grâce accordée à quelques-uns seulement, défendue par des ascètes, il prendra ses distances suite à un malentendu consécutif à la lecture d’un conte tiré de l’Evangile. Toujours aussi doué pour la bourde et le contretemps, il se lie avec des protestants au moment de la révocation de l’édit de Nantes, et se fait élire à l’Académie en 1683, à la faveur d’un vote secret désavouant la position du secrétaire perpétuel, plume attitrée du Roi. Quelques tribulations supplémentaires avec de fameux débauchés nous acheminent vers 1688/89 à la tentation capitale, celle de la  philosophie sceptique et du libertinage, alors qu’il aurait pu enfin faire  oublier ses frasques, les amitiés protestantes ayant disparu, exilées ou renégates, et son assiduité aux travaux de l’Académie étant appréciée. Devenu une gloire reconnue, La Bruyère vante ses mérites au même titre que ceux de Molière, autre vituprateur, la cour lui devient plutôt favorable, tyrannie et misère ont mis au pas toute velléité de contestation. La Fontaine va-t-il rentrer dans le rang ? Si la résistance au roi et à la religion n’est plus possible en France, il imagine pouvoir la relancer depuis l’Angleterre où se trouvent des fidèles du règne de Louis XIII, tous plus opposé les uns que les autres à la philosophie de Descartes. Son état de santé, et peut-être l’existence d’une jeune claveciniste, le dissuadèrent. Le déclin s’installa peu à peu, l’Eglise le soumit à un odieux chantage, exigeant qu’il renie ses Contes pour recevoir sa confession. Il refuse, se débat, puis finit par céder. Il décède le 13avril 1695, dans sa soixante-quatorzième année.

 

A vos pupitres, à vos lutrins, disposez La Fontaine et ses Fables, Jean Giraudoux son intelligence, et sa complicité admirative, ouvrez feuilletez, picorez, savourez, un régal indispensable !

Non content d’avoir quelque chose à dire, La Fontaine manie une langue exemplaire. La grâce qualifie son style, clair, simple, pertinent, élégant. Rares sont ceux qu’il est possible de louer de manière identique. Me viennent André Gide, André Suarès, Julien Gracq.

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Starisation ; statufication

7 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #E. Morin, A. Detoeuf -Barenton, confiseur, A. Camus, de Gaulle-Franco

 

Les étapes de la vie ont peu à peu forgé un personnage non seulement de référence, mais de surcroît fort respectable. Après une période d’écriture à l’accès rebutant, son style s’est éclairci, comme s‘il éprouvait un souci grandissant d’intelligibilité, comme s’il souhaitait rencontrer des publics de plus en plus élargis, à mesure que les coups portés à la planète et les défis à relever s’intensifiaient, à mesure aussi du délitement de la notion de gauche politique et de l’érosion des valeurs humanistes.

Il devint progressivement une vedette médiatique, une quasi star de l’intelligentsia, que l’on pouvait consulter comme jadis la Pythie de Delphes.

De la star à la statufication, il n’y a parfois qu’un pas, d’autant plus aisé à franchir que les années paraissent le justifier. Etre centenaire et monument national suffisent largement à l’affaire. Edgar Morin sera donc reçu à l’Elysée pour un hommage national le jour même de son anniversaire. Une béatification anthume, en quelque sorte. A coup sûr, une manœuvre pré-électorale pour tenter de grappiller quelques voix de centre-gauche au printemps prochain ; une des multiples façons d’entretenir le rideau de fumée d’un flou permanent. Par ailleurs, céder au sortilège des sirènes, n’est-ce pas ternir sottement l’image conclusive d’un intellectuel majeur ? L’âge n’a sans doute rien à y faire, le bonhomme est bien trop ingambe.

Le légat de la finance sera aux manettes, accompagné par la curie des renégats hollando-mitterrandiens, et la bimbeloterie de quelques invités privilégiés.

Un choix des propos échangés pourra être gravé dans le faux marbre médiatique, au mieux du comblanchien deuxième choix.

Dans ses « Propos d'O.L. Barenton, confiseur, ancien élève de l'École polytechnique », Auguste Detœuf explique comment se préparer un bel enterrement…

Un de mes fidèles lecteurs entretient une relation plus que trentenaire avec E Morin. Invité au pince-fesses élyséen, il m’écrit, déplorant une occasion manquée de faire retentir une parole différente sous les lambris officiels :

« Je lui avais proposé une ligne de réponse à l’éloge de Macron jeudi prochain.  Il avait l’opportunité d’offrir une vision coopérante du “monde d’après”.  Il m’a répondu qu’il s’en tiendrait poliment à la culture.

Décevant. Pathétique. N’est pas Albert Camus qui veut. 

Voilà pourquoi je n’irai pas. »

 

NB

De Gaulle dans les derniers mois de sa vie a rendu visite à Franco le 8 juin 1970, en son palais du Pardo.

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Artistes, amis, en vrac

3 Juillet 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Philippe Jaccottet, Paul-Hean Toulet

Ainsi, le sous-titre du recueil de textes de Philippe Jaccottet publié par La Dogana/Le Bruit du temps en mars 2021, quelques semaines après la disparition du poète.[1]

Ces textes, objets de commandes ou issus du hasard de rencontres, de 1956 à 2008, sont regroupés sous le titre générique Bonjour, Monsieur Courbet, intitulé du célébrissime tableau conservé au Musée Fabre de Montpellier. Représentation de la rencontre d’une banale simplicité entre le peintre et son mécène, ce tableau déchaina des hourvaris lors de sa présentation au Salon de 1854. Faire du quotidien le plus anodin le sujet d’une œuvre d’art, quelle audace impie ! 

Placer aujourd’hui une publication ultime sous ce patronage ne peut qu’avoir valeur de manifeste. A l‘évidence.

Modeste, attentif, très respectueux de l’humble familiarité des choses, des scènes et des personnes, Jaccottet nous livre le trésor de ses petits riens. Le livre requiert une fréquentation non intrusive, il est à déguster à petites lampées. Suivons la recommandation de Paul-Jean Toulet et savourons :

Dans Arles, où sont les Alyscamps,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd ;

Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.

D’emblée, l’auteur nous indique par l’agencement de ses textes  combien il convient de se garder des tonitruances de l’actualité et de la mode, comme des faux-semblants intellectualistes. La porte romane (XIe et XIIe siècles) de San Zeno, à Vérone, et Le Baptême du Christ de Piero della Francesca nous introduisent à ce qui va suivre.

Il y a là deux indices très forts rappelant la primauté absolue de l’intemporel, de l’authentique, sur les artifices des  bateleurs de l’Art.

Les textes, oserai-je les articles, sont brefs, ajustés, presque des notes parfois.

L’écriture économe s’approche curieusement de l’économie picturale de G. Morandi, qui avec très peu montre l’essentiel. Qui fait resplendir la pauvreté. (Ph. Jaccottet parle très bien de lui, comme de Giacometti, comme de tous les artistes suisses attirés par la Drôme et Grignan)

Avec une constante subtilité, Jaccottet nous parle de la peinture (ce qu’elle provoque, ce dont elle est l’occasion), et non de peinture (la technique). C’est parfait, c’est avant tout de cela qu’il convient. Il aime ce dont il parle, il aime ceux dont il parle. Il découvre, avec une joie curieuse de tout ce qu’il rencontre. Loin, très loin, des pédanteries savantes.

Plus que de peinture, de photographie, de sculpture, c’est de mode de vie, de relation au monde, d’attention au détail, d’amitié,  de connivence, qu’il s’agit.

L’art, la relation avec des artistes, stimulants majeurs !

Un livre délectable. De plus en plus rare.

 

[1] Philippe Jaccottet, Bonjour, Monsieur Courbet, La Dogana/Le Bruit du temps, 160 p., 39 €

Artistes, amis, en vrac
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Jeff Koons au Mucem

20 Juin 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jeff Koons, Salvador Dali, Mucem, François Pinault, AOC

Une fois les limites dépassées, il n’y a plus de limite. L’Art Contemporain financier international d’Etat est invasif, après Versailles, le Mucem ! Bientôt le Vatican, les pyramides de Guizèh ou le site de Delphes ?

La confusion qui mène le monde conduit les musées à ne plus savoir ce qu’ils sont, ce qu’ils font. Lieux de conservation, d’entretien et de célébration d’une mémoire vive, au contraire de cénotaphes, ou bien lieux de consécration des vedettes éphémères du star system dont ils deviennent un des tiroirs caisses ?

Moderne précurseur, Salvador Dali, artiste qui n’avait que du talent,  a su donner la primauté à l’avidité financière. Aujourd’hui, l’Art financier Contemporain ne se soucie même plus de talent. Il sait par contre mobiliser nombre de Trissotins chargés de faire la claque pour clamer l’indiscutable valeur des pacotilles dont il inonde le marché, asphyxiant avec l’aide des institutions dites des affaires culturelles tout ce qu’il tient à l’écart. Ces triples sots moliéresques emploient souvent un langage pseudo intellectuel, pseudo savant, pour habiller leurs âneries.

AOC « quotidien d’idées, quotidien d’auteurs », qui « entend prendre de la hauteur en publiant des textes qui visent autant que possible à faire autorité et à structurer le débat», diffusé sur Internet, vient d’héberger une ébouriffante contribution d’un certain Thierry Grillet, directeur des affaires culturelles à la BNF, se présentant par ailleurs comme écrivain et essayiste. Sous un titre pompeusement racoleur, Ethnologie de l’art néo-pop, il s’agit de vanter les mérites de Jeff Koons à l’assaut du Mucem de Marseille.

Parcourons ce très délicieux apport à l’histoire et à la compréhension de l’art de notre temps. Dès les premières lignes l’auteur nous décoche un uppercut grâce à la confrontation de Bqlloon Dog et Travel Bar avec des objets de la collection du Musée. Le délire extatique nous prend aussitôt : « qui aurait imaginé que de telles rencontres, peut-être encore plus surréalistes que celle « fortuite sur une table de dissection d‘une machine à coudre et d’un parapluie » (Lautréamont en 1869) eussent pu avoir lieu ? »

Vient immédiatement ensuite la louange des collections Pinault et du rôle majeur qu’elles jouent dans la connaissance de l’art et des artistes. Il s’agit d’un rendez-vous entre une « star » première grandeur de l’art et une « multitude de fantômes aussi créatifs qu’inconnus » (sic). Le mot procédé échappe au passage. Il s’agit en effet bien de cela, un trucage, une manipulation, l’emploi d’un couteau suisse permettant la durabilité de l’effet de surprise qualifié de démarche artistique destinée à réformer la perception de visiteurs assoupis par un désolant conformisme (« Ce télescopage entre le goût d’un artiste pop et ces objets inattendus va-t-il nous laver les yeux… ? »). Le mépris à l’égard de l’existant apparait comme une valeur cardinale puisque louange est faite de l’artiste qui « se meut dans la collection et rassemble autour de chacune de ses œuvres des ensembles variés de pièces, sans considération pour leur place dans l’histoire technique et fonctionnelle de l’objet. » Nous voici ainsi revenus à la glorieuse période de la prédation coloniale.

Sans aucune crainte du ridicule, notre brillant essayiste va jusqu’à comparer la démarche d’un opportuniste cupide à celle d’un visionnaire : « Jeff Koons reproduit peut-être au Mucem, en chambre en quelque sorte, l’expérience qu’ont vécu Picasso et les peintres cubistes au début du XXe siècle lorsqu’ils ont « rencontré » ce qu’on appelait alors l’art nègre. » 

Suit un redoutable parallèle entre Georges-Henri Rivière, le fondateur de la collection des Arts et Traditions populaires, et François Pinault, glorieux mécène « qui collecte les œuvres d’artistes hors sol ». Cerise sur le gâteau, pour faire bonne mesure, le cuistre inscrit la démarche de François Pinault, personnalité bien sûr strictement passionnée par l’Art, dans le sillage de penseurs et d’artistes « de Marx à Debord, en passant par Perec, etc. ».

A ce moment du discours jaillit la révélation inattendue, folle, l’Eureka, l’épiphanie porteuse d’une lucidité imparable : « Jeff Koons ne nous suggère-t-il pas avec insistance que ce monde joyeux, autorisé en quelque sorte par la démocratie, pourrait lui aussi disparaître ? » Ouaouh ! Koons, Pinault,  le thuriféraire, et leurs semblables, veillent pour nous en dépit des errances de la démocratie!

Comme il ne saurait être question de finir sur ce constat pompeux, l’auteur nous gratifie in fine de remarques d’une pertinence confondante: « Sur les surfaces d’acier des œuvres parfaitement polies de l’artiste, c’est l’homme regardant qui se trouve réfléchi et présent dans l’objet. Que dire, pour finir, de tous ces objets gonflables qui inspirent tant l’artiste ? Ne conservent-ils donc pas précisément la partie la plus vitale, celle qui fait vivre les hommes – le souffle, c’est-à-dire l’esprit ?  Il faut être d'une servilité exemplaire pour se réjouir que dans les milieux officiels, quel qu'en soit le tropisme, la pensée ne soit plus que du vent.

(Etre écrivain et essayiste ne va pas de soi, n’est pas donné à tout le monde.)

Pour Koons et le Mucem, là aussi urgent de s’abstenir. Hygiène, distanciation, gestes barrière…

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Elire ou voter ?

14 Juin 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Démocratie, dictature, démocrature, 1793, lraux Le temps du mépris

Question apparemment surprenante tant les mots, pris indifféremment l’un pour l’autre, sont affadis et dénaturés.[1] Et pourtant. Elire, c’est désigner quelqu’un parmi divers prétendants ; voter, c’est manifester une volonté à respecter et à faire respecter.  Ceci posé, il est clair que les citoyens n’ont jamais été invités à voter, mais toujours à élire les maîtres auxquels ils devront obéir aussitôt dissipée l’euphorie instantanée ; il est clair qu’à tomber dans le piège des élections ils se desservent eux-mêmes.

Si l’on en croit les esprits binaires pour lesquels aucune nuance n’existe entre le blanc et le noir, la France serait évidemment une démocratie dans la mesure où elle n’est pas encore une dictature avérée. De fait, le système confiant durablement le pouvoir à quelques personnes interchangeables, fondé sur des élections toujours biaisées par d’astucieux découpages de circonscriptions et des modes de scrutins arrangés, dans lequel nous baignons depuis les origines de la République, fait que nous sommes dans une démocratie inégalitaire autoritaire en voie de fascisation. Une démocrature dont les ordonnances, l’état d’urgence  instillé dans la loi courante, les violences policières, le chômage de masse, et la discrimination, forment l’ossature. Continuer à parler de démocratie, même à l’état gazeux ( !), pourrait relever d’une indigence mentale.

Le suffrage universel entretient une illusion de choix électoral, les pseudo-opposants ne permettent que de différer la survenance de la catastrophe ouvertement liberticide. A moins de cécité absolue, leur collusion de fait apparaît désormais au grand jour : un Ministre de l’Intérieur peut se joindre à des policiers manifestant contre le Parlement et le Département de la Justice, la séparation des pouvoirs ayant perdu toute valeur, tandis que le Président de la République fait silence. Les dirigeants du PC, du PS, et des Verts, se joignent à la manifestation, perdant ipso facto toute légitimité, sans craindre de publier leur duplicité, sachant qu’elle sera noyée dans l’absence de vigilance et de sens critique.

Alors que les classes dirigeantes colonisent l’opposition parlementaire par le jeu des origines et des formations communes,  le peu d’opposition démocratique subsistant vaille que vaille est muselé par la limitation de l’accès aux tribunes officielles, une presse aux mains de la puissance financière, une parole annihilée sous prétexte de complotisme. L’expérience a démontré que l’alternance au pouvoir est totalement dénuée de péril pour l’oligarchie en place.

Le mythe de la souveraineté populaire sert à masquer très imparfaitement l’injonction faite aux citoyens de déléguer tous pouvoirs à des potentats et roitelets locaux, régionaux, et nationaux. Les citoyens ne gèrent pas, ne sont pas autonomes, ne peuvent prendre aucune initiative susceptible de déboucher sur une législation nouvelle. De surcroît, ils n’ont aucun droit de contrôle de l’activité de leurs « représentants », libres d’agir comme bon leur semble, une fois élus.

1793 a permis l’édification d’une démocratie monarchique de droit  constitutionnel électif en lieu et place d’une monarchie de droit divin. La Constitution de la Ve République répond parfaitement à cette exigence.

Quel constat face à ce tableau lamentable ?

A. Malraux a écrit en 1936 un ouvrage intitulé Le temps du mépris. Nous  sommes depuis lors dans ce temps, jalonné notamment depuis la fin de la seconde guerre mondiale par le dédain gaullien, la morgue mitterrandienne, la démagogie crapuleuse chiraquienne, la vulgarité sarkosiste, le mépris macronien.

Quoi d’étonnant alors à constater l’ignorance crasse, la crédulité, la paresse intellectuelle d’un bien trop grand nombre de nos concitoyens, abrutis par un système d’enseignement soigneusement inefficace, quotidiennement laminés par le matraquage médiatique, entretenus dans la peur du lendemain, des périls divers, d’une contagion mondiale, la méfiance de l’autre, etc.?

Elire, voter ? Le problème est ailleurs, la question est devenue sans objet. Ainsi posée, tenter d’y répondre par le dépôt d’un bulletin dans une urne ne peut que confirmer l’existant dans son être, chose impensable, viscéralement inadmissible.  Perpétuer les mêmes rites mensongers  n’est plus possible !

La question serait, s’il en était encore temps, celle d’un changement radical de paradigmes, Nature et règles du jeu à totalement refonder, rien n’est sauvable du marché de dupes permanent !

 

[1] Le lecteur pourra se reporter avec intérêt à l’article de Gérard Volat paru dans Médiapart le 5 juin2021 :

Le mot démocratie : la plus importante des fake news ?                                                                               

 

 

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Devis gratuit

6 Juin 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Masada, A.Gide, P. Eluard

La période actuelle est désespérante, à bien des égards. Les raisons de craindre, de se lamenter, de se révolter même sont si nombreuses que les énumérer serait fastidieux. Il est clair que tout va à vau-l’eau, la capacité individuelle de réaction n’est qu’une illusion. Les dés sont jetés, nous courons à notre perte. Tout espoir est vain l’inéluctable catastrophe est notre avenir commun.

Alors ? Baisser les bras, se brûler la cervelle, organiser un suicide collectif, comme jadis à Masada ?

Que nenni !

Grâce à la magie de l’Internet, les courriels imprévus porteurs d’annonces mirifiques, me parviennent régulièrement, comme à chacun. Ce qui paraitrait déplaisant aux esprits grincheux est au contraire parfois délicieux ; la Révélation peut se calfeutrer au détour d’une proposition quelconque. Une attention précise est constamment requise, très bénéfique exercice d’hygiène mentale et d’entretien de la vigilance. Peut-être pourrait-on aller sans crainte de contredit jusqu’à trouver à ces messages des vertus de vitamines de l’esprit. La publicité serait alors une thérapie sociale des plus enviables.

Témoin cette annonce à la délicatesse sans égale : « Obsèques, devis gratuit sans engagement ».

Quelle générosité, quel respect d’autrui, quel amour de son prochain ! Peut-on faire plus délicat ? Voici qui détonne heureusement en ces temps de prétendue barbarie financière mondialisée quotidienne !

Obsèques : Loin d’occulter naïvement la présence permanente de la mort, cette proposition l’admet, et la rend tout à fait supportable, car elle tend à en alléger la perspective et le poids. Puisqu’il faut en passer par là, rendons banal cet épisode si répandu en facilitant sa pratique, en allégeant ses conséquences immédiates. De quoi s’agit-il dès lors, sinon d’altruisme ? Parler de générosité et d’ouverture d’esprit n’est que reconnaitre l’évidence du fait. Qui oserait prétendre le contraire ?

Devis gratuit : Tout se paie, tout a un coût, la gratuité relève de l’utopie ou de la déficience mentale, prétendent certains. Et là, précisément, des gens sont prêts à travailler sans rémunération, exquis pied de nez aux pisse-vinaigre. Toutefois, convenons qu’à trop y réfléchir, l’annonce pourrait se révéler subversive. Quel piège attentatoire à l’ordre établi se cacherait dans une formule apparemment aussi anodine ? Diantre, foin du complotisme ambiant si néfaste à la marche du monde, arrière messieurs les défaitistes déclinologues ! Faisons confiance à la générosité fondamentale de la nature humaine, soyons rousseauiste ne serait-ce que l’espace d’un instant, l’intention est louable, vive le versant ensoleillé du mot à mot ! Nous sommes à mille lieues de l’acte gratuit gidien.

Sans engagement : A ce point précis, il convient de rendre les armes. Plus aucun doute n’est permis. Le désintéressement et l’humanisme l’emportent. Non seulement, il ne nous est pas demandé de nous engager à mourir, mais, si  nous nous laissons aller passivement à cette extrémité, notre totale liberté du choix du moment demeure inébranlée. Liberté, j’écris ton nom déclarait Paul Eluard, il aurait pu signer sans barguigner cette ébouriffante annonce publicitaire.

Que tant de contenu, de générosité, d’abnégation, d’amour du prochain quel qu’il soit, d’où qu’il provienne, soient contenus dans cinq mots simplement accolés, a de quoi confondre toute réserve, toute opposition à l’ordre établi,  toute inquiétude face à l’avenir. La bestialité des brutes insensibles auxquelles nous pourrions parfois être tentés de nous croire confrontés n’a plus aucune raison d’être invoquée. Un chevalier blanc nous protège.

Le monde est beau, le monde est pur, il resplendit, louons le rédacteur anonyme capable de chanter la bonté et, ce faisant, de  nous enchanter.

Gaudeamus igitur.

 

 

 

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Peindre à l'aquarelle

1 Juin 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Aquarelle, Dürer, Turner, Cézanne, Klee

Peindre à l'aquarelle

Un dialogue épistolaire, de novembre 2019 à juillet 2020, entre un peintre à l’aquarelle et un amateur attentif.

Un livre imprimé en mai 2021, format 21 x 30 cm (à l’italienne), 72 pages, 29 illustrations en couleur, tirage limité à 100 exemplaires hors commerce, édition A2.

Pour se procurer l’ouvrage, écrire à Alain Sagault 15 digue P. Garcin04400 Barcelonnette (joindre un chèque de 26 €, envoi compris).

 

L’aquarelle, de quoi s’agit-il au juste ?

L’aquarelle, peinture à part entière, source de révélations, pourvoyeuse de libertés

Peindre ses émotions

Saisir la pureté de l’instant

Vivacité de l’improvisation exigeant une grande maitrise

Approche de l’évidence

Tentative du peu pour accéder au tout, à l’excellence, à l’exquis, pour oser essayer de confronter le limité à l’illimité

Des références prestigieuses : Dürer, Turner, Cézanne, Klee

Une ambition ridicule et sublime

Aquarelle et musique

Chercher à concilier rigueur et liberté

Des questions, des interrogations, sans cesse, multiples, toujours ouvertes, bien plus intéressantes que la clôture des réponses

 

C’est la septième fois, toujours aussi inattendue, toujours aussi passionnante, que nous commettons un ouvrage ensemble.

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Avis de parution imminente

22 Mai 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean Klépal, Suzanne Hetzel, Arnaud Bizalion

L'appartement, l’art, les artistes, les amis

Texte et photographies : Suzanne Hetzel

Depuis plus de 50 ans, la vie de Jean Klépal est jalonnée de rencontres avec des artistes, l’amitié qui nait, et leurs œuvres qu’il acquière au fil des visites d’atelier et d’expositions. Suzanne Hetzel séjourne plusieurs semaines chez lui  pour découvrir les lieux, les œuvres et l’homme. Par la photographie et l’écrit, elle aborde la relation entre les œuvres et des objets du quotidien, un aspect de l’art des années 70 à nos jours, mais aussi les maîtres anciens de la peinture.

Haut du formulaire

LE LIVRE : 19 x 24 cm, 112 pages, 50 photographies en quadrichromie. Impression sur Arena Smooth blanc 120g. Dos carré cousu collé. 

Date de parution : 10 juin 2021

Pré-commande directe : Arnaud Bizalion, éditeur, Arles   editeur@arnaudbizalion.fr

27,00 €

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Incertitudes, désappointement

14 Mai 2021 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Julien Gracq, Baudelaire, Commémorations,, Elections départementales et régionales, Déconfinement, Loi climat, Bruno Latour, Gaza-Israël

 

Ce mois de Mai peu propice à la joliesse printanière car pluie, vent, froidure le caractérisent, est loin d’être joli jusqu’à présent. Alors tout va à l’encan, tout rivalise dans le désappointement.

Lectures d’abord :

- Le forme d’une ville, réflexions de Julien Gracq septuagénaire, à la rencontre de ses souvenirs de lycéen. Nantes, son passé, sa structure, ses changements, ses laisser-aller, font la trame de ce livre séduisant et décevant à la fois. La séduction tient au style incomparable de ce remarquable prosateur, qu’il convient de lire à petites lampées pour en savourer toutes les subtilités et l’élégance permanente ; la déception procède de la même origine. Julien Gracq me donne l’impression de s’abandonner sur le tard à un excès de virtuosité proche de la préciosité. J’ai déjà éprouvé ce même sentiment à la lecture d’œuvres posthumes tout juste publiées. Ecrivain parfait il aurait peut-être fini par manquer d’exigence à son propre égard. Mais tout ceci n’enlève rien à l’auteur du Balcon en forêt et du Rivage des Syrtes.

- Baudelaire, Les fleurs du mal et Le spleen de Paris. A vrai dire, je n’avais jamais vraiment lu ces ouvrages Tout justes parcourus à grande enjambées. Eh bien, cette fois encore. L’un après l’autre, oserai-je l’avouer, ils me sont tombés des mains, ils m’ont fatigué les yeux. Le scandale des Fleurs du mal, comme c’est loin tout ça, devenu totalement exotique. Et la forme poétique à la métrique rigoureuse, corsetée, désormais infréquentable. Les poèmes en prose du Spleen ? Oui, simple intérêt historique, très réel cependant. De la littérature littéraire, beaucoup trop. Des gloires passées comme des couleurs délavées, des bouquets fanés, du second rayon.

Commémorations ensuite :

- Nausée napoléonienne. Les deux héros tutélaires de la France, Louis XIV et Napoléon, sont deux nuisibles de première grandeur, nous pourrions dire aujourd’hui deux dictateurs des plus avides. L’un a entamé le déclin de la France avec l’appauvrissement et la soumission des provinces grâce à la centralisation versaillaise, ainsi qu’avec la Révocation de l’Edit de Nantes, qui fit la fortune des pays voisins. L’autre a anéanti les acquis de la Révolution, a saigné la nation, réinstallé l’esclavage, rétabli l’Ancien Régime en créant une noblesse nouvelle, nié les droits de la femme, n’a eu de cesse que d’enrichir les membres de La bande à Bonape, véritable groupe de gangsters mafieux faisant main basse sur l’Europe.

- Béatification insensée du Couple Mitterrand-Lang, chantres de l’audace culturelle, dont les artistes non complices n’ont pas fini de payer l’addition. Il est vrai que par rapport à l’électroencéphalogramme plat du Ministère de la Culture depuis lors…

- Débat lamentable autour de l’éventuelle panthéonisation de Gisèle Halimi, exceptionnelle avocate de la cause des femmes, à laquelle quelques pisse-vinaigre reprochent son remarquable courage contestataire lors de la guerre d’Algérie. Panthéon ou pas, là n’est pas la question, le préfascisme dans lequel nous baignons, voir les déclarations de militaires retraités ou en activité repris par Valeurs actuelles et madame Le Pen, est bien plus préoccupant, assorti aux dérives extrémistes du pouvoir et de ses affidés.

Puis, la pantalonnade des élections départementales et régionales :

- Pas de clercs en régions Sud, Provence, et  dans les Hauts de France. La droite se déchire, mais ne se déchire pas ; le Premier Ministre se prend les pieds dans le tapis tout en revendiquant son bon équilibre. Messieurs Muselier, Bertrand, Dupont-Moretti, héros d’un jour comme naguère les Reines d’un jour de Jean Nohain, animateur sirupeux des débuts de la télé.

- Hoquets maladifs d’une gauche incapable de trouver un terrain d‘entente, toujours apte aux reniements chroniques, dont quelques signes avant-coureurs sont hélas perceptibles à Marseille.

Et, cerise sur le gâteau :

- Incohérences d’un déconfinement brouillon marqué par le désir de s’affirmer en vaillant décideur, pour assoir une campagne présidentielle déjà lancée. L’économie et la politique d’abord, l’intérêt des populations plus tard.

- Loi climat présentée au Parlement totalement émasculée. Occasion de noter cette remarque de Frédérik Jameson, critique littéraire et enseignant US, cité par Bruno Latour, « Il est désormais plus facile d’imaginer la fin du monde, que la fin du capitalisme. »

Enfin,  pour couronner le tout, la reprise des affrontements Gaza/Israël :

- Occasion inespérée pour l’infâme du Ministère de l’Intérieur d’interdire des manifestations de solidarité avec les Gazaouites, au prétexte « qu’aucune manifestation antisémite ne saurait être admise sur le territoire français ». Odieux amalgame selon lequel contester le gouvernement totalitaire d’Israël relèverait de l’antisémitisme. N’est-ce pas le même qui récemment trouvait madame Le Pen « un peu molle » ?

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