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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Pépites d’humanité

21 Mars 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Ilarie Voronca ; Tristan Tzara ; Victor Brauner ; Benjamin Fontane ; Jacques Herold ; Albert Camus ; René Char

Des expositions, quelques librairies où il est encore possible de fouiner au hasard, des lieux écartés des sentiers de grandes randonnées, des conversations, permettent de découvrir des inconnus, des oubliés, des créateurs, tous témoins attentifs de l’offre permanente du monde, glaneurs de l’aveuglant. Opiniâtres vagabonds, observateurs jamais rassasiés de la vie telle qu’elle va et se prolonge selon chacun.

Ici un peintre, là un photographe, ailleurs un écrivain, un compositeur, un cinéaste, etc. Ce que nous contemplons ordinairement dans les musées n’est que l’écume de l’extraordinaire production artistique humaine. La curiosité pousse parfois à rechercher l’inconnu délaissé, l’oublié, à différer le trop fréquemment mis en scène.  Alors apparaissent des pépites d’humanité insoupçonnées, souvent trop proches pour être perçues.

 

Ces remarques alors que vient de me parvenir un poème d’Ilarie Voronca, poète français d’origine roumaine (1903-1946), qui fut l’ami de Tristan Tzara, Victor Brauner, Benjamin Fontane, Jacques Herold, et quelques autres.

 

NOUS POUVONS PARTIR

(publié dans Rien n’obscurcira la beauté du monde -  éditions de L’Arbre)

 

Vous avez bien fait les choses. Vous avez allumé

D’énormes lampadaires dans les salles de fêtes,

Vous avez su choisir les musiciens, les danseuses,

Vos cuisiniers n’ont oublié aucun délice,

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Nulle laideur jamais n’a blessé vos regards,

Vos maisons étaient claires et à travers vos fenêtres

Vous pouviez voir les plages, les forêts,

Les avenues où vous seuls aviez le droit de rêver.

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Des hommes sous la terre ont arraché au charbon

Le soleil de leur mort, le soleil de vos vies,

Des jeunes filles se  sont fanées en brodant vos étoffes,

Des navires  pour vous ont traversé les saisons,

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Pas un seul jour, pas une seule minute nous n’avons vécu

Comme vous, nous étions à l’office ou dans l’escalier

De service. Ou plus loin dans la foule résignée

Qui s’exténuait à bâtir pour vous des arcs de triomphe

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Car toutes ces lumières, ces joyaux, ces couronnes

Ces meubles d’or, ces feux de joies, ces vaisselles,

Ces terrasses radieuses où vous avez ri et dansé

Il faudra que quelqu’un les paye, il le faudra

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Ah ! Le jour est venu où vous rougissez de honte,

Vous avez pris la part des autres quand même pas

Votre part, vous ne pouvez la payer. Le jour

Est venu où vous voudriez être libres, nous suivre

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

C’est nous qui avons été les heureux, les sages. Tout avait l’air

Trop tentant. C’était un piège. La beauté, les richesses

Il fallait s’en approcher avec prudence. Pour nous

Ce fut facile car vous aviez tout pris

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

Nous sortons le cœur léger, l’âme tranquille

Comme d’une maison où nous n’avons rien volé

Un royaume serein nous attend. Et vous, les yeux en pleurs

Vous voici prisonniers pour payer fastes et gloires,

Mais nous ne devons rien à personne. Nous pouvons partir.

 

 

Ce texte coïncide avec les mots d’Albert Camus : « Ici vit un homme libre. Personne ne le sert. » (in A. Camus, R. Char, La postérité du soleil, 1986)

La  vraie poésie demeure accessible, elle se lit parfois entre les lignes. Les silences rendent la musique audible, les blancs de la page incitent à la lecture.

L’éveil de la curiosité, les relations inopinées, les occasions saisies, permettent à chacun de faire son miel. À moins que le formatage pavlovien...

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Tarte à la crème

15 Mars 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #culture; culturel; tarte à la crème; Montaigne; Jean Vilar; Armand Gatti; Utopie, #Korzybski, sémantique générale

Holà, les mots vous êtes en grande souffrance, prenez garde à vous !

Culture, culturel, mots éculés, dénaturés, enveloppes vides prêtes à recevoir n’importe quoi. Tellement usés, râpés, démonétisés, qu’on ne sait plus de quoi on parle en les employant.

Mais, leur pitoyable mine, leurs guenilles, n’enlèvent rien à leur prestance, ils conservent la trompeuse allure des hidalgos ruinés.

Les prononcer, en persiller le discours, s’en gargariser à gorge déployée, confèrent une aura au moindre freluquet.

La pacotille verbale est un picotin recherché par qui est soucieux d’un bon profil.

Vive la tarte à la crème si appréciée de tout bateleur et autre éleveur de lieux communs.

Alfred Korzybski (sémantique générale) : Le mot n’est pas la chose. La carte n’est pas le territoire qu’elle représente.

 

- Pourquoi faudrait-il que la parole ait un sens ?

Rabat-joie que vous êtes, alors qu’on vous propose les jeux les plus divers !

Consommez et réjouissez-vous !

 

Il a suffi qu’un brillant provocateur bouscule la fourmilière en proclamant Tout est art pour que prolifère quelques décennies plus tard une multitude congénitale et permanente d’inventeurs de l’eau chaude. Pourquoi dès lors Tout ne serait-il pas aussi culture ?

Loi de l’érosion langagière, du rabotage mental, et de la banalisation récupératrice : Tout est dans tout, et réciproquement.

CQFD.

 

Capitale de la culture

Services culturels

Ministère de la culture (à vrai dire des Affaires culturelles)

Offices de la culture

Cultivons, cultivons

Encultivons-nous

Cuculture et tarte à la crème

Gai, gai,

Pirouette, cacahuète !

 

- Tout ceci est bien bon, mais qu’en est-il de la Culture ?

- Holà, Messire, vous me la baillez belle, de la Culture sans doute au mieux saurai-je dire ce qu’elle n’est pas...

 

Chacun sait depuis Montaigne qu’une tête bien pleine n’est pas nécessairement bien faite. (Le Dr Josef Mengele et ses petits camarades de jeu ont largement confirmé ce constat au délicieux XXe siècle.)

- Ce qui signifie que le Savoir ne saurait se confondre avec la Culture, qui serait développement des facultés intellectuelles d’une personne ou d’un ensemble sociétal. En ce sens il conviendrait de s’interroger sur les domaines considérés comme nécessaires au partage d’une vie aussi harmonieuse que possible. C’est-à-dire sur ce qui élève.

Il conviendrait dans le même temps de s’interroger sur la notion de culture de classe, qui relèverait davantage du maintien d'une tradition au sein d'une caste.

- Ce qui signifie de surcroit que recettes bien apprises et spécialisation professionnelle ne sont pas de l’ordre de la culture, mais de respectables pratiques opératoires particulières accédant parfois au stade de l’excellence.

 

Ainsi apparait clairement comme abus de langage, détournement et foutaise, ce Tout culturel qui voudrait récupérer les savoir-faire et les traditions artificiellement invoquées en les couvrant d’un badigeon hâtif, racoleur et invalidant. Outil efficace d’un enfumage obscène maintenant sous le boisseau le plus grand nombre.

Totalement insensé de prétendre qu’un feu d’artifice, une transhumance simulée, un match de football, des graffitis, la maitrise culinaire, s’apparentent au culturel. La tromperie sur le langage est évidemment une atteinte grave au respect de l’Autre. L’amorce d’un processus totalitaire méprisant.

 

Utopie, chantiers à venir :

- Il serait bon de cesser d’employer à tout propos ces chevilles émasculées, éviscérées : culture et culturel.

- Il serait bon de développer des activités consacrées à la rencontre des arts (et non des succédanés), en leur accordant une part significative dans les programmes d’enseignement, en soutenant et en valorisant publiquement les actions professionnelles et associatives  allant dans ce sens.

 

Jean Vilar et le  théâtre National Populaire, Armand Gatti, sa vie trépidante et son œuvre immense.

 

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Catalogne : point de vue

8 Mars 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #nationalisme : démocratie ; nazisme ; antifranquisme ; indépendantisme, #Catalogne

Transmis par des amis, voici un article d’un philosophe espagnol – Manuel Reyes Mate – dont je propose ici une traduction. Par son évidence, la relation qu’il établit entre l’anti démocratisme nationaliste et l’hégémonisme barbare ne peut que retenir l’attention.

 

Sans cap défini (Sin rumbo)

 

Perplexes, nous nous demandons comment nous avons pu en arriver là, et il n’y a pas de réponse. Nous avons raté quelque chose pour que soient tombées les unes après les autres les barrières qui nous gardaient de l’abîme. Mais maintenant nous sommes en pleine chute.

Nos avancées ne sont pas des vérités mais des erreurs, ce ne sont pas des conquêtes civilisatrices, mais des hoquets vers le désastre, il convient de se reprendre. L’heure est venue de revenir à notre passé et de nous interroger sur ce que nous avons manqué. Ceci nous concerne tous, plus particulièrement ceux qui prennent les décisions politiques de même que ceux qui façonnent l’opinion publique. Pour aborder un point précis, je me demande comment nous avons pu permettre que le nationalisme jouisse de quelque prestige. C’est une question qui concerne en premier lieu les intellectuels dont la tâche consiste à soupeser la qualité morale des produits politiques en circulation.

 

On envie les intellectuels allemands qui, confrontés à leur terrible passé, parvinrent à la conclusion, clairement exprimée par leur porte-voix le plus qualifié, Jürgen Habermas, que l’Allemagne « lorsqu’elle fut nationaliste n’était pas démocratique et quand elle devint démocratique elle n’était pas nationaliste ». Ils se référaient à leur pays mais entre les lignes ils laissaient entrevoir que cette affirmation avait valeur universelle. Il est vrai que la typologie du nationalisme est très variée. L’hitlérien n’est pas identique au basque ou au catalan. L’un a débouché sur la dictature et les autres cohabitent avec la démocratie. Mais ils possèdent un gène commun : privilégier le sang et la terre sur la liberté. Les gens éclairés savent que le phénomène moderne du nationalisme est un sous-produit du romantisme, un puissant mouvement culturel du 19e siècle, qui agrège la demande de terre et de sang et le traditionalisme (réaction violente contre l’universalité des valeurs révolutionnaires d’égalité et de liberté) ainsi que la célébration de la religion et de la langue en tant que principes fondamentaux d’une communauté politique. De tous ces éléments – sang, terre, religion et langue – découlent de multiples combinaisons, mais aucune ne reconnaitra la primauté absolue de l’égalité, liberté et fraternité. On pourra flirter avec ces valeurs mais sans les prendre au sérieux. Voilà pourquoi le nationalisme a un problème avec la démocratie.

 

Nous n’avons pas su défendre en Espagne ce qu’a si bien formulé Habermas pour l’Allemagne. Nous avons été obnubilés par le fait que Franco s’est perpétué avec les nationalismes périphériques avec pour conséquence une valorisation de l’antifranquisme en tant que réconciliation démocratique. Mais les exemples abondent d’antifranquistes allergiques à la démocratie (en commençant par les staliniens). Ce passé, qui  a tant pesé sur ma génération, explique la réserve intellectuelle et l’abandon du sens critique concernant les nationalismes de quelque origine que ce soit, y compris l’espagnole.

 

Mais il y a plus. Ce que nous appelons le « devoir de mémoire » est incompatible avec le nationalisme. La nécessité de nous référer à la barbarie nazie pour penser autrement la politique percute le sujet du nationalisme pour la simple raison que l’hitlérisme fut l’expression ultime du culte du sang et de la terre. On expulsa d’abord les juifs de leur pays parce qu’ils ne disposaient pas de huit ascendants allemands, et ensuite on décida de leur extermination parce qu’ils provenaient d’un autre sang. Nous ne pouvons pas oublier cette leçon. L’Union Européenne est issue de cette mémoire. L’Europe unie est la réponse à la barbarie du nationalisme ou, comme le dit Jorge Semprun, la réponse morale à la pratique de la mort qui qualifie ces ténèbres qui vont de 1914 à 1945 marqués par le nationalisme.

 

Lors d’un débat public il y a peu avec un moine bénédictin de Montserrat, indépendantiste passionné, il me demanda si eux, les indépendantistes catalans, étaient fascistes. Il me questionnait sans grand espoir parce qu’il pensait que, partageant beaucoup d’autres valeurs, je ne serais pas capable de reconnaître la soif de libération qui anime le souverainisme catalan. Je lui répondis que jamais je ne le dirai. Le fasciste n’est pas quelqu’un qui pense de manière déterminée c’est quelqu’un qui mène à bien l’extermination. On ne joue pas avec ce mot. Un nazi est un génocidaire et on peut seulement appeler nazi celui qui a perpétué un crime contre l’humanité. Mais il est vrai que ces mots, avant de développer leur parfaite aptitude à la destruction, étaient simplement des mots avec des synonymes inoffensifs comme nationaliste ou patriote. Mon bon ami, qui truffe son nationalisme de références religieuses, est logiquement épouvanté par le nazisme, mais il devrait penser qu’aujourd’hui, en Catalogne, le refuge de mots comme nationalisme ou patriotisme s’apparente à des pratiques qui rappellent celles des nazis. Quelle différence y a-t-il entre la peinture sur la boutique des parents d’Albert Rivera[1] « ce n’est pas votre terre » et celle des nazis à Berlin « Juifs dehors » ? Ils se traduisent de la même façon : dégagez !. La cinéaste Isabel Coixet[2], peu suspecte de désintérêt pour sa terre, dénonçait avec douleur que les rejetons de l’indépendantisme la traitent de fasciste  pour ne pas se soumettre à la pensée unique de la Generalitat.[3] Ils s’avancent par un chemin dangereux : celui-là même de la vieille Espagne qui s’édifia par l’exclusion des juifs et des arabes, et celui du nazisme qui entraina la ruine de l’Europe en divinisant la singularité incomparable de son sang et de sa terre.

(Reyes Mate – journal El Norte de Castilla, mars 2017 – trad. J.K.)

 

 

[1] Juriste et homme politique espagnol, né à Barcelone. Ancien député au Parlement de Catalogne.

[2] Réalisatrice, scénariste et productrice espagnole. Née à Barcelone

[3] Organisation politique de la Communauté autonome de Catalogne.

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Bref séjour en Catalogne

2 Mars 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Catalogne; indépendantisme; Barcelone; Rajoy; Puigdemont; franquisme; juge Garzon

Catalogne, confusion, affrontements, postures, comment s’y retrouver ?

Ecouter au maximum, grappiller quelque documentation, pour tenter d’aborder l’écheveau.

Une semaine c’est bien trop peu pour affirmer un point de vue, c’est suffisant pour entrevoir des pistes à explorer.

 

Si Barcelone fut la capitale du Royaume d’Aragon, réuni à la Couronne d’Espagne au début du 18e siècle par Felipe V, petit-fils de Louis XIV, la Catalogne n’a jamais connu l’indépendance. La notion de peuple catalan possédant une culture propre, un droit civil particulier, et une langue distincte, désormais interdite dans l’administration, a commencé à germer alors.

 

C’est au début du 20e siècle qu’un premier parti indépendantiste fut formé avec l’intention avouée de passer par la voie insurrectionnelle pour parvenir à ses fins. Le séparatisme catalan a connu des fortunes diverses, création de divers partis, foyers d’opposition au franquisme, périodes de répression, jusqu’à un essor populaire depuis 2010. La volonté de limiter les déséquilibres fiscaux engendrés par le système de redistribution des recettes a fait croître le désir de renégocier les relations avec l’Etat. Parlement catalan et Parlement espagnol se sont mis d’accord, mais le Parti Populaire (PP) s’est opposé en 2006 à toute réforme, via le Tribunal constitutionnel.

L’indignation des Catalans a conduit à la montée de l’indépendantisme.

 

Le Parti Populaire au pouvoir (Rajoy) développe une stratégie de blocage et de refus de négociation, avec la complicité de certaines autorités judiciaires. Possédant la majorité absolue au Parlement, il mène une politique de recentralisation et d’asphyxie de la Generalitat à Barcelone.

Désormais deux idéologies s’affrontent, incarnées par deux personnages aussi intransigeants l’un que l’autre, Rajoy et Puigdemont. C’est à qui fera ployer le genou à l’autre. Tout cela au nom d’une Légalité intangible, pour l’homme du pouvoir absolu, d’une Démocratie revendiquée souveraine, pour le Matamore dénué de véritable projet alternatif.

Une corruption considérable en fond de décor (la plus forte d’Europe selon certains de mes interlocuteurs) n’arrange évidemment rien.

Le climat est passionnel, la cassure semble profonde, elle risque de laisser des traces durables. Le gâchis serait d’ores et déjà considérable : économie en péril, image dégradée, rancœurs apparentes.

 

La permanence des traces du franquisme innervant l’inconscient politique serait certainement à considérer au plus près.

Bien que des efforts se soient développés pour tenter un travail de mémoire sur le passé, le blocage obstiné des institutions juridiques et l’inertie étatique laissent libre cours à l’évacuation de l’histoire récente.

C’est ainsi qu’existent encore en Espagne de nombreuses inscriptions publiques, noms de rues, plaques sur des édifices, célébrant le régime franquiste et ses « héros ». Il ne faut pas oublier que le Parti Populaire (Aznar puis Rajoy), formation de droite ultra conservatrice, est l’héritier directe de l’Alliance Populaire fondée par sept ministres de Franco.

Nous nous souvenons tous des mésaventures du juge Baltasar Garzon, celui qui a permis l’arrestation de Pinochet à Londres. Il a vu sa carrière brisée pour avoir défié la loi espagnole d’amnistie en portant devant les tribunaux le cas des victimes du franquisme.

Si aujourd’hui la droite est si opposée à l’idée même de République, c’est peut-être parce qu’elle craint avant tout la réouverture de dossiers soigneusement clos.

 

La société espagnole privée de débats sur la mémoire récente semble incapable pour le moment de s’accorder sur des terrains d’entente pour écrire le présent. Nous assistons ainsi à une querelle aussi violente que stérile.

Les deux principaux protagonistes ont entamé un processus d’affrontement sans en avoir envisagé les conséquences possibles. Ils sont désormais pris dans un engrenage totalement mortifère. « Le désir de paraitre habile empêche souvent de le devenir », La Rochefoucauld – Maximes, 199.

 

Comment en sortir sans risquer de retomber dans les luttes fratricides d’hier ? Ce n’est sans doute pas l’expression maladroite et embarrassée du Roi Felipe VI qui pourra y aider. Pas plus d’ailleurs que la manière dont le Conseil de l’Europe se tient prudemment hors de portée, par crainte à l’évidence de contagions possibles.

 

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Discourir au détriment de l’Art

19 Février 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art contemporain ; FRAC ; Molière ; Rimbaud ; Georges Fourest ; galimatias

Le hasard a voulu que me parvienne un document du FRAC Provence présentant une exposition hivernale. Un véritable révélateur du discours en vogue dès qu’il s’agit d’Art contemporain (AC, pour les initiés). Au-delà de la bêtise, il n’est pas exclu que quelque totalitarisme se masque derrière la mise en abîmes des affirmations sentencieuses.

Voici donc, picoré dans une présentation générale de l’événement,  un réjouissant petit florilège. Le nom des artistes est systématiquement omis, c’est le discours arrogant dont leur travail est l’occasion qui est d’abord doublement en cause. Primo parce qu’il valorise à l’excès des démarches parfois dérisoires, secundo, plus grave, parce qu’il tient à distance un public sur lequel il cherche à faire pression, dont il ignore délibérément les désirs, la curiosité, et l’intelligence.

 

« Le travail de ... est constitué d’architectures minimales et précaires qui convoquent la présence humaine, car elles interrogent notre nécessité d’habiter et de faire territoire (...) Véritable matériau, la ligne de néon fonctionne tout aussi bien comme une ligne de faille et de césure que comme un horizon de lumière. »

« Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises. » [1]

 

« Usant d’objets issus du quotidien (chaises, tables, armoires) et de matériaux ordinaires (ciment, bois, briques), l’artiste évoque la fragilité du vivant (...) Cette armoire de famille s’est arrêtée dans le temps. Noyée, puis figée à jamais, elle a vu les objets intimes qu’elle accueillait ensevelis dans le ciment. »

« (l’artiste) est un récupérateur habile qui s’est longtemps attaché à reconfigurer des formes poétiques à partir de matériaux et de rebuts du quotidien. (l’installation exposée) représente un amoncellement de petits ballots épars. A travers cette accumulation fragmentaire, (l’artiste) développe une appréhension abstraite du corps. De ces micro-individualités réunies en une macrostructure transparaît une énergie résiliente. Si la fragmentation est traumatique, ces formes frêles obligent à travers leur rassemblement à penser la vie en termes de devenir et d’évolution. »

Quelles ressources nos actuels Trissotin n’ont-ils pas ! [2]

 

« Renouant avec les mécanismes de la vision, où les images obtenues sont renversées, l’artiste entame une série de portraits d’arbres inversés. Défiant la gravité, l’arbre choque le sens de la verticalité associé, dans la forêt, à un  principe d’ascension. Sorte d’herbier géant manifeste, la série fait résonner les protestations écologistes de l’artiste. Par glissement, avec la forêt, il évoque l’univers du mythe, du rêve et des peurs intimes. »

« Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. » [3]

 

« Cultivant une polymorphie hasardeuse, l’artiste multiplie les protocoles expérimentaux et les gestes de défiguration sur les matériaux qu’il travaille. A rebours de la forme, il explore les états provisoires de la matière avec une négligence volontaire. Dépouilles, moignons, hybridations, les formes se diluent en des protubérances exsangues qui pourtant ne semblent pas dépourvues de vie. (L’œuvre exposée) convoque le miroitement obscur d’une dérive onirique : une amputation difforme surgit du dessous d’un lit dont le matelas jauni et gras dit la pesanteur d’un sommeil tourmenté. »

Une description prétentieuse bien loin de la fulgurante capacité d’évocation de Rimbaud le jeune. [4]

 

« ... quelque chose nous est raconté. D’entre les taches de couleurs se dégagent les figures d’un récit qui pourtant nous échappe. De cette lecture empêchée naissent la confusion et le sentiment vivace de notre difficulté à saisir le monde dans sa complexité. »

Georges Fourest savait dire avec intelligence et humour les contradictions propres à la vie ! [5]

 

Ces textes ne sont dans leur ensemble qu’un simple ramassis de clichés éculés dissimulant une totale absence de pensée. Dénoncer ce galimatias est affaire d’hygiène publique.

 

 

 

[1] Molière, Le Misanthrope (I, 2)

 

[2] Dans sa comédie Les Femmes savantes, Molière brosse le portrait de deux imbéciles prétentieux, Trissotin et son compère Vadius, plus avides de biens financiers que de littérature. 

 

[3] Molière, Le médecin malgré lui (II, 4)

 

[4] Arthur Rimbaud, Vénus anadyomène, in Recueil de Douai

 

Comme d'un cercueil vert en fer blanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe...

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus.

 

 

[5] Georges Fourest, Le Cid, in La régresse blonde

 

Le palais de Gormaz, comte et gobernador,
est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre
l’hidalgo dont le sang a rougi la rapière
de Rodrigue appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre
Chimène, en voiles noirs, s’accoude au mirador
et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière
regardent, sans rien voir, mourir le soleil d’or…

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :
sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !
Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »

 

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HORS CHAMP

12 Février 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #conquête spatiale ; certitudes ; Blaise Pascal ; André Suarès ; jeux vidéo ; virtuel; Don Quichotte ;

HORS CHAMP regroupe deux volets – Spatial et Virtuel –  qui ont peut-être quelque raison de se trouver réunis. Ne serait-ce que parce que leur rédaction est consécutive.

A la suite d’une réflexion sur la Curiosité, ils abordent rêve, fantasme, et réalité.

 

1 - SPATIAL

20 juillet 1969, soirée et partie de la nuit consacrés à faire des aller et retours entre l’extérieur pour contempler le ciel et le poste de télévision. L’alunissage des membres de la mission Apollo était diffusé en direct. L’homme mettait le pied sur la Lune, c’était à la fois vrai et tout à fait incroyable.

Les émotions ressenties affleurent encore aujourd’hui.

3 février 2018, l’écran de l’ordinateur révèle une série de photos d’un robot piloté depuis la Terre, évoluant sur Mars depuis août 2012. Des millions de kilomètres le séparent de ceux qui lui transmettent des instructions. Il a fallu lancer la fusée porteuse, la diriger, commander les opérations d’ « atterrissage » et la suite, recevoir, traiter, interpréter et monter les clichés.

L’inimaginable apparait dans la réalité de son existence. L’inimaginable et la notion de limites sont pulvérisés. Des paysages évoquant l’Afghanistan existent ailleurs dans l’Univers, c’est vrai, on peut le voir ! Une presque banalité stupéfiante, quoi de plus déstabilisant ? Un équilibre est-il possible, demeure-t-il envisageable ?

Exploit scientifique et technique ? L’expression est bien fade, des mots pourraient-ils suffisamment rendre compte ?

Ces images bouleversantes n’ont plus le même impact que celles découvertes il y a près de cinquante ans. Nous nous serions globalement « habitués », esprits érodés par l’afflux d’informations délivrées en vrac de façon continue, esprits accablés par la succession des déconvenues.

Cependant je demeure tout autant curieux et abasourdi. Me situant bien au-delà de l’étonnement, peut-être proche de l’effroi. Gouffre des possibles. La béance est considérable entre ce que nous tenons pour solidement établi et l’inconnu de l’Univers. Illimité, que cela signifie-t-il au juste ?

Ces considérations renvoient immanquablement à notre quotidien auquel, pour dérisoire qu’il soit souvent, nous ne pouvons guère échapper.

Que valent toutes ces marionnettes pomponnées et emperruquées montées sur talons hauts, petits marquis de l’autosuffisance, princes de l’absolutisme, pérorant à voix de faussets de leurs soi-disant connaissances de la marche du monde, comme de leurs certitudes ?

Quelle valeur accorder à ce concept ridicule, de quoi en effet peut-on jamais se prétendre certain ? « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà », remarquait déjà Pascal.

Les prouesses dont nous sommes témoins révèlent à la fois l’absence de bornes à l’envie de connaître et de comprendre, comme l’absurdité de toute prétention à la sapience.

Combien faut-il d’humilité au scientifique de pointe pour affronter de tels défis !

Que sont ces nains vénérés, tireurs de ficelles politiques et financières, face à ce visionnaire ? Au mieux, des handicapés mentaux, nuisibles destructeurs d’une infime composante de l’Univers : l’humanité. Ils ont le nez fixé à la vitre de leurs intérêts, incapables de sortir de leur pré carré, ils usent de l’ensemble de leurs ressources pour tenir à distance toute curiosité, ils laminent les esprits sur lesquels ils appliquent un placage uniforme. Leur logique est suicidaire, ils n’en ont cure. La Lune leur échappe à jamais, ils ne voient que leur doigt devenu l’aiguille de la boussole.

Aucun répit n’est possible. Bien qu’il soit déjà très tard, mettre hors d’état de nuire ces fous délirants, destructeurs des conditions de vie sur la planète Terre, est l’urgence absolue. Le rejet s’impose en toute occasion. Point fondamental auprès duquel toute cuisine politicienne n’est que brouet.

Cette utopique affirmation d’un autrement possible devient parfois réalité. Il arrive que le Pouvoir revienne sur une décision aberrante, cela vient de se produire du côté de Nantes. Quelques rares précédents existent, le Larzac entre autres. Le désespoir absolu connaît en ces moments un soupçon de répit temporaire. De graves séquelles demeurent cependant toujours redoutables, elles appellent à ne jamais baisser la garde.

« Il faut que les hommes ouvrent enfin les yeux, qu’ils voient et qu’ils comprennent. (...) Mais où fut l’esprit ... si la catastrophe bouleverse et dissocie la forme, le désordre est un attentat : le chaos n’est plus la matrice, mais l’immonde négation de toute l’expérience humaine, et l’antre même de la mort. » André Suarès, Temples grecs maisons des Dieux, 1937.

 

2 - VIRTUEL

Dans un lieu dont je ne souhaite pas me souvenir vivait un homme jeune que j’avais connu enfant. Bien qu’un peu turbulent, il paraissait équilibré et sain d’esprit. Depuis peu, il passait des heures, nocturnes le plus souvent, agrippé à une batterie d’ordinateurs par laquelle il avait accès à divers jeux. Cette activité prenait le pas sur toute autre occupation. Naguère ouvert et curieux, il s’enfermait dans sa cellule et son discours perdait vite quelque intérêt que ce soit. Il parlait une langue comparable à la mienne, mais ses mots avaient un sens de plus en plus indéchiffrable. Il vivait avec intensité dans un monde différent lui permettant de rêver et d’oublier les contraintes courantes. Il se nourrissait à peine et prenait le minimum de soin de sa personne. Il vivait seul, avait quelques contacts féminins toujours insatisfaisants, et rêvait d’une improbable rencontre avec l’Inconnue auréolée de vertus rares, susceptible de devenir la Dame de sa dévotion.

Une partie de son entourage constatait avec un effroi grandissant son déclin, et ne savait plus guère comment l’aborder.

Un peu plus tard, de savants docteurs déclarèrent son affection Addiction au monde virtuel.

Constat et nomination leur convinrent, pouvoir classifier suffit souvent aux entomologistes les plus doctes.

Ce mal susceptible de répandre la terreur s’en vint à toucher un important contingent de population. Les pouvoirs publics n’estimèrent pas devoir intervenir. Il ne s’agissait pas d’une épidémie, tout juste une légère difficulté à s’adapter au Progrès. Le Temps en ferait litière, tout simplement.

Toutefois, des intellectuels en peine de sujet débattirent mollement sur les ondes d’une radio à vocation culturelle.

L’un, brillant sabreur, allait soutenant que tout partait à vau-l’eau, et que seul un retour drastique à l’ancien pourrait éventuellement sauver l’espèce menacée par de détestables trublions héritiers d’une époque déjà lointaine où l’imagination prétendait au pouvoir. Il était urgent de revoir le système éducatif de la cave au grenier, clamait-il à tout propos.

L’autre, sémillant octogénaire, vantait les mérites à venir d’une véritable révolution des esprits en train de se produire. Il avançait que la technique est nécessairement synonyme de progrès et que nous devons lui faire confiance pour rester en lien avec la jeunesse et retarder notre propre sénescence.

Un troisième, ne disant mot jusqu’alors, prit soudain la parole et déclara :

« Sans doute avez-vous l’un et l’autre quelque raison à affirmer ce que vous dites avec le talent qui est le vôtre. Vous départager me semble bien difficile, et je crois même, hors de propos, car la question n’est pas là où vous la situez.

Cette affaire d’addiction et de monde fantasmé n’a rien de bien nouveau... »

Il se mit à conter l’histoire de Don Quichotte, totalement ignorant du monde réel de son époque, vivant dans un monde imaginaire issu de sa passion pour les romans de chevalerie, à tel point qu’il finit par en perdre la raison.

Alors qu’il tentait de parler du déni de réalité et de ses conséquences humaines, sociales, morales et politiques, une panne intervint, la radio cessa d’émettre.

 

 

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La Curiosité c’est d’abord la Vie

4 Février 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #curiosité, vieillesse, Montaigne, Internet, Web, Google, Potager d'u curieux, Georges Orwell, tourisme, voyage, J-J Ceccarelli, Alain Nahum

Il faut être diablement curieux de ce qui peut se produire, et s’en étonner à chaque fois, pour s’acharner à prendre goût à la vie. A chaque moment, l’imprévu peut surgir, offrant des occasions d’étonnements, de rapports inattendus à un monde surprenant.[1]

Si nous manquons de disponibilité, si nous sommes devenu incapable d’un désir de connaître, amputé de la volonté de chercher à comprendre, sourd aux émotions, étranger à toute générosité, la fadeur des certitudes envahit l’espace et nous engloutit. Tandis qu’il peut être source de découvertes, le cours du temps n’est plus alors qu’un détestable fardeau angoissant dont la vieillesse signe l’apogée. Cruel naufrage.

Passons.

Il n’est pas d’âge pour sans cesse picorer la vie.

A mesure que s’accumulent les ans des perceptions nouvelles apparaissent, comme une sorte d’éveil permanent. A moins d’un délabrement cérébral majeur, la vieillesse offre la chance de nouveautés insoupçonnées.

Je sais d’expérience combien un embarras physique peut apporter in fine.  Entre autres, une apparition de la capacité à se déprendre de l’accessoire, accompagnée d’un bienfaisant abandon de la précipitation. Dès lors, l’obsession de l’immédiat et du quantitatif révèle sa totale vanité, et cela apaise.

Jusqu’au moment ultime, la curiosité peut, me semble-t-il, continuer à s’exercer. Ne serait-ce qu’en s’interrogeant sur la manière dont cela pourrait se dérouler, en s’y préparant doucement. Fascination d’une expérience unique, à ne manquer sous aucun prétexte.

Montaigne est un précieux premier de cordée lorsqu’il nous dit la nécessité de l’espace d’une vie pour cheminer avec sérénité jusqu’au point final.

Sans curiosité, le gavage est assuré, avec pour ligne d’horizon l’électroencéphalogramme plat.  Victoire incontestable des miroirs aux alouettes que sont Internet, les médias, le Web, Google et autres prothèses aliénantes, quand elles entrainent une addiction. Puisque tout est disponible, il n’y a plus rien à inventer, plus rien à chercher, plus d’objet de surprise, plus rien qui vaille. Image de la Rome décadente, image du flétrissement. Waterloo morne plaine...

La Curiosité tient sans doute à une disposition d’esprit propre à l’ouverture à l’inhabituel, peut-être même à l’insolite. Or, quoi de plus insolite que le coutumier de la vie elle-même ?

De la graine à la plantule quel mystère, quel objet d’émerveillement, quelle envie de connaître !

Le mimosa bourgeonne doucement, lentement, faiblement, et tout à coup il explose ses généreux grains de soleil. Comment cela est-il possible ? Comment cela se reproduit-il à l’infini ? Demain, les amandiers seront en fleurs, je le sais, mais je suis toujours aussi curieux du moment, toujours aussi ému.

Voyez ce boulanger itinérant qui cultive une grande partie de ses céréales et explique sur les marchés de Haute-Provence l’art de faire du bon pain. Ou bien, ce jardinier paysan qui commente son rapport à la nature et développe son engagement pour la sauvegarde des espèces et la biodiversité. Il nomme son lieu « le Potager d’un curieux », au cœur du Luberon.[2]

Cette très souhaitable ouverture d’esprit commande un affût quasi permanent, situation propre à l’ajout incessant du nouveau. Sans pour autant, bien entendu, baisser la garde et se laisser abuser ni par les trompeuses apparences marchandes mondialistes, ni par le formatage orwellien des réseaux de « communication ».

L’esprit critique, la faculté de discriminer et de comparer, une conscience de la distanciation, sont essentiels à une claire appréhension des choses.

La Curiosité ajoute l’enthousiasme créateur à l’information comme à l’expérimentation. Elle colore notre rapport à l’existant, elle nous renseigne sur nous-mêmes.

Les nombreux séjours que j’ai effectués dans des contrées lointaines, en Inde notamment, m’ont beaucoup apporté à ce sujet.  Ils m’ont fait vivre l’écart considérable entre le discours bienséant et le ressenti agissant.

Je peux voyager comme un touriste, c’est-à-dire avaler du kilomètre et du site « à voir », sans m’ajouter vraiment quoi que ce soit d’autre qu’un récit. Dans ce cas ma curiosité ne sera jamais que celle du collectionneur, maniaque insatiable toujours à la recherche de la pièce manquante et des analogies possibles, oubliant que cette pièce manquante c’est avant tout lui-même, qui passe à côté sans qu’il s’en doute.

Je me souviens de voyageurs blasés rencontrés en Islande, ils avaient épuisé les catalogues des agences de voyage et ne savaient plus quoi « faire »...

La curiosité cesse à partir du moment où le monde est totalement formaté, normalisé, réglementé, monovalent. Devenu un catalogue de La Redoute en quelque sorte.

Je peux aussi voyager, avaler du kilomètre et de la rencontre, mais en sachant que le principal objet du trajet c’est le voyageur que je suis, qui s’éprouve, se met parfois en péril à la recherche de soi, comme souvent le font les artistes avec lesquels je prends tant de plaisir à partager.

Quoi de plus exaltant que d’être invité à visiter un atelier, un  antre, à découvrir le travail en cours, à échanger sur les questions que se pose l’artiste, à s’interroger ?

Cette relation avec des artistes est toujours un résultat, la conséquence d’un mode de vie. Elle engendre souvent des développements parfaitement inattendus. C’est ainsi que naissent parfois des projets partagés, inenvisageables a priori, évidents dès qu’ébauchés. Imaginer une publication, réaliser à quatre mains un livre singulier, monter une exposition, organiser des débats, susciter des rencontres. C’est-à-dire créer de la vie et s’étonner à chaque fois que cela soit possible, hors de toute soumission préalable à des contraintes mortifères.

Parvenu à ce point, deux artistes de mon entourage immédiat m’apparaissent avec quelque exemplaire singularité.

L’un a remisé crayons et pinceaux le printemps dernier, Jean-Jacques Ceccarelli ; l’autre, Alain Nahum, complice de longue date, poursuit sa traque de l’invu, de l’insoupçonné, de l’apparemment dérisoire et minable, objets pour lui de curiosité permanente.

La fertilité de leurs regards, de leurs approches, possède la vertu magique d’un ferment exemplaire.

Cecca, comme nous l’appelions volontiers, poussait au maximum l’exploration des séries qu’il créait, curieux de ce que lui révèlerait l’acharnement avec lequel il interrogeait la surface à laquelle il se mesurait ; cherchant ses limites il tentait de faire avouer à ses créations jusqu’où elles lui permettraient d’aller. Il aimait aussi jouer avec des reliques  et résidus, fruits d’un glanage de hasard dont il composait de surprenants ensembles offerts comme de précieux témoignages d’amitié à partager. Une manière de célébrer les métamorphoses imaginaires des rogatons du quotidien.

Sa curiosité à l’égard des personnes, artistes et amateurs, était si grande qu’il n’hésitait pas à susciter des rencontres entre ceux qu’il estimait. Il se faisait alors passeur de cordialité. Il célébrait l’existant.

Alain Nahum, par l’insatiable acuité de son regard, exerce sa bienveillance à l’égard de tout ce qui témoigne humblement de la vie. Son œil de photographe est constamment ouvert à ce que l’on ne remarque qu’à peine, très confusément. Arpenteur solitaire de la ville, il donne à voir l’ignoré quotidien, si présent qu’il ne peut être que négligé. Curieux de ce qui échappe il saisit l’insolite, qu’il nous offre simplement, en majesté, comme autant d’évidences.[3]

De ce point de vue, la curiosité peut s’apparenter à un vagabondage intemporel incessant, dont elle se repait, et s’enrichit.

C’est ainsi que je me sens contemporain de tous ceux qui m’émeuvent, m’émerveillent ou nourrissent ma relation au monde, me poussent à réfléchir, à écrire, et satisfont ce faisant mon appétit. Cela d’où qu’ils viennent, quelle que soit leur époque, quel que soit leur domaine.

 

 

[1] Cet article est issu d’une proposition du directeur d'une revue d’art

[2] Voir sur http//epistoles-improbables.over-blog.com :

- 7 mars 2016, « Le potager d’un curieux : à découvrir, une rencontre rare »

[3] Voir sur http//epistoles-improbables.over-blog.com :

- 30 avril 2017, « Jean-Jacques Ceccarelli »

- 28 avril 2015, « Emergences, regards sur la ville », livre Alain Nahum – Jean Klépal (éd. Parenthèses)

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L'Insensé du langage

28 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #fascisme, nazisme, mein kampf, duce, caudillo, führer, antisémitisme, referendum mai 2005, pierre bourdieu

Si parler, échanger, converser, est si difficile c’est sans doute parce que les mots ont un pouvoir propre, ils diffèrent de ce que serait un simple véhicule. Une charge émotionnelle intervient d’abord, elle se traduit soit par des gestes ou attitudes, soit par une expression verbale spontanée. La réflexion, lorsqu’elle intervient, ne se produit qu’après.

C’est ainsi que le geste précède la pensée. C’est ainsi de même que l’on en reste souvent au simple arc réflexe stimulus-réponse. D’où l’importance du langage du corps dans la relation de face à face.

Ce préambule pour revenir à une récente Epistole consacrée à la surdité aux évidences, telle que l’accentuation progressive de la dérive libérale nazie du régime dans lequel nous évoluons depuis plus de cinquante ans.

Exprimés sur ce blogue, quelques commentaires aussi judicieux qu’intéressants se sont focalisés sur le point précis des migrations de populations exilées volontaires, en occultant l’énormité provocatrice du propos liminaire. D’autres, directement exprimés, ont cherché à minorer ce qu’il serait effrayant d’admettre en proposant de remplacer l’expression libérale nazie par libérale fasciste. Certes la nuance existe mais avouons qu’elle demeure trop faible pour en décider. Essayons donc d’y voir un peu plus clair.

Alors qu’il le deviendra à la fin par soumission ou mimétisme, le fascisme n’est pas antisémite au départ. Il est fondé sur une opposition viscérale au communisme et une recherche de pureté salvatrice.

Il ne repose pas sur un corps de doctrine idéologique précise. Il  exalte la Nation et l’Etat, et prône un retour aux vertus antiques.

Vision totalitaire de la chose publique, il façonne un Etat à sa mesure et soumet les individus par la terreur et l’endoctrinement.

L’Etat fasciste dépend de la volonté ultime d’un seul : Duce ou Caudillo.

Le nazisme, résolument antisémite dès les origines, célèbre la supériorité absolue de la race germanique. Il se fonde sur une doctrine idéologique clairement exprimée dans Mein Kampf à partir de laquelle un endoctrinement et une propagande efficaces bâtissent un système répressif impitoyable aboutissant à des massacres de masse.[1]

L’Etat nazi soumet les puissances financières industrielles à sa volonté, il instaure le règne de la terreur permanente généralisée. Il s’érige en guide de l’humanité toute entière et commence par asservir les nations voisines.

Il dépend lui aussi de la volonté ultime d’un seul, le Führer.

Parvenus à ce point, on ne peut que constater que les différences de l’un à l’autre tiennent plus à des nuances qu’à des clivages profonds. Fascisme et nazisme célèbrent le mythe du Chef tout puissant, omniscient, détenteur d’un Pouvoir absolu, Guide suprême.

L’un comme l’autre sont exécrables. L’un comme l’autre sont infernaux. Alors, peste ou choléra ? Jouer aux osselets avec les mots ne change pas grand-chose à l’affaire.

Le parallèle avec notre bel aujourd’hui ?

Bien sûr, l’Histoire ne repasse pas les plats, et les analogies stricto sensu sont souvent trompeuses.

- « Les temps ne sont plus les mêmes » dit-on.

- Certes, certes, les costumes ont cédé la place aux uniformes, les méthodes et les moyens ne sont plus tout à fait identiques, la visibilité est atténuée.

- Et puis, nous sommes en République et en Démocratie, que diable ! Et puis la liberté de parole existe.

- Oui oui, tout cela est vrai. Il n’en demeure pas moins...

De nos jours, la propagande et le lavage de cerveaux marchent à plein régime. La presse papier et audio-visuelle, aux mains de quelques potentats, distille à peu de choses près les mêmes « informations », les mêmes slogans, les mêmes injonctions.[2]

Le langage officiel est affadi, neutralisé, réduit à une indigeste bouillie ligneuse, comme le fut la langue du IIIe Reich. Double ou triple langage permanent rendent difficile toute interprétation.

L’idéologie de la soumission à la finance mondialisée, de la dette à rembourser, donne le La à la vie socio-politico-économique. Instrumentalisation de la politique.

La répression contre les exilés cherchant une terre d’accueil bat son plein. Centres de rétention administrative (en fait, camps d’internement) et prisons sont surpeuplés.

Les lois sécuritaires s’empilent, s’enchâssent avec l’état d’urgence devenu monnaie courante. Au nom de la « Sécurité » et sous prétexte du danger terroriste, un processus sournois de limitation des libertés progresse.

La violence d’Etat s’exerce à l’égard de quiconque tente de venir en aide à ceux qui sont traqués.

Expulsions violentes, familles disloquées, décisions arbitraires, brutalités injustifiables, sont dénoncées chaque jour sur les réseaux sociaux.

Les acquis du Droit du travail sont peu à peu abolis, détournés, trahis.

Les suffrages qui ne vont pas dans le bon sens sont considérés comme inconvenants (exemple notoire du referendum sur l’Europe, mai 2005).

Etc.

Le régime de la cinquième République sous lequel nous sommes administrés confère au Chef de la Nation, monarque absolu à la sauce républicaine, le pouvoir suprême de décider seul. Ce pouvoir fortement décrié par l’un de ses prédécesseurs, qui sut en jouir pleinement à son heure, n’a fait que se renforcer au fil du temps.

Finance idéologie dominante broyant tout sur son passage, langue officielle alimentée par des « éléments de langage », formatage des esprits (« mise à disposition du temps de cerveau humain disponible » cf. P. Le Lay, Pdg de TF1, 2004), système policier répressif, rejet de populations, recours à une sacralité de la globalisation, pouvoir absolu d’un seul (donc totalitaire), comment qualifier un tel régime ?

Démocratie participative éclairée, peut-être.

 

 

[1] Sur ce plan, la différenciation totale avec le communisme s’est par la suite révélée plutôt malaisée quant aux méthodes d’asservissement. Petit Père des peuples, Duce, Caudillo, Führer ? Au choix...

[2] Relire Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Liber 1996.

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A propos de l’Anthropocène (suite)

22 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Bruno Latour, Anthropocène, Brexit, Trump, Climat, Géo-politique, #Migrations

Dans deux articles parus en octobre dernier [1], j’ai abordé la notion d’Anthropocène, c’est-à-dire cet âge géologique qui a débuté lorsque les activités humaines ont commencé à avoir un impact global significatif sur l'écosystème terrestre.

Le dernier livre de Bruno Latour [2], « Où atterrir ? »[3] s’inscrit dans une démarche d’élucidation des défis auxquels nous sommes confrontés et des changements de paradigmes qui s’imposent à nous. Il contribue à une indispensable réflexion générale sur l’Anthropocène et sur la politique.

 

Le livre est divisé en vingt rubriques jalonnant une revue des points nodaux à considérer. Ces rubriques présentent constats et hypothèses propres à un inventaire préalable à toute prise de décision quant à l’avenir.

Tentons une énonciation.

 

L’élection de Donald Trump, le 11 novembre 2016, offre l’occasion de relier trois données jusqu’alors estimées indépendantes :

La chute du mur de Berlin a marqué le début de l’explosion des inégalités, la négation de la mutation climatique, et le constat des classes dirigeantes qu’il n’y a plus assez de place sur terre pour elles  et les autres.

« ... on ne comprend rien aux positions politiques depuis cinquante ans si l’on ne donne pas une place centrale à la question du climat et à sa dénégation. »

L’abandon par les Etats-Unis de l’accord sur le climat indique clairement qu’une guerre nouvelle est déclarée : « Nous, les Américains, n’appartenons pas à la même terre que vous. La vôtre peut être menacée, la nôtre ne le sera pas ! » (Bush père, en 1992 à Rio : « Our way of life is not negociable.” [4])

Brexit, élection de Trump, « Deux des plus grands pays de l’ancien monde libre disent aux autres ... allez au diable ! »

 

L’amplification des migrations nous dit que « la notion même de sol est en train de changer de nature. Le sol rêvé de la mondialisation commence à se dérober. » Elle nous dit aussi que la notion de frontières tient de plus en plus de l’illusion.

Si les plans de développement de chaque pays devaient se réaliser, la planète ne saurait suffire. « ... alors plus personne n’a ... de chez soi assuré. »

« Le nouveau régime climatique balaye ... toutes les frontières ... Ni la souveraineté des Etats ni l’étanchéité des frontières ne peuvent plus tenir lieu de politique. »

« la Terre ... a cessé d’encaisser les coups (elle) les renvoie de plus en plus violemment. »

La dénégation continue des sciences du climat entraîne un scepticisme généralisé correspondant à une véritable trahison de la confiance accordée aux dirigeants politiques et à des scientifiques vénaux. « ... la question du climato-négationnisme organise toute la politique du temps présent. »

Il n’y a plus désormais d’horizon partagé pour rien, même pas pour identifier qui est progressiste et qui est réactionnaire. Il faut tout repenser, quoi qu’il en coûte.

« L’originalité de Trump, c’est de conjoindre ... la fuite en avant vers le profit maximal ... et la fuite en arrière ... vers le retour aux catégories nationales et ethniques (« Make America great again » [5], derrière un mur) » Toutes les formes de solidarité, internationale et nationale, sont brisées. Désormais un vaste pan de la politique rejette le monde auquel elle prétend s’intéresser.

Le terme géopolitique est ancien, l’usage veut que l’accent soit mis sur « politique ».  Ce qui change, c’est que « géo » désigne dorénavant un agent actif, et non plus seulement un cadre passif. « Le territoire se met à participer à l’histoire, à rendre coup pour coup... ». Avec l’Anthropocène surgit « un bouleversement qui mobilise le système terre lui-même. » La situation est tout à fait inédite.

 

Comment expliquer l’absence de relais dans les procès d’indignation collective ? Pendant longtemps la définition d’un horizon donnait un sens au « progrès ». Droites et Gauches rivales n’ont jamais clairement expliqué vers quel monde précis elles tentaient de s’acheminer. C’est ainsi que l’horizon s’est vidé de sens pour ne devenir qu’une simple utopie. Cela a marché jusqu ‘au moment récent où il est apparu qu’aucune Terre ne pouvait correspondre à l’horizon du Global. Les changements et les enjeux ont été occultés au bénéfice de la stabilité de repères politiques totalement dépassés. Après avoir connu l’âge de la question sociale, nous sommes parvenus, totalement dénués d’outils appropriés, à « l’âge de la nouvelle question géo-sociale. »

Il nous faut changer de paradigme et admettre que Terrestre et Globe ne sont pas équivalents. Le global procède d’une vision lointaine, tandis que le terrestre intériorise la vision. Vue de l’Univers, la nature n’a rien de commun avec celle que l’on appréhende depuis la Terre. Une véritable confusion mentale pousse à « l’illusion du Global comme horizon de la modernité. »

 

« On ne fera aucune avancée vers une politique de la nature tant qu’on utilisera le même terme pour désigner » la Planète et le Terrestre.

«  Un monde composé d’objets n’a pas le même type de résistance qu’un monde composé d’agents. » C’est ainsi que l’air n’est plus un simple environnement nécessaire à notre existence, mais aussi le résultat de notre action sur ce qui nous entoure. Le vivant participe activement à l’ensemble de phénomènes qui nous concernent. L’humain n’est qu’un agent parmi tant d’autres. Désormais la Terre s’invite en réagissant à chacune de nos actions, et les contradictions s’intensifient entre les « élites obscurcissantes » et le reste de l’humanité, en charge d’une nécessaire « repolitisation de toutes les questions planétaires. »

« Dire : nous sommes des terrestres au milieu des terrestres, n’introduit pas du tout la même politique que nous sommes des humains dans la nature. »

 

Le lecteur l’aura compris, ce livre mérite largement que l’on s’y arrête.

 

[1]  Jean Klépal, Epistoles improbables - 25 octobre 2017 : Des légumes au Musée - 30 octobre 2017 : Que se passe-t-il sur Terre depuis au moins un quart de millénaire ?

[2] Bruno Latour est un sociologue spécialisé dans l’étude de la démarche scientifique. Il est très impliqué dans l’étude des conflits géo-sociaux en cours. C’est l’un des quelques esprits qui comptent aujourd’hui en France, et dans le monde Anglo-saxon.

[3] Bruno Latour, Où atterrir ? comment s’orienter en politique – La Découverte, 156 p., 2017, 12 €

[4] « Notre mode de vie n’est pas négociable ».

[5] « Rendre sa grandeur à l’Amérique ».

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Il n'est pire sourd...

16 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Migrants, immigration, libéral-nazisme, répression

L’examen des faits, leur simple prise en considération, entraine parfois des constats insupportables, tant peut faire peur leur énonciation. C’est ainsi qu’au cours d’un échange l’accord peut exister entre les interlocuteurs jusqu’au moment où l’un d’eux rompt par un « oui, mais... ». Le « mais » représente alors l’émergence d’un point infranchissable au-delà duquel l’angoisse est si forte que la raison défaille tandis que le déni l’emporte.

Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Reprenant à mon compte une expression que je dois à Alain Sagault, je me vois confronté à d’insurmontables hourvaris offusqués lorsque je qualifie libérale-nazie l’époque que nous vivons depuis au moins deux décennies.

Nazie est de trop, le terme et ce qu’il recouvre font si peur que son emploi pour aujourd’hui ne peut être qu’excessif. Et pourtant...

L’Histoire ne s’est pas plus arrêtée à Auschwitz , comme voudraient le faire croire certains, qu’elle ne s’est arrêtée à la Saint-Barthélemy. Un même processus poursuit invariablement sa route, tout en modifiant ses apparences et en adaptant ses modalités selon les opportunités du moment.

Dans tous les cas, il s’agit de détruire l’autre, l’étranger qui sournoisement nous ressemble et de ce fait menace et notre confort et notre volonté de puissance. Cela va bien avec les déclarations de l’Ubu étasunien se désolidarisant du reste du monde pour tenter de retarder l’échéance fatale dont l’engrenage est en marche.

Comment autrement qualifier ces faits de notre quotidien immédiat ?

- Depuis des années la Méditerranée fait office de triage pour des milliers de désespérés promis à la noyade, sans que l’Europe ne s’émeuve vraiment et intervienne avec quelque volonté collective d’aborder clairement les questions posées en amont par une migration croissante due essentiellement aux conséquences de la « mondialisation » et à l’accroissement des inégalités qu’elle engendre.

- A Calais, à Paris, et sans doute ailleurs, les misérables protections que sont les tentes, les bâches de protection, les sacs de couchage, les couvertures offertes aux migrants par quelques associations de soutien, sont détruites et mises à la décharge par la police. D’où viennent les ordres, comment sont-ils transmis ?

- Au col de l’Echelle, entre Bardonecchia et Névache, la chasse à l’homme est ouverte. Combien de corps seront-ils retrouvés au dégel du printemps ?

- Nombreuses désormais sont les inculpations de personnes compatissantes, tout simplement humaines, apportant une assistance quelconque – transport vers un lieu d’accueil, hébergement provisoire, etc. – à des malheureux en perdition. Aider autrui en danger est devenu un délit !

- Le lavage des cerveaux, dont BFMTV est le grand spécialiste avec d’autres médias, fonctionne à plein. La novlangue nazie étudiée par Viktor Klemperer (LTI) comme outil de propagande est en filigrane.

Alors, y a-t-il vraiment outrance ?

Je suis curieux des commentaires.

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