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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Trois lectures

8 Janvier 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Eric Vuillard, Goncourt, Olivier Guez, Josej Mengele, Piranèse, Marguerite Yourcenar, Fernand Pouillon

Parmi les livres lus cette dernière quinzaine, j’en retiens plus particulièrement trois, unis par leurs différences d’écriture. Nulle hiérarchie entre eux, ils ont assez retenu mon attention pour que pointe le désir d’en parler.

- L’ordre du jour, Eric Vuillard, récit paru chez Actes Sud, a obtenu le Prix Goncourt 2017. D’ordinaire les distinctions me tiennent à distance, pas cette fois, tant la rumeur était favorable.

Il s’agit d’un survol très documenté, habilement mené, des coulisses de l’enclenchement de la seconde guerre mondiale. Où l’on voit combien financiers et industriels sont serviles lorsqu’il s’agit de ménager les intérêts de leurs affaires personnelles. Où l’on voit également combien sont aveugles les responsables politiques lorsque les règles de la bienséante sauvegarde des apparences sont piétinées par une bande de crapules arrogantes dénuées de tout scrupule. Le jeu de dupes est mis en lumière, propre à frapper un lecteur à la mémoire défaillante ou bien encore juvénile.

Ce livre consacré aux méfaits de la compromission décortique l’enchainement ayant abouti à l’atroce triomphe de la barbarie nazie.

Conçu comme une bande annonce de l’histoire des prémices de la seconde guerre mondiale, il est fait de plans-séquences efficaces très spectaculaires, bien que dénués de révélation. C’est une bonne initiation, doublée d’une incitation à la réflexion analogique. A ce titre il est bienvenu  car permettant quelques indispensables parallèles avec le temps que nous vivons aujourd’hui.

Une réserve personnelle tient au style orné de l’auteur qui festonne son expression, jusqu’à frôler les excès du baroque. A trop vouloir s’afficher comme un écrivain cultivé on peut prendre le risque d’indisposer son lecteur.

- La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez, roman paru chez Grasset, a obtenu le Prix Renaudot 2017. Il m’a été justement offert au hasard de la fin d’année.

Nous avons là une enquête minutieuse menée par un journaliste sérieusement documenté, semble-t-il.

Josef Mengele est connu comme le « médecin » criminel, bourreau d’Auschwitz. Les conditions de sa longue cavale d’après-guerre en Amérique latine, Argentine, Paraguay, Brésil, de son arrivée en 1949 à sa mort mystérieuse en 1979, sont ici étonnamment révélées.  

Le livre est passionnant. Des phrases courtes entretiennent la tension d’un invraisemblable polar aux rebondissements multiples. Une errance incessante, une angoisse constante, des péripéties à base de fanatisme, de cupidité, de vaines tentatives pour échapper à l’inexorable de ténèbres envahissantes.

Le style est d’une efficacité certaine, nerveux, dépouillé, souvent haletant.

L’auteur enquêteur ne prend jamais la première place. Il rapporte des faits et pilote son sujet au plus près. Le livre est solide comme un document, il sert bien l’Histoire récente d’u monde chaotique.

- Le cerveau noir de Piranèse, Marguerite Yourcenar, texte sur Les Prisons imaginaires, accompagné de seize gravures de Piranèse, Pagine d’Arte éditeur, 2016, mérite une attention particulière.

Il s’agit d’une recherche de correspondances entre l’écriture et l’architecture des ténèbres inventée par Piranèse au XVIIIe siècle. Sous un format modeste se présente un véritable livre d’art. Nous sommes témoins d’une vraie rencontre entre un auteur et un artiste du passé.

L’écriture classique, très travaillée mais apparemment limpide et déliée permet une approche aisée abordant des notions complexes ou fort subtiles de manière souvent si pertinente qu’il convient de rester sur ses gardes et de demeurer vigilant au risque d’un abord superficiel de la part d’un lecteur trop pressé.

Nous pouvons véritablement parler ici de littérature, denrée devenue rare de nos jours. L’intelligence éclairée fouille avec une savante simplicité les 16 gravures des Carcerie d’invenzione ou s’affrontent noirceur infernale et lumières intemporelles, effroi et tranquillité, détails infimes et délires monumentaux.        

P.S. :

Relevant d’un tout autre centre d’intérêt, j’ai également plaisir à signaler Fernand Pouillon, l’homme à abattre, Bernard Marrey, éditions du Linteau, 2010.

Un magistral petit livre où l’on voit comment un architecte de talent, qui construit plus vite et moins cher qu’à l’accoutumée, tout en ayant le souci de la qualité durable et d’un cadre de vie harmonieux, mais prêtant le flanc aux attaques fielleuses, s’attire les foudres de la profession, prête à tout pour lui faire la peau.

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Passim 2017

20 Décembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #2017

S’approcher de la margelle, le chemin est peut-être accompli. Le but est si proche qu’il est quasiment atteint. Sérénité ?

Disponibilité pour ce qui se présente. Ne rien chercher, ne rien vouloir. Attendre, accepter, recevoir.

La Révélation n’est pas objet de croyance, elle est objet de réflexion.

Tenter de comprendre le phénomène de la connaissance immédiate.         

 

L’ombre portée de tous ceux qui ont regardé les peintures avant nous.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

Le nombre des années importe peu. La disposition à en envisager le cours marque davantage. Sur la route, des anecdotes importantes au moment, mais toujours secondaires, fréquemment mineures, parfois fondatrices.

 

« Dans notre religion, il n’y a qu’un seul Dieu, et nous n’y croyons pas. » (propos d’un Juif athée)

 

L’Histoire n’enseigne rien, que cela nous serve de leçon !

Où est la leçon ?

Il n’y a pas de leçon

Rien ne s’apprend

Tout s’oublie.

Langage infantilisant des politiques. Ils sont le plus souvent le produit de cultures hors-sol.

 

Le mobilier urbain cristallise un inconscient collectif faisant émerger une pseudo réalité normale, inévitable.

Des amoureux des bancs publics aux bancs hostiles au repos et aux défenses d’entrées d’immeubles.

Le Paris de Prévert et Doisneau cède la place à la cité opposée à l’errance, au vagabondage.

 

« L’ennui, c’est l’immobilité du corps confronté au vide de la pensée. » (Frédéric Gros, Marcher, une philosophie)

 

Culture

- Stable, souveraine, établie depuis si longtemps qu’elle en a perdu la mémoire, elle revêt l’arrogance des continents.

- Incertaine, à la recherche de ses origines, ouverte à la confrontation, modeste, elle constitue des archipels pour la pensée.

Le summum de la connaissance serait la familiarité avec les idées.

 

(Face à un mur de pierres sèches, à Pals – Cataluña, Costa brava -.)

Depuis onze siècles des foules passent devant ce mur. Pèlerins longtemps ; touristes désormais, avides de tout voir, peu soucieux de ne rien voir.

Mur partition. Pierres de taille plus ou moins habilement assemblées, touches musicales séparées par le réseau des intervalles. Parfois une anfractuosité silencieuse. Ailleurs des ensembles jointifs forment un allegro muet.

Lissées, polies, usées, les pierres écrivent un calme homogène.

Paul Klee.

Tranquillité bienheureuse.

 

Quelque temps après J-J C, J-P C est décédé hier. L’un et l’autre vaincus par le crabe.

Artiste, écrivain, debout, clairvoyants, généreux, curieux du moment, ils étaient nécessaires.

 

Aquarelles A.S.

Tenter de restituer les images tapies derrière les yeux. Les images enfouies. Rechercher les images fondatrices, qui ont baigné l’enfance.

Vanité du désir : être et accueillir.

Relais d’émotion, l’Art aiguise la raison.

Habiter pleinement l’instant, toucher l’éternité.

Tout n’est qu’accessoire, sauf ça.

Fascination de l’ultime.   

 

L’Art, moyen de survie, capable de susciter des émotions majeures, parmi les choses les plus fortes et les plus vraies qu’il se puisse connaître.

Fréquenter l’art, c’est s’ouvrir le cœur et l’esprit, et aussi solliciter la mémoire.

 

"La mort, plus on vieillit, moins c’est inquiétant. Donc je rassure les jeunes : vivez tranquillement. » (Jean Rochefort)

                                                                                                                                                                                 Un verre de vin, c’est bon pour la santé. Le reste de la bouteille, c’est bon pour le moral. » (courriel)

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Emblèmes

9 Décembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean d'Ormesson, Johnny Halliday

Coup sur coup, deux décès emblématiques d’un état trivial de la France actuelle.

Un dandy de la littérature, écrivain notable du second rayon, remarquable clown mondain, séduisant et facétieux, dont le départ fut bientôt éclipsé par une bête spectaculaire, emblème de la vulgarité dominante.

 

Le premier a eu droit à un hommage national dans la cour d’honneur des Invalides devant les Corps constitués. Bon, soit, rien à redire. Notable auréolé de gloire institutionnelle, cela fait partie du rituel officiel et du décorum sans doute nécessaire au maintien des choses en l’état.

 

L’autre, excessif en tout, drogue, violence, démesure, filouterie fiscale, l’ensemble subitement occulté, il devient une référence louée à la quasi-unanimité.

Le Président de la République va jusqu’à le qualifier « héros national » ! Un « hommage populaire » de l’Arc de triomphe à la Madeleine, via la Concorde, lui est ménagé, avant une inhumation dans un paradis fiscal, comme il se doit.

Durant des heures et des heures les médias ouvrent jusqu’à la nausée les robinets de l’angélisme sirupeux.

Il n’y en a que pour lui. Il parvient même à estomper la folie destructrice de Trump, à oblitérer l’ensemble des questions se posant au pays comme à la planète. La diversion populacière joue à fond.

La classe politique dominante, à laquelle il a si bien accepté de servir, est quasi unanime. Si une voix d’en face un tantinet divergente se fait jour, elle atténue rapidement son propos.

 

L’obscénité de ces pleurs collectifs et de la mise en scène d’un « hommage populaire » est presque indicible.

L’abjection règne.

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Télescopage

3 Décembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Heinrich Wölfflin, style baroque, style rococo, Renaissance, Michel-Ange, Rome monumentale, architecture internationale contemporaine

Les Edition Parenthèses offrent un regain à un ouvrage de référence.[1] Alors que tout m’était inconnu l’écrit comme l’auteur, cette lecture me donne l’occasion d’un télescopage inattendu avec notre bel aujourd’hui.

Dans son essai paru initialement à Munich en 1888, édité une première fois en français il y a cinquante ans, Heinrich Wölfflin, historien d’art suisse, s’attache à démontrer que le baroque, loin d’être une dégénérescence de la Renaissance, relève d’une esthétique propre. Il s’appuie principalement pour ce faire sur une analyse comparée très fouillée des architectures de l’Italie romaine des 16e et 17e siècles, dont Michel-Ange fut le premier artisan avec sa recherche du colossal.

 

Le baroque est généralement connu comme un art du mouvement, de la surcharge décorative, des effets dramatiques, de la grandeur pompeuse. Bref, c’est un art de l’exagération et de la théâtralité, assez souvent ennuyeux et même parfois rebutant en raison de ses débordements.

Après avoir planté le décor en traitant de la nature de la transformation stylistique que représente le passage de la Renaissance au Baroque, Wölfflin passe au peigne fin l’architecture religieuse, puis les palais romains, et enfin les villas et les fontaines et jardins. C’est passionnant tant l’acuité du propos est grande.

 

Dès les premières pages apparait un télescopage inattendu avec ce que proposent de nos jours l’architecture et l’art décrétés contemporains. Toute analogie, comme tout parallèle trop littéral, sont sujets à caution, il n’en reste pas moins que la tentation est grande, et peut-être éclairante.

D’entrée de jeu, l’auteur nous prévient. Son « propos est d’observer les symptômes de la décadence et de reconnaître, si possible, dans le « relâchement et l’arbitraire » la loi qui permettrait de plonger le regard dans la vie intime de l’art. » Voilà qui est alléchant pour qui s’interroge sur les décrépitudes actuelles.

Relâchement et arbitraire, comme cela sonne actuel.

 

Perdant de sa rigueur  il apparait que l’art peut mourir, comme il advint de l’art antique avant que la Renaissance ne lui redonne vie en s‘en inspirant largement. Passé un certain temps la « dissolution de la forme fut accomplie en pleine lucidité », et le baroque s’imposa peu à peu en effaçant toute trace de sensibilité, jusqu’à dissoudre toutes les formes de la nature pour aboutir au rococo. « Après 1520, il n’y a plus dû y avoir une seule œuvre tout à fait pure. » (Cette remarque me renvoie à ce que je considère comme le début de la décadence de la peinture à Venise.)

Michel-Ange (mort en 1564) est reconnu comme « le père du baroque ». « Il traite les formes avec désinvolture. Il ne s’interroge plus sur leur sens, mais les met au service d’une composition qui recherche simplement des contrastes plastiques significatifs... »

Ce « traitement arbitraire de la forme », allié à l’absence de théorie et à l’attractivité d’un style qui se développe sans modèle, sûr de son bon droit, donc totalitaire, aboutit à l’absurde du rococo, voire au ridicule. Parlant du baroque, Heinrich Wölfflin trouve cette formule étonnante d’actualité : « L’art de la construction abandonne sa nature particulière pour rechercher des effets empruntés à u autre art. »

N’est-ce pas justement ce que l’on retrouve aujourd’hui, totalement exacerbé, aussi bien  dans une certaine forme d’art officiel mais surtout chez les vedettes internationales de l’architecture contemporaine, plus préoccupées de paraître que de fonctionnalité ?

Des noms se pressent alors, parmi lesquels :

- Ricardo Bofill et ses délires théâtraux, dont nous connaissons plusieurs exemples, en France (Paris, Montpellier), ou en Catalogne (Barcelone).

- Santiago Calatrava, dont le futurisme spatial débridé, sans aucune relation avec le contexte urbain, dénature en partie Valencia (Espagne).

- Franck Gehry, célèbre par son déconstructivisme spectaculaire (Etats-Unis, Canada, Espagne, France, Allemagne...).

- Zaha Hadid, avec ses formes molles au mouvement pétrifié (Irak, Chine, Egypte, Maroc, Japon...).

- Oscar Niemeyer, chantre des courbes de la modernité (Brésil, France, Espagne, Allemagne...).

- Jean Nouvel, dont les audaces provocatrices laissent peu de place à l’humain (Emirats, France, Espagne, Etats-Unis, Singapour...).

 

Les effets de masse vont toujours à l’encontre du sentiment plastique. Le geste architectural se présente à l’évidence comme négation d’une architecture raisonnée soucieuse de sa finalité première. Le pittoresque l’emporte, comme il se produisit à Rome entre le 16e et le mitan du 18e siècles.

 

Une fois de plus la fréquentation du passé éclaire notre présent.

 

[1] Heinrich Wölfflin – Renaissance et baroque – Editions Parenthèses 2017, col. Eupalinos,  219 p., 16 €

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Comment en sommes-nous arrivés là ?[1]

25 Novembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Ignorance, Chaptal, Buffon, Linné, Pasteur, René Dumont, Charbon, Société de consommation, Hygiénisme, Pollution, Croissance, Environnement, Système Terre

Déplorer, contester, chercher et... trouver des boucs émissaires, certes.

Mais au-delà de cela la question se pose de chercher à comprendre comment ont pu se développer des espaces de vacuité mentale aboutissant à une inconscience politique aussi universelle ? Cela en dépit de mises en garde solennelles répétées de période en période, depuis plus de deux siècles. Comment l’homme a-t-il pu laisser altérer et détruire son habitat jusqu’au stade probablement irréversible où nous sommes rendus ?

Même si cela ne permet pas de revenir à la case départ, faire effort de compréhension, donc de lucidité, devrait n’être pas tout à fait vain. De faibles marges de manœuvre existent peut-être encore.

Tentons quelques jalons ; nécessaires, mais à coup sûr insuffisants.

 

I - L’exercice de l’ignorance

L’ignorance n’est pas qu’une absence de connaissance. Elle est souvent fabriquée et entretenue grâce au rôle important qu’elle joue dans toute stratégie de pouvoir, public ou privé. Les ignorants sont autant de contestataires potentiels en moins, il est donc important d’assurer la permanence de cette précieuse espèce.

L’inconnaissance est évidemment le fruit d’actions de désinformation ou de censure, des inoculations répétitives. Les techniques de communication et le lobbying sont ses fers de lance les plus aiguisés.

La décrédibilisation du savoir scientifique ou culturel par des Etats, des fondations ou des groupes de pression, est monnaie courante. L’industrie du tabac, celles de l’amiante, de la chimie industrielle, les laboratoires pharmaceutiques, la recherche biologique, le réchauffement climatique, représentent des terrains de jeu privilégiés pour la fabrication intensive de l’ignorance et son exportation tous azimuts. Rétention d’informations, compte-rendus d’analyse et statistiques truqués, corruptions, matraquage publicitaire...

Les exemples abondent de Monsanto à la septuple vaccination obligatoire, sans oublier la promotion officielle de la farce tragique du fétichisme de l’Art dit Contemporain.

Ça marche, l’électroencéphalogramme aplati évite les migraines.

 

II - Les remarques et mises en garde

Elles ne datent pas d’hier. Fin du XVIIIe siècle, Buffon note pour s’en réjouir, que la Terre entière porte la marque de l’empreinte de l’homme, tandis que Linné considère que tout élément de la nature possède une fonction. Pour lui, toucher à l’une d’entre elles risque d’entraîner de graves conséquences. A la même époque, Lavoisier estime que des relations chimiques lient chacun des domaines du vivant : règnes végétal, animal, minéral, et humain.

A l’orée du XIXe, Chaptal à la fois savant et homme politique à l’origine des sites classés, souhaite ménager les ressources en charbon, estimées très réduites. Plus avant dans le siècle, Pasteur découvre l’existence de germes transmissibles, il insiste par-là sur le principe de causalité.

Plus près de nous, René Dumont, ingénieur agronome, universitaire, est un formidable lanceur d’alerte.

De nos jours des scientifiques de divers pays unissent leurs voix pour tirer de plus en plus fort la sonnette d’alarme, sans que le monde politique, se satisfaisant de conférences tapageuses et d’engagements sans suites véritables, paraisse vraiment ébranlé. Il est même parfois franchement hostile à toute mesure contraignante de sauvegarde.

 

III - Processus à l’œuvre

Au XVIIIe siècle, les capacités des terres agricoles et des forêts freinent la croissance industrielle naissante. L’essor des forges et des verreries, grandes consommatrices de bois, s’exerce au détriment des besoins en combustible des villes et villages.

Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, après deux siècles de recul des forêts (forts besoins de la Marine royale), apparaissent les premières craintes de dérèglement climatique dues à l’exploitation du charbon. Alors que la géologie prodigue l’image d’un sous-sol abondant, un député estime dès 1792 que le charbon ne peut être qu’une solution temporaire en raison du risque d’épuisement des gisements. Mais, le charbon offrant la possibilité de stocker l’énergie pour l’employer au moment voulu quelles que soient les conditions climatiques, le temps continu du capitalisme industriel s’impose rapidement. Ainsi la géologie instille l’idée d’une croissance sans fin.

Les prémices de la société de consommation sont posées.

Bien que des scientifiques anglais signalent dès 1832 que les machines à vapeur libèrent beaucoup de CO2 et autres gaz nocifs, l’Economie politique naissante justifie la croissance, faisant l’apologie de la force mécanique. De son côté l’Hygiénisme, préoccupation récente, vante le marché libre du travail, source de prospérité et moyen efficace de lutte contre la crasse.

Ainsi se met en place l’idéologie de la consommation, qu’il faut encourager pour écouler les produits manufacturés de plus en plus abondants.

Remarquons qu’en 1810 un décret est promulgué concernant les industries à risques. Celles-ci doivent verser des indemnités pour compenser la pollution qu’elles provoquent. Dès lors, l’environnement devient objet de transactions financières ; la financiarisation du monde s’avance !

A la fin du XIXe siècle, les théoriciens érigent l’économie comme un objet distinct des phénomènes naturels. La création de l'illusion d’un second monde extérieur à la nature est en bonne voie. Les techniques de communication accélèrent les flux, dès 1860 l’information financière se globalise. Le système des prix et des marchés fabrique une économie objet homogène, fermé sur lui-même, sur lequel il devient possible d’agir scientifiquement.

A partir des années 1930, la croissance correspond à une intensification des relations monétaires. L’hypothèse d’une économie entièrement marchande entraine l’idée d’une croissance indéfinie.

Vers les années 1970, les problèmes environnementaux sont assimilés à des lacunes des marchés ; donner un prix à la Nature permet d’apporter les corrections voulues.

Les taxes financières et les quotas (pêches) doivent concilier environnement et croissance. Assimilée à un capital originel, la Nature devient compatible avec la gestion d’un capital financier. Du XIXe au XXIe siècle s’installe et se développe la pseudo invention d’un mode de régulation des environnements par la compensation (principe du pollueur-payeur).

Or, ce principe né au XIXe siècle n’a fait que légitimer la dégradation des environnements : les tâches dangereuses sont réservées aux populations les plus démunies ; la production, la pollution, et le stockage des déchets les plus dangereux, sont concentrés dans des localités ou des contrées pauvres et démunies de ressources. Les écarts s’accroissent.

Le cynisme et l’inconscience se portent bien.

L’accumulation du capital a engendré une seconde nature faite de béton, d’acier, de forages, de centrales énergétiques, de porte-conteneurs extrêmement polluants, de places financières, de zones commerciales tueuses de nature... partout dans le monde.

La prospérité des pays riches repose sur l’accaparement des ressources mondiales, donc le sous-développement des pays pauvres mis en coupe réglée. La globalisation creuse les écarts économiques et engendre des flux de populations non maitrisables.

 

A coup sûr, demain sera un autre jour.

Considérable l’exercice de l’ignorance. Il permet désormais d’imaginer possible le franchissement sans retour de la ligne d’horizon.

La question politique fondamentale est certainement celle de la reprise du pouvoir sur les institutions responsables de la déstabilisation du système Terre.

 

[1] Sources :

- L’événement Anthropocène, ouvrage cité dans mon blogue du 30 octobre 2017

- Article Agnotologie, in Wikipedia

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Lorsque la Lune est voilée, la plupart regardent le doigt et les autres se détournent

19 Novembre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Anecdotes et enfumages sont devenues notre pain quotidien. Médias et personnages en vue assurent pétrissage et livraison à domicile. L’imbécillité est soigneusement cajolée. Elle minore les oppositions.

L’accessoire du fait divers, toujours déclaré important, prend constamment le pas sur l’essentiel, sur ce qui in fine importe vraiment, car décisif quant à l’avenir de l’espèce. Cette question est si grave, et si anxiogène, qu’il apparait préférable de la cacher sous le tapis, avec la poussière de ses conséquences.

 

Quelques exemples grappillés çà et là ?

 

- Le bon Ecuyer est adoubé par le Prince – le fait du Prince. Une fois officiellement nommé par une camarilla aux ordres, l’Ecuyer aura-t-il ou non un rôle au sein du gouvernement, semble être la seule question opportune. La pseudo rénovation de la tambouille politique n’est évidemment pas évoquée, sinon par quelques mauvais coucheurs animés de la volonté de nuire (sic). La nature du pouvoir ainsi révélée, sa distance par rapport aux aspirations prétendues, ne sont nullement débattues à peine évoquées.

 

- Un Premier Ministre libanais empêché par une puissance étrangère, au sein de laquelle il a des intérêts personnels, n’interroge que sur son avenir et sa liberté d’aller et venir. L’existence d’un terrifiant foyer belliqueux au Proche-Orient, entretenu par les erreurs et la pusillanimité des gouvernements occidentaux, donc l’urgente nécessité de traiter enfin ce problème au fond sans aucune complaisance, sont aimablement passées sous silence, sage précaution diplomatique.

Mettre au pas Jérusalem et Damas, qui oserait le tenter ?

 

- Que l’on s’insurge sur la nature courante des rapports homme-femme, sur la place réelle de celles-ci dans la société, est évidemment de première importance. Mais que le problème se résume partiellement à la mise en cause d’un sulfureux intellectuel musulman, et de quelques minables pseudo vedettes de l’actualité politique ou néo artistique à livrer à la vindicte populaire, est peu supportable.

Les réactions émotionnelles sont tout à fait compréhensibles, sans doute un passage obligé, mais évidemment insuffisantes. Oui, le problème existe et mérite une attention sans répit quant aux faits, mais aussi à certaines causes profondes.

La défaillance de l’enseignement public, la dégradation fulgurante des relations sociales dues aux pressions d’un capitalisme échevelé, la marchandisation publicitaire du corps féminin, les ravages d’un individualisme forcené, le mépris généralisé, l’incivisme galopant, sont tellement d’autre nature, et si fondamentaux qu’on en parle bien peu à cette occasion.

La pratique constante du nez à la vitre désencombre le regard, et désamorce la réflexion. La lumière crue des projecteurs de l’actualité entretient l’ombre complice.

Ainsi, pas un mot sur le viol permanent des esprits que représentent les mensonges et les non-dit sournois entretenus par le culte asservissant d’une information contrôlée (presse, radio, télévision) par les ténors de la puissance financière.

Le crime contre l’esprit est l’un des plus graves qui soient, car il se prolonge indéfiniment en se transmettant par capillarité.

Il serait temps de se reporter au livre de Tchakhotine, Le viol des foules.

 

- Les Paradis fiscaux, nichés jusqu’au cœur de l’Europe, ne sont que très mollement interpellés. Par contre la fuite des capitaux fait les manchettes de la presse. Le regard est détourné par le brouillage des notions de moralité et de légalité. Joli débat de peu d’intérêt en l’occurrence. Où sont les actions vigoureuses indispensables pour imposer une équité sociale, pour éradiquer la nuisance de la finance internationale ? Toutes les dispositions gouvernementales vont depuis longtemps en sens contraire. La crème chantilly de l’indignation officielle ne sert qu’à masquer la réalité.

 

- L’opposition manifeste aux atteintes du droit du travail va apparemment en faiblissant.

S’agit-il d’un acquiescement par lassitude ou d’autre chose de plus radical ?

Et si les formes de protestation traditionnelles apparaissaient trop éculé pour continuer à être adoptées. Mis à part le petit noyau de ceux qui ont la foi du charbonnier, les autres se détournent de plus en plus, sans doute persuadés que l’élaboration d’autres perspectives relève de la priorité absolue. La vie politique accoutumée, totalement élimée, serait-elle en train d’être sourdement évincée ? 

 

- Et la farce du climat ?

Alors que l’urgence commande, alors que des scientifiques mettent vigoureusement en garde depuis des décennies, alors que des indices très sérieux portent à penser que le franchissement de seuils de non-retour est imminent, sinon déjà accompli, un Président Saint-Jean Bouche d’or multiplie les déclarations lénifiantes, un ministre en charge de l’écologie se donne une année d’expérimentation pour décider du bien-fondé de sa présence au gouvernement... Le même considère qu’il faut continuer à différer des mesures indispensables, afin de permettre les adaptations nécessaires.

Ô temps suspend ton vol !

Pour la communauté scientifique la cause est entendue, pour les hiérarques politiques dont désormais tout dépend, il convient de ne rien brusquer. Cela pourrait fâcher quelques géants responsables de l’empoisonnement de la planète, avec lesquels l’usage est de pactiser sans cesse.

 

Alors ? Que faire ?

Le pessimisme intégral n’est assurément pas une bonne réponse.

Comment s’en garder ? Est-il possible de s’en garder ?

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Que se passe-t-il sur Terre depuis au moins un quart de millénaire ?

30 Octobre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Anthropocène ; Climat ; Pollution ; Géologie ; Energies ; Développement durable ; Environnement

 

C’est un des titres de la collection Points des éditions du Seuil, catégorie Histoire (320 p., 9,50 €). Deux auteurs associés, historiens-chercheurs enseignants à l’EHESS, Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz. Le titre : L’événement AnthropocèneLa Terre, l’histoire et nous.

Première édition, octobre 2013 ; deuxième édition mise à jour, mai 2016.

Rigoureux, solidement documenté, clairement argumenté, l’ouvrage mérite d’être abondamment diffusé tant son appel à la prise de conscience de faits indubitables, et à la réflexion personnelle est puissant.

 

Cette présentation se limite volontairement à la première partie du livre, qui pose les données essentielles du propos. Puisse cette évocation des pages initiales - « Première partie : Ce dont l’Anthropocène est le nom » - susciter chez le lecteur l’envie d’aller plus loin en se plongeant dans l’intégralité des développements.

Nous sommes tous concernés, il est urgent de savoir. Il est urgent de regarder la réalité en face.

 

L’Anthropocène est encore un mot étrange, sinon totalement inconnu pour beaucoup.

Il désigne notre époque et notre condition.

Nous vivons une époque géologique nouvelle fruit de notre histoire humaine et de notre relation avec la Terre. Ce que nous vivons, réchauffement, pollutions, climats déréglés, intensification des risques et des catastrophes naturels, correspond à une révolution géologique d’origine humaine engendrée par l’ère industrielle. L’humanité est ainsi devenue une force géologique majeure (altération de l’atmosphère par des rejets inconsidérés, appauvrissement du tissu vivant par des molécules chimiques de synthèse).

L’opposition entre un passé aveugle et un présent susceptible de clairvoyance n’est qu’une fable servant à dépolitiser l’histoire de l’Anthropocène, en tentant de rassurer pour maintenir les équilibres économiques institués.

Certains proposent de faire débuter ce nouvel âge géologique en 1784, date du brevet de James Watt sur la machine à vapeur, et de la carbonification de l’atmosphère.

Pour d’autres, l’Anthropocène coïncide avec la conquête européenne de l’Amérique. D’une part, unification des flores et faunes de l’Ancien et du Nouveau Monde bouleversant les répartitions biologiques des formes de vie séparées 200 millions d’années auparavant avec l’ouverture de l’océan Atlantique. D’autre part, effondrement démographique amérindien (guerres de conquête, maladies infectieuses importées, travail forcé) entrainant une immense reforestation du continent américain faisant chuter la concentration de l’atmosphère en carbone.

L’entrée dans la société thermo-industrielle fondée sur les énergies fossiles n’a fait qu’accentuer les choses, si bien que « la Terre opère actuellement sous un état sans analogue antérieur. »

« C’est notre propre modèle de développement, notre propre modernité industrielle qui, ayant prétendu s’arracher aux limites de la planète, percute celle-ci comme un boomerang. »

Tout cela impose de repenser la « crise environnementale » et d’en finir avec le « développement durable », trompeuses figures de style.

 

Parler d’écosystèmes, d’environnement, de développement durable, revient à considérer la nature comme essentielle, mais séparée de nous. Aucune limite sérieuse n’est posée à la sacro-sainte croissance chère au monde économique orthodoxe comme au politique.

Le concept d’Anthropocène conteste cette dichotomie. « Au lieu de l’environnement, il y a désormais le système Terre ». Loin de devenir maîtres et possesseurs de la nature, nous sommes pris « dans les immenses boucles de rétroaction du système Terre (...) et l’Anthropocène est un point de non-retour ». Les nouveaux états porteurs de très graves dérèglements que va connaître immanquablement la Terre la rendront de moins en moins habitable par les humains. « Les traces de notre âge urbain, industriel, consumériste, chimique et nucléaire resteront pour des milliers, voire des millions d’années, dans les archives géologique de la planète ».

Nous sommes en train d‘effectuer un effarant saut dans l’inconnu.

« L’Anthropocène s’annonce violent. »

Habiter autrement la Terre est devenu l’enjeu central. « Les scientifiques peuvent éclairer ces questions, les réponses sont forcément politiques (...) L’Anthropocène est politique en ce qu’il implique d’arbitrer entre différents intérêts, entre divers forçages humains antagonistes sur la planète, entre les empreintes causées par différents groupes humains (classes, nations), par différents choix techniques et industriels, où entre différents modes de vie et de consommation. Il importe alors d’investir politiquement l’Anthropocène pour surmonter les contradictions et les limites d’un modèle de modernité qui s’est globalisé... »

Réintégrer la nature dans l’histoire s’impose.

Pour cela, entre autres, il faut repenser les règles morales régissant les rapports entre humains et non-humains. La question des droits de la nature est à explorer, de même que celle des rapports entre nature et souveraineté.

L’Anthropocène remet ainsi en cause la définition même de la liberté, longtemps pensée en opposition avec la nature.

Des questions fondamentales :

- Comment refonder la démocratie quand disparait le rêve de l’abondance matérielle ?

- Comment penser désormais la politique ?

- Quelles politiques territoriales et de sobriété énergétique envisager ?

- Comment ouvrir de nouveaux espaces de démocratie participative ?

- Comment analyser et évaluer l’exposition d’autrui aux nuisances et catastrophes naturelles ?

 

Des pistes, des constats, des analyses, des interrogations en relation avec ces premiers aperçus font le corps du livre. Qu’aussi nombreux que possible soient ceux qui auront envie de le lire.

 

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Des légumes au Musée

25 Octobre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Apt, Luberon, Biodiversité, Anthropocène, Taylorisme, Jean-Luc Danneyrolles, Christophe Bonneuil, Isabelle Goldringer

Au cœur du Luberon, la ville d’Apt s’enorgueillit d’avoir été naguère la capitale mondiale du fruit confit, elle abrite quelques vestiges d’un passé romain dans un musée historique glauque à souhait. La via domitia reliant l’Italie du nord à l’Espagne, via la Gaule narbonnaise, traversait Apta Julia...

La responsable du Musée, désireuse de secouer la torpeur ambiante, a décidé de créer un événement insolite à l’occasion de la semaine de la science et du goût qui vient de se dérouler çà et là.

Carte blanche fut ainsi donnée à un voisin, Jean-Luc Danneyrolles créateur bien connu du « Potager d’un curieux », champion de la biodiversité, jardinier à Saignon d’où il diffuse une grande variété de graines potagères soigneusement choisies.[1]

Succédant à un public scolaire, les visiteurs purent admirer ce soir-là une installation de plus de deux-cent variétés de tomates, courges, poivrons, piments, maïs, aubergines. En une présentation digne d’Arcimboldo, les légumes faisaient entrer la vie vivante intemporelle au musée. Il ne s’agissait pas d’une immense nature morte, mais bien plutôt, ainsi que disent les anglo-saxons, d’une vie silencieuse et immobile (still life) exposée aux regards surpris et attentifs.

Un commentaire à bâtons rompus, simple et tranquille, permit à l’auditoire de connaître les origines lointaines, souvent exotiques, des variétés présentées peu à peu implantées sous nos latitudes. Les aliments du quotidien ont une histoire, souvent occultée, donc à rappeler (tomates, maïs,  pommes de terre, riz, avocats, café, chocolat, épices pintades...).

Des échanges se développèrent autour de la biodiversité, des arnaques du commerce « bio », des échanges de graines, du brevetage insensé du vivant, de l’indomptable fragilité de la nature, etc. 

Parmi les mots prononcés :

-Tomates anciennes

-Contemporain.

- Art

Aujourd’hui les tomates dites anciennes sont contemporaines des magasins bio, qui les vendent très cher en abusant le client (arnaque sur les « cœur de bœuf » qui n’en sont pas). Parler de tomates anciennes n’a aucun sens. Nous devrions plutôt parler de variétés traditionnelles à redécouvrir face à l’industrialisation de l’agro-alimentaire.

Le contemporain ne peut véritablement exister sans référence à la mémoire de l’ancien. Tel qu’utilisé aujourd’hui, contemporain est un concept trompeur permettant d’effacer le passé au profit d’une innovation factice, propice à des jongleries financières fondées sur des abus de langage.

L’art est un regard sur la vie. Ce qui aide à vivre, ce qui dit le monde, ce qui révèle nos modes de relation à l’existant et nos fantasmes.

Des légumes au Musée, une autre façon d’approcher le monde et de poser la réflexion sur ce que nous sommes en train de devenir !

Le lendemain, au jardin Potager, chez  lui, Jean-Luc Danneyrolles tint table ouverte comme il le fait souvent. Repas à participation libre, suivi d’une rencontre avec deux chercheurs : Christophe Bonneuil, historien chargé de recherches au CNRS, spécialiste de l’anthropocène, et Isabelle Goldringer, généticienne à l’INRA, où elle travaille notamment sur les céréales.

Assistance mélangée, aussi nombreuse qu’attentive.

Il se pourrait que l’anthropocène - époque de l'histoire de la Terre qui a débuté lorsque les activités humaines ont commencé à avoir un impact global significatif sur l'écosystème terrestre – ait démarré avec Christophe Colomb.

Les découvertes d’alors ont quasi immédiatement entrainé l’appropriation violente de ressources nouvelles à exploiter, considérées comme mises à la disposition de l’humanité par la volonté divine. Inégalement réparties sur le globe, il était tout à fait normal que les humains les plus valeureux et les plus avancés, l’Occident Chrétien, se les accapare. 

Au départ, la planète fut imaginée comme un utérus où se développent sans cesse des ressources disponibles. Un stock inépuisable en quelque sorte dont il convenait de s’assurer la possession. Le colonialisme trouvait une de ses justifications principales.

Commença alors le transfert des ressources là où on en avait le plus besoin pour dominer le monde (minerais, métaux et bois précieux...). Vint rapidement ensuite l’intensification sur place des cultures les plus rentables pour les puissances colonisatrices (canne à sucre, coton...).

A partir du 19e siècle la spécialisation industrielle illustrée par le taylorisme diffuse la notion de standardisation à grande échelle. Par voie de conséquence, pour produire indéfiniment la même chose sans imprévus nuisibles, il devint nécessaire de sélectionner et spécialiser le vivant. Aussi bien les ouvriers travaillant à la chaine que les graines et les espèces.

La volonté d’uniformiser induit le rejet de l’imprévu, et surtout de l’imprévisible. Nous sommes dès lors à l’acmé de l’ânerie cartésienne du devenir « maître et possesseur de la Nature » (Discours de la Méthode). Nous débouchons tout naturellement sur l’inadmissible brevetage du vivant, si cher aux multinationales de l’agroalimentaire.

Aujourd’hui s’amorce une résistance à la standardisation, une volonté de retour à la biodiversité. Des réseaux de semenciers, de cultivateurs pratiquant les techniques alternatives (permaculture etc.), refusent l’industrialisation à marches forcées dont ils constatent les méfaits sur l’environnement naturel et la qualité des produits agricoles.

La prise de conscience de l’épuisement des stocks, donc de la nécessité de faire autrement, de composer avec le vivant et les variables climatiques, progresse non seulement chez les chercheurs spécialisés, mais aussi dans le monde agricole et même le grand public.

Est-il encore temps ? Les verrous  sauteront-ils ?

De telles rencontres démontrent que les enjeux sont tels que le débat politique ne peut plus être différé. Il s’agit de traiter les questions sur le fond comme nous y invite Jean-Luc Danneyrolles et ses semblables, et non pas de se laisser berner par de pseudo Conférences ou Etats Généraux, simple objets de communication.

Nous sommes tous concernés.

La politique commence avec les décisions d’achat au quotidien.

 

[1] Cf. mon blogue du 7 mars 2016, Le Potager d’un curieux.

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Mise à mort programmée à Marseille

20 Octobre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marseille, Artothèque Antonin Artaud, Culture

Décidément l’Artothèque Antonin Artaud est dans le viseur.[1]

Sans doute ébranlée par la levée de boucliers produite par son lâchage, la DRAC-Paca est partiellement revenue sur sa décision de couper les vivres à ce lieu unique en France puisque implanté dans un établissement d’enseignement, un lycée des quartiers nord  de Marseille.

C’est alors que le loup vient de sortir du bois. Les nains maléfiques, véritables zombies, présidant aux destinées de la Ville ont décidé en catimini de supprimer leur contribution pour l’année 2017. (N’oublions pas que Marseille fut une dérisoire Capitale de la Culture en 20013.)

Le journal La Provence daté jeudi 19 octobre 2017 l’annonce ainsi : « La Ville, qui versait jusqu’à présent 9000 € à l’artothèque, a annoncé qu’aucune aide ne serait apportée en 2017. »

L’année tire bientôt à sa fin, quel bel exemple de gestion prévisionnelle de la part des édiles ! Fielleux, ils renvoient la balle vers la Région et la Drac.

Le budget de l’artothèque se trouve ainsi délibérément amputé de plus de 50%. Quelle institution pourrait faire face sans aucun préavis à un tel coup du sort ? C’est bien d’une mise à mort programmée qu’il s’agit.

Quoi faire ? Impossible de prétendre se substituer à quiconque en préconisant quoi que ce soit. Toutefois, face aux attaques insidieuses venant de toutes parts, il parait fort aventureux de penser que le David culturel des quartiers nord de Marseille, puisse faire plier le Goliath du Vieux Port. Alors pourquoi l’ensemble des associations mises en péril par un obscurantisme sournois ne se réuniraient-elles pas pour tenter d’affronter l’immonde, et organiser une vigoureuse protestation ?

L’urgence commande, il n’est que temps !

 

[1]  Voir articles précédents sur les réalisations de l’Artothèque Antonin Artaud, à Marseille, et ses démêlés avec les pouvoirs officiels : Rapport à un cas d’école (3 octobre 20174) ; Art et pouvoir politique (9 octobre 2017).

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Art et Pouvoir politique

9 Octobre 2017 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Inquisition, auto da fé, art dégénéré, mise à l’index, réalisme socialiste, art contemporain, art pompier, Le Brun, Gros, Meissonnier, Courbet, Zoran Music, Jean Fautrier, Jacques Callot, Goya, Picasso, Chardin, Sisley, Bonnard, Pierre Mendes-France, Jeff Koons, Artothèque Antonin Artaud, Malraux, Christiane Taubira, Marseille, Daniel Buren, Bernard Venet, mondialisation, Monsanto

L’agression en cours contre l’Artothèque Antonin Artaud [1] offre l’occasion d’une amorce de réflexion sur le rapport conflictuel entre l’Art et le Pouvoir politique.

Aussi loin qu’on porte le regard, il apparait que la relation n’a jamais été sereine. A grandes enjambées, reviennent les souvenirs de la Très Sainte Inquisition et ses auto da fé, dont les nazis prendront allègrement la relève en pourchassant l’art dégénéré. Les mises à l’index par le Vatican, l’art officiel florissant au Grand Siècle, bien loin d’être révoqué de nos jours, le réalisme socialiste plus près de nous, constituent des jalons significatifs de la permanente volonté de mise au pas de l’Art et des artistes.

L’art officiel n’a jamais engendré d’œuvres majeures, même si sont révérées les grandes tartines de la peinture historique (Le Brun, David, Gros, Meissonnier...), qui débouchent sur l’art pompier du 19e siècle. Aujourd’hui, il serait bien aventureux de se risquer à  citer une œuvre de cette mouvance à célébrer. Quant au réalisme socialiste, dont le porte-drapeau dans la France d’après-guerre fut André Fougeron, il est heureusement chez nous tombé dans l’oubli.

 

Jaloux de sa liberté de création, donc nécessairement marginal par rapport aux institutions, l’artiste et son expression artistique dérangent et insupportent le Pouvoir politique. Ce n’est pas pour rien que Courbet, adversaire farouche de l’académisme, transgresseur des hiérarchies par le choix de ses thèmes, fut emprisonné à Sainte-Pélagie après la défaite de la Commune.

L’Art n’est jamais vraiment politiquement rentable.

Connait-on beaucoup de personnages politiques férus d’art ? Que cela pourrait-il leur rapporter ? Bien sûr, on peut objecter quelques noms, de Malraux à Christiane Taubira, que cela change-t-il dans les faits ? Quelques phares à éclipses ne dissipent pas le brouillard.

La politique traditionnelle donne en permanence les orientations officielles. Elle est avant tout soucieuse du court terme des élections à venir. Or l’Art résiste. Il résiste à tout, même à la barbarie des camps de concentration (Zoran Music, Jean Fautrier...). Il conteste les effets dévastateurs de la guerre (Jacques Callot, Goya, Picasso...). Il loue la beauté de la vie simple et naturelle (Chardin, Sisley, Bonnard, Matisse...)

L’Art est lié aux grandes constantes, la vie, la mort, la condition humaine, les mythes.

La politique garde constamment le nez à la vitre, elle dédaigne ce qui la dérange, a fortiori ce qui remet en question ses pratiques boutiquières. (De ce point de vue, Pierre Mendès-France a raté sa carrière de politicien.)

Au nom du réalisme et du possible, la politique au pouvoir ignore délibérément l’utopie, elle la combat même, alors que l’Art s’ouvre largement au rêve et au sensible.

 

Puisque l’Art est de fait réputé superflu, il est tout à fait normal qu’il soit détrôné par le sport à la télévision, et qu’aucune place véritable ne lui soit ménagée sur les antennes.

Qui se préoccupe de nos jours, quel Ministère, quelle voix officielle, de l’inexistence de relation entre Culture, Art, Enseignement, et Education ?

Cantonné au rang de valeur marchande spéculative propre à cultiver l’entre soi d’une poignée de financiers internationaux, il est normal qu’artistes authentiques inaptes à se transformer en fabricants de gadgets et de multiples à la Jeff Koons, et amateurs passionnés, soient négligés.

Objecteurs sans pouvoir, incapables de s’organiser, de s’unir, artistes authentiques et amateurs passionnés ne sont que des pelés, des galeux, bons à se soumettre ou à crever dans leurs thébaïdes.

Personne de sérieux ne se plaindra de leur disparition, dont personne d’ailleurs ne s’apercevra puisqu’ils sont inconnus du grand public, celui qui vote en colonnes par deux.

 

Et l’Artothèque Antonin Artaud dans tout ça ?

 

La politique du nivellement va de pair avec le développement aveugle de la puissance financière.

Des entreprises de dimensions différentes existent sur un même marché ? Le souci de rationalisation et d’optimisation de la rentabilité commande des regroupements, des absorptions, des fusions, des délocalisations, au nom de l’accroissement des bénéfices.

Il y aura des laissés pour compte ? Oui, sans aucun doute, mais a-t-on jamais fait une belle omelette, onctueuse à souhait, sans casser d’œufs ? L’essentiel est de se montrer conquérant et d’aller dans le sens de l’Histoire, la seule qui compte, la nôtre ! clament à l’unisson les maitres d’œuvre de la mondialisation  offensive.

Il en va de même dans le domaine culturel. Comment pourrait-on continuer à accepter de verser des fonds sans exercer un droit de regard total sur les activités et la nature des bénéficiaires ? Comment admettre de ne pas user largement de l’emprise absolue que confèrent les cordons de la bourse ? Se comporter différemment serait travailler à fonds perdus.

Des théâtres fusionnent, absorbent, sont absorbés, disparaissent. Les aides sont mieux maitrisées parce que réduites, les programmations sont mieux contrôlées, la confiscation des esprits progresse. Des associations sont asphyxiées ? Soit, mais le paysage est tellement plus lisible... Et les contestataires sont neutralisés, l’ordre gagne du terrain.

 

Ces gens de l’Artothèque Antonin Artaud ont le culot de se prétendre depuis trente ans maitres de leurs décisions, maitres à bord.

Ils n’exposent que des artistes qu’ils connaissent, repèrent, apprécient. Aucun de ceux-ci n’est répertorié par le Who’s Who, ou le livre Guinness des records. La plupart sont des régionaux de l’étape, ou des voisins immédiats. Inadmissible, cela fait tache !  

Le Ministère de la Culture, par le biais de sa  Direction Régionale des Affaires (« les affaires sont les affaires ») Culturelles (DRAC) a trop longtemps versé des subventions sans exiger un droit de regard sur les choix opérés. Il faut que cesse ce laxisme, cette anomalie !

Comme il serait difficile, car trop voyant, d’exiger la cessation d’activité de cette artothèque implantée dans un lycée des quartiers nord de Marseille, elle sera tout simplement soumise à un « Comité d’experts » (sic) spécialistes de la diffusion de l’art officiel d’Etat que l’on appelle Art Contemporain (AC). Pour s’assurer du succès de l’opération, elle sera mise sous tutelle du FRAC, qui est sur place le commissaire politique en charge de la mise au pas et du respect de l’orthodoxie officielle, dont les archanges se nomment Daniel Buren, Bernard Venet, et consorts.

 

Il n’y a pas que Monsanto pour diffuser des produits toxiques.

 

[1] Voir mon blogue précédent, 3 octobre 2017 – Rapport à l’art : un cas d’école

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