Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Etat d'alerte

1 Juin 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Président de la République, migrants, Droits de l'Homme, Ministre de l'Intérieur, Parcoursup, Lycée Arago, O. Besancenot, Arrêt sur image, Serge Dassault, Gauche, violences policières

Le gentil Président se fait prendre en photo recevant un jeune malien sans papiers, « bon héros » ayant spectaculairement sauvé un enfant en plein Paris en escaladant à mains nues une façade d’immeuble (chapeau à l’auteur de l’exploit). Il le fait régulariser immédiatement (bravo !) et, cerise sur le gâteau, lui demande s’il veut devenir français. Une formation de pompier lui est promise.

Les médias s’esbaudissent, le parterre applaudit. Voyez, voyez bonnes gens comme il est beau, comme il est humain notre jeune Président !

En réalité il ouvre la porte à une personne, pour plus aisément la fermer à d’autres. Il se met en scène sous son meilleur profil, pour plus aisément poursuivre son extrémisme politique.

 

Pendant ce temps, de « mauvais héros » coupables d’assistance à personnes en danger sont inculpés, détenus de manière « préventive » (il est vrai qu’ils pourraient récidiver au nom de l’entraide entre humains - délit de solidarité !). Ils ont osé, les factieux, les mauvais citoyens, les dangereux fauteurs de trouble, venir en aide à des migrants en détresse perdus dans la montagne enneigée de Haute-Provence. (L’arrivée du printemps commence à révéler la présence de cadavres dans les rivières et les vertes prairies.)

Simples faits divers passés sous silence par les têtes de gondole médiatiques. De toute façon de quoi se mêlent-ils ceux qui prétendent agir au nom des Droits de l’Homme ? Ils se substituent illégalement aux « autorités compétentes ». « À la trappe, Mère Ubu ! »

 

Pendant ce temps, M. le Ministre de l’Intérieur, indispensable bras droit  du Président, agissant sous son strict contrôle, souhaite urbi et orbi que désormais les manifestants défendent le droit essentiel à la manifestation d’une opposition en faisant eux-mêmes la chasse aux casseurs infiltrés parmi eux, alors que la police ne parvient ni à les repérer, ni à les maitriser. Il ose avancer que cela peut constituer une condition au maintien du droit à manifester.

 

Pendant ce temps, à Paris, des lycéens contestataires sont placés 48 heures en garde à vue sans que leurs parents ne soient prévenus. Mesure notoire d’intimidation pour ceux qui seraient tentés par un grand monôme contre la plateforme Parcoursup d’accès aux études supérieures. « Quand vous faites 100 gardes à vue et que vous ciblez des lycéens et notamment des mineurs, vous envoyez un message : faire peur à ceux et celles qui veulent se mobiliser » note avec justesse Olivier Besancenot dans un récent entretien.

 

Grand capitaine d’industrie, puissant patron de presse, homme politique sulfureux, actionnaire d‘un club de football, Serge Dassault, vient de mourir.

Voici un extrait de ce que souligne Serge Schneidermann dans sa chronique d’ « Arrêt sur Image » du 29 mai 2018 :

"Il avait dû affronter des démêlés judiciaires" : sept mots, en tout et pour tout. C'est en sept mots, que Le Figaro (...) évoque les condamnations et mises en examen de son actionnaire, Serge Dassault, mort hier dans son bureau, à 93 ans. Quant à l'article consacré à la carrière d'élu du disparu, dans l'Essonne (...) c'est encore mieux : pas un mot. Sept mots, donc, pour résumer aux lecteurs du Figaro la condamnation à cinq ans d'inéligibilité et  deux millions d'euros d'amende pour blanchiment de fraude fiscale (le procès en appel devait se tenir la semaine prochaine), ainsi que la mise en examen du défunt pour achat de votes à Corbeil (l'instruction a été clôturée en juillet dernier, après trois ans). »

 

Mais où donc en sommes-nous ?

Il serait grand temps d’ouvrir les yeux et de cesser de se repaître de déclarations outrancières supposées auto-réalisatrices (« Fête à Macron », « marée populaire », etc.), comme le font les dirigeants d’une gauche en lambeaux incapable de fédérer l’expression des mécontentements et déconvenues accumulés face au mépris hautain du pouvoir.

L’extension et l’aggravation des pratiques policières (les violences à répétition à N-D des Landes entretiennent un climat guerrier), associées au lavage de cerveau permanent (« grande » presse, radio, télévision), font que le libéral fascisme avance à pas de géant.

Et notre si charmant Président bat la mesure. Et l’auditoire anesthésié ne le voit toujours pas pour ce qu’il est.

L’allusion, la remarque en passant, la réserve appuyée, l’expression d’un désaccord, voire d’un refus toujours trop poli, ne sont plus de mise. Chercher à démasquer ne suffit plus, il faut dénoncer haut et fort la dérive totalitaire en cours, pilotée par des esprits pervers prétendant en permanence se tenir à distance de ce qu’ils instaurent à grandes enjambées.

C’est par un processus analogue que dans les années 1930 la pusillanimité a entrainé le monde dans l’horreur que l’on sait.

Lire la suite

Conviction, persuasion

27 Mai 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #5e République, En Marche, Sagault Blogue d'un Homme moyen, convaincre, persuader, Joubert Pensées, La Fontaine Fables

Après des années de flétrissure et de tambouille tacticienne, qui peut continuer à s’intéresser aux produits des appareils politiques, comme à ces appareils eux-mêmes ? Les Sarkozy, Valls, Hollande, et tutti cuanti d’où qu’ils sortent n’ont plus aucun attrait. Morts vivants, véritables zombis, ils sont totalement démonétisés. Pathétique de les voir continuer à agiter leurs petites menottes pour tenter d’attirer un peu d’attention.

En toile de fond, une Constitution monarchienne et un appareil d’État formé au service de l’Incarnation de l’État.

Lassitude, écœurement généralisé, difficultés économiques et sociales, troubles invasifs, font que le climat est propice au changement. Se présente un « homme nouveau », dénué d’appareil politique à l’ancienne, soutenu par une forme molle dénommée Mouvement, douée de l’attrait d’un inattendu inespéré. Un héroïque chevalier blanc auréolé de sa fougue juvénile et de son aimable apparence vient piqueter le cours de l’Histoire. Des inconnus dénués de solides références politiques ou culturelles se mobilisent, désireux d’actions concrètes. Ils s’engagent dans une aventure exaltante car propre à dépoussiérer le train-train habituel. Souffle le vent de la conquête d’un espace à réhabiliter. Attirés par l’espoir d’une reconnaissance trop attendue, des ralliements d’aventuriers déçus inscrivent leurs noms à l’affiche. Cette épiphanie fait immédiatement l’objet d’une croyance d’autant plus difficile à récuser qu’elle bouscule les dogmes éculés.

 

Les choses en sont désormais là où nous savons. C’est-à-dire que les raisons de débattre et de s’indigner sont multiples. Cependant, passé le premier cercle, réduit, de ceux avec lesquels l’accord est entendu, franchir un pas de plus s’avère fort difficile, sinon impossible jusqu’à présent.

Un mien ami, outré, ulcéré, des vilénies quotidiennes dont nous sommes témoins, tire à boulets rouges à partir de son blogue « d’un homme moyen. En pure perte, je crois. Pourquoi ? Tentons de comprendre, ne serait-ce qu’un peu.

 

La question n’est pas tant celle de la pertinence des arguments, voire des moyens, employés. Elle tient essentiellement au fonctionnement de l’étrange bestiau que nous sommes, pour lequel le bon sens de la raison n’est pas la chose la mieux partagée.

Convaincre, louable intention sans doute, n’est pas persuader. Donner des preuves ne suffit pas pour amener à reconnaître des évidences.

Plus on affirme, plus on étale de preuves, plus on convainc parfois du contraire de ce que l’on souhaiterait.

La conviction est en fait une opinion assumée, ce qui la rapproche de la croyance. C’est-à-dire de l’irrationnel. Et persuader passe par l’adhésion, donc aussi par l’affectif.

« On peut convaincre les autres par ses propres raisons ; mais on ne les persuade que par les leurs » note Joseph Joubert dans ses Pensées.

« Patience et longueur de temps

Font plus que force ni que rage »

Remarque La Fontaine à propos de la rencontre entre Le lion et le rat.

 

Établir les faits, les rapporter et les soumettre à l’appréciation d’autrui, suppose à l’évidence lucidité, patience et opiniâtreté. En aucun cas ni l’invective, ni le recours à l’argument d’autorité, ne feront avancer la cause qui nous est chère. Peut-être, au contraire, convient-il d’agir par touches légères, sans chercher à rien imposer, prêt à rompre dès que l’autre regimbe. Symptôme significatif : un acquiescement aussitôt suivi d’un mais...

 

« On ne saurait faire boire un âne, s’il n’a pas soif. »

La discussion, la confrontation, ne sont fructueuses que si une part de doute existe en chacun. Sinon, c’est pure perte, alors employons notre énergie ailleurs, autrement.

Lire la suite

Civilisation, décadence, mutation

20 Mai 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Régis Debray, Paul Valéry, Alfred Jarry, civilisation, culture

En 2017 Gallimard a publié Civilisation, un essai de Régis Debray. Environ un an après le livre vient de sortir en édition de poche dans la collection folio (243 p. 19 €).  Il porte en sous-titre « Comment nous sommes devenus américains ».

Facile à lire, écrit dans un style décontracté avec des pointes d’humour, sa densité requiert néanmoins une attention certaine, tant les faits évoqués et les réflexions induites sont essentiels. Cette chronique s’appuie principalement sur le chapitre IV, intitulé Qu’est-ce que la nouvelle civilisation ?

Sa lecture offre quelques pistes de grand intérêt pour tenter de comprendre à quoi attribuer la perte de sens commun, ainsi que la disparition de la mémoire auxquelles nous sommes confrontés au quotidien.

Le postulat sur lequel est fondé le livre tient au constat que l’Europe a cessé de faire civilisation au cours du 20e siècle, tandis que l’Armée rouge a gagné la Seconde Guerre mondiale et que les États-Unis ont gagné la paix consécutive. Debray avance que « si, à leurs deux mille implantations militaires sur les cinq continents, ne s’étaient pas adjoints tente cinq mille Mc Do dans cent dix-neuf pays (dont mille cinq cents en France) accompagnés d’une langue idéale pour la traduction automatique, du rasoir Gilette, des microsillons du saxophoniste Lester Young (...), et du décolleté de Marilyn, il n’y aurait pas aujourd’hui de civilisation américaine. » 

Cette remarque implique évidemment de distinguer culture et civilisation. Une culture est célibataire, elle n’engendre pas de descendance, elle nécessite, un humus, un ancrage stable, elle construit patiemment, elle se protège. Une civilisation décloisonne sa culture d’origine, elle agit, elle est conquérante, elle exige toujours plus, elle rayonne, elle engendre, dépérit, et laisse place à une descendance.

Nous sommes à l’un de ces moments charnières. L’homme nouveau n’est qu’une utopie ancestrale, un mythe. Par contre, le passage d’une manière d’organiser la vie à une autre est une réalité. La crainte tient à l’ignorance de ce qui parviendra à germer ailleurs de ce que nous connaissons. Notre culture nous pousse à l’angoisse.

Grèce, Empire romain, Chrétienté, Empire américain (avec quelle extension, jusqu’à quand ?)...

Tout empire périt et germe en même temps. Si comme le constate Paul Valéry les civilisations sont mortelles, il se pourrait qu’elles ne meurent que pour renaître différentes, ailleurs. Nous devrions alors parler de mutation et non pas d’extinction.

 

Un tableau clinique pour aider à la compréhension de l’aveuglement, du déni, et de l’inertie si répandus de nos jours, si terrifiants, si révoltants.

Depuis quelques décennies le décompte du temps se fait de plus en plus prégnant (time is money) : « on n’a pas le temps, abrégez, faites court... ». il s’agit là d’un véritable attentat contre l’esprit,  tout véritable débat requérant durée, calme, silence et réflexion.

À cela s’ajoute une augmentation considérable de l’espace désormais disponible. Les distances n’importent plus : accroissement de la mobilité, déplacements en TGV ou en avion, zapping à la télé...

« On se mondialise aussi vite que l’on se déshistorise » écrit Régis Debray.

Les techniques du bien communiquer l’emportent sur le bien transmettre : You Tube et autres Face book. La Com’ !

La perte de la notion de temps relatif (être à la fois hier et aujourd’hui) au profit de l’ici et ailleurs au même moment (télé, informatique...) induit un déclin de la mémoire, voire une perte totale de mémoire, au profit d’une remise à zéro perpétuelle (remise à neuf et obsolescence programmée) pour oublier, ou alléger l’encombrement du passé. La perte de mémoire c’est le nez à la vitre d’évènements dénués de perspective.

La déculturation devient peu à peu la norme. (Le prémonitoire décervelage mis en scène par Alfred Jarry, à la fin du 19e siècle, tandis qu’Ubu est devenu Roi au 21e américain.)

L’usage fréquent du terme population, souvent en lieu et place de peuple ajoute au trouble. La population est composée de personnes qui habitent un même espace, elles sont souvent pressées d’aboutir, alors qu’un peuple est constitué d’héritiers d’une histoire, qui eux ont le temps de la recherche et de la réflexion.

S’ajoute à tout cela la primauté de l’image, source d’économie des systèmes de pensée et de réflexion. L’imaginaire est colonisé par les histoires que l’on raconte en trafiquant la réalité, en récupérant les données par des explications souvent spécieuses. L’image l’emporte ainsi sur le fond. Seule prime l’apparence. Le nez est collé à la vitre de l’immédiat. La photographie instantanée (clic-clac merci Kodak) et les selfies jouent ici un rôle capital.

Faut-il rappeler que les conditions matérielles d’existence déterminent les comportements physiques et mentaux ? La colonisation des esprits passe par l’électro-ménager comme le proclamait naguère Moulinex prétendant libérer la femme.

Il n’y a pas si longtemps, les penseurs et philosophes enseignaient pour la plupart, maintenant ils participent à des talk-shows télévisés et minutés. Et les politiques se préoccupent essentiellement de construire des images positives d’eux-mêmes.

Ainsi s’est constitué le règne de l’esbroufe et du bluff.

Le champ visuel a dévasté celui du symbolique.

Construction de l’imposture + absence de recul + impossibilité d’autres hypothèses = Perte totale d’objectivité.

 

 Tout ceci « est une longue histoire, conclue Debray, où le sourire finit par l’emporter sur les larmes d’un instant ».

Des civilisations se sont effondrées, absorbées par d’autres. La culture des dominés n’a jamais été totalement éradiquée par les dominants, qu’elle a souvent influencés.

Se lamenter serait pure perte, efforçons-nous de porter notre regard sur les germes susceptibles d’hybridation déjà perceptibles çà et là. Le renouveau se dessine. Nous sommes dans la file, nous avons pris la suite, mieux que des pleurs il importe de passer des témoins aux successeurs.

P.S. : Cette conclusion est à tempérer, ainsi qu’un ami lecteur me l’a souligné, d’une réflexion sur l’accélération funeste de la destruction de la planète par l’homme lui-même. Alors la question du passage de témoins à des successeurs suppose un préalable : au train où vont les choses, peut-on encore longtemps imaginer possible l’existence de successeurs ?

Lire la suite

À propos de la violence politique

11 Mai 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #violence politique ; Mélenchon ; mouvements sociaux ; Eternel retour ; Jean Jaurès ; Clémenceau ; catastrophe de Courrières ; révolution

Des brutalités assorties de dégâts ont à nouveau eu lieu lors du défilé du 1er mai à Paris.

Hors de question de justifier, encore moins d’absoudre, la violence politique telle qu’elle se manifeste lors de cortèges ou de manifestations d’une opposition politique déterminée. Mais il est insupportable de ne l’aborder que sous forme de jugements moraux indignés, forcément réducteurs, ainsi que le font personnages politiques de droite comme de gauche[1] ou bien journalistes télévisuels, parlant les uns et les autres de casseurs ou de terroristes urbains, négligeant l’analyse des faits auxquels ils s’attachent et ne s’en tenant qu’à la vindicte..

Essayer d’analyser et de comprendre parait la moindre des choses, contrairement à ce qu’a pu affirmer il y a moins de deux ans un récent ancien Premier Ministre adepte de l’intransigeance autoritaire, désormais en mal d’emploi.

 

Où que ce soit, les mouvements de forte contestation ont toujours été accompagnés de heurts parfois tragiques et de dégradations consécutifs à la violence répétée d’un gouvernement ou d’un groupe de gouvernements. Ce qui se passe aujourd’hui n’échappe pas à la règle. 1789, 1830, 1848, La Commune, catastrophe de Courrières 1906, Berlin 1953, Seattle 1999, Gênes 2001, Notre-Dame-des-Landes, État de siège institutionnalisé, impitoyable chasse aux migrants...  

Le scénario est souvent analogue à celui de l’été et de l’automne 1789 : alternance de décisions autoritaires, de saccages, d’hésitation du Pouvoir, puis de brutalités et de destructions répressives. Véritable cycle infernal de l’Éternel retour.

Dans un discours prononcé à la Chambre des députés en 1906, après la catastrophe de la mine de Courrières[2], Jean Jaurès s’exprime dans des termes étrangement actuels. Il est clair pour lui que la violence populaire n’est jamais qu’une contre-violence immédiatement réprimée, ce qui l’explique sans la légitimer pour autant, alors que la violence initiale hypocrite et cachée jouit d’une impunité certaine :

« Jean Jaurès : J’estime que l’action légale peut être aujourd’hui plus puissante, plus efficace que l’action convulsive. Nous voulons demander à la classe ouvrière de s’organiser légalement pour échapper à toute tentative et à toute possibilité de violence ; mais, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, nous ne sommes pas, nous ne pouvons pas être les dupes de l’hypocrisie sociale des classes dirigeantes. [...]

Ce qu’elles entendent par le maintien de l’ordre…, ce qu’elles entendent par la répression de la violence, c’est la répression de tous les écarts, de tous les excès de la force ouvrière ; c’est aussi, sous prétexte d’en réprimer les écarts, de réprimer la force ouvrière elle-même et laisser le champ libre à la seule violence patronale.

Ah ! Messieurs, quand on fait le bilan des grèves, quand on fait le bilan des conflits sociaux on oublie étrangement l’opposition de sens qui est dans les mêmes mots pour la classe patronale et pour la classe ouvrière. Ah ! Les conditions de la lutte sont terriblement difficiles pour les ouvriers ! La violence, pour eux, c’est chose visible…

M. le Ministre de l’Intérieur (Georges Clemenceau) : Fressenneville [3] se voit, ce n’est pas un écart de langage, cela !

Jean Jaurès : Oui, Monsieur le Ministre, la violence c’est chose grossière…

M. le Ministre de l’Intérieur : Cependant, elle ne vous frappe pas !

Jean Jaurès : … palpable, saisissable chez les ouvriers : un geste de menace, il est vu, il est retenu. Une démarche d’intimidation est saisie, constatée, traînée devant les juges. Le propre de l’action ouvrière, dans ce conflit, lorsqu’elle s’exagère, lorsqu’elle s’exaspère, c’est de procéder, en effet, par la brutalité visible et saisissable des actes. Ah ! Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclat de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continueront la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. Cela ne fait pas de bruit ; c’est le travail meurtrier de la machine qui, dans son engrenage, dans ses laminoirs, dans ses courroies, a pris l’homme palpitant et criant ; la machine ne grince même pas et c’est en silence qu’elle le broie. [...]

La même opposition, elle éclate dans la recherche des responsabilités. De même que l’acte de la violence ouvrière est brutal, il est facile au juge, avec quelques témoins, de le constater, de le frapper, de le punir ; et voilà pourquoi toute la période des grèves s’accompagne automatiquement de condamnations multipliées.

Quand il s’agit de la responsabilité patronale – ah ! laissez-moi dire toute ma pensée, je n’accuse pas les juges, je n’accuse pas les enquêteurs, je n’accuse pas, parce que je n’ai pas pu pénétrer jusqu’au fond du problème, je n’accuse pas ceux qui ont été chargés d’enquêter sur les responsabilités de Courrières, et je veux même dire ceci, c’est que quel que soit leur esprit d’équité, même s’ils avaient le courage de convenir que de grands patrons, que les ingénieurs des grands patrons peuvent être exactement comme des délinquants comme les ouvriers traînés par charrettes devant les tribunaux correctionnels, même s’ils avaient ce courage, ils se trouveraient encore devant une difficulté plus grande, parce que les responsabilités du capital anonyme qui dirige, si elles sont évidentes dans l’ensemble, elles s’enveloppent dans le détail de complications, de subtilités d’évasion qui peuvent dérouter la justice. [...]

Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.

Vous me disiez, monsieur le ministre, que nous vous accusions d’avoir caché un cadavre ; non, nous ne vous avons pas accusé d’avoir caché un cadavre, mais il y a 1 400 cadavres que la société capitaliste est en train de cacher ! »      

 

C’est bien aux sources de la violence de l’État qu’il convient de s’attaquer en priorité, plutôt qu’à ses inévitables conséquences politiques que sont les manifestations publiques. L’absence de véritable réforme fiscale depuis des décennies et l’accroissement des privilèges sont à combattre en permanence car ils entretiennent violence et contre-violence.

Le cycle répétitif abus et prérogatives-révolte-répression n’est en rien une voie de solution. Il ne fait qu’alimenter la rage permanente face à laquelle les procédures dites démocratiques sont impuissantes.

Couper la racine du mal ne semble pas hélas la priorité actuelle.[4] En outre, le recours a priori au jugement d’ordre moral rend impossible toute éventualité de dialogue. Il ouvre la porte aux ravages de la passion.    

 

 

[1] Diatribe à la TV de J-L Mélenchon trop souvent emporté par sa fougue, oublieux de l’enseignement de l’Histoire auquel il tient tant cependant, rappelant hélas dans le cas présent le discours de la CGT et du PC en mai 68. Sa capacité à se tirer des balles dans le pied est navrante.

[2] La plus importante catastrophe minière d’Europe, avec plus de 1200 morts et des responsables qui sacrifièrent des mineurs pour sauver des installations et des équipements.

[3] À Fressenneville, en avril 1906, le château du plus important patron de la commune fut incendié lors d’un mouvement de grève.

[4] Dans son dernier ouvrage, Qui a tué mon père (Le Seuil éd., 96 p., 12 €), Édouard Louis clame avec une force singulière la responsabilité des dirigeants de l’État dans le désastre socio-politique actuel. Un vigoureux pamphlétaire bouscule l’entre soi conformiste littéraire.

Lire la suite

Il y a cinquante ans, mai 68

5 Mai 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Mai 68, Pierre Viansson-Ponté, Daniel Cohn Bendit, François Missoffe, Simone de Beauvoir, Pierre Charpy, de Gaulle, CGT, Georges Séguy, Beaux-Arts Paris, Jean-Louis Barrault, André Malraux, PSU, Michel Rocard, Pierre Mendès-France,

Un cinquantième anniversaire ça peut-être au choix : simple commémoration, célébration, consécration, ou bien tentative d’anéantissement par récupération. Dans le cas de Mai 68...

Une amie vient de m’envoyer quelques réflexions sur fond de psychanalyse jungienne. J’en ai extrait des passages significatifs pour les besoins de ce papier.

À la suite de quoi j’ai revisité un texte écrit en 2003.

 

I

 

« En 1968 la France croyait au « Progrès » avec un grand P. Elle asseyait cette certitude sur une vision cartésienne, rationnelle, inébranlable à l'époque, des hommes « comme maîtres et possesseurs de la nature ».  Cette idéologie humaniste saluée par les Lumières, n'était remise en cause par aucun des partis politiques en présence, qu'ils soient de Droite ou de Gauche.

(...) Rien n'émergeait dans les yeux de l'intelligentsia d'alors, à tel point que Pierre Viansson-Ponté lançait dans Le Monde du 15 mars 1968 son fameux « La France s'ennuie ».

En janvier 1968 Daniel Cohn-Bendit avait apostrophé François Missoffe, Ministre de la Jeunesse et des Sports venu à Nanterre inaugurer la piscine « J'ai lu votre livre blanc sur la jeunesse. Trois cent pages d'inepties ! Vous ne parlez pas des problèmes sexuels des jeunes ». (...) Le ministre lui aurait répondu « Si vous avez des problèmes de ce genre, je vous conseille de plonger dans la piscine ». C'était à l'image des tenants de l'autorité à l'époque : cette  interpellation, certes effrontée, n'était pas encore audible. Oui, la révolution sexuelle était en marche. Non pas seulement celle de sa libération, mais surtout celle de la part féminine de la société venue brusquement se rappeler à la part masculine, ultra dominante d'alors.

Car rappelons-nous l'époque : dans la sphère publique c'est à dire économique, politique et savante, la société était en totalité investie par sa part masculine. (...) Des brèches légales s'ouvraient progressivement. Mais, investis sur les avantages de leurs places, volontairement ou involontairement, les hommes les  confisquaient. 

Si le témoignage de Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient », avait fait son chemin, il n'avait pas suffi. (...). Rappelons-le ici : c'est en 1965 que la femme mariée n'est alors plus considérée comme citoyenne « mineure ». Cette société (...) délégitimait de façon volontariste le corps, les sentiments, les impressions, pour ne prendre en compte que les aspects rationnels cautionnant une réussite économique et scientifique (...). 

(...) Les aspects considérés comme non rationnels étaient réservés à la sphère féminine exclue du débat sur les transformations dues au « Progrès ». Cette sphère incomprise, ignorée et systématiquement refoulée dans ses dynamiques propres devenait explosive. (...) L'économie battait son plein mais le débat sociétal et politique était confisqué par les « mandarins » si intelligents soient-ils, acquis au culte du Progrès, idéologie commune à tous. (...) pour faire simple, juste différente sur les conditions de sa production et de sa répartition selon qu'ils étaient de Droite ou de Gauche. (...)

Ceux qui aimeraient enterrer un peu trop hâtivement l'élan de Mai 68 ne doivent pas se tromper de débat. Les erreurs d'interprétation de ce mouvement à connotation libertaire pouvant  conduire à une forme d'anomie de la société sont en effet dommageables. Mais réfléchir à l'organisation de notre avenir et du progrès avec un « p » plus empreint d'humilité, en permettant aux dynamiques « féminines » et « masculines » d'avoir voix au chapitre conjointement, cette mutation est à préserver et développer - avec soin -. Les débats actuels nous le rappellent. (...)

Pour une construction plus solide et anticipatrice, ils mériteraient d'être moins offensifs et plus complémentaires. »

C.B,, ex étudiante à Nanterre, 22 ans en 1968

 

II

 

Mai 68 fut un temps d'une intensité rare, un temps de découverte, une véritable Renaissance. J’avais alors largement passé l’âge d’être étudiant, le poids du pouvoir gaullien entretenait toutefois chez moi une opposition latente aux manœuvres de la politique. J'enrageais de n'être pas parisien et de vivre les événements surtout par procuration.

Un vent de liberté, de création et d'intelligence soufflait tout à coup. J'étais passionné. Daniel Cohn-Bendit était l'emblème d'une audace irrévérencieuse qui me ravissait, le voir tenir tête aux représentants du pouvoir, les ridiculiser, rouler dans la farine le lamentable Pierre Charpy, journaliste aux ordres, me réjouissait. Il osait et réussissait ce que je désirais depuis si longtemps. Le système gaulliste semblait aux abois, peut-être le moment approchait-il où nous verrions enfin disparaître le Général et sa clique, « dix ans ça suffit ! »

Alors que la France laborieuse vibrait et se mobilisait à l’unisson, la C.G.T. jouait une partie solitaire, elle achevait de se discréditer avec son minable secrétaire général, Georges Séguy, tout comme le Parti Communiste faisant tout pour freiner le mouvement ainsi que le Parti Socialiste aux basques duquel pesait si fort son rôle pendant la guerre d’Algérie.

La parole s'est mise à circuler, les slogans titillaient les esprits réveillés, les gens se parlaient, s'interpellaient, osaient des propos joyeux et un peu fous, les statuts établis s’effritaient, devenus soudain défroques ridicules, un ordre social différent s’amorçait par le biais de relations dénuées de préjugés, une surprenante intelligence politique largement partagée émergeait, un irrespect créateur s’installait. L’art fusionnait avec le politique, l’École des Beaux-Arts de Paris était devenue un atelier de production d’affiches et de dessins militants. Jean-Louis Barrault s’était associé à l’occupation du théâtre de l’Odéon dont il était le directeur, ce qui lui vaudra les foudres d’André Malraux, Ministre de la Culture dépassé par l’événement.

Plus rien ne fonctionnait, Mai 68 appartient autant au monde du travail qu’aux étudiants. C’était un peu la fête, comme un retour à un ordre beaucoup plus naturel. Il devenait possible de s’autoriser à rêver. Des assemblées citoyennes germaient çà et là, moments de bonheur, moments d’exaltation, utopies porteuses de vie.

Tout pouvait être remis en question, une page semblait se tourner pour aborder une société libérée, inventive et grosse d'espoir.

Quelque chose me rappelait la Libération ; il s’agissait d’une libération personnelle, les voies immuables, figées, devenaient franchissables, la transgression était possible, les culs de sac de la conformité révélaient une issue cachée. Ce mouvement collectif mais nullement massificateur, refusant toute compromission avec les institutions établies, m’a conforté dans la conviction que chacun doit d’abord être responsable de soi-même sans attendre l’apport de tiers décideurs.

L’un des slogans d’alors, « un bon maître, on en aura un lorsque chacun sera le sien », illustrait parfaitement cette idée. La contestation des allant de soi sociaux, culturels et politiques renforçait à la fois mon individualisme et mon sentiment d’une participation joyeuse à un collectif fondateur. Mai 68 brilla comme un soleil généreux. Ce fut avant tout une expérience partagée qui permit à un grand nombre de connaître une concordance entre le dire et le faire.

Le Parti Socialiste Unifié (P.S.U.) dirigé par le jeune et fringant Michel Rocard en liaison avec Pierre Mendès-France, attirait par sa capacité de réflexion, ses exigences de clarification et son intransigeance. Je me suis dépensé pour contribuer à la mise en échec du Général lors du référendum du 28 avril 1969, moins d'un an après sa triomphale reprise en main des affaires de l'État.

À coup sûr une chape a sauté, même si la désillusion de la perpétuation du pouvoir gaulliste fut considérable.

Les résonances de Mai 68, vite dénaturées, se firent cependant longuement entendre. Après, les relations interpersonnelles ne furent plus les mêmes, une aisance nouvelle s'était installée et demeure très partiellement aujourd’hui encore, les rigidités hiérarchiques avaient sauté, le ridicule des situations établies apparaissait au plein jour. Détail non négligeable, témoignage d’une revendication d’égalité entre les personnes, le tutoiement entre interlocuteurs se connaissant à peine est devenu plus fréquent et beaucoup plus aisé qu'auparavant. (...) L’individu trouvait enfin sa valeur, sa puissance novatrice.

 

Depuis, les positions prises par Cohn-Bendit sont devenues de plus en plus discutables. Sans perdre de sa vigueur, il s’est affirmé politicien parmi les autres, prêt à des alliances opportunistes. Les autres dirigeants étudiants du mouvement de mai 68 sont rapidement rentrés dans le rang. Ils ont fait carrière dans l’Éducation Nationale, dans le conformisme littéraire, dans la politique, le journalisme  ou « l’humanitaire ».

Il faut hélas reconnaître que cinquante ans après le reflux est à peu près total. Cynisme, mépris, autoritarisme, non droit et privilèges pour les tenants d’un pouvoir financier sont toujours la règle. Toute contestation, toute révolte, toute expression contraire, s’apparentent à des non événements dont il n’y a pas lieu de tenir compte, verticalité du pouvoir aidant.

Cependant, rien ni personne ne pourront faire que le souffle de Mai 68 n’ait jamais existé. Si l’événement est passé, s’il appartient à l’Histoire, ses traces brillent aujourd’hui comme un soleil noir.

Bien sûr, Mai 68 ne se reproduira pas à l’identique, l’ardeur continue néanmoins à couver çà et là sous les cendres. La prise en compte de la destruction des conditions de vie sur la Planète, la nécessité absolue d’inventer de nouvelles formes de vie en société, foisonnent et commencent à pousser leurs rhizomes. Des formes alternatives s’élaborent et envisagent la possibilité d’un autrement. Signe encourageant : le Pouvoir s’en émeut, qui tente de rejeter le collectif au profit de l’individuel.

Tout porte à penser qu’un cycle s’achève, que, bien qu’encore dans le flou, nous sommes aux prémices d’un commencement. La fougue de la jeunesse et le témoignage de la vieillesse ont à faire ensemble.

Lire la suite

Éloge de l’enfumage permanent

28 Avril 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Information, esprit critique, soumission, NRF, ND des Landes, SNCF, contrainte

 

La cinquantaine bien portée, soucieuse  de son élégance, visage empreint de sérieux, illuminé d’un fréquent sourire, chaleureuse et douée d’humour, c’est une femme déterminée, puissamment attachée à des principes fondamentaux, et cependant étrangère à tout sectarisme. Nous échangeons souvent sur des sujets d’importance, sa clairvoyance, son bon sens et sa générosité ne manquent jamais de me frapper.

Toutefois...

- M. Macron, tout de même, il fait ce qu’il peut. Il pense au bien de la France, il et le premier à vouloir vraiment changer les choses... vient-elle de me déclarer tout de go.

D’où vient cette affirmation ? Mon saisissement est réel, persuadé de l’inanité d’une réponse immédiate, soucieux de me garder de toute polémique, je botte en touche en lui suggérant d’en parler tranquillement, à un autre moment. Ce papier devrait m’y préparer.

 

Que lui dire, que dire à ceux qui partagent son sentiment, comment s’y prendre ?

Questions difficiles, peut-être même quasi insolubles, tant la raison est démunie face aux pseudo évidences suscitées par les apparences et le discours officiel ambiant assis sur une affectivité diffuse. Il y a toujours un moment où les preuves cèdent le pas aux affects. C’est le fameux : Oui..., mais... Dans ce cas, le mais marque ce moment ou la force des évidences devient insupportable car génératrice d’angoisse. La crainte est maitresse de la soumission.

 

Le Pouvoir sait cela, il en use habilement.

 

Voilà sans doute ce qui permet son aplomb à notre actuel Président, notre plus jeune chef de l’État depuis Napoléon, si propret et si bien comme il faut, qu’on pourrait lui donner le Bon-Dieu sans confession.

Lisons attentivement ce qu’il déclare à la vénérable Nouvelle Revue Française (NRF), dans son numéro daté mai 2018 :

«Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque (...) Les Français aiment qu’il y ait une histoire. J’en suis la preuve vivante ! »

Peut-on faire plus cynique, plus méprisant ? Les Français aiment Harlequin et la littérature de gares, je suis leur héros favori, je leur sers les belles histoires qu’ils attendent, celles de la réussite d’un Prince charmant !

Autrement dit, Bonne nuit les petits, je suis le marchand de sable, qui aime tant faire ami-ami avec le gros Nounours de la Maison Blanche.

 

Face à cela, quelques données en vrac à tenter de faire prendre en compte par mon interlocutrice et quelques autres :

Dès son arrivée au pouvoir suprême, il décide de gouverner par ordonnances afin de se libérer du poids des contraintes parlementaires. Il fait ainsi adopter tambour battant des dispositions mettant à mal le droit du travail tel qu’il existait jusqu’à présent. Si le faire évoluer pouvait apparaitre nécessaire, précariser les travailleurs est une autre affaire.

Les mesures financières et fiscales récemment adoptées tendent à favoriser les plus gros possédants au détriment des classes moyennes et des retraités.

Désormais, les principales mesures de l’état d’urgence sont pérennisées par leur inscription dans le droit coutumier.

Il parle çà et là d’écologie et de climat, sans pour autant prendre de décisions importantes.

Face aux contestataires, il organise une apparence de dialogue alors qu’il ne saurait être question d’admettre la moindre remise en question de décisions estimées inamendables et irrévocables. La gestion du dossier Notre-Dame-des-Landes, la réforme de la SNCF, et la situation des Universités offrent des preuves flagrantes d’un redoutable aveuglement autoritariste.

L’idée du collectif est insupportable, il répond par l’imposition de procédures individuelles.

La politique développée à l’égard des réfugiés et des immigrés en général est une des plus répressives qui soient. Seule la coercition est envisagée. L’assistance à personne en danger est assimilée à un délit.

Politique de contraintes et déploiement policier sont devenus les deux mamelles d’un régime de moins en moins démocratique.

La vente d’armements à des pétromonarchies qui les utilisent contre leurs peuples ou leurs voisins immédiats est encouragée et développée.

 

Aucune de ces données n’est cachée. Toutes sont aisément accessibles. Les répéter ne sert sans doute pas à grand-chose. Comment faire en sorte que curiosité, désir de savoir et esprit critique soient à nouveau sollicités ?

Il dépend sans doute de chacun d’entre nous de faire un pas vers son voisin, de tenter d’établir un dialogue et d’essayer de comprendre à quoi tient le refus des évidences. Patience et longueur de temps... Certes, mais le temps nous est de plus en plus compté.

Lire la suite

Un écrivain japonais réfléchît en français sur la société

20 Avril 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

En ce temps du mépris affiché, des mensonges récurrents, de violences coutumières, et d’affirmations dogmatiques, il est indispensable de trouver des refuges où se ressourcer. La lecture est plus que jamais nécessaire. Lire est une forme de résistance au décervelage organisé.

 

C’est en écoutant une émission de radio, probablement sur France-Culture, que j’ai réalisé que la parfaite maitrise de la langue de celui qui parlait sans l’ombre du moindre accent étranger était le fait d’un écrivain japonais et non d’un habile traducteur. La claire intelligence des propos, leur pertinence et leur intérêt m’ont décidé à me procurer le livre sans tarder.

Les éditions Arléa viennent de publier Dans les eaux profondes (223 p., 19 €) par Akira Mizubayashi. Il s’agit sans aucun doute d’un ouvrage notable.

 

Le livre est articulé en deux grandes parties fortement liées.

 

Nous apprenons d’abord combien la pratique du bain japonais a structuré les relations inter personnelles au cours du temps. À partir de variations, d’aller-retour entre le proche et le lointain, l’individuel et le collectif, l’histoire et l’Histoire, l’évocation de scènes de bain dans le cinéma japonais, voire américain, l’auteur nous achemine vers un savoir-vivre raffiné, subtil et poétique, ferment d’une civilisation bien particulière.

Il rapporte ses souvenirs, parfois intimes, pour nous dire l’importance du rituel, la jouissance du bien-être, l’occasion unique d’un rapport à l’autre qu’interdisent les conventions. Quelques pages très fortes sont consacrées à l’évocation du dernier bain offert à son père, peu de jours avant son décès. Émotion, pudeur, plaisir ultime du partage.

Peu à peu émerge un parallèle possible entre le bain public et le rôle joué par le café dans le monde occidental. Lieu d’échange, lieu de rencontre, lieu d’ouverture, là où le naturellement non-dit peut trouver à s’exprimer.

Mais l‘évolution de la société japonaise influencée par l’Occident fait que les bains publics disparaissent au profit de « la douche rapide à l’européenne ».

 

Alors que le  bain aurait pu être le cadre structurant d’une démarche collective, au sens du Contrat social de J.J. Rousseau, fondement de la démocratie, le Japon est en train d’effectuer un retour au passé dictatorial, ultra nationaliste, désireux de mettre fin au régime issu de l’immédiat après-guerre et de l’horreur atomique.

 

La seconde partie du livre est consacrée à une réflexion sur la notion de démocratie et son absence dans la culture nippone.

 

Ayant adopté le français, dans lequel il s’exprime désormais, Mizubayashi regarde avec lucidité la société française, marquée par les scandales, la corruption, le spectacle lamentable offert par les professionnels de la politique, la montée de l’extrême droite, une politique nucléaire faisant fi de Fukushima, la vente d’armes aux pétromonarchies... Mais... l’existence de lieux et de résistance intellectuelle, de vigilance critique – la France de Montaigne, celle du Collège de France – lui permet de ne pas désespérer.

 

Pour lui, « les Japonais ne voient rien, n’entendent rien, ne sentent rien, avalant à satiété les sottises divertissantes diffusées par les pires canaux médiatiques. On les dirait prêts à mourir dans une sorte d’anesthésie générale pratiquée sur leur esprit à leur insu. »[1]

Procédant par cercles concentriques, il poursuit en examinant la structure de la langue japonaise et les comportements induits, puis il passe à Jean-Jacques Rousseau, à la fresque de Lorenzetti, le bon et le mauvais gouvernement, au Palais communal de Sienne.

Les effets du mauvais gouvernement évoquent immédiatement l’Apocalypse atomique de 1945. L’auteur enchaine sur Tchernobyl et Fukushima, désastre en cours...

« Le nucléaire est aujourd’hui une des failles emblématiques d la politique japonaise ; mais on peut certainement en dire autant pour la Fiance et les autres pays nucléarisés pour la bonne raison qu’il échappe, dans une large mesure, au contrôle par le peuple. »

 

La démocratie est à bout de souffle au plan mondial, note-t-il non sans raison.

 

Les dernières pages, fort émouvantes, sont consacrées à l’empreinte quasi indélébile de la langue maternelle et à l’ouverture que représente l'adoption d’une langue paternelle, telle que le français.

 

Très certainement un livre à lire, un livre auquel revenir.

 

[1] Je ne puis m’empêcher d’extraire quelques phrases du papier qu’Alain Sagault vient de publier le 17 avril 2018 sur son blogue :

« J’écoutais parler l’autre jour des gens sérieux (...) Ils disaient tous les mêmes sottises à la mode (...) ils avaient manifestement l’impression de penser par eux-mêmes, alors qu’ils enfilaient les slogans consensuels comme autant de perles d’inculture (...) C’était très sympathique, et absolument terrifiant (...) Ils avaient tout lieu d’être contents, leurs maîtres leur avaient jeté un os intellectuel (...) »

Lire la suite

Mesclun prosaïque

12 Avril 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jules Laforgue; Max Jacob ; René Char ; montgolfière ; Kafka

 

Ah ! Que la vie est quotidienne 

s’exclame Jules Laforgue, dans sa Complainte sur certains ennuis

 

Faire refaire répéter sans cesse se conformer

tenter de saisir l’eau à pleine main

mais

il y a toujours place pour l'imprévu

alors

repérer la cale à faire sauter

pour

tout ébranler

pour ouvrir une fenêtre

visiter les marges

Formulaires états questionnaires déclarations

demandes attestations enquêtes

imprimés à remplir

renseignements à fournir

numéros matricules références

codes dates situations

emprunter les lignes pointillées cocher les cases

être attentif

ne surtout pas se tromper

Basta !

 

 

 

 

La vie qu’un

simple d

sépare du vide

Il y a cent ans

Max Jacob

imagina

Le cornet à dés  

 

 

Banalité commerciale

inaperçue poétique du décervelage

"2 euros de réduction sur ce produit

La réduction est comprise dans le prix"

imperceptible crétinisme absolu

l'humour antidote a trop à faire

 

 

Le corps douloureux

ou empêché

énonce son désacorps

il se met à son compte

 

 

Le Temps possède-t-il odeur ou épaisseur 

a-t-il quelque dimension

Vivre permet de s'installer dans le provisoire  

un provisoire indéfini

Qu'est-ce que perdre ou gagner du temps 

« J'ai, captif, épousé

le ralenti du lierre

à l'assaut de

l'éternité » (René Char)

Quiconque veut respirer l'air du temps risque l’asphyxie

s’assoir dans le fauteuil du temps aspergé de silence

héberger un temps sans durée

 

 

Les choses exigent de moins en moins

l'accessoire fioriture anecdotique s’amenuise

la matière et la forme du barreau ne sauraient dire l'échelle

 

 

Le premier grand anthropoïde se dresse sur ses pattes de derrière

il tente d'attraper la lune

ses semblables l'imitent

la conquête de l'espace commence

21 novembre 1783

chaussée de la Muette

Pilâtre de Rozier et le Marquis d'Arlande

survolent

la tête du Roi

elle tombera peu après

14 juillet 1789 une anecdote

 

 

 

 

Plaisir de la lecture Tolle et lege

On lit pour poser des questions (F. Kafka).

Lire pour

aller et venir

dans la vie

celle des autres

la sienne propre

 

Lire la suite

« Par-dessus tête », écrits de Jean-Paul Curnier

4 Avril 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jean-Paul Curnier ; Arles ; Camargue ; Provence ; Humour ; Camping

À trois reprises depuis l’ouverture de ce blogue, en août 2012, juillet 2014 et janvier 2017, j’ai eu l’occasion de signaler l’intérêt des écrits de Jean-Paul Curnier, philosophe et essayiste polymorphe. Un auteur vigoureusement rigoureux.

L’acharnement implacable du Crabe a eu raison de lui l’été dernier, provoquant une béance parmi ses amis artistes et amateurs d’art et d’échanges croisés sur la vie qui va et le monde à notre porte.

Curnier était un écrivain singulier, qui tenait des propos salutaires parfois décapants, toujours stimulants. Ses ouvrages ultimes s’intitulent « Prospérités du désastre » (2014), et « La piraterie dans l’âme – essai sur la démocratie » (2017).

C’était sans doute un homme ouvert et secret, sensible et probablement désabusé parce que lucide, riche d’un humour de belle facture, propre à le garder de la désolation de ce qui arrive en permanence.

Début 2017, il avait commencé à préparer un recueil d’inédits et de textes devenus peu accessibles. "Par-dessus tête", livre couvrant la période éditoriale 1992-2016, vient de paraitre aux éditions Lignes[1]. Un bel hommage.

Il s’agit dans l’ensemble de variations intimes où l’auteur use de la liberté de ses propos pour se laisser aller à l’aventure de la vie. L’écriture en est d’autant plus déliée, ce qui ajoute au plaisir de la lecture.

 

Sept textes de dimensions inégales, deux d’entre eux pourraient s’apparenter à de courtes nouvelles, composent l’ouvrage. Arles et la Provence, la Camargue, territoires d’élection de l’auteur, y figurent en bonne place.

Une ébouriffante histoire de confusion mentale, « Ici et ailleurs », un bijou, ouvre le recueil en majesté.

La peine de vivre, le malentendu amoureux, la déception si fréquente si souvent niée, un sens de l’absurde camusien, persillent les récits. Un constant sens du décalage entre apparences et réalité profonde pimente l’ensemble d’un humour léger, délicat. Cette forme d’humour à l’élégance un peu british, qui de manière subtile indique au lecteur de ne pas se laisser abuser mais plutôt d’accepter la jouissance d’une complicité intelligente quelque peu désabusée.

 

Des réflexions sur le Rien ou l’échec, qui ne sont jamais rien.

« Rien n’arrive ! Et ça arrive souvent ! » - « Un échec total, ça peut cacher une réussite qu’il vaut mieux ne pas montrer ! » - « Souvent, c’est troublant, tu penses devoir le vertige de tes réussites au peu de chances que tu te donnais. »- « Le rien est infini, vers l’arrière, comme vers l’avant. Entre les deux, il y a quelque chose, et sans ce quelque chose qui vient distinguer l’arrière de l’avant, il n’y aurait même pas rien du tout. » - « Vu de cette façon, ce qui arrive peut être regardé avec un grand soulagement. »

La vie ainsi qu’elle va est à prendre comme elle est. À chacun de se débrouiller avec elle, car nous sommes toujours seuls.

« Ce n’est pas la vie qui est décevante,

C’est le fait qu’on n’en ait qu’une ! »

Les rencontres induisent en général une hésitation craintive et maladroite :

« J’ai eu un geste en trop : je lui ai pris la main. » - « Comme on ne se connaissait pas encore, on n’avait aucune raison de s’oublier. Pas encore. » - « Il faudrait se détacher de l’envie de s’attacher ? »

La contradiction, l’ambivalence sont monnaie courante. Elles n’arrangent pas les choses :

« L’idée de partir me donnait envie de rester. » - « J’aimerais te parler inconnue, nous resterions si proches. » - « L’un de nous deux était de trop... » - « En moi, je souriais de son sourire à elle. »

 

Une autre histoire percutante, un bref séjour estival dans un camping des bords de Loire, « La vie recommencée », offre prétexte à des réflexions sur Camping et camp (de travail, de concentration) en tant qu’« épreuve de vérité de l’humanité. »

 Combien le regard sur soi face à celui des autres, et le comportement induit, prennent d’importance :

« Une multitude sans habitude commune, commandée par la seule nécessité de l’adaptation. » - « Les visages façonnés par cette expression particulière que donne l’obligation de ne pas voir. »

Un développement sur la solitude et le dérisoire, ainsi que sur la nature et le rôle du regard selon que l’on est seul ou en groupe, méritent l’attention du lecteur.

Mais là aussi l’humour est aux aguets, l’interprétation et le mode d’emploi du Camping donnent lieu à des remarques dignes des dessins de Sempé ou de Steinberg. Curnier tend le fil, augmente la pression, et tout à coup donne du jeu, qui évite la désolation. Cette alternance de densité et de clins d’œil confère beaucoup de force au propos.

 

La rencontre, la promenade très intelligente devrais-je dire, s’achève avec une évocation d’Arles « ce fantôme flottant que le fleuve promet à la mer » [2] et un salut à la Camargue « où commence l’infini. ». Un texte écrit alors que Jean-Paul Curnier se savait proche des limites.

 
[1] Jean-Paul Curnier, Par-dessus tête, ouvrage posthume, 180 p., éditions Lignes, mars 2018, 18€
[2] Arles catastrophe lente, texte écrit en 1984 auquel l’auteur tenait beaucoup, publié une première fois en 1988, en Italie.
Lire la suite

Superbe lecture

29 Mars 2018 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marielle Macé ; Walter Benjamin ; Hannah Arendt ; Francis Ponge ; Pierre Bourdieu ; P.E.R.O.U. ; jungle Calais

Ce  livre n’est petit que par son format de simple carnet et son nombre de pages, seulement 67. Mais quelle force !

Marielle Macé[1] a publié l’été dernier Sidérer, considérer, Migrants en France, 2017, chez Verdier (6,50 €).

Verdier, dont le catalogue comprend la majeure partie des écrits de Pierre Michon, aligne les noms de Paul Celan, Peter Handke, Camille de Toledo, Armand Gatti, et bien d’autres de même acabit, est décidemment l’un de nos grands éditeurs.

 

Marielle Macé nous confronte avec énergie et détermination à une réflexion d’extrême qualité sur le langage et ses faux semblants. En nous incitant à nous poser la question du Comment plutôt que celle du Pourquoi, la littérature apparait comme l’allié sur lequel s’appuyer pour affronter la vie quotidienne. Nous touchons évidemment là aux conséquences politiques de la pratique de la littérature, puisque l’écriture s’affirme en tant que pensée en mouvement. Comment dire les choses avec justesse, pour les traiter en toute justice ?

 

À partir d’une réflexion sur un campement de migrants invisibilisé en plein Paris, quai d’Austerlitz, et les conditions de son voisinage avec la Cité de la mode, une discothèque, et une banque de financement et de gestion, des questions émergent.

Nous sommes renvoyés à la précarité, à la vulnérabilité, à la violence de masse, dont parle tant la littérature. Walter Benjamin et son suicide à Port Bou, en 1940, le camp de Rivesaltes. Sidération face à cette obstination de l’histoire  à rendre impossible tout côtoiement.

Viennent ensuite une série de remarques sur ce qui se joue dans ces espaces frontaliers des bords de la ville et de la vie visible, « là où des groupes humains s’abstiennent les uns des autres ». Là où précisément la démocratie achoppe, là où elle ne parvient pas à cette relation de côtoiement qui la fonde : composer avec les autres.

Évoquant Hannah Arendt, l’auteure avance que la sidération provient de ce que nous ne considérons les migrants que comme des individus démunis d’un être particulier susceptible de nous concerner. C’est de considération qu’il devrait s’agir. C’est-à-dire « d’observation, d’attention, de prévenance, d’égards, d’estime, et par conséquent de réouverture d’un rapport (...) aller y voir (...) déclore ce que la sidération enclôt... ».

Dans le sillage de Francis Ponge, avec Pierre Bourdieu en appui, Marielle Macé exprime sa rage de l’expression d’une colère ancrée sur l’attention et une vigilance intransigeante éprises de justesse poétique. Pour elle, la colère est une « émotion qui révèle les valeurs et les biens qui nous divisent. » La colère (Ponge, Baudelaire, Hugo, Pasolini...) surgit contre la violence, l’indifférence et toutes les formes de domination qui nourrissent la précarité.

Le paragraphe se termine sur l’évocation d’un bateau de migrants dérivant deux semaines durant, identifié, repéré, jamais secouru malgré les signaux émis, à bord duquel soixante-trois personnes ont péri.

L’existence nous est révélée d’un collectif de politologues, de juristes, d’urbanistes, d’architectes et d’artistes, le PEROU (Pôle d’exploration des ressources urbaines), qui lutte contre les réponses trop rapides, telles que le démantèlement. Ce point  est illustré par le cas d‘un campement rom à Ris-Orangis où une tentative de dialogue avec l’Administration a commencé de fonctionner en décembre 2012 jusqu’à l’arrivée de pelleteuses destructrices, en mars 2013... Cent jours.

« ... ce qui est démoli en pareil cas, ce sont des cabanons mais ce sont aussi des idées, des idées de vie ... qui disent qu’on pourrait faire autrement et accueillir autrement. »

« Ce que les camps anticipent de manière radicale, c’est une problématique de la vie et de la citoyenneté aux marges de l’État-nation. »

La jungle de Calais fait évidemment l’objet d’un ensemble de remarques fort pertinentes.

 

Le texte trouve son accomplissement dans un ensemble portant sur les notions de lieux, de bordures, lisières, visibilité et invisibilité, de frontières donc entre ce qui existe et ce qui se tente. La notion de porosité émerge ainsi tout naturellement.

Surtout « ne pas enclore chaque idée de vie mais au contraire l’infinir et reconnaître ce qui s’y cultive... »

 

Je dois cette lecture au conseil averti de mon libraire.

Comme quoi des habitudes d’achat et les relations personnelles qu’elles induisent sont bénéfiques.

 

 

[1] Marielle Macé est universitaire et essayiste.

 

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 30 40 > >>