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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Une Sainte est passée à Marseille

11 Novembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Amma, ashram, Kerala, Lord Krishna, Auroville, Shri Aurobindo, Antonin Artaud

 

À Marseille, des heures d'attente pour embrasser Amma, la gourou indienne, titre La Provence du 5/11/2019.

Des milliers de personnes se sont déplacées pour l’événement.

Voilà qui ravive des souvenirs personnels.

 

Fin 2001, sixième séjour en Inde, visite de l’ashram d’Amma, à Amritapuri, Etat du Kerala (cf. J.K. Carnet indien, Gros Textes éd. 2007), extraits de mes notes d’alors :

 

Edifié en pleine jungle, sur une péninsule à laquelle on accède en pirogue, nous découvrons un incroyable complexe, aussi énorme que hideux. Des immeubles de onze étages, un temple, de nombreux bureaux, un grand hall, des boutiques et des cafés, nous sommes dans quelque Palais des Congrès en pleine nature. Ces constructions sont insolentes. Le béton, armé n’a rien changé aux canons esthétiques traditionnels, il se contente de les rendre totalement ridicules. Tout cela a été bâti autour de la hutte, néo grotte de Lourdes ou étable de Bethléem, où est née Amma, gourou du lieu (Gu ténèbres, Ru dissipateur). Celle-ci est sanctifiée de son vivant, son portrait est partout, comme celui du Roi ou du Président dans les Etats totalitaires. 

Présence de beaucoup d’occidentaux pâles et convenus, aux sourires niais de dames patronnesses, des indiens aussi. Plus de mille personnes sont ici réunies. Une affichette indique 1 230 000 visiteurs en sept mois. Très peu de communication entre les personnes, chacun est dans sa bulle. A trois, nous sommes parfaitement repérables, personne n’a cherché à entrer en contact avec nous.

Nous sommes conviés à une réception introductive animée par une équipe de nonnes occidentales, vêtues de blanc, parlant bas avec componction. Dans la chambre qui nous est attribuée nous attend un livret présentant Amma, qui, dès son premier vagissement est apparue différente. « Au matin du 27 septembre 1953 dans un petit village de la côte du Kerala, naquit une petite fille. Ses parents l’appelèrent Soudhamani. Alors que les bébés, d’ordinaire, pleurent à la naissance, Soudhamani vint au monde le visage illuminé d‘un sourire radieux… » Etc., etc.

Le dépliant d’accueil conseille de ne pas « frayer avec les villageois des alentours (car) cela pourrait entraîner des rumeurs… ». Lesquelles, à quel propos ?

Avant le dîner, fumigations devant le portrait de la Sainte. Les fruits du petit-déjeuner sont garantis bénis par la Sainte (kasher ou hallal ?).

Amma part bientôt pour une tournée en Inde. Elle donne son darsham (bénédiction à l’occasion d’une rencontre avec un Saint) au temple. Elle étreint à tout va des heures durant des malheureux en quête d’un peu d’attention et de tendresse.

Je suis révulsé, je retrouve les mêmes aigreurs, les mêmes bouffées d’hostilité, qu’il y a près de trente ans à Auroville ou à l’ashram Shri Aurobindo de Pondichéry.

Nous ne ferons pas de vieux os ici. Cette expérience marquante est salutaire, elle suffit. La cause est entendue, nous fairons cap au sud. Ce n’est pas cette Inde-là qui nous fascine.

Quelques jours plus tard, un indien précédemment rencontré, originaire du territoire sur lequel est établi l’ashram, me confiera que dès son enfance Amma avait un comportement curieux. Elle aurait miraculeusement rencontré Lord Krishna et se serait mise à prédire des événements… Des gens sont venus la voir, ils ont contribué à sa notoriété. Peu à peu elle a été connue, et maintenant il s’agit d’un business international auquel les locaux ne prêtent aucune attention. Il n’est jamais allé la voir, et ne croit pas du tout à sa sainteté. Elle est beaucoup plus célèbre en Occident qu’en Inde. Toutefois, il est vrai qu’elle fait construire des maisons pour les pauvres, et qu’elle intervient en faveur des orphelins. Pour lui, la religion n’est en rien concernée par tout cela.

D’où viennent les capitaux ? Quelles banques derrière cette multinationale ? Amma voyage beaucoup, USA, Japon, Europe, Inde, Océan indien, Australie. Elle possède à coup sûr un remarquable sens des affaires et a su réunir une solide équipe de managers. Je pense aux prédicateurs étasuniens. Son ashram compte des délégations en France, à l’île Maurice, à la Réunion, en Belgique, Suisse, Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre, Allemagne, Espagne, Finlande, aux Etats-Unis et en Argentine.

Le culte de la personne fonctionne à plein. Intercesseur auprès du Divin, elle en serait la traductrice, complètement identifiée à la Source.

Je vocifère avec les mots d’Antonin Artaud.

Qui est le plus à honnir ? Cette Amma ou les dévots qui  l’encensent et  se soumettent ?

 

Fin 2019, Amma est à Marseille, et ça marche toujours, avec un scénario inchangé. Nous sommes face à un analyseur propre à nous donner un aperçu du total désarroi de notre époque, en manque de repères, de contacts humains, de réflexion, de rêve, d’utopie. Les cartes sont totalement brouillées, la religiosité bigote s’engouffre dans la brèche. Qu’on ne vienne surtout pas me parler de spiritualité !

Effrayant, démoralisant à l’extrême.

Pas étonnant que l’aventurisme reprenne du poil de la bête en Occident (Etats-Unis, Grande Bretagne, Espagne, Italie, Turquie, Hongrie, Pologne, Brésil, Bolivie...) Pas étonnant que quelques dangereux crétins illuminés soient aux manettes des principaux Etats. La démocratie représentative est à bout de souffle. Surtout cesser de lui faire du bouche à bouche ! Le temps nous est cruellement compté.

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Tapez 1, tapez 2

5 Novembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #communication, robot, tour de Babel, porridge

 

Votre machine est en panne ?

Tapez 1 tapez 2, sinon tapez dièse… Attention la conversation peut être enregistrée pour des raisons de sécurité. Votre temps d’attente est actuellement évalué à environ dix minutes... Munissez-vous de vos identifiant, code secret et mot de passe… Rappelez plus tard…

Oh la belle technique, le merveilleux progrès, que voilà !

Un simple clic pour avoir le monde à notre portée.

Des croisières à partir de…

Embarquement immédiat pour Cythère.

Il fut un temps où l’on parlait de relations humaines, et de personnel. On avait des chefs du personnel, aujourd’hui il ne s’agit plus que de ressources humaines, au même titre que les fluides, les matières premières, les fournitures générales, et la trésorerie immédiate. Vive les prestigieux DRH sanglés dans leur élégance uniforme.

Un guichet, un employé, même mince, la possibilité de s’expliquer, de se faire expliquer. Même fuyant, au moins l’esquisse d’un regard.

Des robots, des plateformes, un jargon abscons, personne à qui s’adresser.

Sitapas un spécialiste soulamain t’es malbarré mongars.

La civilisation de la communication est à son acmé.

Faut s’parler disait-on au Québec, il y a quelques décennies.

Mythe de la Tour de Babel : c’est parce que les humains se parlent qu’ils s’entendent si mal. Ils ont compris, désormais ils ne se parlent plus. Ça n’en vaut plus la peine, nous devons économiser pour sauvegarder les zindices.

La société est en miettes floconneuses prêtes pour un superbe porridge crémeux : La Com’. Pollution, réchauffement climatique, cyclones, tsunamis, tout ce qu’il faut pour un porridge flambé, à la rouennaise. Détrôné le canard au sang !

Liberté, Egalite, Fraternité

Tsoin-tsoin !

Droits de l’homme, protection de l’enfance immigrée

Surtout ne pas oublier d’être vigilant

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Quand elles auront cinquante ans…

30 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Climat, atmosphère, anthropocène, pollution chimique, résistance, Stéphane Hessel

 

 

Trois enfants éclairent mon âge. Alma, mon ultime petite-fille, 10 ans, Mila, ma première arrière-petite-fille, 6 ans, et Rose, ma seconde arrière-petite-fille, trois mois.

Nous venons de faire connaissance, Rose et moi. Trois petites journées passées en compagnie de ses parents. Journées brèves, mais si intenses. Etrange beauté du mystère d’un petit être inachevé, propulsé au monde auquel il s’adapte de manière stupéfiante. Bien sûr, la vigilance et la disponibilité de son entourage, mais néanmoins… Merveilleux étonnement source de bonheur et d’inquiétude.

Au train où vont les choses, que sera devenu le monde, que seront les conditions de la perpétuation de la vie animale et végétale, lorsque ces enfants auront cinquante ans, si jamais elles y parviennent ?

 

Divers types de réponses à cette question se présentent.

 

Parmi les plus fréquentes, celle des autruches niaiseuses : Bah, il en a toujours été ainsi, on s’est toujours préoccupé de l’avenir et les choses ont toujours fini par s’arranger.

Magnifique marque d’irresponsabilité, d’aveuglement, de déni, d’idiotie. Oui, il y a eu au cours des millénaires des catastrophes, des extinctions d’espèces, de profonds bouleversements, mais jamais les conditions nécessaires au maintien de la vie telle que nous la connaissons n’ont été n’ont été mises en péril. Certes, elles ont évolué, voire changé entrainant des mutations, guère plus. Des espèces animales et végétales ont disparu, les conditions nécessaires à la vie sont demeurées.

Pour la première fois, l’Homme dans son aveuglement destructeur, fruit de la prétention de ses croyances ethnocentriques, s’en est pris à l’équilibre de la planète. Ila voulu devenir « maître et possesseur de la nature », qu’il est parvenu à dénaturer, et qui regimbe de plus en plus fortement. Le caillou, lui, s’en fout complètement. Il n’a pas besoin de l’espèce humaine pour continuer son aventure cosmique.

Il est hélas fort probable que le seuil de non-retour soit franchi depuis lurette.

 

Autre type de réponse : Oui, c’est vrai, la question se pose, mais l’humain possède une très grande capacité d’adaptation.

Variante atténuée du premier type, à caractère angélique. Il s’agit d’un certain laisser aller teinté de prophétisme mystico-salvateur. Les horreurs dont l’Histoire est persillée et le fait que l’espèce a survécu ville que vaille justifient ce refus abandonnique de toute réflexion. Là aussi, le confort de la niaiserie n’est pas loin. Jouissons du présent, il sera toujours temps de se fatiguer à réfléchir, laissons cela à d‘autres !

 

Et puis encore : Oui, c’est vrai, mais on n’y peut plus rien. Il est sans doute trop tard.

On courbe l’échine et on se soumet. Vaincu on laisse tomber. Alors, autant se flinguer tout de suite. Qu’attendez-vous ? Oh, non, c‘est excessif ! Eh, bien, jouissez mollement sous les entraves mais sachez que d’autres vous interpelleront bientôt !

 

Autrement : Oui, c’est sans doute très vrai, que faire ?

Tant que la vie est encore là, la défendre est un enjeu primordial. L’espoir est mince, sinon nul, ce n’est pas une raison pour admettre de crever sans se battre.

Dernier exemple de turpitude en date : le Maire breton de Langouët avait pris un arrêté contre l’épandage des produits phytosanitaires près des habitations. Celui-ci vient  d’être annulé par décision de justice.

Qui parle d’or et ne fait rien pour dépoussiérer et mettre à jour lois et règlementations, qui ne fait rien pour empêcher les pratiques industrielles, agricoles, minières, etc., contraires à toute tentative de sauvegarde du climat et des condition atmosphériques, sinon les beaux parleurs en quête de suffrages et de soutien des bailleurs de fonds, notamment le Premier d’entre eux ? 

Quoi faire ? Surtout n’admettre aucun compromis. Refuser, s’opposer, exiger des comptes rendus, soutenir les actions en faveur du maintien de la vie, dénoncer le double langage mensonger des tenants du Pouvoir, discours lénitifs d’un côté, actes en parfaite contradiction. Etre radical, intransigeant, aux aguets. Ne pas se laisser abuser par les aspirants au Pouvoir, forts de pseudo succès électoraux en peau de lapin.

Fatiguant, éreintant ? Certes, mais unique condition pour rester debout. La moindre défaillance serait fatale. Si je n’ai plus depuis longtemps la faculté de participer physiquement à des actions, demeurent au moins la parole et l’écrit. Nous savons tous d’expérience que ce n’est pas rien. 

N’oublions pas l’Indignation de Stéphane Hessel. Entretenons-là, diffusons-là, amplifions-là, pour Alma, Mila, et Rose, et pour la multitude d’enfants qui nous succèdent, de la venue au monde desquels nous sommes tous responsables. Léguons-leur au moins la volonté de combattre. Cette volonté que leurs aînés adolescents manifestent désormais un peu partout en revendiquant liberté, amélioration économique, et défense de l’environnement. Volonté qui commence à embarrasser les plus rassis des morts vivants encore au pouvoir.

 

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Le dos du temps

24 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Alain Nahum, dynastie Tang, Grande muraille, Serge Pey, Henri Brgson,

Un récent séjour en Chine a permis à Alain Nahum (les Epistoles ont signalé à plusieurs reprises la qualité de son travail d'artiste) d’aller visiter la Grande Muraille, au nord de Pékin. Accéder au site par un téléférique l’a rebuté, il a préféré marcher, musarder, gravir d’interminables escaliers dérobés, et ce qu’il a découvert l’a ébloui.

Pratiquant une archéologie à rebours, le temps lui est apparu. Le temps et ce qu’il recèle.

Pour l’observateur, ses incroyables photos ont une extraordinaire puissance d’évocation. Céder au jeu des analogies et des réminiscences, la peinture de paysages chinois de la période correspondant à notre Moyen-âge, serait tentant (cf. images de la dynastie Tang, sur Google). Il est presque difficile d’y résister, mais là n’est pas l’essentiel.

A chacun de se laisser aller à ses évocations, selon ses goûts, ses humeurs, sa culture.

 

Ce qui nous est donné à voir c’est avant tout du temps.

Du temps qui ne s’écoule pas, du temps qui s’empile, qui coagule.

Archéologie à rebours, disais-je m’inspirant de Serge Pey.

Il ne s’agit pas de fouiller, de décaper, de tenter de dater, mais beaucoup plus simplement de cueillir ce qui s’ajoute en se modifiant.

Le temps construit, élabore et propose. Relatif, il dépend du regard de l’observateur, qu’il organise en se liant à l’espace.

Ce qui ne bouge pas n’a pas de temps.

Matière et mémoire titrait Bergson. Mémoire non datée, donc permanente – vouloir la dater serait la vouer à la disparition -, le temps introduit le mythe et l’esthétique. D’où l’étonnante puissance émotionnelle de l’étonnement devant les images.

Passé, présent, avenir, n’ont aucun sens esthétique. Il ne peut s’agir que du présent du passé (ce que capture le photographe lorsqu’il appuie sur le déclencheur), du présent du présent, ou du présent du futur. Le temps ne peut que s’apprécier ou se raconter, il n’existe qu’au présent. Vouloir le mesurer conduirait à masquer le dos du temps.

Les sténogrammes du temps permanent s’écrivent avec les traces écaillées.

Une partie de notre réel nous est offerte : ce que l’homme ne pourrait jamais parvenir à faire autrement qu’en reproduisant.

Les images offertes au regard clament la liberté de la nature à l’air libre, un enchantement.

 

cl. A. Nahum

cl. A. Nahum

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Vigilance

14 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Kafka, Malraux, Saint-Barthélemy, Cathares, fascisme, nazisme, vigilance

1925, Franz Kafka, Le Procès, publication posthume.

1935, André Malraux, Le temps du mépris, récit quasi prophétique.

Nous connaissons la suite.

Il ne semble pas que connaître permette de se souvenir.

 

2019, le Président de la République française appelle à une « société de vigilance » opposée à « l’hydre islamique ».

Il s’agit pour chacun, proclame-t-il dans la cour de la Préfecture de Police de Paris de « repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte les petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois de la République. »

De quelles Lois, de quelle République parle-t-on ? Certainement pas de celle qui se voulait Patrie des Droits de l’Homme.

Passée la stupéfaction, le propos est terrifiant car personne ne saurait se tromper sur ceux qu’il convient d’avoir à l’œil.

« Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens ! » aurait déclaré Simon de Montfort avant le sac de Béziers, en 1206, lors de l’expédition contre les Cathares.

A quand de nouvelles Saint-Barthélemy ?

 

Staline, Hitler, Mussolini, Pétain, Mao, Franco, Salazar, les noms de ces grands humanistes visionnaires, modèles exemplaires,  disent-ils encore quelque chose à quelqu’un aujourd’hui ?

 

Hier appel à la délation des hérétiques, des protestants, des juifs, des résistants, remplacés aujourd’hui par les musulmans où susceptibles de l’être. Il est clair que quiconque s’apparente ou s‘intéresse à cette catégorie de citoyens est suspect par nature. Le spectre ne tardera pas à s‘élargir si nous laissons faire.

L’Histoire n’est pas un éternel recommencement, certes, des constantes n’en existent pas moins.

La suspicion délibérée à l’égard de certaines catégories de citoyens entraîne fatalement la désagrégation de l’idée de Nation. Aux « bons » de traquer les « mauvais », des mesures prophylactiques s’imposent à l’évidence ! Le chef suprême l’affirme.

Physique ou mentale, la terreur de la violence policière devient l’alpha et l’oméga de l’éthique gouvernementale.

Incapable d’assurer la sécurité des citoyens, l’impuissance publique d’Etat, reconnue, et par conséquent admise, par ses premiers couteaux encourage de fait la création de milices d’auto-défense. Les propos officiels légitiment ce qu’il y a de plus vil dans la nature humaine : la haine de l’Autre.

Bientôt les rafles et les premiers camps de rééducation ? Il risque d’y avoir foule.

Nous sommes en plein délire mortifère.

 

Des journaux aussi avant-gardistes que Le Figaro, L’Obs, ou le Journal du Dimanche, émettent des réserves, voire une franche désapprobation. Jusqu’à quand ?

 

Vigilance ? Oui, sans aucun doute, mais à l’égard de ceux qui nous gouvernent.

Nous voici désormais au bord du précipice, incompétence et arrogance gouvernementales aidant.

De mois en mois la régression progresse dans tous les domaines, sociaux et politiques au premier chef. La disqualification de la démocratie avance à grands pas pour le plus grand bien du retour des privilèges et des ordres anciens.

Il y a urgence !

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Note sur l’architecture

9 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Architecture, architecte, cistercien

La spectularisation de l’architecture et de certaines vedettes internationales mène à une pollution des esprits, mais aussi à la dénaturation d’espaces naturels méprisés, sinon violentés. Sous prétexte d’audace et d’originalité, oubliant sa finalité, l’architecture publique a trop souvent pour objet son autocélébration et celle de son talentueux concepteur.

Se prenant elle-même pour sa propre fin, elle propose fréquemment d’extravagantes coquilles vides à usage improbable.

Les thuriféraires parlent alors d’objet ou de geste architectural. Cela ne veut strictement rien dire. Cela ne sert qu’à masquer une prétention parfaitement ridicule, un simple tape à l’œil, une fantaisie racoleuse. Vanitas vanitatum.

Point n’est besoin d’aller loin, en Asie ou aux Emirats, pour rencontrer des réalisations de la sorte. En France, à Paris, Montpellier, Arles, Marseille (où le MuCem est une incontestable réussite), en Espagne, à Barcelone, Valence, Madrid, Bilbao, nombreux sont les exemples de ces dérives vaniteuses plantées là abusivement au détriment du paysage séculaire existant par des pseudo-artistes jouant un défi aussi puéril qu’inutile. La recherche de l’exploit technique, la performance pour la performance, est rarement intéressante.

Notre époque n’est pas la première à connaître de telles outrances. Gothique flamboyant, Classicisme autoritaire, Romantisme échevelé, Art déco bavard, ont frayé la voie. Il s’agit à chaque fois de montrer ses biceps, donc d’affirmer son pouvoir, et de faire tinter l’importance de sa cassette. Nous sommes loin de l’humilité cistercienne allant se nicher au creux d’un paysage paisible, respecté avec beaucoup d‘égards.

Considérons l’évidente majestueuse beauté de certaines fermes où l’équilibre des formes va de pair avec la destination des corps de bâtiments et des aires extérieures, tant il est vrai que les abords concourent à l’ensemble. Aujourd’hui, quand on conçoit un immeuble, se soucie-t-on de la rue, des trottoirs, et des accès en général ? Qui commande ? Le paysage immédiat, ou le bâtisseur si préoccupé de la valeur foncière et de la plus-value ?

L’architecture est avant tout un regard sur la vie, avide, rapace, ou généreux.

Que signifie être architecte aujourd’hui ? Quelles ambiguïtés et quelles contradictions convient-il de gérer ?

Epouser le contexte, c’est-à-dire respecter les lieux et les origines, s’interroger sur la valeur d’usage au quotidien et dans la durée de ce que l’on édifie, ont-ils toujours un sens suffisamment profond pour déterminer les choix ? Ou bien ne s’agit-il plus que de questions mondaines ?

Il me semble que, grosso modo, deux conceptions s’affrontent avec une acuité de plus en plus forte. Si ces points de vue ne sont pas nouveaux, c’est la violence de leur antagonisme nourrie par l’âpreté de la pression financière, qui l’est.

D’un côté, l’architecture autoritaire, dominatrice, voire totalitaire, ordonnée par la Puissance Publique soucieuse d’affirmer son pouvoir.

De l’autre, une architecture que j’appellerais volontiers partenaire, soucieuse de faciliter la vie et les échanges sociaux-économiques qu’elle exige. Une architecture acceptant de ne pas s’imposer au premier regard, soucieuse de la patine du temps, c’est à dire ménager les conditions d’un vieillissement harmonieux

Le titre que confère le diplôme ne renseigne jamais sur le rapport au monde qu’entretient son titulaire, pas plus que sur la qualité de ses réflexions. Il n’est sans doute pas très étonnant que cette profession, aussi noble et respectable qu’elle soit, connaisse une profonde crise d'identité, ainsi que me le donnent à penser ceux de ses membres que je pratique avec quelque régularité.

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"Il ne faut surtout pas tout mélanger"

1 Octobre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Marseille, Architectes de France, Loui XIV, Machiavel, Greta Thurnberg, ONU, privilèges, La Boétie, DH Thoreau

La scène se déroule à Marseille, où la MAF (Mutuelles des Architectes de France) vient de réunir ses adhérents pour une journée de formation sur les risques liés à l’exercice de la profession.

Celle-ci se déroule dans un hôtel 5 étoiles dominant le Vieux-Port. Une rencontre est prévue avec des représentants du Syndicat professionnel pour envisager des actions à mener en commun.

Le Président du Syndicat, circulant à vélo comme il le fait souvent, se présente à l’entrée. Il est refoulé car il n’existe pas d’emplacement pour garer sa monture sur le parvis de cet hôtel de luxe. Volontiers intransigeant, il refuse de se plier aux injonctions d’emprunter un autre accès éloigné, et décide de ne pas se rendre à l’invitation. Il téléphone peu après au directeur de la MAF, descendu de Paris avec ses premiers couteaux, pour l’avertir de son absence. Il refuse de revenir malgré l’insistance de son interlocuteur l’assurant d’une intervention auprès des sentinelles aux avant-postes. Echange assez bref, clos par une affirmation souverainement méprisante, bien dans l’air du temps : Il ne faut surtout pas tout mélanger.

Certes.

Alors décomposons, décomposons, jusqu’à nous laisser décomposer nous-mêmes, après avoir consenti à l’aveuglement.

Ne mélangeons pas tout, cependant tout se tient, tout est lié par la force d’un système généralisé. Il s‘agit beaucoup moins de mélanger que de repérer les liens susceptibles de faire sens, de permettre de comprendre comment le moindre détail est inscrit dans un grand tout, comment acheter un bifteck est déjà un acte politique, comment rien n’est indépendant de l’imperium d’un système broyant ce qui lui résiste, laminant les esprits, générant des comportements standardisés.

Une mutuelle soumise à la concurrence du privé se comporte comme ces laboratoires pharmaceutiques organisant des journées tape-à-l’œil destinées aux médecins cibles.

Hôtel 5 étoiles dans un lieu prestigieux, théâtralisation du statut social des invités, préservation de l’entre soi, autant de moyens pour mieux asservir la petite noblesse provinciale. Tel Louis XIV asphyxiant la Cour pour mieux la dominer, le Prince flatte la vanité de sa clientèle, dont il entretient l’imaginaire autour d’un passé nostalgique.

Pour maintenir les choses en l’état, il ne faut surtout pas tout mélanger, il faut tout séparer  pour donner le change et durer. Diviser pour mieux régner conseille Machiavel.

Effacement de la personne, dissolution de la sensibilité, l’Allemagne des années 30 a connu cela. Mais c’est si loin.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle
Les souvenirs et les regrets aussi.

Et le vent du Nord les emporte,
Dans la nuit froide de l'oubli.

Greta Thunberg, la jeune suédoise initiatrice de la grève scolaire pour le climat, est digne d’attention lorsqu’elle dénonce le saccage de la planète, mais ses propos deviennent insupportables lorsqu’elle admoneste directement les politiques à la tribune de l’ONU (23 septembre 2019) : « Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Je fais pourtant partie de ceux qui ont de la chance. Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle ? Comment osez-vous ! »

On s’empresse alors de lui conseiller de ne pas tout mélanger, quelques-uns vont même jusqu’à mettre en doute sa santé mentale.

Notre actuel Président relaie en priant les jeunes d’aller nettoyer chaque vendredi les rivières et les plages corses, plutôt que se joindre aux marches internationales pour le climat. Il demande du concret, se réservant la réflexion.

Pour indispensables qu’elles soient, les opérations ponctuelles permettent de donner le change, sans jamais remettre en question l’essentiel, soigneusement tenu à couvert par les décideurs sachant tout puissants. Elles ont un rôle analogue à celui des pétitions, nécessaire mais loin d’être suffisant.

Promouvoir la mutation écologique serait une volonté forte, nous dit-on en haut lieu, comment y croire alors que les privilèges d’ancien régime reviennent protéger le monde politique en place et que l’équilibre démocratique des pouvoirs se porte aussi mal.

Le manant doit déposer son vélo hors de la vue des hobereaux.

Désormais les anciens Premiers Ministres jouiront à vie, grâce à un récent décret, d’une voiture avec chauffeur.

Le décès d’un homme politique de premier plan, d’autant plus grand qu’il est définitivement mort, éclipse opportunément les questions environnementales et sanitaires  que pourrait immédiatement poser un gigantesque incendie industriel sur les quais du port de Rouen, au cœur de l’agglomération.

Désastre écologique face à un simple jalon de l’Histoire, effectivement il ne faut surtout pas tout mélanger, il ne faut surtout pas confondre ni comparer les fumées médiatiques. Les analogies sont hors sujet, par nature.

Le diable se niche dans les détails.

Lisons, relisons, faisons lire Etienne de La Boétie et son Discours de la servitude volontaire (1576), ainsi que DH Thoreau  et sa Désobéissance civile (1849).

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Merci à Madame de Sévigné

22 Septembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Madame de Sévigné, Versailles, FRAC PACA, Marcel Duchamp, Jack Lang, DRAC Ministère Culture, Jeff Koons, Art Contemporain, La Croix quotidien, Cristof Yvoré, Galerie Zeno X, Manet, Domenico Gnoli

« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie (…)  une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde (…) Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Hé bien ! Il faut donc vous la dire : on peut voir de la peinture figurative exposée aux murs d’un FRAC ! Et cela vient d’avoir lieu à Marseille, mais va bientôt se reproduire à Clermont-Ferrand. »

(Madame de Sévigné, à très peu près)

 

A partir des années 1970, nous commençâmes à percevoir les effets de l’opposition peinture/modernité. Peinture considérée comme agonisante opposée à une modernité galopante, prête à tous les extrémismes pour occuper la totalité du terrain. La peinture tenta un sursaut dans les années 1980, avant d’être expulsée de la contemporanéité depuis les années 1990.

De Marcel Duchamp proclamant tout est art, à Jack Lang pour lequel tout est culture, les dégâts du n’importe quoi sont considérables, public sidéré et désorienté, artistes d’élevage industriel tendant leur mangeoire, marché de l’art en capilotade, artistes persistant dans leur engagement, ignorés, voire méprisés car estimés ringards et parfois jugés nauséabonds

Le Ministère de la Culture et ses pseudopodes DRAC et FRAC sont le fer de lance de cette attaque en règle, puissamment relayée par quelques mécènes vedettes, collectionneurs et créateurs  de Fondations largement médiatisées. Il s’agit en fait du commerce d’objets inutiles et incertains tels que, notamment, l’installation d’un monumental objet sexuel Place Vendôme, les encombrantes tulipes de Jeff Koons, ou bien la très délicate présentation du Vagin de la Reine dans le parc du château de Versailles. On appelle Art Contemporain (A.C. pour les initiés) ces interventions douteuses, et cela fait l’objet d’une promotion effrénée.

 

(Un récent article paru dans le quotidien La Croix présente très clairement l’état des lieux aujourd’hui. Il figure en annexe à ce papier.)

 

Cependant, préfiguration d’une évolution, aberration ou simple anecdote, deux FRAC accueillent la peinture peinture d’un peintre figuratif français disparu en 2013, à 46 ans seulement. Saluons au passage cette heureuse initiative, quel qu’en soit le motif.

 

Cristof Yvoré travaillait à Marseille, soutenu par la prestigieuse Galerie Zeno X, à Anvers, quasi ignoré en France, mais présenté en Allemagne (Berlin), en Italie (Gênes), aux Etats-Unis (Los Angeles) et aussi en Chine (Pékin).

(Pour les images de son travail se reporter au site de la Galerie Zeno X, ou à celui du FRAC PACA)

Il s’agit d’un travail nourri de l’histoire de la peinture, résolument en marge de la mode et des institutions. La question « que signifie être peintre aujourd’hui ?» est sous-jacente. Aucune autre réponse n’est proposée que la nécessité de l’opiniâtreté et de l’insoumission. Passéisme ? Certainement pas, poursuite d’un cheminement à la limite de la schématisation de l’abstraction, dépassée au moment de l’exécution de l’œuvre.

Matières épaisses, souvent, appliquées avec rapidité, parfois avec désinvolture, recherche de la lumière, travail sur les contrastes et le clair-obscur. Détails d’espaces domestiques saisis de très près, pots et évocations de fleurs brossés avec de grandes libertés formelles, audaces des compositions, distorsions, asymétries, débordements du cadre, le bancal, l’échec apparent, deviennent source de succès. La palette de gris sourds, de verts profonds, de noirs, pourrait renvoyer à Manet. Le choix des sujets, quoique différemment traités, pourrait faire penser à Domenico Gnoli. Parvenir à donner une singularité picturale à la banalité semble un enjeu. Nous côtoyons un travail sur la pauvreté, faire quelque chose de ce qui n’est rien.

La peinture est plus forte que ce qu’elle représente.

Plaisir intense de la découverte d’un artiste véritable revendiquant sa singularité. Plaisir également de constater que la peinture peinture est loin d’être morte et qu’il convient d’aller sans cesse à sa rencontre. Celle-ci pouvant heureusement se produire dans des lieux inattendus.

 

 

ANNEXE

La Croix, Mercredi 18 septembre 2019 : Des peintres figuratifs français sacrifiés

Cécile Guilbert

 

Né en 1934, rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv, le grand peintre et pastelliste Sam Szafran vient de mourir et je ne peux m’empêcher de penser qu’avec lui disparaît un autre représentant de cette génération d’artistes sacrifiée par nos grands manitous culturels et par nos plus éminents musées. Car s’il n’avait rencontré vers 30 ans le galeriste Claude Bernard et obtenu sur le tard une certaine reconnaissance en Suisse grâce à la Fondation Pierre-Gianadda, nul doute que l’auteur des admirables Ateliers, Imprimeries et autres Escaliers serait mort de faim. Tout comme l’immense Vladimir Velickovic (1935-2019), peintre et dessinateur français qui, bien que membre de l’Académie des Beaux-Arts depuis 2006, décoré de l’ordre de la Légion d’honneur comme de celui des Arts et des Lettres, n’eut jamais les honneurs d’une rétrospective dans un grand musée parisien. Pour quelles raisons ces institutions organisent-elles des expos monstres de grands peintres du passé – Vélasquez et Vermeer hier, Bacon aujourd’hui et bientôt Vinci et Le Greco – mais répugnent à honorer leurs contemporains ?

Longtemps j’ai cru qu’il fallait être mort et rangé dans une case de l’histoire de l’art pour être enfin reconnu mais c’est faux. Prenez l’émouvant et sensible Jean-Pierre Pincemin (1944-2005), peintre et sculpteur français sans doute l’un des plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Avant sa disparition, de maigres expositions à Sens, Clermont-Ferrand, Airaines. Depuis ? Quelques-unes à Roubaix, Orléans, Issoudun, Céret. Le même phénomène symptomatique se constate avec son puissant homologue Paul Rebeyrolle (1926-2005), expressionniste passé à la « nouvelle figuration » dont l’œuvre commentée par Sartre et Foucault est aussi méconnue du grand public que délaissée par les mastodontes institutionnels. Avant sa mort ? Des expos comptables sur les doigts d’une main montées au Grand Palais en 1979, à Charleville-Mézières et à la ­Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence. Après ? Chambord, Eymoutiers, Saint-Claude – fermez le ban.

Attention, je ne minimise pas l’importance d’exposer en régions, où pullulent centres d’art et musées de qualité où l’on peut voir de splendides expos parfois supérieures en qualité à certaines manifestations de la capitale. Non, je demande simplement pourquoi ni le Musée national d’art moderne, ni le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, ni le Centre Pompidou ou le Grand Palais – seuls lieux aptes à établir la renommée internationale d’un artiste et à influencer sa cote – n’ont jugé bon d’exposer non plus Gilles Aillaud (1928-2005) ou Charles Matton (1931-2008). Est-ce parce que la peinture ne saurait appartenir à la sacro-sainte (et vache sacrée) confrérie de l’art contemporain ? C’est idiot quand on sait qu’Anselm Kiefer ou Miguel Barcelo sont distingués comme ils le méritent. Est-ce alors (et là on ose à peine le penser) parce qu’ils sont français ? On me répondra, et on aura raison, que Pierre Soulages a eu pour ses 90 ans, en 2009 à Beaubourg, la plus grande rétrospective jamais consacrée à un artiste vivant et qu’il en aura une autre à la fin de cette année au Louvre pour son centenaire.

Faut-il comprendre que c’est la figuration « nouvelle » ou « narrative » qui pose problème ? Recouper les réponses à toutes ces questions qui fâchent prouve que c’est bien la peinture figurative française qui coince – et j’inclus ici Cremonini (1925-2010) et Arroyo (1937-2018) installés de longue date à Paris. Pourquoi ? S’en affligeant, Jean Clair laisse entrevoir un fragment d’explication en écrivant dans son récent Terre natale que « l’art figuratif est l’art de la croyance ». Est-ce à dire – même en laissant de côté la question religieuse – que nos décideurs culturels ne croient plus à rien sinon au concept, à savoir, selon Jean Clair, « le même motif, le même geste, le même ton, le même graffite, la rayure de Buren, le coup de brosse de Soulages, le chien de Jeff Koons, l’oiseau tricoté d’Annette Messager, l’animal tranché de Damien Hirst, le monochrome de Reinhardt… Des stéréotypes comme, dans les âges classiques, le dessin piqueté qu’on passait à la ponce pour être reproduit à l’identique, et qu’on appelait pour cela un “poncif” » ? C’est infiniment triste et révoltant, rageant et scandaleux pour tous ces grands peintres qui n’ont pas eu la chance et le bonheur de vivre jusqu’à 100 ans mais qui peut-être l’auraient pu en étant mieux traités, mieux aimés, mieux exposés, qui sait ? Encore une question qui fâche.

 

(article transmis par un peintre présentant les qualités requises pour ajouter son nom aux artistes sacrifiés par les apparatchiks)

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Francis Bacon en majesté

17 Septembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Stedelijk Amsterdam, Télérama, Centre Pompidou, Francis Bacon, Marguerite Duras

En 1984, Edy de Wilde, directeur du Musée Stedelijk d’Amsterdam – musée d’art contemporain – présenta au moment de son départ en retraite l’exposition La Grande Parade, réunissant les peintres majeurs pour lui depuis 1940.  Le titre était emprunté non sans malice à la toile éponyme de Fernand Léger, hommage aux cirques ambulants.

De la mi-décembre 84 à la mi-avril 85, environ 400 000 personnes visitèrent l’exposition.  Nous y fûmes, pas question de rater cet événement exceptionnel. Exhumer le catalogue et le feuilleter aujourd’hui ravive le souvenir.

Il n’est pas courant de rencontrer ensemble une quarantaine d’artistes contemporains d’importance parmi lesquels Karel Appel, Bazaine, Bonnard, Braque, Dubuffet, Fautrier, Giacometti, Jasper Johns, Anselm Kiefer, Willem de Kooning, Léger, Matisse, Miró, Mondrian, Picasso, Rothko, Tapies, et quelques autres, dont Francis Bacon, que nous avions découvert avec grand intérêt à la Galerie Claude Bernard vers la fin des années 1970.

L’affluence était grande, dans certaines salles les visiteurs se prenaient en grumeaux. Celle dont Bacon occupait les cimaises n’était qu’un lieu de passage que la plupart empruntaient pressés, sans même jeter un vague coup d’œil.

 Trente-cinq ans après, le Pompidolium accueille en majesté Francis Bacon, à Paris.

Télérama consacre un hors-série de bonne facture à l’événement.

Une étude de Jonathan Littel, un entretien avec Marguerite Duras, un autoportrait issu de notes de Bacon lui-même, un sommaire dense et dépouillé des affèteries habituelles.  L’entretien avec Marguerite Duras date de 1971, son intérêt est toujours aussi vif. Il y est question de l’imprévu, de l’imagination, du bonheur de peindre ou d’écrire, de l’art abstrait, de Goya, de Van Gogh et de quelques autres frivolités de même farine.

D’emblée, Bacon met l’accent sur l’importance de l’accident, c‘est à dire de l’imprévu, de l’événement à saisir. Lorsque cela se produit, seule une conduite de détournement des réponses habituelles, du savoir-faire en quelque sorte, convient. Il nomme imagination technique ce type de réponse. Pour lui accident, chance ou hasard, s’équivalent. Je vois là un enseignement non seulement pour le domaine de l’art, mais aussi pour la manière de conduire sa vie. Le schéma stimulus-réponse est mortifère s’il demeure dans le convenu. A la surprise de l’inattendu ne peut correspondre, pour être constructive et novatrice, qu’une réponse insolite, inconnue. La situation alors évolue et le rapport de force se transforme. Le processus de création s’instaure à l’articulation de ce dialogue non logiquement programmé par une rationalité castratrice. Le cogito, si cher à ceux pour lesquels il est urgent de ne rien changer, est violemment bousculé.

L’imagination verbale repose sur ce détour de l’imagination technique. Poètes et écrivains connaissent bien cela. Ecouter les mots pour en pénétrer la structure et la bousculer, les faire pétiller en les dégoupillant.

Parvenu à ce point, on ne peut que suivre Bacon lorsqu’il déclare que l’imagination imaginaire ne mène nulle part et que rechercher l’extraordinaire est vain. Cette voie ne pouvant conduire qu’à l’anecdote du décoratif, ou de la reproduction du même à l’infini. D’où le danger de la systématisation. Travailler hors des lois ne vaut pas seulement en peinture. C’est en marchant sur les pelouses interdites que l’on découvre des perspectives nouvelles.

Lorsque Marguerite Duras l’interroge sur la notion de progrès de la peinture, il a une réponse fulgurante : c'est une fausse question. Le futurisme est présent dans la peinture des grottes d’Altamira avec la sténographie parfaite du mouvement.

Au détour d’un échange, Duras remarque de manière aussi savoureuse que pertinente que sans impulsion instinctive de départ il est inutile de travailler. Elle affirme que la lecture de certains livres montre que écrire d’une certaine façon, c’est encore moins écrire que de ne pas écrire du tout. Lisant cela aujourd’hui, je pense à ces écrivains sans imagination ni intuition qui vont sans cesse à la recherche d’un sujet nouveau à se mettre sous la plume pour parvenir à pisser de la copie. Cela ne donne en général rien de bon, au mieux une sorte de reportage pour littérature de gare. Dans ce cas, nous pouvons considérer avec Duras que lire d’une certaine façon, c’est encore moins lire que de ne pas lire du tout.

L’exigence se situe essentiellement au niveau d’un choc intérieur.

Après un point d’orgue sur le bonheur de peindre et le bonheur d’écrire, l’échange se poursuit avec une question sur la situation de la peinture dans le monde (nous sommes en 1971). Marguerite Duras : Où en est-elle ? Francis Bacon : A un très mauvais moment. Parce que le sujet était tellement difficile on est parti dans l’abstrait. Et logiquement, ça semblait être le moyen vers lequel la peinture devait aller. Mais comme dans l’art abstrait on peut faire n’importe quoi, on arrive simplement à la décoration…

On ne peut jamais parler qu’autour de la peinture, autour de l’écriture et de la lecture. C’est passionnant.

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A propos...

13 Septembre 2019 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Football, racisme, xénophobie, stades et désordres

Que le football soit un sport très populaire est indéniable.

Que la pratique de ce sport puisse développer le sens de la solidarité au sein d’une équipe, le plaisir du partage d’un objectif commun, l’attention aux contributions individuelles, ainsi que l’intégration dans un groupe, est également indéniable.

Que ce sport suscite un engouement parmi toutes les classes de la société, est tout aussi indiscutable.

Cela étant …

Depuis des lustres, les appétits financiers de plus en plus considérables, les rivalités de carrière, le vedettariat, les entorses à la morale la plus élémentaire dues à la distorsion du statut de divers joueurs, le déni et le mensonge à propos de certains matchs, les enjeux politiques nationaux et internationaux, en pervertissent la pratique.

Les stades sont devenus des terrains d’affrontement entre bandes de supporters rivaux, souvent assoiffés d’en découdre. Ce qu’il y a de plus bas dans la nature humaine, bestialité aveugle, haine de l’autre, xénophobie, est sollicité et dangereusement mobilisé. Nombreuses sont les rencontres où les questions de sécurité publique priment avant tout. Les compétitions internationales font d’abord la une à la rubrique des faits divers. Un « grand » mach est nécessairement accompagné de désordres. C’est dans l’ordre des choses ; donc admis quoique décrié. On déplore le temps d’un battement de paupières, et on passe à un autre sujet. La faculté d’adaptation ne connaît pas de limites.

Le jeu de football proprement dit ne semble pas directement en cause, c’est ce que sa pratique instrumentalisée entraîne d’ignoble et d’intolérable qui suscite le rejet.

Les dirigeants responsables de l’exercice de ce sport devenu spectacle populaire, véritable phénomène social, portent une charge d‘autant plus lourde qu’elle se devrait d’être exemplaire. Outre le public des stades, des milliers de joueurs, dont certains très jeunes, sont concernés par ce prolongement de l’école. Il s’agit notamment de pédagogie et d’éducation sociale, ce qui devrait impliquer réflexion, intransigeance, et circonspection.

Or…

Des décisions d’interruption de matchs en cours, consécutives au jaillissement de chants homophobes dans les tribunes du public ont récemment été prises par des arbitres conséquents.

Le Président de la Fédération Française de Football vient de déclarer à cette occasion : « Je vais être tout à fait clair. Le football reçoit tout le monde, toutes les classes sociales. Je suis totalement contre. Je ne veux pas être pris en otage sur l'homophobie. … Considérer que le football est homophobe, c'est un peu fort de caféC'est une erreur (d'arrêter les matchs pour des chants homophobes). Mais je ferai arrêter un match pour des cris racistes, ou pour des raisons de sécurité.» 

Trop d’intransigeance ne peut qu’entraîner une désaffection progressive à l’égard des rencontres importantes, donc une baisse des ventes de billets et des produits annexes. Il faut savoir raison garder. 

Ce monsieur est certainement un homme fort respectable, pénétré de l’importance de son titre et de sa fonction, soucieux d’équilibre, de rigueur et de pédagogie. Bref, un type « bien ». Il souffre à coup sûr des souillures récentes portées à l’image de quelques dirigeants internationaux suite à de malheureuses compromissions financières que l’on aimerait taire.

De surcroit c’est un fameux expert. Faire la distinction entre chants homophobes et cris racistes sur une échelle d’ignominie relève de l’exploit. C’est peser du lourd avec un trébuchet, et cela n’est pas donné à tout le monde. Chapeau l’artiste !

Où situer le curseur pour décider du tolérable et de l’intolérable ?

Les grand-messes de Nuremberg, la naïveté coupable des négociateurs à Munich, cela ne rappelle rien à personne ?

Le progrès de l’esprit humain est incommensurable.

La vie est belle, demain sera toujours un autre jour.

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