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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
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Erasme, à lire ou à relire

27 Février 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Erasme ;, #Montaigne ; La Boétie, #; actualité littéraire

Erasme, Eloge de la Folie – (Nouvelle traduction du latin, Babel, Actes Sud, 1994 – 190 p., 7,70 €)

Contemporain de Dürer, de Machiavel, et de Michel-Ange, Erasme a 14 ans à la naissance de Rabelais. Ami de Thomas More (Utopia) auquel il dédie son Eloge de la Folie, il a 64 ans à la naissance de Montaigne. L’actualité de son écriture n’a sans doute d’autre équivalent que le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, écrit environ 40 ans après l’Eloge, dont la verve et la liberté de pensée sont étonnantes.

Tour à tour moine, précepteur, et voyageur, Erasme a composé son ouvrage lors d’un trajet le menant de Rome à Londres. Il a retenu l’attention de Charles Quint, comme de François 1er, qui ont chacun tenté de l’attirer à leur cour. Grand pourfendeur des tares de l’Eglise, il demeurera néanmoins en son sein. Après sa mort (1536) son œuvre sera mis à l’Index, sauf l’Eloge de la Folie.

La charnière des 15e-16e siècles est éblouissante. L’analogie est tentante entre les grands bouleversements d’alors et notre aujourd’hui.

Il y a à peu près cinq cents ans, le Pape était homme de guerre, les Diafoirus et autres Trissotins hantaient les milieux du savoir officiel, tours de passe-passe et manipulations avaient raison de toutes sortes de gogos bien-pensants, des auteurs sans talent étaient certains de leur génie. Ce n’était seulement qu’il y a un demi-millénaire...

De brefs chapitres se succèdent (68 au total) et enchainent les idées. Picorons en quelques-uns, à mesure qu’ils se présentent. C’est à chaque fois La Folie qui parle.

- VI - L’argent permet d’acheter la servilité de lèche-bottes aptes à développer des flots de mensonges au service de la gloire factice de personnages totalement nuls. Un double langage fonctionne en permanence, il permet de s’assurer la considération des imbéciles.

Ceux qui comprennent se gobergent, ceux qui ne comprennent pas sont pétris d’admiration. « Plus c’est étranger, plus on s’extasie. »

Profondes sont les racines du jargon et des faux-semblants propres à notre art-dit-contemporain...

- XIII - A propos de l’évolution de l’être humain : Le charme de la petite enfance tient essentiellement à « la séduction de la folie » qui l’habite et qui fait que les nouveau-nés « apportent, sous forme de plaisir, une sorte de contrepartie aux tracas de ceux qui les élèvent ».

Remarquable cette attention apportée au ravissement du premier âge. Il semble bien que cet attrait sera bien peu mentionné dans les siècles suivant. Peut-être faudra-t-il attendre Victor Hugo et son « Art d’être grand-père ».

L’enseignement fait bientôt perdre la spontanéité et la joie aux adultes en devenir, « ... en se rapprochant de l’âge adulte par le biais de l’expérience et des études, leur beauté rayonnante a vite fait de se faner... ».

La question de la pertinence de l’enseignement ne date pas d’hier. Viendront notamment Montaigne puis Jean-Jacques Rousseau, et beaucoup d’autres réformateurs ministres ou non, viendront les Sciences de l’Education, la pédagogie demeure une question essentielle, bien trop sérieuse et grave pour qu’on la traite vraiment.

- XVII - La femme, qui a « l’avantage de la beauté » apparait comme très complémentaire de l’homme d’ « aspect rébarbatif (et souffrant) de son infirmité à lui, la sagesse. » Bien que redoutable pour les hommes, la femme apporte à la vie « le piment de la folie ».

Vive donc la fantaisie qui colore si aimablement la vie.

- XXXI - La vie est ponctuée de malheurs en chaîne, de la naissance à la mort, mais hommes et femmes font tout leur possible « pour redevenir jeunes ».

De nos jours la publicité vantant les mérites de l’éternelle jeunesse est tout aussi trompeuse que les artifices alors employés. Seul point commun, le pouvoir de la finance permettant d’accéder à ces subterfuges.

- XXXIV - « ... aucun animal n’est plus désastreux que l’homme, en arguant que les autres se satisfont des limites de leur nature, tandis que l’homme - et lui seul - s’évertue à dépasser les bornes assignées par le sort. »

Vivement la grande conférence sur le climat prévue à Paris, à la fin de cette année 2015 !

- XXXVI - Déjà le Pouvoir n’en faisait qu’à sa tête en écoutant de préférence ceux allant dans son sens. Les « sages à triste figure ... n’apportent d’ordinaire aux princes que des choses sans joie, et parfois, faisant fond de leur science, ils s’enhardissent à écorcher leurs oreilles sensibles avec quelque vérité mordante. »

S’entêter et persister dans ses erreurs, une constante du pouvoir. On ne parlait pourtant pas d’économie alors.

- XXXIX - « ... les gens possédés par une fringale insatiable de construire : ils transforment si bien les courbes en angles droits et vice versa, qu’à la fin ils trouvent acculés à la pire indigence... »

Qui pourrait penser aux aménageurs et autres promoteurs immobiliers ?

- XLIII - La stupidité et les méfaits du nationalisme étroit sont joyeusement épinglés. Les Anglais, les Ecossais, les Français, les Parisiens, les Italiens, les Romains, les Vénitiens, les Grecs, les Turcs, les Juifs, les Espagnols et les Allemands, ont chacun de bonnes raisons de s’estimer supérieurs aux autres.

- XLIV - Il pourrait parfaitement s’agir des programmes télévisuels :

« Allez à l’église écouter les sermons. S’il y a une question sérieuse au programme, tout le monde dort, bâille, se morfond. Si le Vociférateur (pardon, je voulais dire le Prédicateur) attaque, comme cela est si fréquent, avec une historiette de bonne femme, tout le monde se réveille, se redresse, écoute bouche bée. »

- XLVIII - Serait-il question, par une incroyable prémonition, du Marché, de ses méfaits, du FMI ou de l’OMC ?

« L’engeance la plus folle et la plus vile est celle des marchands ... : le mensonge tous azimuts, le parjure, le vol, la fraude, l’abus de confiance, et malgré tout ils prétendent passer avant tous les autres, au motif qu’ils ont les doigts couverts de bagues en or. »

- LIII - « La multiplicité des courants de la scolastique rend encore plus subtiles des subtilités déjà subtilissimes... »

Evocation des partis, courants, tendances, écoles, sectes, extrémismes de tous poils ? Dans ce chapitre se trouve évoqué le baratin des spécialistes de leur spécialité et la parfaite inanité de leurs débats, les « arguties théologiques » des pédants et des sachants appelant « profondeur ce que le vulgum pecus ne peut pas saisir. »

- LIV - Moines et religieux ne perdent pas pour attendre. Le formalisme de leurs pratiques et leur culte des apparences forment une cible de choix.

Se présentent ainsi les ancêtres de nos politiques et de leurs éléments de langage : « quel comédien, quel bonimenteur pouvez-vous m’indiquer, qui dame le pion à ces prédicateurs parfaitement ridicules, mais si délicieux dans leur façon de singer les recettes d’éloquence... Et ça ronronne ! Et ça se démène ! Sans arrêt des changements de physionomie ! Constamment des coups de gueuloir ! Ces astuces pour prêcher, on se les passe de main en main, de moinillon à moinillon, comme des formules secrètes. »

- LV - L’exemple désastreux des incartades des puissants (DSK et consorts où êtes-vous ?) :

« Le prince, lui, est dans un position qu’à la moindre incartade morale de sa part, une grave épidémie a vite fait de s’étendre à la plupart des hommes. »

Ah, la vertu des affaires et des mises en examen de nos gloires politiques !

- LVI - « Et maintenant, que dire pour évoquer les grands de la cour ? Rien de plus rampant, de plus servile, de plus fade, de plus abject, que la grande majorité d’entre eux ; pourtant, ils veulent passer pour les premiers dans tous les domaines. »

On s’y croirait !

Lire Erasme, c’est porter un regard aiguisé sur notre quotidien et cela vaut largement l’actualité littéraire qui nous est imposée à coup de best sellers.

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Art, labeur, témoignage et histoire

15 Février 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art actuel ; histoire présente ; Anonymat ; Postérité

Souvent méconnus, les artistes et les passeurs de culture sont nombreux. Bien peu, sinon aucun, accèdent à la notoriété de têtes de gondoles labellisées par le marché. En majeure partie, ils œuvrent loin des projecteurs et représentent un terreau indispensable à la vie de leur cité ou de leur région. Ils constituent patiemment une trame représentative de notre histoire culturelle.

C’est malheureusement cette histoire qui est systématiquement négligée, sinon ouvertement sabotée par les agents de l’inculture officielle. L’urgence pernicieuse de l’actualité et de l’instantané l’emporte de plus en plus, ce qui conduit la plupart d’entre nous à ne plus porter attention aux actions significatives, ni aux germes à saisir. Cela d’autant plus que les relais ou bien disparaissent asphyxiés faute de moyens, ou bien s’adaptent pour survivre. Çà et là, comme un vestige rongé par le temps, quelques îlots demeurent accessibles à une poignée d’interpellateurs insoumis non résignés.

Les arts plastiques sont particulièrement touchés par ce phénomène de cécité collective.

Il y a bien sûr le premier marché, servi par la presse, les foires, les fondations érigées à la gloire de leurs fondateurs, les galeries à la mode et les principaux musées. On y retrouve toujours les mêmes vedettes difficilement localisables entre bimbeloterie décorative, produits de luxe, ou art confus. Entretenu en permanence, le rideau de fumée est très dense.

En marge de cela existe tout un monde de la création artistique parfaitement ignoré des officiels, sinon méprisé.

Certains de ces artistes parviennent à vivre à peu près convenablement grâce à une relative notoriété. Ils attirent l’attention d’amateurs curieux, souvent passionnés. Ils ont leurs réseaux de diffusion et mènent en général une aventure résolue, dans une relative solitude. Il y a là tout un monde bouillonnant d’idées, de propositions, de regards pertinents. Parmi eux, nombreux sont les travailleurs acharnés. Profondément engagés dans leur art, ils continuent vaille que vaille et accumulent souvent une œuvre considérable.

Sensibles à telle influence, réagissant à tel moment, à tel événement, s’appropriant une démarche particulière, s’inscrivant dans un sillage qu’ils explorent, soucieux d’aller le plus loin possible dans leur champ d’expérimentation, ceux-là prolongent leur temps, qu’ils accompagnent.

Leurs œuvres témoignent de ce qui compte de manière sourde à une époque donnée. Ils sont les capteurs sensibles des forces latentes dans leur environnement. Formes, couleurs, matériaux, procédés, disent le moment dans lequel ils s’expriment. Sédiments de vies exemplaires, une extraordinaire richesse s’accumule en catimini.

Qu’advient-il lorsque disparait l’un de ces artistes ?

L’émoi est aussi grand que les promesses de revanche et les regrets. Et puis rapidement s’installe la chape de l’oubli, celui que le défunt a connu de son vivant. Il arrive que l’acharnement d’un proche parvienne à entretenir faiblement le souvenir, quitte à s’abuser sur l’écho qu’il pourrait susciter. Mais la tâche est si immense... Faire connaître le dialogue avec son siècle et l’univers de quelqu’un qui n’y parvint pas vraiment de son vivant est une tâche hors de proportion.

Du nouveau, c’est sans cesse du nouveau qu’il nous faut !

Que vaut cette nouveauté si elle est hors sol, si elle n’est pas ancrée dans une histoire dont elle procède ? L’histoire est le terreau de la culture. Savoir d’où l’on vient, ce à quoi on se confronte, ce qu’on accepte, ce que l’on rejette, y a-t-il quelque autre moyen efficace pour se situer et s’orienter ?

A quand le temps de galeries, de musées, d’éditeurs d’art spécialisés dans la recherche et la présentation de tout ce qui a été, que nous avons manqué, qui a structuré les périodes d’où nous venons, nous permettant de mieux comprendre où nous sommes et qui nous sommes ? A quand les hommages rendus à tous ces créateurs sans renom suffisant, aujourd’hui mal connus, sinon franchement méprisés, mais déterminants ?

Respect évident dû au cheminement de l’esprit.

Pas des rétrospectives de tel ou tel, mais plutôt un état des lieux en incessant devenir : « Ce que nous n’avons pas su voir, ni considérer » à telle période récente ferait un beau cycle d’expositions à imaginer.

A quand l’obligation faite à tout étudiant des Ecoles d’Art de s’informer sur l’humus local, c’est à dire ce qui s’est fait là où il se trouve ? Cela s’appelle la richesse patrimoniale, et aussi l’histoire des idées. Les négliger est un honteux décervelage.

Il est clair que la perte de mémoire est un appauvrissement, et que l’encourager, ou même simplement l’accepter, est une atteinte grave à l’esprit.

(Ce papier est consécutif à une conversation récente avec Jean-Jacques Ceccarelli, un des artistes majeurs de la scène marseillaise)

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Rencontres Cinéma Manosque – 28e année

9 Février 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Cinéma; Manosque; Denis Gheerbrant;, #Giovanni Donfrancesco; Armand Gatti;, #Jean Rouch; Agnès Varda; Merzak Allouache

Depuis 28 ans un fou de cinéma, Pascal Privet, conçoit et anime chaque année au début février des rencontres hors de l’ordinaire. Si ses moyens sont limités, la force de son ambition est telle qu’il réussit quelque chose de miraculeux avec une équipe très réduite. Ismaël Castan l’a rejoint depuis peu d’années, il assure la régie générale de l’opération, ce qui n’est pas une mince affaire.

Parmi le programme de cette année, je relève (arbitrairement) quelques œuvres qui m’ont tout particulièrement impressionné.

Tout d’abord, IRANIEN (2014, diffusé en salles), de Mehran Tamadon. Iranien athée, le réalisateur aspire à une société laïque où l’expression de chacun serait libre. Au terme de nombreux atermoiements, il parvient à réunir en un même lieu quatre mollahs qui vont vivre avec lui pendant deux jours. Nous assistons à une sorte de huis-clos ponctué par les activités domestiques et les séances de réflexion, d’affrontement devrais-je dire, entre lui et ses hôtes. Seul face à eux, Tamadon se heurte à la rhétorique de ses adversaires. Confronté à leurs convictions, il se montre souvent déstabilisé. Trouver la faille, s’y introduire et la faire éclater relève de l’utopie. Le cinéaste a choisi au montage de montrer les moments d’incertitude, l’œuvre y puise toute sa force.

Ce film est un hymne à la parole, à la recherche d’un terrain d’entente. Il en montre la quasi impossibilité. Il est un appel à une parole possible entre tenants de vues totalement opposées. C’est avant tout un outil de réflexion individuelle sur les barrières et les préjugés qui nous animent tous. Il m’a confirmé dans ma certitude que le dialogue véritable n’est possible que lorsqu’existe une part de doute, si minime soit-elle chez chacun des interlocuteurs. Et c’est à partir de cette part de doute que peut s’inscrire un polygone d’accord sur lequel se rencontrer pour l’enrichir. Si ce doute, si léger soit-il, n’existe pas, il est probable que tout effort soit vain.

ON A GRÈVÉ (2014, diffusé en salles), de Denis Gheerbrant, est la chronique très joyeuse et lumineuse d’une longue grève des femmes de chambre d’une chaîne hôtelière, qui ne respecte pas la législation du travail. Venues pour la plupart d’Afrique noire, ces femmes trouvent ensemble la force de dénoncer les pratiques scandaleuses de leur employeur. Elles occupent l’espace, elles dansent, rythment leur détermination, la grève devient rapidement leur nouvelle forme de travail. Elles se relaient, s’entendent pour la garde des enfants, la préparation des repas, se gardent de tout relâchement jusqu’à la victoire, soutenues par le syndicat. Alors que le monde « normal » continue imperturbable juste à côté d’elles, l’ilot de liberté qu’elles constituent l’emporte.

Le film déborde de joie, de confiance et de beauté. Ces femmes majestueuses sont des princesses.

Tout l’art de Gheerbrant consiste à écouter l’autre, le reconnaître, s’intégrer à un groupe et parvenir à lui donner la parole. Le cinéma ne va pas sans confiance et respect réciproques.

THE STONE RIVER, (2014) réalisé par Giovanni Donfrancesco, film encore inédit, reprend l’histoire de ces immigrés italiens qui dans la première partie du 20e siècle arrivèrent progressivement à Barre, dans le Vermont, attirés par l’ouverture des plus grandes carrières de granit du monde. Le témoignage de ces tailleurs de pierre fut recueilli en 1935, suite à une initiative du Président F.D. Roosevelt. Les personnes qui apparaissent dans le film sont leurs descendants directs demeurés sur place. Ils restituent la parole de leurs ancêtres en majorité décimés par la silicose.

Il semble permis de déclarer que la pierre, marbre en Italie, granit aux Etats-Unis, est le personnage principal du film dont les images sont reliées par le récit de l’actuel gardien du cimetière monumental de la ville.

L’introduction se présente comme une formidable métaphore de l’immigration : d’abord un long tunnel à l’obscurité angoissante, et le débouché sur un cimetière lumineux.

L’ENCLOS, film d’Armand Gatti réalisé en 1961, restauré en 2014, projeté en la présence de l’auteur, 95 ans aujourd’hui. Ecrivain, dramaturge, cinéaste, metteur en scène, animateur socio-politique, Gatti est une des grandes références de notre temps. Il est une des plus fortes mémoires de l’histoire du 20e siècle. Fils d’un ouvrier italien immigré à Monaco, maquisard à 18 ans, arrêté, condamné, évadé, parachutiste dans la RAF, il a sillonné le monde dont il a rencontré les principales figures de l’après-guerre. Le langage est pour lui l’outil majeur de la résistance aux oppressions, quelles qu’elles soient. Il faut le voir aujourd’hui évoquer ses morts dont il ne cesse de vouloir prolonger un peu leur existence. Ce grand monsieur est très impressionnant, le côtoyer, un privilège que les Rencontres de Manosque viennent de nous offrir.

Tourné dans la Yougoslavie de Tito, suite au boycott de la profession cinématographique française de l’époque, primé dans de nombreux festivals (dont Cannes), L’Enclos est une tragédie antique. Deux détenus d’un camp de concentration nazi, sont enfermés dans un enclos de barbelés. Promesse est faite à chacun d’avoir la vie sauve, s’il tue l’autre à l’issue d’une nuit terrible. Tragédie de la perversité, mais aussi hymne à la fraternité dans la terreur face à l’impitoyable cruauté de forces supérieures qu’il convient de tenter de déjouer. Dans les plus grands périls, l’humain se révèlerait malgré tout indestructible ?

Ce film demeuré très actuel est à la mesure difficilement soutenable de l’angoisse de notre temps.

Autre temps fort de ces Rencontres, LA PUNITION, Jean Rouch, 1960. Un tournant dans l’histoire du cinéma, une nouvelle manière de tourner. Nadine Ballot, l’interprète principale du film, était conviée. Cette dame de 75 ans a conservé intactes sa séduction et sa vivacité de pensée. Aucune nostalgie autour de Jean Rouch dont l’absente présence imprégnait l’atmosphère. Simplement une belle émotion bien bonne à accueillir.

On connait l’histoire. Faute d’être attentive au cours de philosophie une lycéenne est mise à la porte de sa classe pour une journée. Désœuvrée, elle se promène dans Paris et fait trois rencontres successives. La liberté et la vérité jalonnent les échanges avec ses interlocuteurs de hasard.

Impossible de voir ce film sans faire le rapprochement avec Cléo de 5 à 7, réalisé deux ans plus tard par Agnès Varda. Même sensibilité, même intelligence, même beauté des vues du Paris d’alors.

Deux moments magnifiques du cinéma des années soixante.

Enfin un film inédit, en salles au printemps prochain, du cinéaste algérien Merzack Allouache, LES TERRASSES (2013). Cinq quartiers historiques d’Alger racontés par cinq histoires indépendantes, l’espace de 24 heures de vie sur des terrasses d’immeubles délabrés et squattés. Une vision très dure de la cruauté des rapports, la violence, les contradictions et l’intolérance, qui minent la société algérienne. Film assez difficilement soutenable en raison du réalisme de certaines scènes.

Cinq appels à la prière beuglés par les haut-parleurs disséminés dans la ville, ponctuent le film. Personne n’y prête attention, pourtant on ne peut pas les ignorer.

Que vont nous préparer les Rencontres 2016 de Manosque ? A suivre...

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Un mois bientôt...

2 Février 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Attentats ;, #Enseignement ; Idéologie

Ce mois de janvier 2015 est bien vite passé, tellement chargé, tellement brutalisé, tellement suffocant, mais peut-être pas si surprenant.

Plus que tout, ce sont les manifestations spontanées du mercredi 7 au soir qui m’impressionnent. Inorganisées, sans mot d’ordre, elles sont apparues dans l’ensemble du pays, issues des profondeurs d’une émotion et d’une appréhension considérables. La brutalité du choc fut motrice, là et sans doute seulement là un véritable partage, une union dénuée de calculs face à l’horreur s’est révélée, une manifestation de deuil. Indiscutablement un véritable rejet, fort, profond, authentique, marque d’un incoercible besoin d’un autre climat. Quelque chose comme l’instantané d’une explosion.

Vint ensuite le dimanche suivant le temps d’une manifestation de consensus entre proches, mobilisation assez confuse patronnée par un État récupérateur (comme il se doit). Un slogan d’identification aux victimes (toutes les victimes ?) - « Je suis Charlie » -, sorte d’impératif introduisant un formidable quiproquo idéologique, source semble-t-il de désarroi aujourd’hui.

Que faire ? Où en sommes-nous ?

Une vision pseudo-consensuelle, très floue, parait survenir dans cette République ségrégationniste qui est la nôtre, où la méfiance (c’est peu dire) vis-à-vis d’une fraction de la population estimée dangereuse domine. Il convient de reconnaître à ce propos la force et la rareté de la parole d’un Premier Ministre osant dire l’existence de fait d’un apartheid social en des lieux où l’Égalité et la Fraternité n’ont jamais existé.

Moment d’indiscutable lucidité, parviendra-t-il à en faire autre chose qu’une envolée oratoire ?

L’État et l’ensemble de son personnel, les appartenances politiques, les statuts, importent peu à ce moment, sauront-ils impulser autre chose que des mesures répressives, contre-productives si elles ne sont pas accompagnées d’une réflexion et de décisions conduisant à une remise en question radicale de nos pratiques et de nos modes de vie en commun ? Il ne semble pas que pour le moment nous en prenions le chemin, alors que des enfants sont soumis à la question policière et qu’obligation a été faite de se soumettre au rituel imposé d’une minute de silence dont le non-respect serait un quasi délit. Qui peut raisonnablement croire qu’une obligation non éclairée d’une discussion approfondie puisse convenir à des adolescents dont les conduites de contre-dépendance sont une des caractéristiques, en tout temps, en tous lieux ?

Quelques remarques anodines dont la prise en compte ne l’est sans doute pas :

- Il ne s’agit pas seulement de 17 victimes mais de 20 morts (17 victimes + 3 assassins), tous français. Les assassins sont issus de notre système éducatif.

La prise en compte de la diversité immémoriale des origines des constituants de la Nation française est urgente. Non, les Gaulois ne sont pas nos ancêtres communs. Non, le Christianisme n’est pas notre unique berceau.

Une remise en question fondamentale des programmes et des pédagogies s’impose.

La laïcité est autre chose qu’un slogan de combat, une réflexion approfondie à son sujet est une nécessité absolue.

- Que propose d’autre aujourd’hui notre société au plan de l’idéal, de l’idéologie, sinon le culte du seul quantitatif ? Le capitalisme tel qu’il est devenu, créateur infini de nouveaux besoins, nouveaux et incessants gadgets, entraîne un terrible repli sur soi, une indifférence mortifère à l’autre, parfois franchement de la haine. Seule une écoute et une parole véritablement partagée peuvent tenter de modifier peu à peu l’horreur de cette situation.

L’aveuglement officiel, la pusillanimité des gouvernants de tous bords, face aux conséquences de la mondialisation et aux désastres écologiques en cours, conduit à la catastrophe.

Comment un monde dans lequel le rapport entre population globale et répartition de la richesse est totalement inadmissible peut-il ne pas aller à sa perte ?

Songeons que le Global Wealth Report établi par le Crédit Suisse publié en 2014 donne les proportions suivantes :

0,7% de la population mondiale possède 44% de la richesse (biens financiers),

10% de la population possède 90%,

et 70% de la population ne possède que 2,9% de cette même richesse.

Le monde va si mal que le Pape, fait inouï, en arrive à admonester publiquement la Curie. A-t-on jamais vu ça ?

La dérive est globale, la décrépitude universelle. Le djihadisme est la seule idéologie mobilisatrice disponible sur « le marché ».

Aucune mesure cosmétique adoptée le nez à la vitre ne pourra jamais convenir à quoi que ce soit.

Tout cela ne peut qu’immanquablement déboucher sur une violence de plus en plus forte.

Hier, à la radio, une phrase saisie au vol a retenu mon attention :

« Voguer sur de l’espérance inassouvie »

Quelle perspective pour qui veut ou aspire à gouverner !

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Graines de réflexions, à mûrir

23 Janvier 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Jihadisme ; Proche Orient ; Israël Palestine ;, #Enseignement ; Religion ; Islam

Amalgames, confusions, émotions, risques de propos intempestifs, extrême difficulté d’y voir clair, les événements récents requièrent un temps de réflexion.

Jihad au Moyen-Orient, jihad en France, est-ce comparable, y a-t-il à distinguer ?

Constatations et hypothèses :

- Au Proche et au Moyen-Orient, le chaudron est brûlant depuis longtemps, plus particulièrement depuis la fin de la première guerre mondiale, avec les mandats britannique et français sur certains territoires aux frontières arbitrairement dessinées. Le chaudron est brûlant car les querelles tribales n’ont de cesse depuis lors. L’interminable conflit israélo-palestinien dure depuis soixante ans, la désastreuse intervention étasunienne de 2003 a ouvert une brèche béante dans un édifice profondément lézardé. Les Émirats n’existent que grâce à leurs pétrodollars, ils rivalisent dans une mégalomanie les conduisant à adopter les excès les plus invraisemblables de la société capitaliste moderne, ce qui ne peut que développer une opposition chez les plus radicaux des fondamentalistes. Plus rien n’est maitrisé, plus rien ne parait maitrisable.

Rancœurs, contradictions, luttes fratricides, volonté de restaurer une grande nation arabe pour laquelle la notion d’États indépendants n’a aucune signification, interventions intempestives et maladresses d’un Occident dominateur et donneur de leçons, ont créé un appel d‘air extrêmement puissant dans lequel s’est engouffrée la prétention de retrouver identité et racines en restaurant un mythique califat répondant à un imaginaire archaïque. Il est clair que pour une poignée de fanatiques hallucinés seule une impitoyable lutte armée peut accomplir cet objectif.

Le communisme et le fascisme ont fait faillite au 20e siècle, de même que les tentatives d’introduction d’un nationalisme arabe laïc. Puisque les tentatives d’instaurer un Paradis sur terre se sont toutes révélées vaines, quelle autre réponse que la religion peut-on trouver pour affronter les angoisses inhérentes à la vie et à la mort ? La porte est désormais ouverte aux excès du fanatisme.

Comme vient de le déclarer l’un de nos meilleurs penseurs, le Jihad est devenu la seule idéologie disponible sur le marché...

- La France compte parmi les siens une très forte proportion de la population pour laquelle l’Histoire officielle (les Gaulois, Jeanne d’Arc, etc.) ne suscite aucun écho. Pour ceux-là, l’histoire de leurs origines se situe ailleurs. Alors que la France s’est constituée en tant que nation par agrégation de populations hétérogènes (les Provinces et les apports extérieurs) ayant chacune sa culture propre, quelle place est faite dans l’enseignement primaire et secondaire à l’étude de cette pluralité des racines ? Où est le récit commun ? Si celui-ci n’existe pas, comment s’étonner qu’une relation bienveillante à l’autre soit si difficile ?

Notons au passage que les Musulmans sont présents en Europe depuis fort longtemps, n’oublions pas les préjugés de l’Occident médiéval chrétien vis-à-vis de l’Islam (les Croisades).

Quand reconnaitra-t-on que la France est une nation multiculturelle (Bretons, Auvergnats, Provençaux, etc., mais aussi provenances plus lointaines) ?

Or, quelles sont les références culturelles de nos dirigeants mises à part la culture du PIB et de la dette, ainsi que celle du dernier sondage ?

Dès lors, que l’enseignement laisse tant d’élèves sur les bas-côtés de la route n’a rien de surprenant. Que certains d’entre eux se radicalisent en adoptant une idéologie à leur portée, leur procurant une illusion de revanche, ne l’est pas davantage. Inculture et fanatisme vont aisément de pair.

Les assassins s’étant manifestés en France depuis l’affaire Mehra sont tous de jeunes français passés par la filière de l’Éducation Nationale. Joli succès de notre système éducatif. Le fiasco est total.

Que faire lorsque la religion, qui devrait normalement relever uniquement de l’espace privé, fait irruption dans un espace public totalement laissé en déshérence ? Il est bien tard pour parler de laïcité.

Faire rentrer un torrent furieux dans son lit n’est pas une mince affaire. Il ne s’agit de rien d’autre que de se donner les moyens de changer les mentalités. Énorme chantier exigeant courage et conviction.

C’est sans doute d’abord sur la pédagogie et l’enseignement (pluridisciplinarité et ouverture à des perspectives dépassant l’hexagone) qu’il faut d’abord concentrer les efforts. En a-t-on les moyens ? Tenter de reconstruire, avec d’autres visées, sur d’autres bases. Il y a trop longtemps qu’un clivage existe pour se contenter de mesures homéopathiques et d’effets de manchettes, les blessures sont très profondes, à vif. Une remise en question fondamentale s’impose, d’urgence mais sans précipitation.

Les injonctions (minutes de silence et Marseillaise obligatoires) ou la répression, pour nécessaire qu’elle puisse s’avérer parfois, seules, ne peuvent qu’être contreproductives.

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Charlie Hebdo, et après

18 Janvier 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Plusieurs médias américains, notamment le New York Times, CNN et l'agence Associated Press ont refusé de montrer la dernière une de Charlie Hebdo avec Mahomet.

Que penser de la pusillanimité de certains médias US, demande un de mes correspondants.

Bah, comme la plupart des gens incultes, sans foi ni loi, sans véritables repères, ils sont prêts à toutes les compromissions, comme à tous les excès. Comme la plupart des « braves gens », ils sont adeptes du « juste milieu » et du « moindre mal ».

Bien des étasuniens estiment souvent être l’alpha et l’oméga d’un monde où leur nombril et leur portefeuille sont l’unique référence. Fanatiques eux-mêmes, leurs dirigeants sont aussi dangereux que ceux qu’ils ont très largement contribué à faire éclore. Chez eux aussi la religion est capable d’engendrer les pires déviances, le Ku Klux Klan est dans toutes les mémoires, de même que la virulence de feu le cardinal Spellman (1889-1967), et plus près de nous l’aveugle folie belliciste de GW Bush.

In God we trust ! Allah akbar !

Les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki furent très certainement bénies avant d’être larguées.

Charlie n’a jamais été ma tasse thé. Je suis allergique à ce type de dessins, de même qu’aux outrances... outrancières, leur reconnaissant toutefois un réel bien fondé. C’est le mode d’expression qui ne me convient pas, le fond au contraire est souvent loin de me laisser indifférent.

Quoi qu'il en soit, un dessin, une caricature, ne sont jamais ce qu’ils prétendent représenter, de même que le mot n’est jamais la chose. S’abuser là-dessus c’est tomber dans l’idolâtrie, c’est-à-dire confondre images (idoles) et divinité en soi. Voltaire a raison, qui traite Polyeucte de crétin (Voltaire dit sot) parce qu’il s’attaque aux idoles.

Cela étant, personne n’a jamais été contraint d’acheter ce journal qui, d’ailleurs, a connu une passe très difficile sous le proconsulat de Philippe Val, avec son soutien à l’État raciste et terroriste d’Israël et son attirance immodérée pour les US. On se souvient de la controverse et de la crise engendrées par le licenciement de Siné taxé d’antisémitisme parce qu’ayant eu l’audace de moquer le mariage du fils Sarkozy avec l’héritière de l’empire Darty (« Jean Sarkozy ... vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »).

Alors que le journal diffusait assez peu, l’emballement émotionnel actuel (on parle de 7 millions d’exemplaires du premier journal d’après) me terrifie. Acmé du panurgisme. C’est comme une ola universelle dans le grand stade du nez à la vitre.

Où que ce soit la liberté ne saurait se détailler. Totale ou inexistante, en tout cas jamais bancale. Critiquer, se moquer, refuser, conchier, et alors ? Quelque religion que ce soit, y compris celle du laïcisme débile, est un poison redoutable. Je n’irai cependant jamais m’opposer à un pratiquant du moment qu’il ne viendra pas tenter de m’imposer sa foi. Refuser, ignorer, me satisfont, et me suffisent. Mais surtout, qu’on ne vienne pas me dicter ce que je dois être.

Donc je ne suis pas Charlie, par contre je suis très concerné par chacune des victimes, quelle que soit son origine, son statut, ou son appartenance (journaliste, employé, policier, client d‘un supermarché...).

Pas seulement celles que l’on compte à domicile, qui n’émeuvent qu’en raison de leur proximité, mais aussi toutes celles qui tombent chaque jour, sont emprisonnées, souvent torturées, au Proche-Orient, en Afrique, à Guantanamo, en Europe même, et ailleurs.

Quels qu’ils soient, d’où qu’ils proviennent, les bourreaux sont tous toujours d’infâmes salauds, mais aussi de parfaits crétins. Tandis que ceux qui les arment, les inspirent, les justifient et les commanditent sont de véritables monstres à mettre hors-jeu, d'urgence.

L’Occident en compte largement autant que l’Orient. Quelques-uns d’entre eux ont brièvement battu le pavé parisien l’autre dimanche.

Face à cela, comme le prétendent quelques ténors sur le déclin, il faudrait de nouveaux dispositifs juridiques ? Réponse ridicule et simplement démagogique.

Comment peut-on raisonnablement penser qu’un renforcement des règles en vigueur, tel qu’une mesure d’indignité nationale, ou bien la menace d’interdiction d’entrée sur le territoire pour les binationaux, aient la moindre influence dissuasive auprès de fanatiques prêts à mourir pour la cause et la jouissance paradisiaque ?

Il est très probable que l’arsenal juridique soit suffisant, à condition que sa mise en œuvre soit réelle ; sans doute « simple » question d’organisation et d’optimisation des moyens existants, de coordination efficace entre services. La surenchère verbale, les mines résolues et autres coups de menton, les effets de manchette, ne sont rien d’autre que cacher la poussière sous le tapis pour tenter de sauvegarder les apparences.

Tout cela ne peut que servir le jeu manipulatoire des assassins dans lequel nous risquerions de nous laisser prendre.

C’est d’une réflexion approfondie, exigeant le temps de l’analyse et de la maturation, que nous avons besoin. C’est au fond qu’il faut consacrer tous les efforts, pas aux apparences du vite-décidé-pour-satisfaire-l’opinion. Tout est à reprendre rapidement, mais avec sérénité, dans les articulations d’un ensemble qui fait que de jeunes français issus de notre système éducatif puissent aussi dramatiquement dériver.

Pas de lois supplémentaires, pas de Patriot Act à la française, pas de proclamation d’une illusoire union nationale, mais l’application résolue des mesures déjà prises, et la réduction prioritaire des déficits de mise en œuvre.

Quel défi pour nos politiques ! Sauront-ils être à la hauteur ?

A nous, à nos exigences, à notre vigilance, à notre intransigeance, de les y contraindre. Rappelons-leur qu'ils ne sont rien sans notre assentiment. Cessons d'être complices consentants de leurs lacunes et de leurs magouilles.

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Boulevard Voltaire

13 Janvier 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Voltaire ; Charlie ; Fanatisme

Préambule

(au cours d’une consultation chez un médecin spécialiste, 12 janvier 2015)

Spécialiste (cherchant sans doute à établir un « contact humain » avec son patient, actualité oblige)

- Les délinquants... on devrait les renvoyer dans leur pays.

Moi

- Mais... leur pays, c’est la France !

Spécialiste

- Alors, il faut les renvoyer dans le pays de leurs parents !

Moi

- Vous réalisez ce que vous dites ?

Spécialiste (visiblement surpris de l’audace du propos)

- ...

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Boulevard Voltaire, dimanche 11 janvier, défilé bras dessus-dessous de la fine fleur des représentants de gouvernements responsables d’atrocités depuis des décennies, du goulag à la bombe atomique, en passant par la guerre d’Irak, etc., sans parler des atteintes répétées à la liberté d’opinion.

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Dans un courriel un de mes correspondants se réfère à Voltaire.

Voltaire ? Tiens, tiens, bonne idée, allons y voir et reprenons un article de son Dictionnaire philosophique.

Article « Fanatisme », Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764


« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un fanatique novice qui donne de grandes espérances ; il pourra bientôt tuer pour l'amour de Dieu.

Barthélemy Diaz fut un fanatique profès. Il avait à Nuremberg un frère, Jean Diaz, qui n'était encore qu'enthousiaste luthérien, vivement convaincu que le pape est l'antéchrist, ayant le signe de la bête. Barthélemy, encore plus vivement persuadé que le pape est Dieu en terre, part de Rome pour aller convertir ou tuer son frère : il l'assassine ; voilà du parfait : et nous avons ailleurs rendu justice à ce Diaz.
Polyeucte, qui va au temple, dans un jour de solennité, renverser et casser les statues et les ornements, est un fanatique moins horrible que Diaz, mais non moins sot. Les assassins du duc François de Guise, de Guillaume prince d'Orange, du roi Henri III, du roi Henri IV, et de tant d'autres, étaient des énergumènes malades de la même rage que Diaz.

Le plus grand exemple de fanatisme est celui des bourgeois de Paris qui coururent assassiner, égorger, jeter par les fenêtres, mettre en pièces, la nuit de la Saint-Barthélemy, leurs concitoyens qui n'allaient point à la messe. Guyon, Patouillet, Chaudon, Nonotte, l'ex-jésuite Paulian, ne sont que des fanatiques du coin de la rue, des misérables à qui on ne prend pas garde : mais un jour de Saint-Barthélemy ils feraient de grandes choses.

Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à la mort ceux qui n'ont d'autre crime que de ne pas penser comme eux ; et ces juges-là sont d'autant plus coupables, d'autant plus dignes de l'exécration du genre humain, que, n'étant pas dans un accès de fureur comme les Clément, les Chastel, les Ravaillac, les Damiens, il semble qu'ils pourraient écouter la raison.
Il n'est d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal ; car dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir et attendre que l'air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent, pas contre la peste des âmes ; la religion, loin d'être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés. Ces misérables ont sans cesse présent à l'esprit l'exemple d'Aod qui assassine le roi Églon ; de Judith qui coupe la tête d'Holopherne en couchant avec lui ; de Samuel qui hache en morceaux le roi Agag ; du prêtre Joad qui assassine sa reine à la porte aux chevaux, etc., etc., etc. Ils ne voient pas que ces exemples, qui sont respectables dans l'antiquité, sont abominables dans le temps présent : ils puisent leurs fureurs dans la religion même qui les condamne.

Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage : c'est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l'esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu'ils doivent entendre.

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?

Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés parmi eux : leurs yeux s'enflammaient, tout leur corps tremblait, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.

Oui, je les ai vus ces convulsionnaires, je les ai vus tendre leurs membres et écumer. Ils criaient : « Il faut du sang ». Ils sont parvenus à faire assassiner leur roi par un laquais, et ils ont fini par ne crier que contre les philosophes.

Ce sont presque toujours les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait. Il n'y a eu qu'une seule religion dans le monde qui n'ait pas été souillée par le fanatisme, c'est celle des lettrés de la Chine. Les sectes des philosophes étaient non seulement exemptes de cette peste, mais elles en étaient le remède ; car l'effet de la philosophie est de rendre l'âme tranquille, et le fanatisme est incompatible avec la tranquillité. Si notre sainte religion a été si souvent corrompue par cette fureur infernale, c'est à la folie des hommes qu'il faut s'en prendre. »


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SOMMES-NOUS CHARLIE ?

10 Janvier 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Tous Charlie

Alain Sagault vient de confier le texte ci-dessous à son blog. Sa pertinence me commande de le relayer.

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"Si Dieu existe, j'espère qu'il a une excuse"

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L’émotion, la compassion.

Oui, naturellement. J’ai pleuré, il y avait de quoi.

L’indignation. La colère.

Bien sûr. Envie de tuer les tueurs, œil pour œil, et tout le koulchi, comme disaient autrefois mes élèves marocains…

ET APRÈS ?

L’union sacrée ? Comme en 1914, alors ? L’indéfectible union des loups et des moutons, l’union sacrée des combattants et des planqués, des engagés et des profiteurs ?

Très peu pour moi. Tous unanimement confits dans la déploration, les uns en toute sincérité, tant d’autres parce que moutons, et que mouton doit bêler avec le troupeau si le berger le demande, et puis les hypocrites, les politiques, ceux qui leur crachaient dessus depuis des années, et qui soudain les embaument.

Des héros, bientôt des saints !

On va voir naître la Légende Dorée de Charlie Hebdo, un comble…

Des héros, oui – maintenant. Bien contre leur gré, je vous assure ! Non, les gars de Charlie n’étaient pas des petits saints, heureusement, et nous sommes nombreux à pouvoir en témoigner, comme du fait qu’ils se trompaient parfois de cible et qu’il leur arrivait d’avoir tort, et même de ne pas le reconnaître. Les hommes engagés ne sont pas plus infaillibles que les autres, mais ils s’engagent, ça change tout. C’étaient des hommes engagés, des amoureux de la vie, de vrais vivants. C’est bien pour ça qu’il fallait les tuer.

Ils témoignaient. De la vraie vie, la seule, celle qui vaut la peine d’être vécue.

Au fait, autour de quoi, l’union sacrée ? Pour le Bien (nous tous, bien entendu) contre le Mal ?

Oui, le Mal existe, mais se limiterait-il par hasard aux sinistres crétins qui ont cru avoir tué l’esprit d’indépendance parce qu’ils ont décimé la rédaction d’un des très rares médias réellement indépendants qui subsistent dans notre si admirable démocratie ?

Je ne crois pas que l’équipe de Charlie aurait apprécié la « belle unanimité » proclamée urbi et orbi par les grands-prêtres de notre irréprochable démocratie. Et je suis sûr que s’ils ont par hasard découvert que leur athéisme était infondé (ce dont je doute quelque peu), ils ont dû se poiler grave en entendant sonner, pour les bouffeurs de curés jamais rassasiés qu’ils étaient, les cloches de Notre-Dame !

Posons-nous la vraie question : pour qui sonne le glas ? Et pourquoi sonne-t-il ?

Je ne lis pas beaucoup Michel Onfray, mais il est le seul intervenant que j’aie entendu aujourd’hui sur France-Inter parler avec intelligence et justesse de ce qui est en train de se passer, le seul à n’avoir pas parlé pour ne rien dire, à n’avoir pas agité les grands mots creux sortis pour l’occasion des malles disloquées du grenier moral poussiéreux où on les conserve à toutes fins utiles, soigneusement embaumés.

Car « cette bande de joyeux déconneurs », comme les définit de façon si commodément réductrice un Thomas Legrand parfois mieux inspiré, ne faisait pas que s’amuser. Journal satirique, Charlie Hebdo était tout autant un journal politique, dimension que les besoins d’une unité nationale aussi spontanée que factice exigent d’occulter le plus soigneusement possible.

Charlie ne s’attaquait pas qu’aux religions, ou plutôt il s’attaquait à toutes les religions, à la religion du fric tout particulièrement, à la religion de la consommation, à l’adoration forcenée du pouvoir, à la religion libérale de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Parce que, tout de même, la violence, c’est seulement les attentats terroristes ? C’est

seulement la violence physique ? Pour ne prendre que cet exemple, il y en aurait bien trop, les salariés de France-Télécom qu’on a bien gentiment poussés au suicide pendant des années, c’est quoi ? Je ne me souviens pas d’avoir jamais entendu Robert Badinter, cette référence morale pesamment obligatoire, cette conscience chatouilleuse à géométrie variable, s’émouvoir de l’état actuel du monde, où l’immense majorité se voit pourtant condamnée par une violence économique et financière toujours plus ouvertement impitoyable à ne vivre que pour survivre, et encore…

Stéphane Hessel avait tort de dire « Indignez-vous ! ». Si, passé le premier moment, elles n’entraînent pas à l’action, l’indignation, comme la compassion, se font complaisantes et deviennent vite le refuge des spectateurs plus ou moins volontairement impuissants que nous sommes trop souvent. Ce que nous devons nous dire, c’est : « Réveillons-nous ! »

Parce que, Monsieur Badinter, désolé, il n’y a pas d’unité nationale possible quand 1% de salauds volent depuis des années à la nation et à ses citoyens le fruit de leur travail ; pas d’unité nationale possible quand on cautionne la scandaleuse, l’injustifiable croissance des inégalités.

C’était formidable de faire abolir la peine de mort en matière judiciaire, mais combien d’êtres humains notre modèle de développement a-t-il dans le monde littéralement condamnés à mort et exécutés depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ?

Posons-nous la question : Sommes-nous vraiment libres ? Sommes-nous vraiment Charlie ?

C’est bien beau de dire : « Je suis Charlie », mais si ça n’engage pas à agir pour que ça change, ce ne sont que des mots creux, les cache-misères d’une bonne conscience qui est la plaie de « notre belle civilisation occidentale », cette bonne conscience inoxydable qu’un Charb ou qu’un Oncle Bernard dénonçaient autant qu’ils la brocardaient.

Aujourd’hui, dans l’élan, nous sommes Charlie. Et demain ?

J’ai lu les derniers textes d’Oncle Bernard, je n’avais pas envie de réfléchir, mais je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir, ni de sourire, ce dont j’avais encore moins envie.

J’ai regardé un dessin de Charb. Je n’avais pas du tout envie de rire, mais je n’ai pas pu m’empêcher de rire.

C’était ça, Oncle Bernard, c’était ça, Charb, et ça restera ça, morts ou vifs.

Tant qu’un texte de Maris m’obligera à réfléchir en souriant, j’entendrai sa voix et je me saurai vivant.

Tant qu’un dessin de Charb me forcera à rire, je me sentirai libre et je le saurai vivant.

Les gars, vous êtes immortels. Continuez.

Alain Sagault 9 janvier 2015

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Sidération

7 Janvier 2015 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Presse ; fanatisme ;, #gangstérisme ; défense de la Liberté

D’abord l’impossibilité de mettre des mots, la crainte de trop vite parler de l’horrible nouvelle : l’assassinat d’un journal. Le silence s’est tout de suite imposé comme une nécessité, voire comme une tentation.

Un long échange en forme de veillée organisé par Médiapart a réuni de nombreux journalistes d’horizons différents, Le Figaro compris. Cette soirée impromptue est à l’honneur de la presse si souvent justement décriée. Elle témoigne de la permanence d’une réflexion et d’une conscience des responsabilités de cette profession que l’on peut hélas souvent croire bien amenuisée.

Nous sommes confrontés à un événement sans précédent dont les conséquences sont encore indiscernables. Que sera demain ? Un commando de gangsters a commis un crime intentionnel : le massacre de personnes nommément désignées. Ce qui n’a rien à voir avec un attentat aveugle.

Nous sommes confrontés non seulement à une atteinte à la liberté, mais aussi à un crime contre l’humanité.

Cette monstruosité a immédiatement été perçue puisque de nombreuses manifestations spontanées ont eu lieu en de nombreuses villes, en France et aussi à l’étranger. Des citoyens se sont réunis hors de toute organisation préparée pour manifester leur attachement à la liberté. La nécessité de se rencontrer et de parler les a mis en mouvement.

Très vite des dirigeants religieux ont pris position pour dénoncer la barbarie. Aucune religion ne peut être mise en cause, aucun amalgame ne peut être admis. Des assassins, véritables fous furieux ne peuvent en aucun cas être confondus avec les adeptes d’une religion particulière. La stigmatisation serait un piège comparable à celui dans lequel sont tombés les États-Unis après le 11 septembre 2001. Nous en connaissons les conséquences, l’Irak, Guantánamo, etc., dont nous sommes loin d’être sortis.

La haine identitaire ne peut qu’entretenir une haine obsessionnelle, source d’une névrose guerrière. Ne nous laissons pas entraîner dans cette terrible dérive.

C’est la liberté de chacun qui est en jeu. Le combat pour la liberté, pour l’égalité, constitue le seul objectif susceptible de résistance à la gangrène de la haine. Nous sommes tous solidaires, quelle que soit notre origine. Être différents, avoir des divergences, l’insolence, l’ironie, la satire, fondent notre liberté. Celle-ci constitue à coup sûr la cause commune qu’il nous faut refonder. C’est la défense acharnée de cette liberté de penser différemment qui peut s’opposer à la terreur et à ses conséquences mortifères.

Une surenchère du type Patriot Act mis en place par l’administration Bush ne pourrait qu’alimenter le conflit latent dont souffre notre pays depuis des années. Puissions-nous nous en garder. Ni les violences policières, ni le déploiement théâtral de militaires dans l’espace public ne peuvent rien empêcher.

La réflexion sur une réinvention de la politique s’impose à chacun comme une nécessité absolue. C’est la poursuite de notre humanité qui est en jeu. Puisse la presse victime d’un terrible assassinat se ressaisir et nous accompagner dans ce combat.

Il y aura nécessairement un après 7 janvier 2015.

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Quelques impressions très subjectives

21 Décembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Politique culturelle ; Marseille

(Les réflexions qui suivent ne sont que le fruit d’un ressenti et d’échanges par-ci par-là, donc très subjectives. Il se pourrait néanmoins qu’elles correspondent à une navrante réalité.)

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En 2013 Marseille fut Capitale de la culture.

Un an après la clôture de cette année particulière, la question se pose de repérer ce qu’elle a pu apporter. Mis à part le succès incontestable de la création du MuCem, devenu l’un des hauts lieux de la ville, et la réussite du Musée d’Histoire, il ne semble pas que la vie culturelle locale ait été durablement modifiée par l’événement, bien au contraire.

Pour une fois Marseille ne serait pas à part, elle se situerait à l’image de la France.

D’un côté les discours officiels, de l’autre la primauté des enjeux personnels, dans un climat d’ignorance ou de très faible intérêt pour ce que pourrait signifier le concept de Culture, terme générique regroupant des données hétérogènes, sinon incompatibles. En l’absence de vision officielle, que ce soit à Marseille ou au plan national, il est permis de se demander aujourd’hui où se trouve la volonté politique en faveur d’activités dont les retombées économiques sont délibérément ignorées bien que potentiellement très importantes. Serait-ce à cause de leur faible impact électoral, à court terme ?

A ce manque de volonté politique s’ajoute à l’évidence une pathétique absence de connaissances de la part des élus, pour ne pas parler d’ignorance crasse, parfois prétentieuse. Être élu rend légitime à parler à tort et à travers de tout et de rien. Rôle épiphanique de l’onction électorale.

Après le lyrisme des envolées malruciennes concernant la célébration du patrimoine universel, puis la poétique déclinaison languienne d’un catalogue de produits culturels tout venant destinés à saupoudrer la société, nous avons eu droit à une gestion au coup par coup, de plus en plus malingre.

Certes les moyens financiers sont très réduits. En a-t-il jamais été autrement ? Souvenons-nous de l’objectif ministériel de l’obtention de 1% du budget national, pour exister et fonctionner.

La différence principale tient depuis des années au désengagement progressif au plus haut niveau de l’État. Il fut un temps où s’exprimait, même limitée, une réelle volonté politique en faveur de la Culture. De Gaulle, puis Mitterrand, y étaient l’un et l’autre fort attachés. Depuis, il ne s’agit plus que de gestion boutiquière à court terme, une réflexion sur les enjeux fondamentaux est totalement exclue, sinon devenue impossible par manque de compétence. Les nominations aux postes clés semblent constituer le principal souci des ministres successifs.

Droite et pseudo gauche développent un discours analogue. La soumission aux industries dites culturelles mondialisées tient lieu de politique. On ne cherche plus qu’à mollement défendre une certaine exception...

Ministère de la Culture et services locaux dédiés, où que ce soit, ont progressivement perdu toute crédibilité. Leurs représentants sont allégés de toute influence politique. Ils ne sont généralement plus que les relais de ce qu’imposent quelques potentats du monde de la finance. Si bien qu’il est permis de s’interroger sur la raison d’être de ce Ministère gadget. L’ambition fait totalement défaut, la Culture n’est désormais qu’un slogan publicitaire auquel personne ne croit plus vraiment. La structure gonflable dégonflée de la Place Vendôme et la présence de Jeff Koons à Beaubourg n’arrangent pas l’affaire. Elles illustrent à merveille la décrépitude du système.

Il en fut, il en est ainsi à Marseille, sauf pendant la période du mandat de Robert Vigouroux (1986-1995), successeur de Gaston Defferre à la Mairie. Sans doute contestable à bien des égards, R. Vigouroux avait des ambitions dans ce domaine, et il a su s’entourer de compétences, aujourd’hui disparues.

Dès lors, plus rien, sinon du verbiage et de l’affichage en trompe l’oeil. L’état des musées et les expositions qu’ils proposent éventuellement clament la déshérence la plus profonde.

Depuis l’automne 2013, la ville ne compte plus qu’un seul cinéma labellisé Art et Essai.

2013, l’année capitale, a superbement ignoré la création artistique locale et régionale. Les acteurs impliqués dans la vie culturelle, dans leur grande majorité, ont été tenus à l’écart. Il semblerait que l’ensemble des opérations se soit soldé par un gâchis financier. Des associations porteuses d’initiatives, des groupes d’artistes, des projets, sont en grande difficulté. Des appels à l’aide se multiplient, la survie de structures diverses pose question. Loin d’avoir été vivifiée, la Culture s’appauvrit par manque total d’intérêt de la part des responsables institutionnels.

Alors que la ville compte des acteurs importants de la recherche, de la création et de la diffusion de la musique contemporaine, alors qu’elle abrite des initiatives exemplaires en faveur du livre et de la lecture, le peu d’attention que suscite cette richesse dans les cercles du pouvoir local continue à surprendre.

Après tout, cela n’est pas grave. On enchaîne.

Marseille a été désignée Capitale européenne du sport en 2017. Comme les trains en gare, une capitale peut en cacher une autre. Les appels à projets sont d’ores et déjà lancés. La Municipalité peut se réjouir, faire parler de soi à l’extérieur est évidemment essentiel. Peu importe ce qui se passe intra-muros. Plus belle la vie...

Allez, bon Noël et Joyeuses Pâques !

Marseille demeure fascinante comme le souligne mon récent papier sur ce blogue (7 décembre), Marseille, une image différente.

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