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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Clignotants de l’automne

2 Octobre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Commentaires sur l'art ;, #lectures publiques et salons littéraires

Jargon masturbatoire de certaines proses pseudo philosophiques sur l’art, signées d’enseignants fumeux ayant le culot de s’intituler philosophes, par abus de langage. Propos consternants de bouffons totalitaires liés à la spéculation effrénée régnant sur le marché de l’art, souvent relayés avec délectation par des conservateurs de musée ou des commissaires d’expositions plus soucieux de la hauteur de leur piédestal personnel et portatif que de l’accompagnement intelligent de visiteurs désorientés.

A coup de pétitions de principe et de propositions tautologiques, des propos prétentieux et abscons réinventent sans cesse l’eau chaude déversée par Marcel Duchamp dans son urino-fontaine il y a plus d’un siècle. Coup de tonnerre spectaculaire à l’époque, décérébrés les épigones poussifs d’aujourd’hui l’ont transformé en misérable pet de lapin.

Ces textes ignorent que l’eau duchampienne est refroidie depuis longtemps, parfois évaporée.

Tandis que la planète se réchauffe la pensée se congèle à vitesse vertigineuse.

A quoi et à qui ces balivernes pseudo-philosophiques sont-elles destinées ? Il est clair qu’elles ne peuvent ni faciliter l’accès à l’art, ni donner envie de le fréquenter. Ce ne sont que des gargarismes auto-jubilatoires pour intellectuels rancis gardiennant jalousement leur territoire en évacuant toute approche sensible.

Modernes Trissotin précieux ridicules, les cuistres persistent à se déclarer références nécessaires. Ils tiennent à distance le vulgaire effronté, qu’ils dissuadent. Comme tout argot professionnel leur sabir cultive l’entre soi, .

Lorsque le besoin d’expliciter, c’est-à-dire d’ajouter du commentaire justificativo explicatif, l’emporte, il y a lieu de prendre garde : l’œuvre doit vraisemblablement manifester quelque faiblesse. Le mastic des concepts sortis en vrac comme des lapins d’un chapeau ne suffit jamais à combler les fissures.

Attention, terrain miné.

Méfions-nous des placards nous révélant avec suavité ce que nous devons voir pour comprendre les intentions de l’artiste. Même si tout n’est pas à mettre dans le même panier, la plupart des « installations » ainsi que les « performances » raffolent de ces logorrhées valant prothèses. L’édifice ne tient que par la cale que constitue le discours, enlevez la cale et tout bascule. Qu’est-ce qu’une œuvre qui ne tient pas par elle-même ?

Idem lorsqu’un écrivain intervient pour dévoiler le sens de sa production et proclamer avec suffisance ce qui en sous-main nourrit et tend son travail, son respect des mots, la qualité de son labeur, sa souffrance et son engagement civico-politico-philosophique, etc. Ces gens-là hantent les festivals, salons et autres rencontres littéraires. Ils clignotent à très basse intensité.

Là aussi la circonspection demeure la règle : il n’est pas rare que l’achat du livre s’avère décevant.

La plupart des produits actuels labellisés « littéraires » comportent trop de pages, trop de lignes par page, trop de mots par ligne, trop de lettres par mot. Que valent ces « rentrées littéraires » évaluées au nombre de titres nouveaux jetés en pâture sur le marché, sachant que la plupart d’entre eux sont destinés au pilon à courte échéance ? A quoi les éditeurs jouent-ils ?

Faire l’intéressant se révèle parfois de première importance. Je pense en particulier à ces lectures de textes par des comédiens, voire des auteurs prenant la pose, plus soucieux de cachetonner que de préparer réellement leur prestation et de choisir avec exigence ce qu’ils proposent à un public désirant. Celui-ci cède hélas trop souvent à l’attractivité d’un nom ou d’une signature, strict équivalents d’un godemiché commercial vu à la télé.

Peut-on pour autant faire grief au public de manifester le touchant besoin qu’il ressent de découvertes et d’échanges originaux ? D’autant plus qu’existent ça et là des réussites indiscutables, longues en mémoire.

A partir de ces constats des initiatives de qualité risquent de s’éroder, lentement mais sûrement. Se montrer intransigeant s’impose comme un devoir d’hygiène publique.

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Religion, barbarie et autres fariboles

27 Septembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Religion ; barbarie ; monothéisme, #; laïcité

Les musulmans de France manifestent, se manifestent, après l’horrible assassinat d’un français en Kabylie, Hervé Gourdel. Crime répugnant consécutif à quelques autres au Proche-Orient.

Il est indiscutablement bon que les adeptes de l’Islam prennent position contre les horribles déviances barbares agies prétendument au nom d’une Loi divine proclamée dont certains seraient plus détenteurs que d’autres. Qu’ils proclament que ce qui se passe ne peut en aucun cas être effectué en leur nom est fort bienvenu, et peut-être salutaire.

Je ressens toutefois un réel malaise. Il m’apparait que quelque chose cloche dans la manière dont l’événement est relaté. J’y vois un piège.

Parler des musulmans de France c’est faire peu de cas de la nationalité française de la majorité d’entre eux. Réduire certains de nos concitoyens à une appartenance religieuse souvent supposée ne me va pas du tout. Français d’origine européenne, nous ne sommes pas tous chrétiens, encore moins pratiquants. Pourquoi une origine maghrébine ou africaine entrainerait-elle ipso facto une appartenance à l’Islam, qui plus est à un Islam extrémiste ? Il y a là un phénomène de ghettoïsation. Et nous serions fondés à leur reprocher leur communautarisme ?

Çà et là des voix les somment depuis longtemps de se prononcer. Une telle sommation n’est pas loin d’une provocation accusatrice. Quelle audace, quel culot, quel mépris !

J’aimerais que ce soit d’abord en tant que citoyens Français de religion musulmane pour certains que nous les considérions, beaucoup d’entre eux sont nés ici, et la citoyenneté ne se mesure pas.

La religion ne peut en aucun cas primer sur la nationalité.

Imaginerait-on une manifestation organisée au nom des chrétiens s’élevant contre tel ou tel massacre ? C’est contre toute religion qu’il conviendrait de se mobiliser car chaque religion est évidemment responsable des fanatismes qu’elle suscite, les monothéismes notamment en fournissent la preuve. Toutefois, il est clair qu’on ne peut éradiquer quelque religion que ce soit par un acte volontaire et que la laïcité n’est qu’un principe d’une grande fragilité. Un leurre, se pourrait-il même. Voilà pourquoi la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat doit s’imposer à tous, aucun écart ne peut être admis, la plus grande rigueur à ce titre s’impose.

G.W. Bush se référait sans cesse à cette religion qui l’avait « sauvé » et il faisait parait-il précéder d’une prière toute réunion de son gouvernement, l’Etat d’Israël est sous la coupe de religieux dont il n’y a rien d’autre que la violence terroriste à attendre, nous savons ce dont a été capable la religion catholique au fil de l’Histoire.

Si les religions perdent heureusement du terrain la fureur obscurantiste n’en devient que plus dangereuse. Elle croit à mesure du déclin des ferveurs et des soumissions.

J’aimerais que des manifestations comprenant des gens de toutes origines soient organisées, que les origines soient confondues, mêlées. Il parait qu’il y eut par bonheur dans les manifestations de cette fin septembre à Paris et ailleurs des non musulmans, comme des non arabes.

La responsabilité collective, comme le péché originel, sont de redoutables foutaises prétexte au lynchage.

Que certains de nos concitoyens descendent dans la rue est certainement une excellente chose, mais on ne peut en aucun cas s’en contenter, regarder, approuver, constater et en rester là.

C’est le pays tout entier, dans toutes ses composantes, qui doit se mobiliser POUR le respect de la vie, POUR le respect de l’humanité.

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Parler, examiner, scruter, le silence...

25 Septembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Art et silence

Un désir renouvelé d’écriture avec l’ami Alain Sagault, très subtil aquarelliste et bénéfique agitateur d’idées.

Une difficulté de concrétisation.

Comment démarrer, comment aborder ce thème, récurrent, presque obsessionnel ?

Une réflexion essentielle à entretenir, à reprendre. Aussi difficile que tenter de saisir une présence qui échappe en permanence. La présence de l’inconnaissance.

Il faudrait développer.

Le silence néglige le désordre de la vie. Il l’ignore. Il se passe très bien de cette turbulence. Il se tient aux limites d’un autre monde, comme un arrière-pays perdu peut-être, une trame inatteignable, ou bien un temps d’amont mystérieusement soupçonné. Il s’agirait alors de ressentir et d’accompagner nos émotions. C’est-à-dire de suivre le lien nous guidant au-devant de nous-même.

Le silence permet sans aucun doute de se passer de l’incompréhensible nécessité du recours à la parole d’un Dieu, quel qu’il soit. (C’est cela qui d’évidence effraie Pascal.)

Grandeur du silence.

Pureté cristalline du silence.

Quête d’une indispensable sérénité.

L’art nous permet de cheminer vers ce lieu de la blessure secrète représentée par le souvenir d’un Âge d’or, d’un Eden, voire d’un Paradis perdu. Ulysse nous dit combien difficile se révèle le retour, mais il nous en dit également la possibilité.

Peinture :

Emprunté à l’Invitation au voyage de Baudelaire, Luxe, calme et volupté, œuvre de Matisse, nous montre combien malaisée se révèle parfois l’invocation aux origines. Cette peinture assez maladroite parce que trop volontariste souligne le flouté des sentiments et la vanité de la raison raisonnante. Sa puissance évocatrice n’en demeure pas moins. La force attractive d’un ailleurs imaginé l’imprègne.

Avec les Nymphéas, Monet nous guide dans une patiente reconstruction d’un temps retrouvé de l’harmonie éblouissante des lumières et des ombres colorées. Jeu de la souvenance d’un bien-être initial, d’où nous provenons, vers lequel nous nous acheminons sans doute au terme de bien des vicissitudes.

Par-dessus tout, le vide saturé du paysage idéal ou Paysage hongrois, peint à fresque au quattrocento par Masolino pour le palais Branda, à Castiglione Olona, probablement l’un des tout premiers paysages sans représentation humaine, illustre le puissant saisissement que nous impose parfois la contemplation de la création. Cette fresque nous renvoie aux merveilleux paysages de silence dont abondent l’Ecosse, l’Irlande, la Galice ou encore la Toscane.

Sculpture :

L’Aurige du musée de Delphes, et le buste de Néfertiti conservé dans un des musées de Berlin, dégagent une telle force qu’une tranquillité bienfaisante s’installe dès lors que nous les rencontrons.

Musique :

Le trille d’un oiseau.

Jouissance effarée du vide en soi.

Qui d’autres que les artistes ou les écrivains pour satisfaire ce besoin de beauté et de profondeur ?

« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde... » (Jean Genet – L’atelier d’Alberto Giacometti – L’Arbalète éd. 1963)

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A partir de l'Ecosse

19 Septembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Ecosse ; conformisme ; soumission

Le conformisme et la soumission l’emportent, hier comme aujourd’hui.

L’Écosse est à l’image du monde. Elle a toutefois osé tenter une sortie de la sujétion et risque de s’en souvenir longtemps. Le rapport de l’Écosse à son maître lézardé ne sera sans doute plus jamais le même. L’Écosse nous enseigne.

En France, une conférence de presse pour très peu n’intéresse pas grand monde (nombreuses chaises vides dans la salle de l’Élysée), qui entraine des questions de pure forme. Un rituel totalement dépassé. Le monarque se donne en spectacle, il est pauvrement vêtu d’habits excessifs.

Dans un de ses romans Graham Green évoquait le dernier Pape cherchant à franchir une frontière incognito, vêtu d’une gabardine, une valise à la main.

Le conformisme et la soumission nous emportent.

Les choses sont ce qu’elles sont.

Il n’y a pas à en sortir.

C’est comme ça, parce que c’est comme ça.

Humain, trop humain...

Demain, peut-être.

Le moindre mal.

Bla, bla, bla. Words, words, words.

On appelle ça des allants de soi. Mais la vie, la vie réelle ne va pas de soi ! Elle provoque, elle nous provoque.

Faut pas rêver !

Mais si, justement. Sans rêves pas d’espoir, pas d’enthousiasme, pas d’art non plus. Donc rien, ou si peu.

Alors protester... S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là !...

Quel bonhomme celui-là, accroché à son rocher de Guernesey.

Quel bonhomme cet autre, seul à Londres un certain mois de juin.

Il ne nous arrive généralement que ce qui nous ressemble. Les circonstances, certes, ne sont pas tout.

Le refus comme début de la sagesse. Le refus comme preuve d’existence. L’homme ne vaut que debout. L’art est notamment ce qui nous dresse, nous redresse. L’art vrai, pas la marchandise frelatée qui emprunte les apparences. L’art qui exige autant de celui qui l’agit que de celui qui le reçoit. L’art qui nous fait humain.

Semeurs de graines, semeurs d’orages.

Pour demain, pour après ? Qu’importe ! Semez, semez, il en restera certainement quelque chose.

Giacometti, L’homme qui marche ; Picasso, Guernica ; Zadkine, Monument à la ville détruite de Rotterdam.

Refuser, témoigner, contester, envisager, maîtres mots.

Vivre c’est s’opposer, c’est pro-poser. Ne surtout pas s’en laisser conter.

Sinon la panne. Sèche, irréparable.

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Propos en vrac

12 Septembre 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Union européenne ; conflit israélo-palestinien ;, #chômage ; PS ; Evelyne Galinski

Une bronchite qui traine, le sentiment d’un déclin physique, rien que de très banal, voilà qui contribue à saper tranquillement mon énergie (temporairement sans doute).

Mais pas seulement... Les nouvelles du vaste monde s’y emploient également de belle manière.

L’Europe, cette galaxie de personnages fourbes et sournois réunis entre Bruxelles et Strasbourg, entretient avec constance sa détestable image. Le jeu de bonneteau auquel donne lieu la composition de la Commission, avec cette réunion de Commissaires pressentis aussi nocifs les uns que les autres, ne peut que soulever le cœur. Peu importent les rôles à contre-emploi, l’essentiel est que les gouvernements des Etats membres voient leurs poulains en bonnes et dues places. A l’évidence rien à attendre de ce côté. Le lent naufrage, la dérive et bien sûr la désaffection totale des peuples, qui ne peut que laisser place aux aventures les plus sinistres.

Le conflit Israël-Palestine, un ami m’écrit parlant du gouvernement d’Israël, « ce n’est pas la Paix qu’ils veulent, c’est toute la Palestine. » On peut ajouter qu’en face, c’est moins la Paix qu’ils veulent que la revanche sur Israël. De part et d’autre l’intérêt des peuples pèse bien peu. Volonté colonisatrice alliée à la négation de toute altérité contre rage belliqueuse des humiliés. Le commerce des armes l’emporte, masqué par l’entretien du rideau de fumée de négociations auxquelles personne ne croie, à l’évidence. « Les affaires sont les affaires ».

La persistance du chômage est en fait une nécessité pour le bon fonctionnement des équilibres financiers grâce au maintien sous le joug de millions d’individus mâtés par la crainte et la désespérance. Les paroles gouvernementales (qui n’engagent que ceux qui y prêtent attention) ne sont là que pour donner le change. La preuve en est donnée par les propos cyniques d’un Ministre du travail incitant à la lutte contre les chômeurs-fraudeurs à sanctionner.

Le gouvernement Valls 2 requiert une adhésion sans faille, il se compose de ministres à la botte. Le Président possède une vision sur tout, il impose ses vues, il n’admet pas la discussion, il est persuadé d’avoir raison en tout. La question se pose de savoir ce qui distingue réellement cette monarchie républicaine de feu les démocraties populaires où le leader, conducator, était le seul esprit éclairé auquel il convenait de se soumettre.

Après le fraudeur Cahuzac, Thévenoud le phobique administratif... Que valent ces gouvernants incapables de choisir à bon escient leurs affidés ? Comment continuer à croire en la vertu du processus électoral ? Comment persister à s’intéresser à ces spectacles de Guignol ? Le caractère pathogène du pouvoir et de son exercice éclate au grand jour, il n’y a que les aveugles pour refuser d’en convenir.

Cependant...

Le vernissage d’une exposition collective à laquelle participe un ami, le ciné-photographe Alain Nahum, m’a permis de découvrir le remarquable travail d’une sculpteure, Evelyne Galinski. Des terres cuites enfumées pleines de sensibilité, de grâce, de délicatesse, empreintes d’une remarquable attention à l’égard de l’humain. Consulter son site via Google ou bien celui de la galerie www.sensintérieur.com (Galerie Sens intérieur, 83310 Port Cogolin) vaut largement la peine.

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Le bon sens n'est pas la chose du monde la mieux partagée

29 Août 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Economie; chômage; création d'emplois

La doxa veut que ce soient les entreprises qui créent de l’emploi. Cette idiotie est fortement implantée dans les cervelles officielles, au point qu’on pourrait finir par la croire justifiée.

Ce qui crée des emplois, ce n’est pas la volonté des entreprises (qui souvent n’en peuvent mais), c’est la conjoncture économique qui fait que les carnets de commande se remplissent ou non, et que selon le cas il faut embaucher pour les satisfaire...

Aider les entreprises à tout va par des subventions, allègements fiscaux, et autres plans bidons ne peut évidemment pas entraîner des embauches massives. C'est vouloir remplir le tonneau des Danaïdes.

Un extrait d’un texte récemment reçu :

« ... la conjoncture est un processus qui, dans une certaine mesure, se laisse piloter. C’est précisément l’objet de cette action qu’on appelle la politique macroéconomique. Mais, de cela, le gouvernement « socialiste », ligoté consentant aux contraintes européennes, a manifestement abdiqué toute velléité. Il ne lui est alors plus resté qu’à dévaler avec tout le monde la pente de l’idéologie libérale entrepreneuriale pour former le puissant raisonnement selon lequel « si ce sont les entreprises qui créent les emplois, alors il faut être très gentil avec les entreprises ».

Reconnaissons qu’à la profondeur où cette ânerie est désormais enkystée, mesurable à la vitesse éclair à laquelle elle vient à la bouche de l’éditorialiste quelconque, le travail d’éradication va demander du temps. Mais la politique se portera mieux, c’est-à-dire un peu plus rationnellement, quand ces discours commenceront à être à peu près purgés de toutes les contrevérités manifestes, et manifestement attachées à un point de vue très particulier sur l’économie, et quand les schèmes de pensée automatique que ces contrevérités commandent auront été désactivés.

Les entreprises ne créent pas l’emploi : elles « opèrent » l’emploi déterminé par la conjoncture. Si on veut de l’emploi, c’est à la conjoncture qu’il faut s’intéresser, pas aux entreprises. Mais faire entrer ça dans une tête « socialiste »... Il est vrai que, parmi le programme chargé des conversions symboliques à opérer, il y a à défaire l’habitude irréfléchie qui consiste à donner le Parti socialiste pour la gauche et à donner (très inconsidérément) de la gauche au Parti socialiste. Alors que, rappelons-le, et il met d’ailleurs assez d’effort comme ça pour qu’on n’en doute plus et qu’on puisse l’en « créditer », le Parti socialiste, c’est la droite, mais une droite complexée. A propos de laquelle, d’ailleurs, du train où vont les choses, il va bientôt falloir se demander ce qu’il lui reste exactement de complexes... »

Frédéric Lordon, Économiste.

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L’Etre et le Néant aéroportuaire

25 Août 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Personne ; identité ; existence sociale

Aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Gigantesque usine tentaculaire à engouffrer, contrôler, broyer, dégrossir, répartir, manutentionner du passager promptement dégraissé de ses bagages, conditionné comme bétail à l’abattoir. Surdimensionné, sans cesse alimenté par son amont et son aval, l’espace est jalonné de trappes à estampiller et de tuyaux d’aspiration munis de bandes transporteuses par lesquels passent les paquets compactés de passagers consentants promis à telle ou telle issue. Une fois dans l’engrenage, nul ne peut échapper : être rigoureusement traité comme matière première aérienne ou bien se trouver livré à l’errance satellitaire de l’individu en perte de repères.

De même qu’ignorant que c’est pour Noël qu’on l’engraisse, l’oie peut avoir un regard de tendresse pour son goinfreur, le passager rêvant à d’autres horizons peut négliger la maltraitance appliquée dont il est l’objet de la part de zombies uniformés, badgetés, parfois galonnés, cloutés de labels (Sécurité, Police de l’air et des frontières, Police nationale, Aéroport de Paris, Propreté...), qui vont et viennent l’air pressé, le regard perdu dans un improbable lointain. L’opacité de la masse grumeleuse des passagers temporairement parqués, ou bien transbahutés d’un stockage intermédiaire à un autre, ne retient jamais l‘attention de ceux-ci. Ils évitent avec dextérité, sans doute ont-ils été spécialement formés à cette haute-école de l’écart permanent. Ils téléphonent, se congratulent, devisent entre eux. Ils font clairement partie d’un système étranger. Echapper à l’entendement du passager type semble leur principale raison d’être, ce qui leur assure un incontestable prestige.

Que survienne un incident banal tel que perdre ses papiers d’identité entre le point de délestage des bagages, où il faut produire son identité, et le point du contrôle de police, où il faut justifier de son identité, aussitôt le pékin moyen est transformé en détritus social à soigneusement contenir comme une impureté sur le velouté crémeux de la masse à baratter.

Joseph K et le Procès deviennent ipso facto l’évidence. Tout bascule. Largement ouverte, la gueule baveuse du monstre comme seule issue.

Comment prouver que JE suis et non un autre ?

- Monsieur le planton du Commissariat de Police, votre collègue de la police des frontières m’envoie à vous.

- Rien ne prouve que vous soyez celui que vous dites.

- Voyez ma Carte Vitale, elle comporte ma photo, je voudrais faire une déclaration de perte...

- Ceci n’est pas une pièce d’identité, je ne peux prendre aucune déclaration d’un inconnu.

- Quoi faire ?

- Je ne sais pas.

- Alors, je ne pourrai pas embarquer ?

- Evidemment non !

Tout à coup, tout bascule, de la citoyenneté assurée d’elle-même au sans papier anonyme inexistant. Le service public n’est pas au service du public, il tourne en boucle et s’autosatisfait de contrôler en permanence des codes-barres auxquels ne correspond aucune humanité. Le JE que vous prétendez être n’existe que par la détention d’un morceau de plastique imprimé. Sans cet accessoire, vous n’avez aucune réalité matérielle. Un non-être absolu, circulez, n’encombrez pas davantage ! A vous de donner une preuve que vous êtes bien l’égaré démuni de l’indispensable que vous continuez à déclarer être, alors qu’aucune preuve immédiate ne peut exister.

Personne ne peut, ni ne doit, vous aider à constituer cette justification. Cela tient du défi : prouvez l’improuvable, sinon vous n’êtes qu’un disparu perdu corps et biens.

- Vous voyez, vous ne pouvez rien prouver, vous êtes donc suspect, ce qui ne peut que conduire à l’évidence de votre culpabilité.

Le monstre se pourlèche les babines.

L’existence, l’essence, des catégories philosophiques totalement inopérantes, uniquement bonnes pour des factieux !

Messieurs les penseurs, vous n’êtes que des foutriquets, piètres sodomiseurs de diptères. L’Etre et le Néant n’est pas le traité philosophique que l’on prétend, ce n’est qu’une réalité aussi quotidienne que banale, celle de la trivialité accomplie.

- Que vous soyez devant moi démuni de l’étiquette obligatoire garantissant votre existence, suffit à démontrer votre non-être ! Circulez, vous dis-je ! Ne troublez pas mon absorbant désœuvrement !

- ...

- Je ne suis pas ici pour vous aider... L’aide est une catégorie inconnue de l’Administration que je représente. Il n’y a ni répertoire ni procédure connus pour cela, le Code est formel !

C’est alors que, surgie de nulle part, se présente une femme de chair et de cœur, déguisée en zombie comme eux, sans doute pour mieux les tromper... Une femme qui en a vu bien d’autres, qui connait à coup sûr ce que semblable circonstance recèle. Samaritaine qui s’applique à démêler la situation infernale au hasard du quotidien, un peu comme la logeuse de Joseph K. Seule et notable différence : attentive aux déclarations du passager complètement perdu et désespéré, elle reconstitue patiemment son itinéraire entre le point A et le point B, elle se rend sur place, enquête, visite, explore, insiste et ne lâche pas. Avec la complicité d’un olibrius du stand de délestage des bagages, elle retrouve in extremis la précieuse pochette contenant LA carte d’identité plastique gisant bêtement au pied d’un comptoir d’enregistrement. Le morceau de plastique signifiant que l’existence procède d’une réalité bien réelle.

Il est tout juste temps, l’Ecosse se trouve une nouvelle fois à quelques battements d’ailes.

Merci à vous mon angélique salvatrice, graine perdue d’humanité dans l’univers du progrès permanent de la modernité et de l’efficacité robotiques internationales.

Les voyages aériens ? Merci, ça va comme ça, j’ai suffisamment donné pour désormais décider de m’en passer. Les voyages en général, aussi, peut-être. A moins qu’un porte à porte ne me soit à chaque fois proposé.

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D'un Prix Nobel de la Paix à l'autre

21 Août 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Israël ; Palestine ; Gaza ;, #Apartheid

Desmond Tutu, archevêque anglican, a envoyé au quotidien israélien Haaretz le texte suivant, daté du 14 août 2014.

Un tout autre ton que celui choisi par Elie Wiesel... (cf. article précédent sur ce blogue)

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Mon appel au peuple d’Israël : libérez-vous vous-mêmes en libérant la Palestine

Ces dernières semaines, des membres de la société civile du monde entier ont lancé des actions sans précédent contre les ripostes brutales et disproportionnées d'Israël au lancement de roquettes depuis la Palestine.

Si l'on fait la somme de tous les participants aux rassemblements du week-end dernier exigeant justice en Israël et en Palestine - à Cape Town, Washington, New-York, New Delhi, Londres, Dublin et Sydney, et dans toutes les autres villes - cela représente sans aucun doute le plus important tollé de l'opinion citoyenne jamais vu dans l'histoire de l'humanité autour d'une seule cause.

Il y a un quart de siècle, j'ai participé à des manifestations contre l'apartheid qui avaient rassemblé beaucoup de monde. Je n'aurais jamais imaginé que nous assisterions de nouveau à des manifestations d'une telle ampleur, mais celle de samedi dernier à Cape Town fut au moins aussi importante. Les manifestants incluaient des gens jeunes et âgés, musulmans, chrétiens, juifs, hindous, bouddhistes, agnostiques, athéistes, noirs, blancs, rouges et verts... C'est ce à quoi on pourrait s'attendre de la part d'une nation vibrante, tolérante et multiculturelle.

J'ai demandé à la foule de chanter avec moi : "Nous sommes opposés à l'injustice de l'occupation illégale de la Palestine. Nous sommes opposés aux assassinats à Gaza. Nous sommes opposés aux humiliations infligées aux Palestiniens aux points de contrôle et aux barrages routiers. Nous sommes opposés aux violences perpétrées par toutes les parties. Mais nous ne sommes pas opposés aux Juifs."

Plus tôt dans la semaine, j'ai appelé à suspendre la participation d'Israël à l'Union Internationale des Architectes qui se tenait en Afrique du Sud.

J'ai appelé les sœurs et frères israéliens présents à la conférence à se dissocier activement, ainsi que leur profession, de la conception et de la construction d'infrastructures visant à perpétuer l'injustice, notamment à travers le mur de séparation, les terminaux de sécurité, les points de contrôle et la construction de colonies construites en territoire palestinien occupé.

"Je vous implore de ramener ce message chez vous : s'il vous plaît, inversez le cours de la violence et de la haine en vous joignant au mouvement non violent pour la justice pour tous les habitants de la région", leur ai-je dit.

Au cours des dernières semaines, plus de 1,7 million de personnes à travers le monde ont adhéré au mouvement en rejoignant une campagne d'Avaaz demandant aux compagnies tirant profit de l'occupation israélienne et/ou impliquées dans les mauvais traitements et la répression des Palestiniens de se retirer. La campagne vise spécifiquement le fonds de pension des Pays-Bas ABP, la Barclays Bank, le fournisseur de systèmes de sécurité G4S, les activités de transport de la firme française Veolia, la compagnie d'ordinateurs Hewlett-Packard et le fournisseur de bulldozers Caterpillar.

Le mois dernier, 17 gouvernements européens ont appelé leurs citoyens à ne plus entretenir de relations commerciales ni investir dans les colonies israéliennes illégales.

Récemment, on a pu voir le fond de pension néerlandais PGGM retirer des dizaines de millions d'euros des banques israéliennes, la fondation Bill et Melinda Gates désinvestir de G4S, et l'église presbytérienne américaine se défaire d'un investissement d'environ 21 millions de dollars dans les entreprises HP, Motorola Solutions et Caterpillar.

C'est un mouvement qui prend de l'ampleur.

La violence engendre la violence et la haine, qui à son tour ne fait qu'engendrer plus de violence et de haine.

Nous, Sud-Africains, connaissons la violence et la haine. Nous savons ce que cela signifie d'être les oubliés du monde, quand personne ne veut comprendre ou même écouter ce que nous exprimons. Cela fait partie de nos racines et de notre vécu.

Mais nous savons aussi ce que le dialogue entre nos dirigeants a permis, quand des organisations qu'on accusait de "terroristes" furent à nouveau autorisées, et que leurs meneurs, parmi lesquels Nelson Mandela, furent libérés de prison ou de l'exil.

Nous savons que lorsque nos dirigeants ont commencé à se parler, la logique de violence qui avait brisé notre société s'est dissipée pour ensuite disparaître.

Les actes terroristes qui se produisirent après le début ces échanges - comme des attaques sur une église et un bar - furent condamnés par tous, et ceux qui en étaient à l'origine ne trouvèrent plus aucun soutien lorsque les urnes parlèrent.

L'euphorie qui suivit ce premier vote commun ne fut pas confinée aux seuls Sud-Africains de couleur noire. Notre solution pacifique était merveilleuse parce qu'elle nous incluait tous. Et lorsqu’en suite, nous avons produit une constitution si tolérante, charitable et ouverte que Dieu en aurait été fier, nous nous sommes tous sentis libérés.

Bien sûr, le fait d'avoir eu des dirigeants extraordinaires nous a aidés.

Mais ce qui au final a poussé ces dirigeants à se réunir autour de la table des négociations a été la panoplie de moyens efficaces et non-violents qui avaient été mis en œuvre pour isoler l'Afrique du Sud sur les plans économique, académique, culturel et psychologique.

A un moment charnière, le gouvernement de l'époque avait fini par réaliser que préserver l'apartheid coûtait plus qu'il ne rapportait.

L'embargo sur le commerce infligé dans les années 80 à l'Afrique du Sud par des multinationales engagées fut un facteur clé de la chute, sans effusion de sang, du régime d'apartheid. Ces entreprises avaient compris qu'en soutenant l'économie sud-africaine, elles contribuaient au maintien d'un statu quo injuste.

Ceux qui continuent de faire affaire avec Israël, et qui contribuent ainsi à nourrir un sentiment de « normalité » à la société israélienne, rendent un mauvais service aux peuples d'Israël et de la Palestine. Ils contribuent au maintien d'un statu quo profondément injuste.

Ceux qui contribuent à l'isolement temporaire d'Israël disent que les Israéliens et les Palestiniens ont tous autant droit à la dignité et à la paix.

A terme, les évènements qui se sont déroulés à Gaza ce dernier mois sont un test pour ceux qui croient en la valeur humaine.

Il devient de plus en plus clair que les politiciens et les diplomates sont incapables de trouver des réponses, et que la responsabilité de négocier une solution durable à la crise en Terre Sainte repose sur la société civile et sur les peuples d'Israël et de Palestine eux-mêmes.

Outre la dévastation récente de Gaza, des personnes honnêtes venant du monde entier - notamment en Israël - sont profondément perturbées par les violations quotidiennes de la dignité humaine et de la liberté de mouvements auxquelles les Palestiniens sont soumis aux postes de contrôle et aux barrages routiers.

De plus, les politiques israéliennes d'occupation illégale et la construction d'implantations en zones tampons sur le territoire occupé aggravent la difficulté de parvenir à un accord qui soit acceptable pour tous dans le futur.

L'Etat d'Israël agit comme s'il n'y avait pas de lendemain. Ses habitants ne connaîtront pas l'existence calme et sécuritaire à laquelle ils aspirent, et à laquelle ils ont droit, tant que leurs dirigeants perpétueront les conditions qui font perdurer le conflit.

J'ai condamné ceux qui en Palestine sont responsables de tirs de missiles et de roquettes sur Israël. Ils attisent les flammes de la haine. Je suis opposé à toute forme de violence.

Mais soyons clairs, le peuple de Palestine a tous les droits de lutter pour sa dignité et sa liberté. Cette lutte est soutenue par beaucoup de gens dans le monde entier.

Nul problème créé par l'homme n'est sans issue lorsque les humains mettent en commun leurs efforts sincères pour le résoudre. Aucune paix n'est impossible lorsque les gens sont déterminés à l'atteindre.

La paix nécessite que le peuple d'Israël et le peuple de Palestine reconnaissent l'être humain qui est en eux et se reconnaissent les uns les autres afin de comprendre leur interdépendance.

Les missiles, les bombes et les invectives brutales ne sont pas la solution. Il n'y a pas de solution militaire.

La solution viendra plus probablement des outils non violents que nous avons développés en Afrique du Sud dans les années 80 afin de persuader le gouvernement sud-africain de la nécessité de changer sa politique.

La raison pour laquelle ces outils - boycott, sanctions et retraits des investissements - se sont finalement avérés efficaces, est qu'ils bénéficiaient d'une masse critique de soutien, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays. Le même type de soutien envers la Palestine dont nous avons été témoins de par le monde durant ces dernières semaines.

Mon plaidoyer envers le peuple d'Israël est de voir au-delà du moment, de voir au-delà de la colère d'être perpétuellement assiégé, de concevoir un monde dans lequel Israël et la Palestine coexistent - un monde dans lequel règnent la dignité et le respect mutuels.

Cela demande un changement de paradigme. Un changement qui reconnaisse qu'une tentative de maintenir le statuquo revient à condamner les générations suivantes à la violence et l'insécurité. Un changement qui arrête de considérer une critique légitime de la politique de l’État comme une attaque contre le judaïsme. Un changement qui commence à l'intérieur et se propage à travers les communautés, les nations et les régions- à la diaspora qui s'étend à travers le monde que nous partageons. Le seul monde que nous partageons !

Quand les gens s'unissent pour accomplir une cause juste, ils sont invincibles. Dieu n'interfère pas dans les affaires humaines, dans l'espoir que la résolution de nos différends nous fera grandir et apprendre par nous-mêmes. Mais Dieu ne dort pas. Les textes sacrés juifs nous disent que Dieu est du côté du faible, du pauvre, de la veuve, de l'orphelin, de l'étranger qui a permis à des esclaves d'entamer leur exode vers une Terre Promise.

C'est le prophète Amos qui a dit que nous devrions laisser la justice couler telle une rivière.

À la fin, le bien triomphera. Chercher à libérer le peuple de Palestine des humiliations et des persécutions que lui inflige la politique d'Israël est une cause noble et juste. C'est une cause que le peuple d'Israël se doit de soutenir.

Nelson Mandela a dit que les Sud-Africains ne se sentiraient pas complètement libres tant que les Palestiniens ne seraient pas libres.

Il aurait pu ajouter que la libération de la Palestine serait également la libération d'Israël.

(Traduction Avaaz)

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Quand un Prix Nobel de la Paix prend la parole...

19 Août 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Israël ; Palestine ; Gaza

Il y a peu quelques-uns se sont étonnés du silence des Prix Nobel de la Paix au sujet des événements atroces se déroulant une fois de plus à Gaza. Shimon Peres, Elie Wiesel et Barak Obama étaient notamment attendus, sans trop y croire cependant. Voilà qui arrive opportunément, l’un d’entre eux, Elie Wiesel, grande conscience s’il en est, vient hélas de prendre la parole.

Malgré le prestige international de son auteur, la direction du célèbre quotidien britannique, The Times, a refusé de publier une tribune dans laquelle celui-ci reprend l’allégation controversée jamais démontrée selon laquelle le Hamas se sert des enfants palestiniens comme de boucliers humains. Il est évident que si on prend délibérément pour cible des écoles ou des hôpitaux, les enfants qui s’y trouvent ne sont là qu’intentionnellement et que le crime n’incombe nullement à l’agresseur. Il est évident aussi qu’Israël n’est que dans son bon droit, paré de toutes les vertus, et soucieux du bien de l’humanité, comme il se doit.

Ce texte aussi sournois que violent a été parrainé par « The Values Network », une organisation fondée par le rabbin Shmuley Boteach pour promouvoir les valeurs juives universelles dans les milieux de la culture, des médias et de la politique. Il a été jugé trop à charge par les responsables du Times, ainsi que l’a rapporté le New York Observer.

Voici ce texte effarant publié le 12 août dans The Guardian, quotidien britannique moins regardant (traduction personnelle).

« Il y a plus de trois mille ans, Abraham avait deux enfants. Un fils avait été envoyé au désert où il risquait de mourir. Dieu l’a sauvé avec l’eau d’une source. L’autre fils était attaché, sa gorge livrée au couteau tenu par son propre père. Mais Dieu a arrêté le couteau. Les deux fils - Ismaël et Isaac – se virent assurés de devenir les pères de grandes nations.

Avec ce récit débutent le monothéisme et la civilisation occidentale. Et les pratiques cananéennes du sacrifice d’enfants à Moloch sont à jamais abandonnées par les descendants d’Abraham.

Sans l’être cependant.

Dans ma vie, j’ai vu des enfants juifs jetés dans le feu. Et maintenant, je vois des enfants musulmans utilisés comme des boucliers humains, dans les deux cas, par des adorateurs du culte de la mort qu’on ne peut différencier des adorateurs de Moloch.

Ce dont nous souffrons aujourd’hui, ce n’est pas d’une guerre des Juifs contre les Arabes, ni d’une guerre des Israéliens contre les Palestiniens. Il s’agit plutôt d’une guerre entre ceux qui défendent la vie et ceux qui glorifient la mort. C’est un combat de la civilisation contre la barbarie.

Est-ce que les deux cultures qui nous ont donné les Psaumes de David et les riches bibliothèques de l’Empire Ottoman ne partagent pas l’amour de la vie, de transmettre la sagesse et un avenir à leurs enfants? Et, peut-on discerner cela dans le sombre futur offert par le Hamas aux enfants arabes, d’être des kamikazes ou des boucliers humains pour des roquettes?

Les parents palestiniens veulent un futur prometteur pour leurs enfants, tout comme les parents israéliens. Les uns et les autres devraient se rencontrer dans la paix.

Mais, avant que les mères incapables de trouver le sommeil, à Gaza et à Tel Aviv, puissent trouver le repos, avant que les diplomates puissent sérieusement amorcer la reprise du dialogue… le culte de la mort du Hamas doit être regardé pour ce qu’il est.

J’appelle les Palestiniens à trouver de vrais Musulmans pour les représenter, des Musulmans qui ne mettront jamais délibérément un enfant en danger.

J’appelle le premier Ministre Cameron et les dirigeants du monde à condamner l’utilisation par le Hamas d’enfants comme boucliers humains.

Je demande au peuple britannique de se tenir fermement au côté du peuple d’Israël qui mène un nouveau combat pour sa survie, ainsi qu’à celui du malheureux peuple de Gaza qui rejette la terreur et soutient la paix.

Puissions-nous renvoyer le sacrifice des enfants aux ténèbres de l’histoire, et travailler à un futur meilleur avec ceux qui choisissent la vie, Arabes et Juifs confondus, chacun enfants d’Abraham. »

(Elie Wiesel – Prix Nobel de la Paix)

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Horreur et détresse.

La brutalité israélienne ne fait qu’accroitre la volonté de lutte des palestiniens.

Le processus est sans fin, et le simulacre de soi-disant pourparlers de paix à la mesure des dictats d’Israël ne saurait tromper quiconque. Pensons à ce qu’une Paix imposée aux seules conditions du vainqueur peut entraîner de désastres. L’évocation du Traité de Versailles à l’issue de la première guerre mondiale devrait suffire.

Depuis le début, la violence ne marche pas. Malgré cela Israël continue sans relâche sa politique de conquête et de destruction de tout espoir en Palestine. La poursuite d’une punition collective sans aucune issue possible, totalement inhumaine, est une conduite suicidaire. Sans les États-Unis, Israël ne tiendrait pas longtemps. Israël est peut-être en train de perdre sa cause en menant délibérément une guerre bestiale contre une population assiégée, affamée, considérée comme une sous-humanité.

La question n’est pas d’être pro-Israël ou pro-Palestiniens, c’est celle du droit de tout être humain, quelles que soient ses origines, à vivre dans des conditions acceptables qui est la seule à considérer.

Une protestation internationale est peut-être enfin en train de monter lentement, lentement.

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Un referendum près de chez-nous

18 Août 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Ecosse ; Referendum ; Royaume Uni ; Grande Bretagne

Le 18 septembre, les électeurs résidant en Écosse (quelle que soit leur origine, pourvu qu’ils appartiennent à un pays de l’Union Européenne) voteront pour l’indépendance ou non de l’Écosse vis-à-vis du Parlement de Westminster. Même si on en parle peu dans nos bourgades, il s’agit d’un événement important dont les prolongements risquent d’être considérables non seulement pour le Royaume Uni, mais aussi pour d’autres petits pays tentés par une aventure similaire, et pour l'Europe.

Un ami écossais, ferme partisan du Oui à l’indépendance, vient de me confier les raisons qui justifient selon lui cette décision.

- Les relations ont toujours été tumultueuses entre l’Angleterre et nous. Depuis son rattachement à la couronne britannique il y a environ trois cents ans, L’Écosse est considérée par Londres comme une colonie. Londres impose ses manières de voir, ses traditions et son comportement

- Londres exerce un chantage sur la Livre Sterling, mais la Livre nous appartient tout autant qu'à eux.

- Londres nous promet des concessions sur les impôts et certaines libertés, ils reconnaissent donc qu’il y a des anomalies à réduire. Autant aller de l’avant.

- Nous avons déjà gagné sur ce point, la politisation de la population est en marche de manière irréversible.

- Les moyens existent de la subsistance du pays : pétrole de la mer du Nord, énergies renouvelables, industrie du whisky.

- Le Oui se comporte bien dans les sondages, ce sont les indécis qu’il faut convaincre, beaucoup craignent le changement et l’inconnu. L’attitude conservatrice frileuse n’apporte rien, là comme ailleurs.

- Londres est hostile à l’Europe, alors que nous sommes pour l’Europe.

- Si le Oui l’emporte, il nous faudra établir avec Londres un partenariat commun avec d’autres États, nous serons dans la situation de l’Irlande. En Scandinavie, les États sont indépendants et pourtant ils forment un ensemble réel. A nous de concevoir quelque chose d’analogue pour notre futur avec Londres.

A l’heure de la mondialisation galopante et de la déliquescence de l'Europe, ces remarques sur la qualité desquelles je ne saurai me prononcer à coup sûr, méritent sans doute quelque attention. Elles ont au moins le mérite d'une attitude dynamique et témoignent d'une belle confiance en l'avenir dans un contexte où la morosité l'emporte inexorablement.

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