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Epistoles-improbables - Blogue-notes de Jean Klépal
Articles récents

Des dates à retenir : Une exposition de peintures récentes de Serge Plagnol

25 Mai 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Exposition ; Peinture ;, #Serge Plagnol ; Marseille, #; Art actuel

Si vous résidez à Marseille ou dans les environs, voici une occasion de constater que l’art actuel ne se réduit ni aux installations, ni aux provocations avides de scandales tellement à la mode.

Si vous résidez loin de Marseille, outre une opportunité pour visiter le MuCem (à lui seul il justifie le détour), vous pourrez constater que l’année capitale 2013 n’a pas érodé ici toute capacité d’initiative artistique.

21 - 29 juin 2014,

accueilli dans son atelier d'architecte par Patrick Verbauwen - 25 rue d'Endoume, à Marseille (7e), Serge PLAGNOL présente des travaux très récents : peintures et figurines de la série "Paysages avec figures" sur laquelle il travaille depuis près de deux ans.

Les peintures exposées ont progressivement donné lieu à la rédaction d'une série de "Cartes postales", sortes de réactions, voire de divagations personnelles, auxquelles je me suis livré au fur et à mesure de mes visites régulières à l'atelier toulonnais de Plagnol.

Textes et peintures seront présentés côte à côte. Une publication originale est prévue à cette occasion.

Accrochage samedi 21 juin, 17 à 21 heures

Dimanche 22 juin, samedi 28 juin et dimanche 29 juin, de 15h30 à 20 h.

Semaine, sur rendez-vous : 04 91 52 13 46

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Dans le Luberon, un lieu à ne pas manquer

20 Mai 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

J’ai déjà eu l’occasion d’énoncer le plaisir d’avoir découvert L’Ecole buissonnière, à Montjustin, à flanc de Luberon, entre Céreste et Forcalquier[1].

Chargé de souvenirs de haute volée, artistes et écrivains l’ont fréquenté et célébré, l’endroit est évidemment très pittoresque. Il justifie sans conteste un aimable détour, à l’écart de la route qui mène du Prieuré de Carluc (Céreste) à Notre-Dame de Salagon et ses remarquables jardins (Mane), avant d’aller gravir les pentes du monastère de Ganagobie en surplomb de la Durance.

Ce restaurant associatif est un lieu à fréquenter et à encourager.

Membres et responsables sont engagés dans le combat nécessaire au maintien d’une vie rurale équilibrée, à l’écart de la voracité des aménageurs touristiques. La table y est fort satisfaisante, les tarifs pratiqués très attractifs, l’accueil on ne peut plus convivial.

L’association « Montjustin à dos d’éléphant » propose chaque mois un programme culturel de qualité.

Passer dans la région en l’ignorant serait coupable.

L'Ecole Buissonnière - 04 13 37 06 00

Café, table ouverte, chambre d'hôte, lieu de convivialité, d'animation et de programmation culturelle de l'association "Montjustin à dos d'éléphant".

ecolebuissonniere-montjustin.over-blog.com

[1] Cf. mon blogue du 03.02.2014

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Pierre Bourdieu parle de Manet au Collège de France, de janvier 1999 à mars 2000. Une occasion de vagabonder par les sentes d’une lecture discursive

1 Mai 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Bourdieu ; Manet ; Académisme ; Art pompier ; Garouste ; Plagnol

Pierre Bourdieu, Manet, une révolution symbolique (Cours au Collège de France - Seuil, 772 p., 2013, 32 €)

L’ouvrage est trop foisonnant pour tenter d’en rendre compte, ceci reviendrait à un exercice formel, donc inintéressant. Il aborde tant de choses relatives à l’art et à la société qu’il offre de nombreuses occasions de transposer la lecture. Sa principale richesse est d’inciter à une réflexion sur la capacité de perpétuation de notre aujourd’hui. Manet comme pré-texte à la saisie d’homologies.

Avec Manet (1832-1883), peintre issu de la grande bourgeoisie (il peut vivre de ses rentes), s’introduit l’hérésie constitutive de l’art moderne et des luttes qui se perpétuent jusqu’à nos jours.

Au Second Empire, époque où apparait le peintre Manet, la France est habituée à un art d’Etat, avec le Salon, l’Institut, les Beaux-Arts, les musées. L’œuvre est constituée en tant qu’œuvre d’art dès lors qu’elle se trouve dans un musée. L’Etat intervient pour dire et imposer les canons de l’esthétique. Tout cela conduit à la primauté d’un art académique qualifié d’art pompier. (L’art académique, né pendant la Révolution avec David puisant dans l’Ecole de Rome, se définit d’emblée comme l’art aristocratique du 18e siècle.) Bourdieu le considère comme homologue à la production universitaire telle qu’elle se perpétue. Formation des peintres pompiers et formatage des étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles peuvent aller de pair.

La parallèle s’impose aujourd’hui avec l’administration de la Culture (Drac, Frac…), le conformisme des conservateurs de musées légitimant un avant-gardisme officiel, le système d’attribution de subventions, les achats publics et le désir de bien des artistes d’entrer dans un musée, qui les transforme souvent en fonctionnaires de l’art. (On peut dès lors s’interroger sur la hiérarchie imposée par l’Etat entre les différents modes d’expression artistique, et se demander jusqu’à quel point il serait choquant de parler de poursuite d’une relation stalinienne à l’art.)

Il est clair que, face à cela, les intentions de l’artiste commandent son travail. Ce qui n’est pas dans le tableau, mais le détermine, autrement dit l’image manquante, importe évidemment au plus haut point.

Manet transgresse l’ordre établi par la division en disciplines distinctes, notamment par sa mise en relation du champ littéraire avec le champ esthétique. Il rompt avec le modelé, le volume, le relief, et la théâtralité. (Le surréalisme fera ses choux gras quelques décennies plus tard du passage permanent d’un champ à un autre.)

Comme il ne se soucie pas d’exhibition de virtuosité technique, le « trop bien fait » de l’artisan habile, les reproches à son égard tiennent essentiellement à son manque de fini, au côté « malpropre » de sa peinture. (Reproches également faits à Delacroix et à Courbet. Que l’on songe alors à Frans Hals, au 17e siècle !) Privilégiant le coloris au détriment de la pureté du dessin, Manet célèbre, disent ss détracteurs, la pulsion incontrôlée, impure, sexuelle, grossière.

Le choix des thèmes fait également scandale. Manet, et aussi les Impressionnistes, exhibe des scènes qui normalement doivent rester cachées, il choisit des sujets triviaux et par là transgresse les principes de la bienséance (Le Déjeuner sur l’herbe, Olympia…).

La peinture n’est plus endimanchée, les présupposés de l’art académique sont mis en question. D’où les accusations d’incompétence, d’ignorance technique, etc.

Bourdieu souligne alors combien la révolution esthétique introduite par Manet recèle une dimension politique, celle de la remise en question de l’ordre moral et de l’ordre social. Cela se traduira entre autres par la création d’un Salon anti-Salon, le Salon des refusés (1863), engendrement d’hérésies infinies. Mettre ensemble les bannis eut un effet révélateur.

Comme dans les révolutions religieuses, un retour à la pureté des origines s’opère et Manet, qui rejette les maîtres officiels de son temps, va s’en chercher dans le passé : Rembrandt et l’école flamande, Vélasquez, Goya, Watteau, et bien d’autres. Manet possède une vaste culture artistique, il joue les anciens contre les contemporains, il bouleverse les hiérarchies.

Mallarmé, surtout, Baudelaire et Zola seront témoins attentifs de ce qui se joue à ce moment : Manet peint pour savoir quoi et comment peindre. Il invente un nouveau rapport à la peinture.

Des remarques importantes sont consacrées au cadre et au cadrage du tableau. Le cadre, qui, en l’isolant, sépare le tableau du monde et l’instaure comme digne d’être regardé (l’absence de cadre est aujourd’hui fréquente) ; le cadrage produit de l’autorité de l’artiste, qui enferme le regard du spectateur dans les limites voulues par l’artiste (l’exemple du Bar aux Folies-Bergère est très illustratif à ce sujet). Il s’agit toujours d’un dispositif producteur de questions nouvelles. (Le cinéma s’est vite emparé de ce type de préoccupation.)

Au passage, Bourdieu souligne combien les grands artistes réunissent des données séparées, soigneusement repérées, et les réunissent dans des combinaisons originales pour les pousser le plus loin possible. (Picasso n’a eu de cesse de copier ses maîtres dans une relation conflictuelle.)

Nouveauté supplémentaire, la rapidité apparente de l’exécution. Apparente seulement car elle suppose une maîtrise technique très exigeante, la rapidité n’étant alors qu’un mythe. (Matisse et Picasso illustreront parfaitement cette assertion.)

Dans un de ces retours aux propos antérieurs qui caractérisent le livre, Bourdieu revient sur la notion de rupture. Il insiste sur l’importance du retour aux sources, désavouant ainsi la surenchère avant-gardiste. Il dit que Manet veut retrouver et rétablir le fantastique capital artistique dont nous sommes les héritiers. (Aujourd’hui des peintres comme Gérard Garouste ou Serge Plagnol se situent à mon avis dans cette perspective.) Si Manet emprunte à Vélasquez et à Watteau c’est pour montrer qu’on peut combiner ce qui parait impossible. L’antagonisme se révèle créateur. Il faut à la fois Vélasquez et Watteau à Manet pour être ce qu’il est. Il est en rivalité avec eux.

Manet prend appui sur la tradition classique pour se libérer de la tradition académique. De surcroit, il s’en prend aux enseignants qui font autre chose que ce qu’ils enseignent. (Les exemples de situation analogues existent encore aujourd’hui dans les écoles d’art.)

Des remarques judicieuses sur l’importance des facteurs sociotechniques dans le processus de changement figurent à juste titre dans l’ouvrage.

L’invention de la lithographie élargit le champ des amateurs potentiels, qui ont un accès plus aisé à la culture artistique. Un marché se constitue peu à peu, la demande privée destinée au salon bourgeois augmente alors que la demande publique d’œuvres historiques de grande taille décline. Soucieuse de se rendre plus visible, la bourgeoisie demande une peinture qui la représente.

La peinture en tube et les toiles préparées libèrent des contraintes de l’atelier, avec toutefois le risque de la perte de certains savoir-faire. Cependant le nombre des peintres amateurs peut croitre, ce qui entraine un plus grand nombre d’expositions de groupe.

La liaison entre les évolutions techniques et l’état de la société correspond de tout temps avec l’apparition de nouveaux procédés et l’évolution des mentalités.

Avec Manet apparait s’établit une croyance en une nouvelle forme de valeur artistique. L’œuvre n’est achevée que lorsque elle est adoptée par des connaisseurs, elle appelle un regard artistique qui la légitime en tant que telle. Celui qui achète reconnait à l’artiste une valeur pas seulement marchande (ce qui le distingue du spéculateur actuel).

Le cours ultime du 8 mars 2000 se termine sur une analyse serrée de quelques œuvres. Nous avons là une intéressante démonstration de ce qu’un regard appuyé peut apporter à la saisie d’un tableau.

Composition (disposition des éléments, éclairage, point de vue imposé, effets, relations entre les couleurs et les formes, entre les sujets, ruptures, lignes de force, reflets…), références picturales ou littéraires apparentes ou sous-jacentes (à différencier du test projectif cultivé « ça me fait penser à… », qui évite de parler du tableau), thématique, titre, tout concours à l’élaboration d’une grille de lecture support à la minutie du regard et à la découverte.

La fréquentation de la peinture se constitue comme une longue patience et un apprentissage progressif, propre à nous renseigner sur nous-mêmes. Dans son exigence d’attention, de calme, et de disponibilité, regarder la peinture tient de l’hygiène corporelle et mentale.

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Gérard Garouste, peintre auteur d'un texte remarquable

25 Avril 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Garouste ; Art contemporain ;, #Marché de l'art ;

Gérard Garouste L’intranquille, autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou – (Livre de Poche 2013, 156 p., 6,10 €)

Le titre, bien sûr, fait penser à Pessoa.

C’est un livre petit par la taille, considérable par le contenu.

Garouste, peintre devenu très fameux dès les années 1980 grâce à sa prise en main par Léo Castelli, le célèbre galeriste newyorkais, brosse son parcours douloureux, chaotique parfois. L’enfance, un père détesté, fanatique engagé du mauvais côté durant la guerre, de pesants secrets de famille, une adolescence confiée à des institutions éducatives férocement répressives, la découverte passionnée de l’hébreu (une langue fécondante, suspensive, acceptant un doute fondamental), le refuge dans le dessin puis la peinture, la plongée dans des épisodes récursifs de désordre mental, et pour finir la création, d’une association, La Source, en Normandie où il vit, vouée à la découverte de l’art et de la beauté par des enfants issus des marges de la société.

Outre l’intérêt bouleversant et la sincérité de l’ensemble de son témoignage, la justesse de ses propos sur la peinture et le monde de l’art mérite qu’on s’y arrête.

La peinture

La fréquentation de l’école du Louvre lui fait découvrir que là se trouve la voie à partir de laquelle il pourra faire bon usage de sa liberté d’homme. L’histoire de l’art le passionne, elle représente « un splendide mille-feuille d’époques et d’influences ». L’entrée aux Beaux-Arts correspond à sa décision de devenir peintre. La rencontre de la collection d’art brut réunie par Dubuffet l’impressionne fortement. « Dubuffet … tissait un lien entre l’artiste et le fou. Je n’étais encore ni l’un ni l’autre. »

La fréquentation des artisans du Faubourg Saint-Antoine lui donne le goût du travail dans les règles de l’art. Son engagement en faveur de la technique au service de la peinture date de cette époque. Il tourne délibérément le dos à une avant-garde cherchant la nouveauté à tout prix, qui ne propose jamais rien d’autre que le suivisme de la mode. « Je me tournais vers l’originel, plutôt que l’original ... »

Il est entré en peinture pour trouver un équilibre à partir duquel il pourrait construire à la fois une œuvre et sa vie. Comme Vélasquez, comme Picasso, considérés comme des modèles de vie réussie.

Pour lui, « la peinture n’a rien à voir avec la représentation … », la beauté n’est qu’un bluff, ce qui importe le plus est d’engendrer une suite de questions. Peindre est une manière de parvenir aux plus hauts sommets de l’existence en foulant le sillon des maîtres passés. Il dit aussi l’importance considérable de la lecture et de la fréquentation des œuvres majeures pour nourrir son inspiration.

Loin d’être obsolète ou dépassée par les artifices de la mode, la peinture conserve une actualité absolue. « il faudra toujours des gens qui peignent, sculptent, écrivent loin du système, sans détester le passé, la rigueur et les règles de l’art, sans renoncer à la sincérité et à l’émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère. »

Un ensemble de propos roboratifs à méditer soigneusement.

Le monde de l’art

Cet artiste subitement propulsé encore jeune à une notoriété internationale par le hasard de rencontres avec des maîtres du business artistique a su se tenir à distance des pièges de la facilité. Mieux, alors qu’il en vit très convenablement, il sait en démonter les mécanismes et les présenter à son lecteur.

Il dit combien à partir des années 80 l’art s’est réduit à un marché lié à un système de production intensive, alors que le seul luxe de l’artiste est de prendre largement son temps.

L’exemple de Jeff Koons, ancien trader de Wall Street ayant parfaitement assimilé les leçons de Marcel Duchamp et Andy Warhol, plus intéressé par les prix atteints que par ses œuvres elles-mêmes, illustre la perversité du système. Des artistes de cette nature sont à ses yeux les bénéficiaires « d’une époque faible, soûlée de télévision, d’argent et de performances …» Époque où s’installer dans l’originalité permet d’être acheté à Beaubourg, « où l’empire du luxe, avec la connivence de l’État, achète et revend des millions d’euros des œuvres qui ne dérangent personne. »

Parvenu à se libérer de la recherche compulsive du succès, il s’affirme en quête de l’universel.

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Un séjour à Paris

7 Avril 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Artaud ; Van Gogh ; Bill Viola ; Balzac

Monter à la Capitale, deux à trois fois par an les meilleures années, est toujours occasion de butiner pour le marseillais d’adoption que je suis. Paris offre tant d’opportunités qu’à chaque fois le temps s’y contracte et se densifie. Phénomène étrange, c’est à Paris qu’il faut aller pour bénéficier d’offres aussi riches que diverses. Paris donne le silence à la France me déclara un jour un visiteur italien de passage en Provence. J’entends déjà l’objection : la convergence parisienne diminue puisque le Louvre se déconcentre.

Certes, mais même au printemps une hirondelle ne peut suffire.

Paris, donc.

Deux expositions majeures parmi bien d’autres, une soirée théâtrale parmi bien d’autres.

Au Musée d’Orsay, une confrontation Van Gogh-Antonin Artaud.

Après avoir franchi un sas où les mots d’Artaud décrivent un curieux ballet lumineux, une salle consacrée au portrait nous immerge en Van Gogh. Présentation somptueuse d’autoportraits traités comme autant de paysages, colorés, nerveux, tourmentés, habités. Une véritable traversée du miroir, à la rencontre de l’outre visible. Egalement présentés le Père Tanguy, le Facteur Roulin, Madame Roulin. C’est absolument fascinant. Comment se détacher de ces regards ? Chaque coup de pinceau, chaque touche de couleur juxtaposée à ses voisines, composent un étrange kaléidoscope. Les toiles ont beau être archi connues, la magie opère à plein. A elle seule, cette salle dont les murs sont ponctués de citations du Van Gogh le suicidé de la société rédigé par Artaud en 1946-47 justifierait la visite.

Dans ses paysages et ses natures mortes – scène au jardin public d’Arles ; fauteuil canné et bougie ; forêt tempétueuse ; tournesols coupés… - l’écriture s’affirme. Elle cerne, délimite, précise, signe la fiévreuse tourmente. L’allée des Alyscamps où les peupliers sont transformés en torchères happe et saisit sans possibilité de garde.

Humble et pressé, Van Gogh témoigne avec passion de sa quête de l’indicible. Il n’a peint aucun grand format. Ses dessins sont tous d’une absolue pureté à la recherche de l’essentiel, une salle leur est consacrée.

Une autre salle est réservée à Artaud, photos, extraits de films, documents et dessins hallucinés.

Cette exposition s’achève à l’orée du mois de juillet.

Avec une très grande rétrospective Bill Viola, les Galeries du Grand Palais s’ouvrent pour la première fois à l’art vidéo. Né à New York en 1951, l’artiste se plait à déclarer qu’il est contemporain de la vidéo.

De fait, il est peintre né avec la vidéo (« la vidéo et moi, nous avons grandi ensemble »), c'est-à-dire qu’il continue la grande aventure de l’Art avec d’autres moyens. Il compose ses images – parfois de véritables fresques - très souvent en référence à l’histoire de la peinture (Goya, Bosch, Giotto, les Flamands…) et utilise la caméra comme d’autres un pinceau. Avec la vidéo, nouveau medium récemment apparu, il remonte aux sources mêmes, il déroule le temps comme le faisaient les lecteurs de volumen avant que ne soit inventé le codex, ancêtre du livre actuel. Il utilise des couleurs technologiques et numériques au lieu de pigments ou de préparations en tubes.

Bill Viola est sans doute le seul à avoir su s’approprier le medium vidéo pour découvrir de nouveaux modes d’expression comme jadis le firent les peintres du quattrocento avec la peinture à l’huile. Son œuvre est empreinte d’une forte spiritualité, elle interroge les grandes questions de notre humanité.

Cette remarquable exposition s’achève courant juillet, un catalogue fort intéressant, riche de textes clairs et éclairants, l’accompagne.

Au Théâtre des Abbesses, Le Faiseur, cinq actes en prose de Balzac écrits dans les années 1840, durant la monarchie de Juillet, règne de Louis-Philippe. Un spectacle exceptionnel, comédiens, travail d’acteurs, mise en scène, scénographie, d’une incroyable cohérence, d’une très grande qualité. Le texte est d’une confondante actualité, un siècle et demi à l’avance il nous met en présence des dérives les plus actuelles du capitalisme : rôle souverain de la Dette, passage à l’économie virtuelle avec la Bourse, affairisme et mensonges tous azimuts. Un filou à l’énergie sans limite attend Godeau (sic) comme un sauveur…

Les représentations s’achèvent à la mi-avril, on peut toujours se reporter au texte publié dans la collection GF de Flammarion (Balzac, Le Faiseur, 5,80 €).

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L’élection le 25 mai 2014 d’une Assemblée européenne n’est rien d’autre qu’une pantalonnade

4 Avril 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal Publié dans #Europe ; Commission ; BCE ; Bruxelles ; Scrutin ; Démocratie ; Parlement ; Victor HUgo ; La Boëtie ; H-D Thoreau ; Abstention ; Boycott

La doxa veut que le processus électoral soit une des marques de l’existence d’une « démocratie ». Que cette affirmation soit en grande partie fondée n’est pas une raison pour se laisser leurrer par une apparence. Que ce processus soit mis en place ne suffit pas à garantir la qualité de l’exercice. Les scores mirifiques obtenus à chaque scrutin organisé dans les pays totalitaires suffisent à démontrer cette évidence.

Se conformer sans réticence à un simulacre consistant à glisser un bulletin dans l’urne à intervalles réguliers est hautement insatisfaisant. Chacun en convient aisément, sans pour autant en tirer toutes les conséquences ; rompre avec un rituel ne va pas de soi.

On peut à l’évidence se bercer de l’illusion d’une pseudo alternance ayant valeur de sanction. Le gouvernement dit de gauche actuellement en place illustre combien naïve est cette position. (Les élections municipales qui viennent de se dérouler témoignent d’une prise de conscience dont il fait les frais, hautement justifiés.)

On peut aussi se rassurer en constatant qu’à l’échelle de la Nation des correctifs peuvent finir par s’imposer, suite à des manifestations collectives de désaccords. Ce réformisme très vite récupéré fait toujours long feu.

De municipales en européennes, les scrutins se suivent mais ne se ressemblent pas.

Le 25 mai 2014 nous serons appelés à voter pour élire des députés au parlement européen.

Belle occasion de s’interroger sur le fond.

Qu’en est-il de ce Parlement ? Quels sont ses pouvoirs ? Que représente-t-il ?

Sans prérogative ni pouvoir réel d’inflexion de quelque décision que ce soit, ce « parlement » a toutes les apparences d’un objet factice mis en vitrine pour attirer le chaland.

Toute initiative lui est déniée. Alors que la Banque Centrale Européenne échappe à tout contrôle et que la priorité est donnée aux banquiers et aux financiers, il est totalement sous la dépendance de la Commission européenne, organe situé hors du champ démocratique, dont l’omnipotent président agit sans avoir de comptes à rendre.

Déjà en janvier 1957, Pierre Mendès-France s’opposait au traité de Rome porteur selon lui d’une abdication de la démocratie par le biais d’une « délégation (de) pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique. »

Le « parlement » ne peut pas modifier les traités qui font des instances européennes un outil au service exclusif d’un libre-échange mondialisé reléguant les exigences sociales en un inatteignable arrière-plan. Il ne peut pas davantage s’opposer à la mise en place de normes tous azimuts, destructrices des singularités de chaque état membre. Simple chambre d’enregistrement, il est bien difficile de trouver une quelconque justification à son existence dans son fonctionnement actuel.

Il apparaît comme un objet politique non identifiable, simple miroir aux alouettes.

Avec la Commission composée d’une oligarchie non élue, l’Union Européenne fonctionne de manière totalement anti-démocratique, puisqu’elle décide sans avoir de comptes à rendre aux populations qu’elle régit, ce qui légalise un pouvoir de plus en plus illégitime car négligeant toute expression citoyenne. Un gouvernement supranational composé d’experts nommés tient évidemment à distance tout contrôle populaire. Les traités actuellement en vigueur ont été adoptés vaille que vaille à l’aide de subterfuges, malgré l’opposition initiale des Français et des Néerlandais. Le rejet du traité constitutionnel européen par le referendum du 29 mai 2005 a tout simplement été bafoué avec l’adoption du traité de Lisbonne.

Lorsqu’elles sont inconvenantes, les opinions exprimées par les populations sont purement et simplement ignorées ou battues en brèche par des artifices juridiques.

« L’Europe est une machine à réformer la France malgré elle » (Denis Kessler, ex vice-président du Medef in La Tribune, 4.12.2000)

Devrions-nous continuer à nous laisser manipuler sans réagir ?

S’indigner haut et fort de cet état de fait ne suffit évidemment pas.

La fatalité n’existe que si nous lui en laissons le loisir. Il s’agit alors de résignation, c'est-à-dire d’acceptation de la servitude volontaire si vigoureusement dénoncée par La Boëtie, il n’y a jamais que quatre siècles et demi…Il y a un peu plus de cent cinquante ans, Henry David Thoreau publiait son essai sur la désobéissance civile.

A chaque période cruciale, nous traversons l’une d’entre elles, ces deux écrits fondamentaux brillent de leur actualité. Ils nous crient qu’il n’est d’autre sauvegarde que la radicalité de Victor Hugo sur son rocher de Guernesey.

Quoi faire ? Eh bien, simplement dire NON à la farce électorale, NON au fonctionnement de cette Europe là. Ne nous laissons surtout pas abuser par d’éventuels aménagements à la marge, tout juste bons à perpétuer ce qui existe.

Le boycott d’élections simple prétexte à une acceptation passive de la tutelle de la Commission sur les gouvernements européens, s’impose comme un geste fort de refus, comme un geste de résistance civique.

Se prêter à ce simulacre électoral équivaudrait à cautionner un système dont les méfaits sont patents.

Dire NON au système en place n’est en aucun cas dire non à l’Europe, c’est se saisir d’une occasion d’en hâter la nécessaire refondation. C’est lancer un signal fort pour tenter de donner à l’Europe une vigueur qu’elle n’a jamais eue. C’est lancer un appel à un sursaut démocratique. C’est contribuer aux prémices d’un Oui futur.

Des comités départementaux de résistance républicaine à l’Union européenne (CDR-RUE) – cf. www.cnr.rue.fr – se mettent progressivement en place. Ils réunissent quelques groupuscules, mais aussi des individualités révoltées par les dérives d’un système à délégitimer sans appel. S’informer de l’existence et des points de vue de ces comités présente un réel intérêt. Même si quelques divergences quant à leurs formulations peuvent se faire jour, c’est la convergence sur un objectif commun qui importe dans un premier temps.

Nos ancêtres ont commencé par prendre la Bastille. Ils savaient ce dont ils voulaient se débarrasser. Certes, il fallut un siècle pour que s’établisse la République, mais elle advint.

Aux pires moments de l’occupation nazie, nos aînés du Conseil National de la Résistance surent outrepasser leurs divergences idéologiques pour jeter ensemble les bases d’un avenir meilleur.

« Dans le cadre d’élections réellement démocratiques, l’abstention est toujours une erreur, puisqu’elle laisse le champ politique où s’organisent les enjeux de pouvoir aux mains de ceux qui ont gagné le combat électoral. En revanche, dans le cadre d’élections non démocratiques, comme les élections européennes, la règle s’inverse. Y participer revient à cautionner l’abandon de tout enjeu et de tout combat politique. Les boycotter revient à délégitimer une institution illégitime, et par conséquent à lui enlever de la force. Les classes dominantes et dirigeantes ont les mains libres précisément parce que les institutions supranationales de l’UE ont remplacé les souverainetés nationales. C’est pour cela que l’enjeu principal des élections européennes sera l’abstention. Les classes dominantes auront les yeux rivés sur cet indicateur, car celui du résultat des listes est secondaire. En participant à cette mascarade électorale, toutes auront légitimé le système de Bruxelles. Les seuls citoyens à avoir clairement délégitimé l’UE seront ceux qui s’abstiendront. Si le vote aux élections européennes n’a jamais réussi à obtenir le moindre résultat politique, une abstention de 70% en France serait un coup de tonnerre politique ôtant toute crédibilité à l’Union européenne. » (extrait du site cnr.rue.fr)

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Laissez venir à moi les petits enfants...

13 Mars 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Gamineries

(Dans une cour d’école, des élèves de classe élémentaire)

- T’vas voir ta gueule si tu continues à dire qu’mon copain il a des casseroles au cul !

- Tout l’monde le sait, d’ailleurs mes parents y m’ont dit qu’tout l’monde le sait ?

- Tout l’monde le sait ? Prouve-le !

- Pas difficile ya des enregistrements que tout l’monde en parle.

- Des enregistrements, quels enregistrements ?

- T’es con ou quoi ? Tu l’sais pas ?

- Ouais, et alors ?

- Ben ton copain, il a des casseroles au cul, même que ça chauffe pour lui. C’est tout.

- Non, c’est pas tout. Tes parents y l’savaient, et ça c’est dégueulasse ! C’est pire que tout.

- Ah bon ?

- Oui, y savaient et y zont laissé faire…

- C’est pas eux qu’ont décidé.

- Y zont laissé faire…

- C’est pas eux qu’on décidé, c’est des juges !

- Ouais, mais y zont dit qu’y savaient pas, y zont menti et ça c’est grave, très grave !

- Y zont pas menti, y zont répondu à des questions des copains d’ton copain.

- Y zont menti ! Point !

- Pas vrai ! Et même ?

- Y faut qu’y s’en aillent, tout d’suite !

- Tu charries pas là ?

- Non, c’est trop grave de mentir !

- Et ton copain ?

- C’est pas l’problème, on lui en veut, c’est tout.

- Mais quand même, les casseroles…

- Quelles casseroles ? Le mensonge, c’est insupportable, tous les copains d’mon copain l’disent !

- Tu crois vraiment pas qu’tu charries ? Ya quand même des problèmes graves qu’y disent mes parents…

- Quels problèmes graves ? De quoi tu veux parler ? C’est tes parents maintenant qui sont dans la merde ! Quels cons ! (rires)

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Ainsi va notre monde. Un bref récit percutant.

6 Mars 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Eric Fottorino – Suite à un accident grave de voyageur (Gallimard, 2013 – 63 p., 8,20€)

Journaliste, ancien directeur du Monde, Eric Fottorino est également écrivain. Il a publié voici environ un an un texte court et saisissant, suite à trois suicides successifs sur une des lignes du RER Ile-de-France.

Suicides traités comme de simples faits divers, que le langage disqualifie par un évitement majeur : ne surtout pas énoncer suicide, cela pourrait non seulement donner des idées à d’autres, mais aussi signaler l’existence d’une souffrance.

La SNCF excelle dans le parler pour ne rien dire. Banaliser – « un accident grave de personne »… - permet de rétablir la circulation ferroviaire dans les meilleures conditions, sans remue-ménage.

Taiseuse, avec ses titres soigneusement calibrés la presse quotidienne entretient l’assoupissement collectif, elle ne parle que de troubles du trafic. L’horaire des trains intéresse davantage que la mort anonyme.

Que représente la mort d’une personne par rapport à l’exaspération de voyageurs fatigués ? « Le suicide sur les voies n’est pas une vie perdue. C’est du temps perdu. »

« L’accident de personne n’est vraiment l’accident de personne. »

Que veulent nous dire ces désespérés qui choisissent de mettre ainsi en scène leur mort ? Ils nous confrontent à notre indifférence.

Une évocation d’un tableau d’Edward Hopper, Les oiseaux de nuit, « les personnages flottent au milieu du vide », ils s’ignorent alors qu’il suffirait d’un mot. Les bas-fonds de la solitude.

Le RER dit fatigue, abrutissement, agressions, rancœur, frustration, migrations quotidiennes et laideur des choses de la vie. Les passagers sont tous masqués, pour ne pas voir, pour ignorer la misère de l’autre, sa souffrance, son désarroi, pour cacher la sécheresse des sentiments. Ils portent des masques de je-ne-veux-pas-le-savoir.

Un relevé d’échanges sur un site consacré aux transports ferroviaires montre à quel point les suicidés du RER sont source d’embarras pour les voyageurs. Certains échangent même des insultes à l’égard de ces gêneurs. Les quelques messages remplis d’humanité opposent leurs mots au non-dit organisé.

Laisser faire, laisser mourir, qu’y peut-on ? En quelques pages toute l’âpreté de notre monde et dite.

« Ces solitaires nous renvoient à notre solitude »

« France et souffrance, France et sous-France. »

Le suicide interroge les fondements de notre société au chiffre triomphant. « La vie, ça demande de l’encouragement » écrit Romain Gary.

Ce texte court, dense et dépouillé, pèse d’un poids très réel. Il serait dommage de l’ignorer, tant il nous concerne.

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Du danger bénéfique d'une certaine littérature jeunesse

16 Février 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

En cette période où grâce à la sourcilleuse vigilance et à l’esprit éclairé de l’inestimable Jean-François Copé et de quelques autres, les livres pour enfant font l’objet d’une remarquable promotion, je viens de découvrir au hasard d’un rangement trois « cahiers d’activités » réalisés par Minus Éditions[1], en 2012 : « J’aime la préhistoire », « Vive la poésie », et « J’aurais voulu être un artiste ».

Ce dernier titre propose à ses jeunes lecteurs et à leurs parents de partir à la découverte des principaux mouvements artistiques du 20e siècle, Impressionnisme, Expressionnisme, Cubisme, Art abstrait, Dadaïsme, Surréalisme, Pop art. Quelques définitions, quelques précisions, et des incitations au dessin.

Voici qui n’est déjà pas si mal en matière d’initiation.

Cerise sur le gâteau, le fascicule se termine sur « Les petits trucs pour ne plus s’ennuyer au musée » présentés comme autant de « jeux à faire devant les tableaux de ton choix, pour y découvrir plein de choses ! »

Bravo ! Nous sommes dans le droit fil de ce que nous défendons Alain Sagault et moi depuis longtemps, aussi bien par des écrits partagés qu’à l’occasion de rencontres lors d’expositions, ou bien à la demande d’un musée.

La série des jeux suggérés est la suivante :

1 – Être d’abord sensible à l’impression ressentie face à une œuvre. Nommer cette impression première.

2 – Imaginer une histoire possible racontée par le tableau regardé (à propos des montres molles peintes par Dali, l’éditeur suggère qu’il pourrait s’agir de montres allongées sur un rocher, lasses de toujours donner l’heure sans jamais s’arrêter…).

3 – Écouter les bruits émanant du tableau (foule, discussions, sonorités diverses).

[J’ajouterai volontiers s’efforcer d’entendre parfois la qualité du silence.]

4 – Enfin s’approcher et scruter la manière dont est peint le tableau (juxtapositions, couleurs, coups de pinceau, hachures, etc.).

Leçons majeures :

1 - D’abord, place au sensible, après seulement l’approche technique et culturelle. D’abord le rêve et l’utopie, les limites imposées par le savoir ne sauraient constituer un préalable.

Vivre en priorité, philosopher ensuite, conseillaient les anciens (primum vivere, deinde philosophari).

2 – Plusieurs lectures sont non seulement possibles, mais hautement souhaitables à partir de mêmes données.

Le scandale réside sans doute dans le fait que la littérature jeunesse puisse réfuter toute lecture univoque de ce qui nous est proposé et inciter à l’expression d’alternatives aux démarches habituelles, de même qu’à la confrontation des idées.

Le scandale réside sans doute également dans le fait que la littérature jeunesse puisse valoriser démarche ludique et initiation à l’esprit critique.

Ne serait-ce justement pas cela qu’on baptise Culture ?

Serait-ce alors pourquoi ce que l’on baptise Culture est si souvent suspect et méprisé par les tenants de l’Ordre établi et de la langue de bois ?

[1] www.minus-editions.fr

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L'art dans la cité, une nouvelle approche radicalement différente

9 Février 2014 , Rédigé par Blogue-note de Jean Klépal

Faire art comme on fait société – les nouveaux commanditaires (avec un DVD présentant 9 réalisations emblématiques) - Ouvrage collectif - Les presses du réel, 2013, 32 €.

C’est une somme, 813 pages, 47 contributions provenant d’horizons divers, philosophie, littérature, histoire de l’art, sociologie, ethnologie, économie, anthropologie, philologie, critique d’art ! Il faut prendre l’ouvrage comme un livre de référence auquel on peut se reporter de temps à autre. C’est d’une part un ouvrage passionnant pour ce qui concerne l’histoire de l’art et des relations entre mécènes, clients et artistes (les pratiques médiévales, celles de la Renaissance et des périodes postérieures, sont fortement documentées). C’est aussi un manifeste en faveur d’une approche radicalement nouvelle du rapport entre le public et les artistes, notamment ceux qui œuvrent dans le champ de la commande publique.

J’ai déjà eu l’occasion de signaler sur ce blogue le dispositif très particulier des Nouveaux Commanditaires et les conséquences qu’il induit pour ce qui concerne la politique culturelle généralement en vigueur.

A partir du 19e siècle les avant-gardes artistiques ont prétendu réenchanter le monde pour le guérir de ses maux. Nous savons l’échec de cette volonté affichée, en fait une fausse piste. L’art contemporain s’est peu à peu coulé dans une image étriquée par le mercantilisme, la collusion avec les pouvoirs publics et la spectacularisation du scandale.

Le Protocole des Nouveaux Commanditaires propose la rupture des rapports verticaux habituels (quelques potentats décident souverainement pour le compte d’un public tenu à l’écart des décisions) au profit de rapports horizontaux (les intéressés concernés par l’aménagement public prennent l’initiative), totalement inusités jusqu’alors. Il s’agit de faire en sorte que l’artiste ne demeure pas un « héros solitaire » maudit ou incompris, et que les personnes les plus concernées deviennent actrices dans les processus de réflexion et de décision.

Pour que cela marche, il convient bien sûr d’éviter les verrouillages contractuels par l’établissement de moments d’égalité entre commanditaires et artistes. Ce qui suppose des relations fondées sur une confiance réciproque. La nouveauté permettant cette utopie réside dans l’invention de « médiateurs », clef de voûte entre les partenaires. Ces médiateurs sont issus des milieux de l’art. Agréés par la Fondation de France, ils possèdent une très réelle capacité d’écoute et de prise d’initiatives, la maîtrise technique, budgétaire et relationnelle leur est déléguée. La décision ne leur appartient en aucune façon. Ils sont accoucheurs-facilitateurs.

Gros avantage, la prétention du personnel politique est directement interpellée : il ne s’agit plus de discourir sans fin sur la démocratisation de l’art, il s’agit de prendre en compte les aspirations de la société quotidienne et citoyenne. Ce ne sont plus seulement les riches ou les détenteurs du pouvoir qui décident sans partage pour passer commande d’un œuvre publique à un artiste.

La conception de la création artistique en est bouleversée. Le groupe hétérogène des commanditaires constitue une communauté temporaire engageant un dialogue social sur un mode totalement rénové. Ce groupe se saisit de l’occasion qu’il s’approprie de formuler une demande de contribution artistique pour l’aménagement d’un espace publique collectif. Ce faisant, il donne sens à la demande. Décider de faire appel à un artiste, c’est vouloir obtenir autre chose que la réponse administrative stéréotypée d’aménagement public. C’est aussi lutter contre l’illettrisme artistique, ce qui revient à contrecarrer l’atrophie du sentiment civique, danger majeur pour la démocratie comme nous le constatons chaque jour.

Avec ce processus s’élabore un « scandale démocratique, quand monsieur tout le monde trouble la vie publique » (F. Hers). Un faire penser collectif produit un vivre collectif d’une communauté sociale réunie autour d’un projet.

Depuis vingt ans, plus de 300 œuvres ont été réalisées grâce à cette nouvelle approche. Le livre illustre des réalisations artistiques non seulement en France (Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté, Rhône-Alpes, PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne, Limousin, Aquitaine, Poitou-Charentes, Centre, Pays de Loire, Bretagne, Basse et Haute-Normandie, Nord-Pas de Calais, Ile de France), mais aussi en Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Norvège, Pologne, Grande-Bretagne et en Suède. Plus de 300 œuvres ont été d’ores et déjà réalisées dans ce cadre.

L’idée originelle revient à un artiste photographe, François Hers, qui, parti d’une interrogation sur les moyens de sortir l’artiste contemporain de sa solitude face aux aléas du marché et se demandant comment insérer l’art dans la vie courante, a élaboré le Protocole des Nouveaux Commanditaires (ce « protocole » apparaît aujourd’hui comme son œuvre majeure) que la Fondation de France a décidé de mettre en œuvre en France et en Europe dès 1991.

A consulter : www.nouveauxcommanditaires.eu

Fondation de France, Comité culture, 40 avenue Hoche, 75008 Paris.

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