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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 09:03

 

[Si peu de temps après la survenance du massacre commis à Paris le 13 novembre 2015, la sidération étant si forte, parler d’art peut paraitre prématuré, sinon inconvenant. J’ai d’abord différé la publication de ce papier, puis je m’y suis résolu, estimant nécessaire d’essayer de quitter le champ des émotions en tentant de modestement contribuer à une réinstauration de la pensée.

L’art et une réflexion sur l’art comme un étayage vital, comme un refus de l’innommable, de la soumission à une barbarie qui voudrait nous soumettre à ses lois en nous barbarisant.]

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Résidant à Arles, Gabriel Delprat n’est connu que de quelques-uns. Cela ne l’empêche pas de travailler avec acharnement depuis des décennies. Son œuvre est multiple, considérable et passionnante. Il fait partie de ces nombreux artistes au talent certain dont les circuits officiels se soucient comme d’une guigne. Peut-être parce qu’il est trop peintre et pas du tout courtisan.

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Les éditions Actes Sud viennent de publier les textes[1] qu’il a rédigés à l’occasion d’une magnifique exposition de ses œuvres (septembre-octobre 2015), à la chapelle Sainte-Anne, à Arles : « L’oubli des raisons », un ensemble de dessins, toiles, et photographies sur le thème des lieux et des traces du passage de Van Gogh à Arles.

Déjà, en 2007, il s’était confronté au souvenir lancinant avec des travaux présentées tant à l’Espace Van Gogh, qu’à la Chapelle du Méjean.

Saisi par l’intensité des propositions, j’avais à l’époque rédigé le texte suivant :

« Une salle ingrate comme un coffre-fort bas de plafond aux portes armées de barreaux. Nous sommes dans les murs où Van Gogh fut interné à la fin du siècle dix-neuvième. L’espace Van Gogh à Arles, coursives, patio jardiné, est aménagé, bureaux, commerces, lieu iconique d’exposition. Les apparences sont sauves. Arles ne possède rien de Van Gogh, sinon le souvenir récupéré, dénaturé, hagiographié, milliardisé post mortem, souvent offensé par des œuvres de circonstance sacrifiant à l’anecdote. Arles, Paris, Amsterdam, ailleurs aussi, le peintre christique est une (bonne) affaire.

Travaillant en Arles, Gabriel Delprat est hanté par ce voisinage. Comment échapper ? Ici tout y mène.

Opiniâtre, notoriété ou pas, habité d’une nécessité, Delprat s’acharne. Seul ou presque, il va son chemin, qu’il ne peut éviter. La peinture, le regard sur la peinture, ont basculé. Cela ne se peut ignorer. Rien à proclamer, rien à faire briller, un état de fait bouleversant, un cri sourd.

Il y a tout juste vingt ans, il a dessiné, dessiné jour après jour le jardin qui accueillit un Van Gogh jugé indésirable par ses voisins. Le jardin déplié dit-il. Des hachures de crayon colorées, soigneusement maîtrisées et ordonnées, pour visiter un canevas, pour le tramer, l’explorer, le creuser, le préciser, l’interroger. Un long parcours obstiné, intime, sans fioritures, acharné, exigeant, semé de dizaines de pièces offertes à notre regard. Ici, l’écriture patiente et fébrile d’une confrontation péremptoire.

Il lui a fallu aller jusqu’au bout de soi-même pour s’épuiser d’un sujet impossible à éviter. Ici, ni clinquant, ni factice, un artiste livré à lui-même se constitue en silence comme son propre sujet. Impressionnant.

Quatre encoignures plus loin, notre homme montre un ensemble fourni de toiles et de dessins récents. Arles et Van Gogh le taraudent toujours autant. Le végétal tient une grande place dans son œuvre. Il s’est longuement confronté aux herbages de la Crau ; aujourd’hui les platanes, seuls éléments subsistants du temps de Van Gogh, organisent une trame nouvelle, écho du jardin déplié. Toiles et dessins de 2006-2007 façonnent une suite modulée. Souvent furtive, parfois occultée, la silhouette de Van Gogh jalonne le parcours, ainsi que l’évocation de sa maison ou des personnes qu’il côtoya sans doute. Traces suggérées dans le flou de la mémoire collective. Empreintes sensibles du corps de l’artiste inscrivant son geste sur la toile.

L’art actuel est plus à guetter dans les recoins élidés que dans la mondanité marchande. »

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Dans ses textes récents, « Les Giotto de la maison jaune », qu’il sous-titre très joliment « un récit de peintures », Delprat se saisit d’un personnage énigmatique peint par Gasiorowski en 1984 pour scruter le Bacio di Giuda par Giotto, et aboutir à Van Gogh.

Des textes courts articulent des allers retours entre le café de la dispute avec Gauguin, la chambre de Vincent, sa réserve d’images, et la maison close outre remparts où il offre son oreille coupée à Gaby-Rachel. Chemin faisant, nous découvrons une relation saisissante entre la fresque de Giotto, le probable moine de Gasiorowski et Van Gogh. Voici ce qu’en écrit Delprat :

« C’est souvent dans les détails que quelque chose d’insolite advient et donne l’impulsion pour créer du singulier. En poursuivant l’étude de la fresque de Padoue, de nouveaux éléments sont apparus au sujet du moine. En effet, si l’on prend comme point de référence sa tête, son regard se porte sur trois personnages : l’apôtre Pierre, Malchus, un sbire de Caïphe, et un jeune homme dont le profil inversé atteste qu’il fuit les soldats. (...) (Le moine) est ... le seul à voir Pierre qui tente d’arrêter Malchus en lui portant un coup de poignard à l’oreille. On voit nettement que celle-ci se détache de la tête et ne tient plus que par un morceau de chair. (...) »

Il poursuit, un peu plus avant : « ... l’intérêt profond de Van Gogh pour Giotto, sa connaissance des Ecritures, sa maladie, la forte dose de soleil méditerranéen, l’alcool et le travail intense : autant d’éléments réels qui rendent plausibles la fascination de l’acte de Pierre et l’impact de l’image sur son comportement lors d’une crise. C’est une hypothèse de peintre. »

Il termine enfin, parlant de l’homme à la capuche (un moine, un voleur ?), dont la présence est affirmée par le tableau de Gasiorowski : « L’homme de dos, c’est le peintre dans la peinture, celui qui voit sans être visible et qui est la source d’où s’échappera l’indicible. »

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C’est passionnant, c’est puissant, c’est à lire, évidemment.

 

[1] Gabriel Delprat – Les Giotto de la maison jaune – Actes Sud, 48 p., octobre2015, 12 €

Gabriel Delprat, peintre, tout à fait peintre
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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 18:02

Les propos qui suivent s’appuient en grande partie sur un article rédigé par Noël Mamère (Médiapart – 17 novembre 20015).

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La nécessité de répondre avec une extrême vigueur au défi lancé par les attentats les plus récents est une indiscutable évidence. Aucune réserve à ce sujet ne saurait être recevable.

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Voici environ 15 ans qu’une guerre se déroule, ailleurs, à distance suffisante pour qu’on s’en émeuve peu.

Bombardements, assassinats ciblés, attaques de drones, ont mis en place les conditions de ripostes sauvages, aveugles, très difficilement maitrisables.

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Dans son papier Noël Mamère qualifie l’union sacrée de défaite de la pensée.

Il me semble qu’il a parfaitement raison, car l’émotion très légitime l’emporte aujourd’hui sur la réflexion, qu’elle annihile d’emblée. Un sondage récent confirme cette assertion : 84% des Français seraient favorables à plus de sécurité au détriment des libertés, affirme BFMTV le 18 novembre. Passez, muscade ! Le sondage le révèle, c’est donc vrai.

Voici comment on assoit la soumission à une logique de guerre.

Voici comment en un tournemain on rejoint le camp des faucons.

Voici comment on dissimule des désaccords fondamentaux au bénéfice d’une logique du tout sécuritaire.

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Quelle part est faite dans les décisions prises à la nécessité de ne pas lâcher nos principes ? Accepter de les écorner, c’est entrer dans le jeu de l’ennemi.

Prendre des mesures drastiques est indispensable, s’en tenir à cela va à l’évidence dans le sens de Daesh. Nous passons du vulnérable au manipulable.

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L’Etat islamique cherche à provoquer des représailles, il s’en réjouit à coup sûr, cela ne peut que le conforter dans son entreprise planétaire de terrorisme au service d’un projet politique totalitaire de prise de possession de la planète.

Nous sommes confrontés à un fascisme religieux, mâtiné de nazisme. Ceci n’a sans doute pas grand-chose à voir avec l’Islam. Les musulmans sont d’ailleurs parmi les premières victimes de ces militants fascistes religieux. Il semble bien qu’une prise de conscience de cette situation avance à grands pas.

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L’expérience des quinze dernières années montre combien les seules interventions militaires sont vouées à l’échec. Combien elles sont contre productives car elles suscitent à coup sûr de terribles vocations.

Pour indispensables qu’elles soient, ces interventions doivent être encadrées par une politique résolue de défense de la Liberté. C’est-à-dire par une recherche d’égalité et de solidarité, faute de quoi nous risquons de tomber dans les errements d’un Patriot Act et d’un Guantanamo à la française.

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Renforcer le renseignement, la Justice et la police sur le terrain, OUI ! Mais pas seulement.

Ne pas réviser rapidement notre politique étrangère vis-à-vis des Etats complices des djihadistes, ne pas se saisir de la question palestinienne pour forcer sa résolution, c’est s’en tenir à des effets de manchettes et des coups de menton martiaux. Alors NON !

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Comme le dit Noël Mamère en conclusion de son article, c’est l’humanité qu’on assassine un peu partout dans le monde.

La seule union sacrée qui vaille, c’est celle d’une révolte généralisée contre la barbarie, le mensonge et le faux-semblant, d’où qu’ils émanent.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 10:54

Mâchoires crispées, des paroles martiales, des déclarations guerrières, un bombardement répressif.

Oui, il faut réagir, parer au pus pressé.

Mais aussi, s'interroger, se demander toute affaire cessante quoi faire, comment le faire, pour agir sur l'amont, sur ces situations pathogènes venues de si loin, entretenues depuis si longtemps.

L'incendie est déclenché, il fait rage, le combattre est indispensable.

En reconnaître les causes, les analyser (les études et réflexions à ce sujet ne manquent pas), et très vite enfin intervenir vraiment, autrement qu'en vaines paroles. S'en donner les moyens, s'inscrire dans la durée, pour tenter de radicalement modifier ce terreau mortifère entretenu par la relégation, l'exclusion, le chômage sélectif, l'indifférence, etc.

Le tout répressif ne peut qu'alimenter le conflit.

Le tout répressif c'est entrer dans la logique d'en face, c'est se laisser piéger.

Il y a quelque chose d'infantile dans l'air martial de nos dirigeants. Ils veulent montrer leurs muscles, croyant bêtement rassurer leur électorat. Ils croient sans doute masquer leur impuissance, leur parfait dénuement, leur ignorance. La logique guerrière ne peut en aucun cas constituer la réponse unique, car, par sa surenchère, elle ne peut qu'envenimer les choses.

Nous sommes confrontés à une difficulté majeure, énorme, si considérable que le silence de le réflexion devrait l'emporter. L'inflation verbale avec ses phrases creuses est aussi un risque majeur.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Attentats
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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:02

Je reçois d'un correspondant, animateur d'un réseau de réflexion (GLOBAL SOCIETY NETWORK - Plate-forme internet www.globalsociety.ch) – l’article suivant dont la pertinence me semble justifier le relais.

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1970-2015 CINQ DÉCENNIES D'IMPUISSANCE POLITIQUE

>

Qu'il s'agisse des industriels du Club de Rome, d'écologistes progressistes tel René Dumont ou Lester Brown, de scientifiques comme René Dubos, de philosophes de la nature comme Théodore Monod, de grandes voix se sont élevées depuis les années 70 pour alerter les responsables politiques sur les effets dévastateurs du développement hyperproductiviste mis en oeuve par les états. Tout a été décrit depuis les années 80 dans le rapport Brundlandt "Notre avenir à tous" et par les études scientifiques les plus sérieusement étayées.

Le Sommet de la Terre de 1992 lança le premier grand coup de semonce aux dirigeants des nations réunis à Rio. Lors du Sommet suivant à Johannesburg en 2002, le président de la République française fit ce disours historique rédigé par l'écologiste français Nicolas Hulot "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs..."

La dernière salve fut donnée avec la série de films grand-public, notamment "La vérité qui dérange" de Al Gore en 2008, "Home" de Yann Arthus Bertrand l'année suivante, "Le Syndrome du Titanic" de Nicolas Hulot en 2009t. Hollywood participa également au combat écologique. Parmi les stars mondiales, Leonardo di Caprio réalisa en 2007 le film "La 11ème heure, le dernier virage" pour sonner l'alarme auprès des internautes et du grand-public.

Quelle incidence sur la classe dirigeante des nations? Rien ou peu de choses. Les réponses sont toujours a minima de ce qu'il conviendrait d'entreprendre. Les chefs d'état -rassemblés désormais au sein du G20- ne font toujours preuve d'aucune vision stratégique, d'aucune envergure dans l'action, d'aucune vraie volonté de changement. Bien au contraire. Les solutions furent notamment d'investir massivement dans le pétrole non conventionnel dont l'extraction est hautement polluante, de décréter le Cercle arctique nouvel eldorado des compagnies pétrolières ou de forer au plus près de la barrière de corail australienne. Une politique de Gribouille qui retarde de quelques décennies seulement l'épuisement des ressources fossiles sans pour autant préparer l'avenir.

Le fait est que les géants du marché mondialisé dominent le jeu face aux démocraties. Celles-ci sont aujourd'hui doublement affaiblies. Limitées à leur niveau national, elles ne peuvent agir sur des problématiques devenues pour la plupart globales. En second lieu, tous les gouvernements servent les intérêts des grands groupes qui financent les candidats aux présidentielles et contrôlent l'information par la manne publicitaire. C'est le business as usual qui perdure avec sa quête cupide de profitabilité à court terme, faisant bien peu de cas des souffrances humaines et des impératifs environnementaux. Si le COP21 à Paris est un événement utile, nous savons déjà que les engagements ne seront pas contraignants et que le slogan électoral "la croissance pour l'emploi" masquera toujours les pratiques les moins vertueuses. On peut citer le nucléaire présenté comme "zéro émission de CO2", la monoculture brésilienne dévastatrice des biocarburants, la culture extensive de l'huile de palme et autres aberrations présentées comme des avancées écologiques. Un magistral contresens sur la conception du progrès est commis par ceux qui nous gouvernent. Jamais le futur n'a été aussi fermé.

Faudra-t-il attendre que les dirigeants du G20 soient jugés responsables et coupables par le Tribunal de l'histoire? En tant que citoyens, devons-nous rester les bras croisés en observant les crises se succéder et la planète atteindre un seuil de détérioration irréversible? Car notre avenir en tant que civilisation humaine est en jeu si on laisse faire ceux qui agissent aujourd'hui en notre nom. Les faits sont là. Au lieu d'investir massivement dans une reconversion durable du système hyper-productiviste actuel, tout ce que les grandes puissances ont su faire depuis les années 2000, c'est de gaspiller en pure perte près de 8.000 milliards de dollars dans des guerres contre-productives en Afghanistan et en Irak conduisant à une explosion du terrorisme, à l'État Islamique et à ses filiales Boko Haram, etc... Après 2008, le fait d'arme de nos gouvernants fut d'attribuer plusieurs milliers de millions de dollars d'argent public pour sauver un système bancaire responsable du krach de Wall Street et de l'effondrement du système mondial. Si le sauvetage des banques too big to fail fut nécessaire pour éviter le pire, cela développa une crise des déficits publics et des politiques d'austérité - en Europe notamment - imposant d'inutiles sacrifices aux populations sans régler pour autant les problèmes de fond.

Face à toutes ces crises qu'ils ont eux-mêmes laissé se développer, les mesures de protection de l'environnement et la réduction des émissions de CO2 pour stabiliser les climats sont considérées dans les milieux d'affaires comme des entraves au commerce et à la compétitivité de nature à pénaliser la croissance et les jobs. Un raisonnement simpliste autant que falsificateur qui accélère les catastrophes naturelles et les tragédies humaines.

Parvenu à un tel stade d’inconséquence, il faut oser dire que trop c'est trop et que les chefs d'état qui se pavanent sur la photo au terme des sommets du G20 ou de l'ONU ne représentent qu'eux-mêmes et les intérêts des groupes industriels, bancaires, de la distribution ou de la communication qui les ont porté au pouvoir.

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2016-2020 LA SOCIÉTÉ CIVILE, FORCE MOTRICE D'UN CHANGEMENT DURABLE

Internet offre à des centaines de millions de personnes la possibilité de dire un grand NON aux politiques néolibérales absurdes - pour ne pas dire suicidaires - mises en œuvre au sommet des états et des institutions mondiales du commerce et du crédit.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:02

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Qu'il s'agisse des industriels du Club de Rome, d'écologistes progressistes tel René Dumont ou Lester Brown, de scientifiques comme René Dubos, de philosophes de la nature comme Théodore Monod, de grandes voix se sont élevées depuis les années 70 pour alerter les responsables politiques sur les effets dévastateurs du développement hyperproductiviste mis en oeuve par les états. Tout a été décrit depuis les années 80 dans le rapport Brundlandt "Notre avenir à tous" et par les études scientifiques les plus sérieusement étayées.

Le Sommet de la Terre de 1992 lança le premier grand coup de semonce aux dirigeants des nations réunis à Rio. Lors du Sommet suivant à Johannesburg en 2002, le président de la République française fit ce disours historique rédigé par l'écologiste français Nicolas Hulot "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs..."

La dernière salve fut donnée avec la série de films grand-public, notamment "La vérité qui dérange" de Al Gore en 2008, "Home" de Yann Arthus Bertrand l'année suivante, "Le Syndrome du Titanic" de Nicolas Hulot en 2009t. Hollywood participa également au combat écologique. Parmi les stars mondiales, Leonardo di Caprio réalisa en 2007 le film "La 11ème heure, le dernier virage" pour sonner l'alarme auprès des internautes et du grand-public.

Quelle incidence sur la classe dirigeante des nations? Rien ou peu de choses. Les réponses sont toujours a minima de ce qu'il conviendrait d'entreprendre. Les chefs d'état -rassemblés désormais au sein du G20- ne font toujours preuve d'aucune vision stratégique, d'aucune envergure dans l'action, d'aucune vraie volonté de changement. Bien au contraire. Les solutions furent notamment d'investir massivement dans le pétrole non conventionnel dont l'extraction est hautement polluante, de décréter le Cercle arctique nouvel eldorado des compagnies pétrolières ou de forer au plus près de la barrière de corail australienne. Une politique de Gribouille qui retarde de quelques décennies seulement l'épuisement des ressources fossiles sans pour autant préparer l'avenir.

Le fait est que les géants du marché mondialisé dominent le jeu face aux démocraties. Celles-ci sont aujourd'hui doublement affaiblies. Limitées à leur niveau national, elles ne peuvent agir sur des problématiques devenues pour la plupart globales. En second lieu, tous les gouvernements servent les intérêts des grands groupes qui financent les candidats aux présidentielles et contrôlent l'information par la manne publicitaire. C'est le business as usual qui perdure avec sa quête cupide de profitabilité à court terme, faisant bien peu de cas des souffrances humaines et des impératifs environnementaux. Si le COP21 à Paris est un événement utile, nous savons déjà que les engagements ne seront pas contraignants et que le slogan électoral "la croissance pour l'emploi" masquera toujours les pratiques les moins vertueuses. On peut citer le nucléaire présenté comme "zéro émission de CO2", la monoculture brésilienne dévastatrice des biocarburants, la culture extensive de l'huile de palme et autres aberrations présentées comme des avancées écologiques. Un magistral contresens sur la conception du progrès est commis par ceux qui nous gouvernent. Jamais le futur n'a été aussi fermé.

Faudra-t-il attendre que les dirigeants du G20 soient jugés responsables et coupables par le Tribunal de l'histoire? En tant que citoyens, devons-nous rester les bras croisés en observant les crises se succéder et la planète atteindre un seuil de détérioration irréversible? Car notre avenir en tant que civilisation humaine est en jeu si on laisse faire ceux qui agissent aujourd'hui en notre nom. Les faits sont là. Au lieu d'investir massivement dans une reconversion durable du système hyper-productiviste actuel, tout ce que les grandes puissances ont su faire depuis les années 2000, c'est de gaspiller en pure perte près de 8.000 milliards de dollars dans des guerres contre-productives en Afghanistan et en Irak conduisant à une explosion du terrorisme, à l'État Islamique et à ses filiales Boko Haram, etc... Après 2008, le fait d'arme de nos gouvernants fut d'attribuer plusieurs milliers de millions de dollars d'argent public pour sauver un système bancaire responsable du krach de Wall Street et de l'effondrement du système mondial. Si le sauvetage des banques too big to fail fut nécessaire pour éviter le pire, cela développa une crise des déficits publics et des politiques d'austérité - en Europe notamment - imposant d'inutiles sacrifices aux populations sans régler pour autant les problèmes de fond.

Face à toutes ces crises qu'ils ont eux-mêmes laissé se développer, les mesures de protection de l'environnement et la réduction des émissions de CO2 pour stabiliser les climats sont considérées dans les milieux d'affaires comme des entraves au commerce et à la compétitivité de nature à pénaliser la croissance et les jobs. Un raisonnement simpliste autant que falsificateur qui accélère les catastrophes naturelles et les tragédies humaines.

Parvenu à un tel stade d’inconséquence, il faut oser dire que trop c'est trop et que les chefs d'état qui se pavanent sur la photo au terme des sommets du G20 ou de l'ONU ne représentent qu'eux-mêmes et les intérêts des groupes industriels, bancaires, de la distribution ou de la communication qui les ont porté au pouvoir.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 10:02

Je reçois d'un correspondant, animateur d'un réseau de réflexion (GLOBAL SOCIETY NETWORK - Plate-forme internet www.globalsociety.ch) – l’article suivant dont la pertinence me semble justifier le relais.

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1970-2015 CINQ DÉCENNIES D'IMPUISSANCE POLITIQUE

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Qu'il s'agisse des industriels du Club de Rome, d'écologistes progressistes tel René Dumont ou Lester Brown, de scientifiques comme René Dubos, de philosophes de la nature comme Théodore Monod, de grandes voix se sont élevées depuis les années 70 pour alerter les responsables politiques sur les effets dévastateurs du développement hyperproductiviste mis en oeuve par les états. Tout a été décrit depuis les années 80 dans le rapport Brundlandt "Notre avenir à tous" et par les études scientifiques les plus sérieusement étayées.

Le Sommet de la Terre de 1992 lança le premier grand coup de semonce aux dirigeants des nations réunis à Rio. Lors du Sommet suivant à Johannesburg en 2002, le président de la République française fit ce disours historique rédigé par l'écologiste français Nicolas Hulot "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs..."

La dernière salve fut donnée avec la série de films grand-public, notamment "La vérité qui dérange" de Al Gore en 2008, "Home" de Yann Arthus Bertrand l'année suivante, "Le Syndrome du Titanic" de Nicolas Hulot en 2009t. Hollywood participa également au combat écologique. Parmi les stars mondiales, Leonardo di Caprio réalisa en 2007 le film "La 11ème heure, le dernier virage" pour sonner l'alarme auprès des internautes et du grand-public.

Quelle incidence sur la classe dirigeante des nations? Rien ou peu de choses. Les réponses sont toujours a minima de ce qu'il conviendrait d'entreprendre. Les chefs d'état -rassemblés désormais au sein du G20- ne font toujours preuve d'aucune vision stratégique, d'aucune envergure dans l'action, d'aucune vraie volonté de changement. Bien au contraire. Les solutions furent notamment d'investir massivement dans le pétrole non conventionnel dont l'extraction est hautement polluante, de décréter le Cercle arctique nouvel eldorado des compagnies pétrolières ou de forer au plus près de la barrière de corail australienne. Une politique de Gribouille qui retarde de quelques décennies seulement l'épuisement des ressources fossiles sans pour autant préparer l'avenir.

Le fait est que les géants du marché mondialisé dominent le jeu face aux démocraties. Celles-ci sont aujourd'hui doublement affaiblies. Limitées à leur niveau national, elles ne peuvent agir sur des problématiques devenues pour la plupart globales. En second lieu, tous les gouvernements servent les intérêts des grands groupes qui financent les candidats aux présidentielles et contrôlent l'information par la manne publicitaire. C'est le business as usual qui perdure avec sa quête cupide de profitabilité à court terme, faisant bien peu de cas des souffrances humaines et des impératifs environnementaux. Si le COP21 à Paris est un événement utile, nous savons déjà que les engagements ne seront pas contraignants et que le slogan électoral "la croissance pour l'emploi" masquera toujours les pratiques les moins vertueuses. On peut citer le nucléaire présenté comme "zéro émission de CO2", la monoculture brésilienne dévastatrice des biocarburants, la culture extensive de l'huile de palme et autres aberrations présentées comme des avancées écologiques. Un magistral contresens sur la conception du progrès est commis par ceux qui nous gouvernent. Jamais le futur n'a été aussi fermé.

Faudra-t-il attendre que les dirigeants du G20 soient jugés responsables et coupables par le Tribunal de l'histoire? En tant que citoyens, devons-nous rester les bras croisés en observant les crises se succéder et la planète atteindre un seuil de détérioration irréversible? Car notre avenir en tant que civilisation humaine est en jeu si on laisse faire ceux qui agissent aujourd'hui en notre nom. Les faits sont là. Au lieu d'investir massivement dans une reconversion durable du système hyper-productiviste actuel, tout ce que les grandes puissances ont su faire depuis les années 2000, c'est de gaspiller en pure perte près de 8.000 milliards de dollars dans des guerres contre-productives en Afghanistan et en Irak conduisant à une explosion du terrorisme, à l'État Islamique et à ses filiales Boko Haram, etc... Après 2008, le fait d'arme de nos gouvernants fut d'attribuer plusieurs milliers de millions de dollars d'argent public pour sauver un système bancaire responsable du krach de Wall Street et de l'effondrement du système mondial. Si le sauvetage des banques too big to fail fut nécessaire pour éviter le pire, cela développa une crise des déficits publics et des politiques d'austérité - en Europe notamment - imposant d'inutiles sacrifices aux populations sans régler pour autant les problèmes de fond.

Face à toutes ces crises qu'ils ont eux-mêmes laissé se développer, les mesures de protection de l'environnement et la réduction des émissions de CO2 pour stabiliser les climats sont considérées dans les milieux d'affaires comme des entraves au commerce et à la compétitivité de nature à pénaliser la croissance et les jobs. Un raisonnement simpliste autant que falsificateur qui accélère les catastrophes naturelles et les tragédies humaines.

Parvenu à un tel stade d’inconséquence, il faut oser dire que trop c'est trop et que les chefs d'état qui se pavanent sur la photo au terme des sommets du G20 ou de l'ONU ne représentent qu'eux-mêmes et les intérêts des groupes industriels, bancaires, de la distribution ou de la communication qui les ont porté au pouvoir.

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2016-2020 LA SOCIÉTÉ CIVILE, FORCE MOTRICE D'UN CHANGEMENT DURABLE

Internet offre à des centaines de millions de personnes la possibilité de dire un grand NON aux politiques néolibérales absurdes - pour ne pas dire suicidaires - mises en œuvre au sommet des états et des institutions mondiales du commerce et du crédit.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 10:50

Migrations, fuites éperdues, naufrages, meurtres, anonymat, faim, solitude, barrières, murs de défense, barbelés, préjugés, principes, idéologies, limites, résistances, violences, absolutisme, vols, destructions, droit du plus fort, peurs, rejets, exclusions, privilèges, mensonges, pusillanimité, cynisme, police, administration, rétention, enfermement, expulsions, routine... notre époque est décidément très riche et très inventive.

Tout cela se révèle et s’incruste non seulement dans nos modes de penser, nos façons de vivre, mais aussi notre environnement urbain. Les traces qu’impriment les citadins sur leur milieu en témoignent.

La ville élabore une histoire secrète, elle raconte notre monde, souvent à notre insu.

Un livre paru l’été dernier, présenté sur ce blogue, aborde ces questions sous l’angle de la photographie du non habituellement vu.[1]

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Photographe urbain, Alain Nahum traque en permanence ce qui échappe et pourtant fait sens.

Il photographie aussi bien des passages piétons sans cesse meurtris par le piétinement et les véhicules, que des rebuts divers abandonnés au trottoir, ou des affichages sauvages où s’inscrivent surtout le désir d’exister et le besoin de rompre une solitude. Les témoignages ainsi établis rendent compte d’histoires cachées, humbles et éphémères, que l’on ignore couramment. Ils renvoient à un imaginaire dans la lignée du surréalisme, grand pourfendeur de frontières entre les genres.

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Par le biais d’une saisie des limites implicites, entre des populations et des mondes différents, ces œuvres constituent un témoignage des métamorphoses continues de la cité.

Si, grâce à l’apprentissage du regard, l’une des fonctions de l’art est de nous alerter sur le monde qui nous entoure et la place que nous y tenons, l’apparition d’un nouveau centre d’intérêt mérite d’être signalée.

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Depuis quelque temps apparaissent, pas seulement à Paris, des amoncellements de sacs blanchâtres emplis de gravats et débris divers. Jusqu’à présent lorsque des travaux d’entretien ou de rénovation avaient lieu, nous voyions apparaître de lourdes bennes métalliques, que des camions spécialement équipés venaient relever. La circulation automobile devenant de plus en plus difficile ce type de collecte tend à disparaitre, au bénéfice de ces sacs blancs, relativement aisés à manier.

Le regard que l’artiste leur applique pousse à une réflexion sur les notions de rejet, de mise en quarantaine, de regroupement forcé, de barrières frontalières ou non, de repli sur soi, mais aussi de résistance et de refus.

Le chevauchement des sacs empilés, silhouettes souvent recroquevillées à l’abri du caniveau, clame l’isolement et la détresse de ces petits groupes de pauvres hères que nous rencontrons désormais presque à chaque encoignure. Ils font partie d’un quotidien que nous ignorons le plus souvent, auquel nous nous habituons doucement. La détresse est à notre porte, elle ne gêne que dans la mesure où elle encombre.

Les empilements saisis au hasard de leur découverte évoquent la force sourde des murailles cyclopéennes de Mycènes, la violente inanité des frontières (déjà soulignée par Pascal), l’inutile prétention des forteresses médiévales ruinées par les assauts.

La ville nous oppose la métaphore de notre aveugle et impuissante prétention à demeurer figés dans notre arrogance imbécile.

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Clichés Alain Nahum ©

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[1] Alain Nahum-Jean Klépal « Émergences – regards sur la ville », Parenthèses éd., juin 2015.

Métaphores urbaines
Métaphores urbaines
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21 septembre 2015 1 21 /09 /septembre /2015 21:46

Oh, le beau, le nécessaire, le très pertinent petit livre !

Benoît Duteurtre, romancier, essayiste, et critique musical, vient de publier un saisissant apologue de la société libérale avancée. Le chemin de fer et son évolution en sont une figure emblématique.

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A l’heure où M. Macron, notre très efficace Ministre de l’Economie jamais en panne d’idées novatrices, tire à boulets rouges sur la Fonction publique et les fonctionnaires, B. Duteurtre termine son ouvrage par un vibrant « Eloge du service public », qui n’a rien à voir avec ce qu’un nostalgique du temps d’avant pourrait avancer. Il s’attache en toute clarté à dénoncer le double langage officiel consistant à clamer l’attachement au secteur public (SNCF, Poste, Santé) tout en le jugulant pour qu’il adopte les règles de fonctionnement du privé, ce qui ne peut qu’entraîner son inéluctable déclin.

En une centaine de pages vigoureuses c’est de la dégradation de la SNCF comme emblème des méfaits du développement actuel du monde que traite ce livre.

« J’ai parfois l’impression que le mouvement moderne du monde qui nous a donné le confort, la vitesse et la liberté, s’évertue parallèlement à gâcher nos existences en les enfermant dans une inépuisable série de contraintes : nouvelles méthodes comptables, gains de rentabilité, règles de sécurité, interdictions de toute sorte, suppression de services, promotion des marques... »

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La transformation progressive des gares en aéroports, c’est-à-dire leur mue en centres commerciaux aseptisés, sortes « d’entreprises planétaires ... réduites au même alignement de logos », provoque à droite comme à gauche l’enthousiasme de commentaires célébrant « une avancée magnifique de cette transformation d’une gare en supermarché.» Gare Saint-Lazare, gare de l’Est, bientôt gare du Nord, puis d’Austerlitz, subissent le grand chambardement qui, non seulement, voit anéantir toute convivialité, toute possibilité de pas perdus, mais impose un incroyable inconfort et une grande complexité (robots, suppression des consignes à bagages, interminables files d’attente, disparition des endroits où se poser, accès souvent difficiles, etc.) à des usagers devenus simples clients dont la vie quotidienne est très loin d’être simplifiée.

« Les gares-aéroports », gares TGV situées en rase campagne, « témoignent d’une profonde indifférence à l’idée même de maillage ferroviaire permettant au voyageur de se rendre d’une ville à l’autre. » De plus, seulement atteignables par le biais d’itinéraires spéciaux, elles contribuent aux multiples désagréments de la circulation routière, comme à son développement.

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En 1937, les fondateurs de la SNCF tenaient à une stricte équité sur l’ensemble du territoire. « Le sacro-saint prix unique du kilomètre faisait primer la possibilité ... d’accéder au transport ferroviaire, quelle que soit la rentabilité de tel ou tel segment du réseau. » Et « L’ensemble du réseau bénéficiait ... de soins identiques. ( ...) Tout a changé dans les années 1990 avec le développement du TGV et le lancement d’un nouveau système de gestion... »

Désormais la SNCF est divisée en activités, en secteurs plus ou moins rentables, en marques (TGV, Eurostar, Thalys, etc.), ce qui permet de moduler et de complexifier les tarifs. « Aujourd’hui, le prix du kilomètre peut varier d’un à quatre. »

Selon un processus classique, des lignes secondaires sont jugées déficitaires, leur entretien est peu à peu réduit au nom de la rentabilité des investissements, l’abandon progressif dans lequel elles se trouvent engendre une sérieuse dégradation, on finit par constater que leur remise en état serait hors de proportion, on décide alors de les fermer, et un Ministre de l’Economie décide de développer le transport par cars... CQFD.

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Ces constats n’empêchent pas l’auteur de reconnaitre une forme de progrès avec les TGV. Mais à quel prix ? La vitesse est privilégiée au détriment du plaisir et du confort du voyage. Disparition des buffets de gare, des wagons restaurant, au bénéfice de ces sordides voitures-bar où un vendeur-serveur-encaisseur employé par un sous-traitant ne parvient pas à satisfaire la clientèle. Malgré tout, cela coûte encore trop cher et la voiture-bar est de plus en plus « exceptionnellement fermée ».

Un service rendu n’est plus qu’une source de déficit à combler. Au détriment du service lui-même, bien entendu, mais là n’est pas le problème. La SNCF, comme beaucoup d’autres, sous-traite à son client lui-même le travail du vendeur (les pétroliers ont les premiers fait cela en supprimant les « pompistes » et La Poste enchaîne allègrement avec le développement des automates).

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La grande misère de la restauration à bord des TGV apporte une réflexion sur la disparition de ces buffets de gare de plus en plus transformés en réfectoires « bas de gamme ». Evocation du buffet de la gare de l’Est, « temple de la choucroute », du Train bleu, gare de Lyon, inscrit aujourd’hui dans une chaîne internationale. En province, il semble que les dégâts soient encore plus considérables.

Evocation également de la magie révolue des voyages permettant de passer agréablement d’un point à un autre. Epoque où la Compagnie internationale des wagons-lits était garante de « la supériorité du train sur toutes les autres formes de voyage terrestre », alors qu’aujourd’hui il faut « entasser le maximum de passagers dans chaque voiture ... sans aucun service en contrepartie. »

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Bien avant M. Emmanuel Macron, c’est Margaret Thatcher qui a libéralisé la circulation des autocars. Et pourtant, les inconvénients de ce type de transport sont nombreux : pollution, embouteillages, inconfort pour se mouvoir, entassement, lenteur, laideur des gares routières... « Loin de résister, la SNC investit elle-même dans sa filiale Idbus. »

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La sécurité des transports ferroviaires se dégrade inexorablement (nous avons encore en tête l’accident de Brétigny-sur-Orge, en juillet 2013). Les retards dus au mauvais entretien des voies et la détérioration du matériel roulant sont de plus en plus fréquents. Il est vrai que le réseau ferré exige l’entretien de tout un maillage de voies et d’équipements s’accommodant mal de l’exigence d’une rentabilité immédiate maximale. De ce fait, les tarifs ne pourront que continuer à augmenter, et les voies secondaires, à disparaitre.

Les syndicats de cheminots alertent sur la fragilité du réseau, l’administration fait la sourde oreille et tente de gérer la misère et la pauvreté engendrées par le « tout TGV », tandis que l’opinion est régulièrement mobilisée contre des cheminots nantis.

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Voici clairement et simplement brossé un tableau des méfaits du démantèlement des services collectifs (la question de l’Education nationale mériterait elle aussi une analyse analogue) par la puissance publique, au nom de l’idéologie du changement, d’une gestion soi-disant rigoureuse, de la nécessité de faire des économies, de la vitesse, et des impératifs d’une communication réussie, devenue l’obsession de tout gouvernement.

La violence et la nocivité de la modernité que l’on veut nous imposer ne peuvent qu’entrainer une irrémédiable dégradation de nos conditions de vie.

Prendre le temps d’un arrêt et d’une réflexion à chaque fois que l’on veut nous proposer une évidence nouvelle, relève de la plus élémentaire hygiène mentale.

Benoît Duteurtre – La nostalgie des buffets de gare – (Payot, 2015, 110 p, 14 €)

Benoît Duteurtre – La nostalgie des buffets de gare – (Payot, 2015, 110 p, 14 €)

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 18:40

Eschyle (vers 525-456 AC) a probablement composée en 463 AC sa tragédie « Les Suppliantes ».

Cinquante filles de Danaos, roi de Libye, fuient avec leur père pour éviter un mariage forcé avec les fils d’Egyptos. Elles abordent au pays d’Argos, et demandent hospitalité et protection au roi Pelasge, contre les Egyptiens qui les poursuivent.

Après avoir consulté son peuple, le roi Pélasge consent et repousse la demande de restitution présentée violemment par un Héraut égyptien.

L’abus du droit devient injustice et transforme les victimes innocentes en coupables, semble nous dire Eschyle.

Personnages :

- le chœur des Danaïdes

- Démos, leur père

- Pélasge, roi d’Argos

- le Héraut des Egyptiens

>

Extraits (traduction Jean Grosjean, Tragiques grecs, bibliothèque de La Pléiade).

>

Danaos, notre père et notre conseil

Qui conduit notre exode, a supputé les souffrances

Et choisi celle au moins glorieuses

De follement fuir par les houles marines

>

Mes filles, il faut de la prudence ...

Songe à céder : tu es indigente, étrangère, bannie ;

Parler haut convient mal aux faibles

>

Vous ne vous êtes pas assises au foyer de ma maison

Or si c’est la ville entière qui est entachée

C’est au peuple entier d’y porter remède,

Et moi je ne puis rien promettre

Avant d’en avoir parlé à tous

>

Que la souillure soit à mes ennemis,

Mais je ne puis vous secourir sans préjudice.

Pourtant mépriser vos prières est insensé.

Je suis désemparé, mon cœur s’effraie d’agir

Et de ne pas agir et de saisir un destin

>

Il est pour nous d’un grand prix d’avoir rencontré un protecteur si scrupuleux.

Mais faites-moi escorter de gardes et de guides

...

J’ai naturellement l’aspect d’un étranger,

Car l’Inachos et le Nil ne nourrissent pas la même race

Craignons que la confiance n’enfante des alarmes :

On peut tuer un ami faute de le connaître

>

Les Argiens décidèrent à l’unanimité

Et mon vieux cœur en fut ragaillardi

...

Persuadée, la nation pélasgique acquiesçait

>

Intervient le Héraut des Egyptiens. Il veut prendre possession des Danaïdes

>

J’ordonne d’aller à la felouque de retour

Le plus vite possible. Point de flânerie

...

Bientôt vous verrez beaucoup de seigneurs, les fils d’Egyptos.

Soyez tranquilles, vous ne serez plus sans maîtres

>

Le roi Pélasge s’oppose au Héraut, qu’il chasse avec détermination. Puis :

>

Entrez, avec mes compagnons, dans la ville forte

Que ceint la construction altière des remparts.

Il s’y trouve beaucoup de demeures d’Etat.

On a bâti pour moi-même sans lésiner.

Vous avez là mainte riante maison à partager,

Mais il y a des maisons où demeurer seul

Si c’est votre préférence.

Vous n’avez qu’à choisir l’avantage et l’agrément.

Je suis votre protecteur et tous les citoyens aussi

Car c’est leur décision qui s’exécute.

>

>

C’était il y a environ vingt-cinq siècles, en Grèce.

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 10:39
Quelle place pour la Culture ?

Coincée les produits d’entretien, notamment des sacs poubelles, et la crèmerie, après les liquides, l’épicerie et la charcuterie, la Culture se faufile sur un ticket de supérette.

La Culture de Supérette est représentée par un tube de colle. La culture sert donc à assembler et à maintenir. Voici qui n’est pas rien.

De plus, la Culture ça entretient et ça se tartine comme le beurre.

Donc, à la fois, lien et lubrifiant.

Par quel heureux hasard, un informaticien chargé des logiciels interactifs d’une chaine commerciale apparemment loin du souci culturel est-il parvenu à cette fulgurante évidence ? Par quel heureux hasard cette information subversive peut-elle se maintenir subrepticement ? La publicité subliminale n’est donc par forcément à rejeter, comme la langue d’Esope (charcuterie) elle peut avoir un côté bénéfique.

Merci au vaillant inconnu auquel nous devons cette révélation, aussi courageuse que perturbante.

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