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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 18:12

A Marseille, le Musée Regards de Provence révèle jusqu’à la mi-novembre un ensemble de peintures de Joseph Inguimberty (Marseille 1896 - Menton 1971).

Après un début de carrière prometteur, lauréat de divers salons nationaux, il séjournera en Indochine de 1925 à 1946, où il participera activement à la création et au développement d’une Ecole des Beaux-Arts du Viêt-Nam, à Hanoï. De retour en France, il n’aura de cesse de chercher à fixer paysages et lumières de Provence.

Que ce soit en France ou en Indochine, sa capacité à saisir les gestes et attitudes corporelles des travailleurs des champs, des dockers de Marseille, ou de personnes diversement occupées, est remarquable. De même que son sens de la lumière.

L’hommage que lui rend cette exposition témoigne essentiellement de la constance de son travail. Fidèle à la tradition de l’Histoire de l’Art, il s’inscrirait plutôt dans un post-impressionisme.

Modeste, mais déterminé à suivre sa voie, il se tient à l’écart de la mode des révolutions formelles propres à son temps. Cette détermination a peut-être contribué à son choix d’une installation en Extrême-Orient pendant plus de vingt ans, loin des turbulences avant-gardistes parisiennes.

Jeune, il fut tenté par des études d’architecture. L’attrait pour cette discipline est particulièrement évident dans sa grande toile de 1923 (il a 27 ans) intitulée Déchargement du plâtre (230x435 cm). La composition parfaitement équilibrée, l’ancrage au sol et la tension physique des dockers, la puissance des chevaux, sur fond de cathédrale Major, en font un véritable morceau d’architecture monumentale, dans le style de l’art déco des années 20.

Les scènes tonkinoises constituent souvent une orchestration de touches colorées. L’agencement complexe des paysages de rizières, et l’articulation des masses montagneuses, témoignent d’un remarquable souci de l’essentiel, comme d’un sens de la composition. Ce qui éclatera, une fois revenu en France, dans de nombreuses vues de cargos et de paquebots, à quai au port de La Joliette, peintes dans les années 50. Les audaces d’agencements ou de sobriété expressive sont alors parfois surprenantes de culot et de réussite.

Nous retrouvons fréquemment son goût pour l’urbanisme rural ou urbain dans plusieurs peintures de son retour en Provence (paysages et villages - Saorge, posé à flanc de montagne comme des claviers face à un buffet d’orgue -,  toitures de Villeneuve-lès-Avignon, vues de Menton ou de Marseille, port, collines, calanques).

Habitué des paysages écrasés de soleil, sa palette est faite de couleurs sourdes, parfois ternies par un grisé que connaissent bien tous ceux qui ont l’expérience d’une lumière de plomb.

Le choix des sujets témoigne toujours d’une humilité certaine. Il rend compte de ce qu’il voit, comme il le voit, il ne cherche nullement le sensationnel. Il décrit la surprenante beauté du quotidien si souvent ignorée. Ses aplats et ses figures silhouettées ignorent la complaisance maniériste des petits maîtres.

Ce qu’il peint est banal, mais vrai, à la portée du regard de chacun, d’autant plus difficile à rendre de ce fait. Etre aussi juste n’est pas donné au premier venu.

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Une exposition fort aimable, bien composée, bien accrochée, aux dimensions satisfaisantes, dans un lieu convenablement aménagé.

Une occasion de rencontrer un peintre véritable demeuré cependant confidentiel, malgré sa présence passée dans des galeries de renom.

S’il fallait trouver des influences possibles à cette peinture, ou effectuer des analogies, Matisse – Nikki et les magnolias ;  Jeannette, Michel et Nikki ; Nature morte devant la fenêtre –, Bonnard – Mimosas devant la fenêtre -,  Gauguin, de Staël, pourraient venir à l’esprit.

Inguimberty est avant tout lui-même.

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Un catalogue aux illustrations convenables est disponible au Musée (26 €). Dommage que les œuvres ne soient pas toutes datées, dans le catalogue comme sur les cartels.

Des images sont visibles sur Internet (« Inguimberty Joseph, peintre »), ou sur le site du Musée Regards de Provence. 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 17:48

Mes deux derniers billets – « Législatives, idiotie collective, reprise de soi » et « Béatitudes » – ont donné lieu à divers commentaires, transmis directement ou via mon blogue.

Après avoir remarqué une fois de plus que la lecture est une activité souvent propice à un excès de vélocité (influence du zapping à la télévision ?), conscient d’une tendance personnelle à parfois couper un peu court, cela m’incite à préciser quelques points.

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1 – L’idiotie collective correspond à celle des économistes, des financiers, des industriels, des politiciens, des « experts », et de la majorité de la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle.

Mais aussi à celle dont chacun d’entre nous fait preuve de temps à autre.

S’il y a idiotie, c’est qu’il y a défaut d’intelligence, aberration, manque de bon sens, et perte de contact avec le réel.

Cela posé, je tiens pour idiots dangereux de la pire espèce :

- Les politiciens et les généraux qui mènent des guerres vouées à l’échec parce que faussement conçues et mal décidées, qui renversent des gouvernements étrangers sans préparer d’alternative autre que la création d’enclaves où fermentent la culture du fanatisme et les trafics si chers aux mafias de tous genres.

- Les économistes patentés qui appellent à toujours réduire les charges des plus riches, à supprimer les aides sociales des plus démunis et justifient le report sine die d’une véritable remise en question des pratiques fiscales.

- Les industriels multinationaux mus par le seul souci de l’accroissement de la rentabilité des capitaux investis, qui empoisonnent et saccagent la planète, détruisent des emplois, et réduisent les salaires toujours trop élevés.

- Les banquiers qui créent et entretiennent des bulles financières, ménagent des paradis fiscaux, et infligent des dettes fictives aux citoyens, avec la complicité de pouvoirs politiques asservis.

- Les médias qui se font complices de tout cela (ils sont aux mains des précédents).

 J’ajoute à cette liste tous ceux d’entre nous qui par leur passivité, leur lassitude, leur sens du réalisme quotidien, ou leur bulletin de vote, donnent leur aval à cet état de fait (occasionnelles ou non, personne n’est à l’abri de ces manifestations symptomatiques).

Ce qui revient à accepter les faits accomplis, donc la force brutale, quel qu’en soit le déguisement.

Ce qui rend progressivement incapable de nommer l’inacceptable et entraine un permanent déni du réel, donc une anémie sévère de la capacité d’indignation.

Syndrome de ce qu’un enseignant-chercheur à Paris I Sorbonne (Paul Zawadzki) relève dans un article récent comme « réalisme collabo » (c’est-à-dire résignation à l’injustifiable).

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2 – Comment interpréter l’inflation de candidats aux élections législatives ?

Doit-on se féliciter d’un engouement pour une nouvelle forme d’engagement public, ou bien peut-on y voir l’expression d’une foire d’empoigne et d’une course au financement public de la vie politique ?

La mise en relation de ce phénomène avec le niveau record (51,3%) des abstentions au premier tour parait indispensable.

Dès lors, que fait-on de ce constat, beaucoup trop occulté sans doute par des « experts » peu diserts ? Désintérêt, avec inscription de toutes les dérives possibles de la part d’un Pouvoir beaucoup trop sûr de lui, ou opposition sourde lestée de menaces porteuses d’affrontements redoutables ?

Le fait que la partie semble jouée d’avance explique peut-être en partie ces abstentions, ce qui, à terme, risque de contribuer sérieusement à la fragilisation d’une majorité sans fondations solides.

Notons par ailleurs que le renouvellement du personnel politique est peut-être plus apparent que réel. Parmi les candidats nouvelle manière, nombreux sont ceux qui ont déjà eu des engagements électoraux, aussi bien que ceux qui sont issus des classes dirigeantes d’entreprises ou des professions libérales. La nouveauté ne tient alors qu’à leur inexpérience passagère du fonctionnement de la machine politico-administrative.

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3 – Faire confiance ou non à la nouvelle équipe ?

Comment faire confiance, même un peu, à des gens qui ont clairement déclaré leur adhésion à un programme aussi régressif (répressif ?) que celui annoncé par le Président, et déjà initié par les « lois Macron et El Khomri » ?

Comment faire confiance à des gens qui acceptent l’idée d’une banalisation coutumière des lois d’exception qu’implique l’état d’urgence ?

Comment croire à une véritable négociation avec des syndicats acculés, si peu représentatifs, reçus surtout pour donner le change ? (Ce que vient de relever publiquement la CGT.)

Comment imaginer que le Parlement puisse disposer face aux décisions imposées d’un autre dernier mot que celui de son assentiment à sa dépossession ? L’acceptation des ordonnances sera-t-elle autre chose que cela ? Où en est la République quand on veut faire marcher l’Assemblée législative au pas cadencé ?

L’énorme majorité qui se profile risque à la fois d’être écrasante, c’est-à-dire source d’ankylose, et en même temps origine de dangereuses faiblesses, les individualités se révélant un jour ou l’autre susceptibles de renâcler face à leur mise au pas. Donc grosse d’affrontements redoutables, nourris de haines, de trahisons, et de fanatismes.

Faire confiance, n’est-ce pas pour une bonne part accepter de se démettre au nom d’un réalisme fataliste ?

Ne pas nous satisfaire de la réalité, réfuter l’angélisme accueillant toute solution pourvu qu’elle soit moralement apaisante, garder notre capacité d’indignation, paraissent des devoirs élémentaires pour le maintien d’une Liberté vacillante. Il s’agit là sans doute d’une exigence fondamentale, qui est d’entretenir et de conserver la capacité de nommer l’inacceptable pour le mieux dénoncer.

Le déni de la réalité commencerait par l’absence d’indignation. Donc par le consentement abandonnique.

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4 - Emmanuel Macron renouvelle le Sermon sur la montagne. Il est incontestablement très doué et fort talentueux. Ses premiers pas en tant que Président sont impressionnants de maestria.

Il séduit, et agrège autour de sa personne. Le mythe du Renouveau s’incarne ; les disciples affluent.

Produit de la finance et des médias, il a remarquablement su saisir toutes les opportunités ; ses capacités de stratège, puis de tacticien sont peu communes. Son parcours politique relève de l’exceptionnel.

Il est un personnage rare, qui pousserait à évoquer Bonaparte (bien sûr, les analogies sont souvent sujettes à caution). Sa maîtrise de la propagande, certains hésitent encore et disent pudiquement la communication, en fait un homme d’autant plus redoutable que les apparences sont aimables, car policées.

Il est à craindre que nous ayons sous peu des réveils douloureux. L’excès de Pouvoir s’est souvent révélé pathogène au fil de l’Histoire, notamment dans le passé des proches 19e et 20e siècles, comme au début de celui-ci.

La monarchie élective que nous connaissons avec la Constitution actuelle ne nous met guère à l’abri d’excès sur ce plan.

 La France n’a pas fait le deuil de sa tradition monarchique, elle attend toujours le grand homme. Patiente, elle numérote ses Républiques comme jadis ses Rois.

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5 – Jean-Luc Mélenchon passe aux yeux de beaucoup pour déplaisant, sinon dangereux.

A quoi tient sa difficulté à capitaliser et à faire fructifier les bons résultats lorsqu’il en réalise ?

Issue d’une conversation récente, une hypothèse s’est récemment présentée.

Il pointe souvent avec clarté et pertinence les points essentiels à la compréhension des situations et des enjeux. Il va droit au cœur de cible, sans la moindre précaution oratoire. L’apparence de brutalité que cela implique fraie le chemin du scepticisme.

Si son discours tribunicien est fréquemment celui d’un pédagogue (il est vraiment le seul dans ce cas), il se laisse emporter par la vigueur de son propos, sa véhémence, et son désir de convaincre à l’arraché. Il ne parvient pas à se retenir de dispenser des leçons de morale ou à se montrer hautain lorsqu’il sent poindre une difficulté.

Il apparait alors violent et dominateur aux hésitants, pour lesquels l’apparence l’emporte sur le fond. Du coup, son propos devient suspect, donc fallacieux ; la manière dilue d’autant plus volontiers le discours dans les sables du doute qu’elle déçoit une amorce d’attention. Et les commentaires hostiles ont beau jeu de venir ameublir et ensemencer le terrain des préventions.

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6 – Appendice mémoriel, en marge :

Les Quelques réflexions sur la singularité d’être français de Roger Vailland conservent-elles aujourd’hui quelque intérêt autre qu’historique, malgré  leur pertinence ?

La Liberté chantée par Paul Eluard aux heures noires de l’Occupation pourrait-elle connaître à nouveau la formidable audience qu’eut le poème éponyme en son temps ?

A l’heure de la surveillance électronique généralisée, des mesures d’urgence banalisées, de la brutalité financière mondialisée, de la xénophobie et de la discrimination, reste-t-il réellement quelque besoin de liberté au cœur de chacun ?

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:35

La presse le désignait à la foule des électeurs, parce qu’une assurance juvénile émanait de lui, et qu’il avait accompli un parcours exemplaire pour accéder au Palais des Champs-Elysées.

Il leur avait dit :

Heureux les pauvres en pensée,

Heureux les aveugles, et les crédules,

Heureux les désespérés, les aigris, les prêts-à-tout, les champions du moindre mal.

Heureuse la Très Sainte naïveté.

Grace à moi vous serez bientôt dans la sérénité et le respect international retrouvés !

Réjouissez-vous et travaillez d’arrache-pied sans attendre le secours d’un Code du Travail totalement périmé, votre récompense sera dans les Ordonnances à venir.

Ingérez sans discuter les potions magiques qui vous seront prescrites, leur aigreur vous sera salvatrice.

Tressaillez d’allégresse, votre récompense sera dans la disparition de l’Etat d’urgence devenu pratique banale et quotidienne.

Bienheureux riches et possédants, je suis votre consolation !

Ignorez ceux qui vous maudissent, ils sont dans l’erreur la plus profonde car ils n’ont jamais rien réussi aussi bien que vous.

Marchez résolument vers eux, étouffez-les de votre détermination.

Donnez à quiconque exige de vous et n’attendez plus rien des Prud’hommes, idoles sacrilèges.

Offrez à la Nation vos acquis, sans hésitation ni murmure.

Payez taxes et impôts sans rien attendre en retour.

Apprenez à reconnaître le bon guide, et faites-lui confiance aveugle.

N’écoutez pas les prophètes de malheur, chassez les de la Chambre où ils veulent entrer pour vous tromper !

Soumettez-vous, c’est pour votre seul bien !

La révolte et le refus ne conduisent qu’à la haine et au déchirement.

Ne jugez point, ne blâmez point, votez ainsi qu’il convient.

Je vous apporte l’apaisement.

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 11:31

L’idiotie collective est au mieux de sa forme.

La doxa économique se préoccupe de la réduction de Ladette, bien plus que de la fuite des capitaux et de la lutte contre l’existence de paradis fiscaux à nos portes.

Les financiers inventent des bulles hors sol dans lesquelles ils cultivent des plus-values sources de dettes virtuelles, de crises réelles, de destruction massive des emplois.

Les industriels multinationaux brevètent le vivant et empoisonnent la biosphère sans aucune vergogne. Ils veulent toujours plus.

Les politiciens se succédant au pouvoir entretiennent le mythe de Lacroissance. Ils pourchassent les profiteurs planqués parmi les démunis et les laissés pour compte. Ils traquent les immigrés affamés. Ils organisent la destruction du droit du travail et glosent sur la permanence d’un chômage de masse.

Des experts et consultants de tous poils pérorent lors d’émissions à forte audience. Ils justifient l’existant a à coup d’arguments fallacieux, de graphiques truqués et de théories vaseuses.

La plupart des intellectuels portent ailleurs leurs regards, ou bien parlent dans le vide.

La presse avide de croustillant relaie mensonges, contre-vérités et fausses mises en perspective. A quelques exceptions près, elle est aux mains de nuisibles majeurs tenant fermement en mains les manettes conduisant au naufrage général.

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Si l’idiotie collective est au mieux de sa forme, nous savourons le spectacle, idiots collectifs que nous sommes.

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Emblématique, Donald Trump est le champion toutes catégories confondues de la crétinerie universelle. La France abrite quelques-uns de ses clones dont les plus visibles ont été éliminés (jusqu’à quand ?) lors des primaires de la présidentielle.

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Dans quelques jours, le premier tour des législatives.

La fête continue.

Des candidats à foison, quelques slogans, des anathèmes, des querelles de voisinage, des ragots, des rumeurs, des rancœurs.

Où est le fond, où réside un effort de pensée ? Alors ne pas voter, s’abstenir ?

Si pendant longtemps je fus adepte de ce type de retrait, la présidentielle m’a rappelé la nécessité du chemin des urnes, malgré une forte prévention contre ce système absurde de délégation abandonnique et fainéante.

Dans quelques jours, le premier tour des législatives. La fête continue. Certes, et c’est à nous de nous exprimer clairement.

Le système a failli, le système est pourri, il est à changer. 

Cette idée chemine, elle pourrait signer  la fin d’une pensée d’une pensée magico-religieuse.

C’est à nous de prendre, de reprendre, la parole. De dire haut et fort ce que nous ne voulons plus, ce que nous refusons par avance.

C’est à nous de choisir, de prendre la responsabilité de nos engagements. C’est à nous de ne plus rien attendre de la Providence et de ses émissaires patentés.

Le choix est simple : continuer à se soumettre, à choisir de ne pas choisir (le fameux moindre mal), ou bien refuser de prolonger les courbes et de les accentuer, comme cela nous est ouvertement proposé par un pouvoir exténué ou prétendu « En marche ».

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Une grande partie du pays est laissée en jachère, les libertés élémentaires sont menacées, la régression colore l’horizon proposé, le monde est en faillite intellectuelle et morale. Il dépend de chacun d’entre nous de tenter de renverser la vapeur !

Jusqu’où continuerons-nous à être des idiots consentants ?  

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 07:16

L’Histoire a-t-elle tendance à se reproduire ?

Elle ne se reproduit jamais à l’identique.

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Il est certain qu’elle n’enseigne rien.

Elle permet seulement de connaître et de comprendre.

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Plus jamais ça ! Que ça vous serve de leçon !

Quelle est la leçon ? Où est-elle ?

Il n’y a jamais de leçon.

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Rien ne  s’apprend, tout s’efface et s’oublie.

Intransmissible, l’expérience vécue par d’autres.

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L’Histoire est étrangère à chacun.

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Le Progrès, illusion complète, mensonge absolu, boite de Pandore.

Perpétuation du même sous des formes variables.

Changer pour mieux dissimuler et maintenir.

Miroir aux alouettes, leurre, rideau de fumée.

Pacotille, faux nez.

Thérapies  souhaitables : Rabelais, Montaigne, Voltaire, Diderot.

Refuser, résister : pratiquer l’Art.

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Eppure  si muove (attribué à Galilée, condamné par le Saint-Office le 22 juin 1633, réhabilité en 1992).

 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 18:54

Comme d’autres, j’ai vécu le temps de la campagne présidentielle avec un intérêt croissant, allant de l’indifférence totale à une décision de vote clairement assumée au nom d’une fidélité à ce que j’estime essentiel.

Cela après bien des hésitations, voire un réel désarroi débouchant sur un malaise profond ne correspondant à aucun souvenir de situation analogue.

Cette période fut empreinte d’invraisemblables péripéties survenant à jet presque continu. De révélations en dénégations, de mensonges en confirmations, de postures éphémères en lâchages spectaculaires, de faux-semblants en dissimulations honteuses, d’évitements en oublis, l’arsenal complet des vilénies fut étalé sur la place publique.

De très nombreuses décisions d’abstention proviennent sans nul doute d’un écœurement généralisé. Peu à peu une angoisse collective s’est diffusée puis installée, au bénéfice de pressions de tous bords. La raison s’est mise à vaciller, cédant le pas à des comportements de panique. Nous nous trouvions dans une situation d’urgence face à un péril majeur. L’entretien de la peur mené de main de maître pendant plusieurs années rencontrait un champ d’application inespéré.

Des images inattendues du passé me sont apparues lors de ces semaines si chargées. Troublé par leur survenance les évocations dont elles sont porteuses me paraissent suffisamment fortes pour en faire état. Il ne saurait toutefois être question de songer à les présenter comme des analogies probables. Cela serait abusif. Le seul fait qui puisse importer tient au moment de leur résurgence ; les associations d’idées ne se forment pas par pur hasard.

Au lecteur de décider de leur éventuel degré de pertinence, ou de les ignorer.

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Juin 40 : En provenance de Blois, nous étions parvenus aux rives de l’Adour ma mère et moi, après quelques vicissitudes fort peu originales au moment.

Bien qu’enfant alors, je me souviens de la demande d’armistice par un pouvoir aux abois.

Il s’agissait d’une reddition et d’une soumission aux conséquences d’une absence totale de maitrise des situations antérieures. Le Front populaire balayé par ses adversaires, miné par ses dissensions, avait échoué. Après de nombreuses rodomontades les responsables du désastre prétendaient sauver la mise en abandonnant la lutte. Une honte rageuse et apeurée se mêlait à un profond sentiment d’impuissance. Pétain faisant don de sa personne à la France (sic) était l’homme providentiel dont le pays défait avait besoin. S’en remettre à lui allait de soi pour le plus grand nombre. Il fallait un chef vénérable à une nation atterrée. Ce fut ma première rencontre, marquante, avec la notion d’homme providentiel...

1940 – 1944 : Face à l’inéluctable une politique de collaboration s’exerça sans aucune vergogne. Il s’agissait de tenter de sauver le peu qui pouvait l’être. La recherche et l’entretien d’un moindre mal en quelque sorte. Eviter le pire ! Ce qui revenait à admettre la servitude, voire à l’entretenir et à la favoriser.

Les exigences croissantes de l’occupant ne fortifièrent que très progressivement la résistance, très minoritaire au départ. La répression eut loisir de se mettre en place et d’exercer sa violence.

Août 1944 : Libération, chasse aux collabos, recherche de boucs émissaires et justice expéditive, révélation  de résistants de la dernière minute.

Ces souvenirs imagés se sont présentés par bouffées d’autant plus surprenantes qu’inattendues, entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Le tout sur la toile de fond d’un échec cuisant de la pseudo gauche dénaturée depuis des décennies ; naguère si bien illustrée par Guy Mollet.

2017 : Cette soi-disant gauche a échoué, sinon trahi les causes qu’elle prétend défendre depuis des lustres. Elle est en miettes. Lassitude, fatalisme, perte de repères, absence de projet réel, la caractérisent. Elle tente maladroitement de faire pression, de développer une  propagande en faveur du moindre mal.

Ses tentatives de résistance et de regroupements tournent à vide, comme son discours.

Une partie de ses représentants se réjouit à nouveau de l’élection d’un « homme neuf ». Certains   vont même jusqu’à défendre la constitution d’un gouvernement de compromis, ce qui somme toute n’est pas très loin de la collaboration d’antan et du gouvernement pétainiste d’union nationale.

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L’audition très récente des « Chants des guerres que j’ai vues », composés par Heiner Goebbels sur des textes de Gertrude Stein écrits en 1942-43, vient de réactiver cette impression de déjà-vu fortement éprouvée au cours des toutes dernières semaines.

Ces chants ont fait surgir des impressions de soirées glauques, lourdes de craintes ; celles de l’occupation. L’attention à tout bruit suspect propre aux temps feutrés de l’inquiétude, de l’insécurité, et du mensonge.

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Poursuite de l’Etat d’urgence, gouvernement par ordonnances, célébration appuyée des forces armées, jeunesse du Chef, carrière foudroyante... Vite un manuel d’Histoire, y aurait-il quelque précédent à examiner de plus près ? Oui, c’est entendu, l’Histoire ne se répète jamais à l’identique...

Braves gens, dormez en paix.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 16:23

Jean-Jacques Ceccarelli, artiste patient et opiniâtre, aussi exigeant que généreux, aux propos toujours vivifiants, une figure incontournable de l’art actuel bien au-delà de son Marseille natal, vient de rendre les armes, vaincu par un crabe qui le tourmentait depuis un long moment.

La nouvelle était attendue, comme toujours, elle prend au dépourvu.

J’ai eu la chance de le rencontrer il y a plusieurs décennies. J’ai eu la chance d’exposer son travail, et même de créer avec lui une œuvre un peu secrète. Il me semble qu’il m’a accordé de l’amitié et qu’il a manifesté quelque intérêt à nos échanges. Il n’était pas homme à feindre.

Comment lui rendre hommage alors que nous sommes très nombreux à lui adresser bientôt un ultime adieu ?

L’idée m’est venue de reprendre quelques-unes des notes écrites à l’occasion de nos rencontres, comme la trace d’une conversation informelle.

Diverses périodes de son travail sont évoquées.

- 1 -

Ne partant jamais d’une idée préconçue, l’artiste s’applique à des séries dont le cours du temps constitue la matière principale.

Il part d’un premier geste, observe et constate ce qu’il advient. Il s’efforce alors d’accompagner le surgissement en cherchant un équilibre parfois très instable. Les formes se groupent, s’articulent, s’enlacent, se modifient selon leur gré. Le dessin se constitue en un en-cours permanent, comme un journal intime auquel chaque jour apporte son épisode.

Lorsqu’un format parait abouti, il convient de poursuivre sans délais, dans la continuité immédiate. L’artiste se fait ainsi témoin permanent de son propre travail. Ses dessins jouissent d’une forte autonomie, ils vivent une vie bien à eux. La minutieuse progression qui les relie rend toujours saisissant l’ensemble.

L’immuable écoulement des instants s’écrit sans discontinuer, il se prolonge, il se développe. De curieuses chorégraphies immobiles s’organisent (le mouvement n’est pas trop ce qui l’intéresse), des glissements graduels s’imposent en un jeu thématique dont l’existence procède de la capture d’éléments qui s’engendrent mutuellement. Le dessin d’origine est peu à peu altéré, comme absorbé par son devenir : il rencontre et provoque des identités variables par le jeu d’enfouissements, de disparitions, de transparences veloutées ou d’interventions multiples.

Progressivement, de la pensée, du silence, du labeur, apparaissent pour qui s’attache à considérer ces suites de travaux. L’indécis, l’évanescent, l’entre-deux prennent sens, une sorte de fondu enchainé permanent se manifeste.

Une même écriture se développe ainsi d’années en années avec une saisissante cohérence. L’œil s’empare de la main pour lui indiquer à partir de quoi elle peut rebondir. L’attention se fixe sur des détails et des complémentarités, initiateurs possibles d’histoires nouvelles à laisser venir.

Ceccarelli exige de lui-même comme de l’autre. Souvent impitoyable, parfois redoutable, son propos est toujours vivifiant, parce que juste.

Il prolonge parfois son travail par la réalisation de livres hors normes, exemplaires uniques ou très peu nombreux.

Il réalise également de curieux objets indéfinis, des boites magiques ou de mini totems, à partir d’éléments glanés au hasard de cueillettes urbaines. Etranges cadeaux qu’il aime à offrir.

Il s’est aussi essayé à l’art de la céramique en compagnie de spécialistes de Moustier.

Sa correspondance privée est toujours véhiculée par de très délicates cartes postales qu’il confectionne à partir de macules, et adresse régulièrement à quelques heureux destinataires.

- 2 -

L’application de Jean-Jacques Ceccarelli possède quelque chose de monacal. Elle est lentement attachée à la poursuite acharnée d’un travail de découverte progressive de ce qu’il se présente, à mesure que celui-ci se développe. Elle fait penser à la quête d’excellence comme à la patience des moines copistes. Le support employé est à peu près toujours le même, un papier pur chiffon découpé selon deux ou trois formats invariants auxquels sont proposés selon les périodes, de la gouache, des collages, du brou de noix, des jus de rouille, des transferts, des frottages ou des poussières de pastels, ainsi que de la durée.

- 3 -

Dans son atelier de la rue Estelle, Ceccarelli poursuit un travail opiniâtre de guetteur de formes.

Au fil des années, il fixe sur de grands formats de papier l’évolution patiente de ce qu’il lui apparaît. La continuité assidue de sa démarche saisit. Il y a beaucoup d’acharnement là-dedans. Après une longue période où des flaques plus ou moins orientées déterminaient ce qu’il devait advenir, des formes humanoïdes, vagues pantins plus ou moins colorés et hachurés, se présentent depuis plus d’une année.

Jean-Jacques ne part jamais d’une idée préconçue. Il pose un premier geste et constate ce qu’il se passe, qu’il s’efforce d’accompagner, en équilibre instable. Les formes se groupent, s’articulent, se modifient indépendamment de l’artiste, semble-t-il. Sa seule contrainte est celle du format d’accueil, toujours identique. Son dessin est comparable à l’écriture quotidienne d’un journal de bord. Il sait qu’il doit chaque jour ajouter un nouvel épisode, mais il ignore totalement de quoi il s’agira. Il se contente d’accepter et de recueillir. Lorsque le format lui semble abouti, il arrête et entame le suivant, dans la continuité immédiate. Il se constitue ainsi comme témoin de son propre travail, ses dessins jouissent d’une réelle autonomie.

- 4 -

Les formes qui viennent en ce moment s’apparentent plutôt aux silhouettes des danses macabres, celle de La Chaise Dieu en particulier, allure générale et comportements. Voilà bien des années, il dessina des séries de gisants, qui semblent aujourd’hui réapparaitre avec un aspect plus leste cette fois. L’humour y trouve une place. Si le mouvement devait s’inscrire, il ne serait lisible que dans la relation des planches successives, sortes de plans séquences. Son attention se fixe plutôt sur des détails et des complémentarités, possibles initiateurs d’histoires nouvelles à saisir, à laisser venir.

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Nous sommes nombreux, Jean-Jacques, honorés de ton estime, à apprécier ton talent, ton intelligence, et ton exemple de rigueur cohérente.

Adieu et Merci !

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 22:08

2002 – 2017, quinze ans et un scénario analogue, après une hécatombe des appareils et des apparatchiks, lors des primaires et du premier tour. Un enseignement en serait-il possible ?

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Le choix nous est donné entre un nationalisme xénophobe, haineux, fascisant, conduisant à une catastrophe économique par repliement sur soi, - une France remise en ordre -, et le mirage d’un développement fondé sur une accentuation de la dépendance de la haute finance internationale et du pouvoir des banques, assorti d’un pouvoir autocratique sans vergogne, - une France chance pour tous -.

Dans l’un et l’autre cas le libre choix du joug auquel nous soumettre nous est offert par la magie d’un bulletin de vote, véritable stimulus pavlovien.

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Election du Président de la République au suffrage universel.

Choix du monarque républicain, forme modernisée du tyran antique, auquel confier la chose publique.

Qui y-a-t-il de publique dans ce gouvernement où tout est à un seul, se demande La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire. Anticipation magistrale de la Ve République...

C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge.

Ce maître ... (possède) les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire.

Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ?

Questions capitales posées dès les premiers paragraphes du Discours.

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Dimanche 7 mai, user ou non du bulletin de vote, accorder ou non une légitimité à un personnage auquel accepter de facto de se soumettre ? Plus le refus serait fort, plus faible serait la légitimité.

La responsabilité est considérable.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Présidentielles 2e tour
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:09

Le Musée Fabre, à Montpellier, compte parmi les musées régionaux les plus actifs et les plus intéressants.

Lieu de découverte et d’approfondissement de la scène artistique actuelle, il s’intéresse davantage à la présentation d’artistes majeurs du temps présent, plutôt qu’à la défense et illustration des têtes de gondole de la mode ambiante, ou à la promotion de tout jeunes produits d’élevage si chers aux spéculateurs.

Rares sont les lieux publics animés du souci de montrer des artistes affirmés mais demeurés confidentiels.

Avec la rétrospective consacrée à François Rouan, 74 ans, dont 50 de pratique assidue de la peinture, artiste sans doute mieux connu à l’étranger qu’en France, le musée montpelliérain nous convie au plaisir rare de la découverte d’un parcours. Il révèle et proclame, qu’il en soit remercié.

L’événement prend fin le 30 avril, s’efforcer de ne pas le rater peut constituer une priorité. Si le lieu est trop éloigné ou trop court le délai, consulter Internet, ou se procurer un catalogue via une librairie, s’apparente au minimum indispensable.

1 -

François Rouan est un officiant tout entier voué à la célébration de la peinture.

Son œuvre est d’une beauté saisissante, de cette beauté si peu définissable, qui capture le regard, provoque une émotion intense, et irrigue aussitôt l’esprit.

Peinture, beauté, deux éléments qui peuvent le faire paraitre désuet aux yeux des Trissotins actuels maîtres du marché. Deux raisons majeures de se réjouir de la rencontre.

L’attention soutenue des visiteurs et le plaisir manifeste témoigné montrent que l’Art entraine toujours de fortes résonances lorsque l’artiste ne triche pas.

2 -

Pour Rouan, peindre signifie entretenir une interminable conversation avec l’Histoire, celle de la peinture comme celle de chacun.

Histoire personnelle : né en 1943, il fut emprisonné avec sa mère retenue comme otage par l’occupant, alors que son père animait un maquis dans les Cévennes.

Beaucoup plus tard, une vision du film Shoah, de Claude Lanzmann, lui remit en mémoire ce passé enfoui de l’enfance. Des peintures de la série Empreintes (1986-1996) témoignent avec force de cette résurgence où s’impose le corps humain, soumis torturé, réduit à l’état de fragments, de moignons, allusion aux stücke concentrationnaires propres aux nazis.

La mort violente obsède l’artiste. S’agirait-il de la conjurer ?

Histoire de la peinture : études aux Beaux-Arts, Montpellier puis Paris, découverte des papiers découpés de Matisse, puis séjour à la Villa Médicis alors dirigée par Balthus, artiste honni de l’avant-garde des années soixante. Il visite Sienne, Assise et Rome, imprégnation indélébile.

La série des Portes de Rome, puis celle des Cassoni (coffres), nous offrent une somptueuse palette de couleurs patinées par le temps écoulé de la fin du Moyen-âge à nos jours.

La peinture gothique siennoise irrigue un travail très personnel, profondément habité, dans lequel on peut aussi bien discerner une sourde influence des fresques de Pompéi. 

Nous sommes face à quelque chose de somptueux, totalement dénué d’ostentation.

Au fil de la visite, nous découvrons avec un grand plaisir des allusions discrètes aux mains soufflées de l’art pariétal, à la peinture baroque d’Arcimboldo, au cubisme, à Klimt, voire au lyrisme d’André Masson. Il ne s’agit jamais de citations, mais plutôt de la manifestation d’une appropriation très personnelle d’antécédents très respectés, auxquels hommage est à rendre puisqu’ils permettent notre aujourd’hui.

Peu à peu Rouan parvient à nous rendre complices de ses recherches.

On trouve dans l’un de ses écrits la proposition suivante : « La peinture n’est pas une affaire de théorie mais de pratique – et de pratique de la pensée. (...) La peinture ne sert à rien, sauf que de temps en temps elle fait surgir de la pensée ...»

3 –

« François Rouan – Tressages – 1966/2016 » s’intitule l’exposition. L’artiste, la technique qui le caractérise, la durée, sont ainsi mis en exergue.

Que signifie cette appellation bizarre, tressages ? Il s’agit en fait de réintervenir sur des toiles peintes, coupées en lanières, puis entrelacées pour composer un nouveau support. Le fond et la surface s’entremêlent en permanence, ce qui permet une exploration de la densité de la matière.

Dessus-dessous, apparition-disparition, enfouir et recomposer, depuis des décennies Rouan cache et révèle pour approcher le mystère de la disparition et la découverte de l’interdit.

Cette féconde opiniâtreté fait penser à celle de Georges Braque, soldat laboureur traçant inlassablement son sillon, picorant çà et là mais demeurant farouchement tel qu’en lui-même.

La cohérence du travail de Rouan est parfaitement illustrée par cette remarquable exposition.

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 10:10

« L'objectif de l'Enseignement Moral et Civique est d'associer dans un même mouvement la formation du futur citoyen et la formation de sa raison critique. Ainsi l'élève acquiert-il une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité. » (Fiche Eduscol – Ministère de l’Education Nationale – mise à jour le 11 janvier 2016)

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Aujourd’hui, plus on est visible moins la parole engage. La notoriété ne souffre plus aucune obligation à ce sujet.

Un mot chasse l’autre.

Il y a un peu plus d'un siècle, le Chancelier allemand s’adressant à l’ambassadeur du Royaume Uni à propos de la neutralité de la Belgique, le 4 août 1914, a clairement établi que les traités ne sont que des chiffons de papier.

Des progrès significatifs sont intervenus au fil du temps puisque désormais les mots émis par la plupart des dirigeants politiques ne sont plus que de la vapeur, sinon une exhalaison fétide. La campagne présidentielle atteint un point d’excellence à ce sujet. 

Les engagements quels qu’ils soient n’ont plus aucune importance, et cela se trouve si commun que peu nombreux, semble-t-il, sont ceux qui s’en offusquent.

Il faut être un  tantinet benêt pour considérer que la parole engage celui qui la prononce.

Pourquoi le ferait-elle puisque les mots perdent progressivement de leur valeur ?

D’abord initié par la chrétienté où l’écart entre le dire et l’agir est historiquement flagrant, le processus très élaboré décortiqué par Victor Klemperer concernant la langue du IIIe Reich pousse inlassablement ses métastases.

Lasse et désabusée, une grande majorité d’entre nous s’accommoderait, ou bien se désintéresserait de ce qui pourtant est essentiel. Ne pas se laisser aller au fil de l’eau, serait une marque de naïveté, d’utopie, pire, le signe d’un tempérament irrécupérable.

Allons, il faut bien être de son temps, que diable !

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Nous avons connu la collaboration, nous avons eu Guy Mollet et la guerre d’Algérie, nous avons pu croire ces temps révolus. Le Général était revenu, et avec lui la droiture et le désintéressement.

François Hollande et François Fillon étaient en culottes courtes, Manuel Valls balbutiait. Incontestablement doués, les uns faisaient des gammes sous la férule de l’autorité morale aussi évidente qu’incontestable de François Mitterrand, tandis que l’autre, déjà vêtu de lin blanc et de probité candide  savourait ses premières hosties en se faisant bronzer l’âme à la lueur des vitraux du moustier voisin. Le Pen venait d’engendrer. Macron ne perçait pas encore sous Emmanuel.

Ce furent les Trente glorieuses, et, comme un bonheur ne vient jamais seul, nous sommes entrés dans cette ère fantastique de réalisation de soi dont les délices nous sont maintenant connus.

La racaille est soigneusement pourchassée dans les bas-fonds où elle se terre, sachant bien qu’il n’y a que là que l’on puisse la rencontrer et que sa génération est quasi spontanée. Elle ne se développe jamais,  c’est évident, à l’air libre des beaux quartiers et des comptoirs de banques. L’indice du CAC 40 est le meilleur aseptiseur.

Le souci de bien-être et de sécurité irrigue chacun des actes de ceux qui nous dirigent avec la constance et le bonheur que l’on ne sait malheureusement pas apprécier à sa juste valeur.

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Alors que l’Enseignement Moral et Civique de nos maitres est devenu quelque peu... confus, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Le moment parait propice à une tentative de traitement hygiénique, un grand ménage de printemps en quelque sorte. Sarkozy, Hollande, Juppé, Valls, ont été éloignés du premier plan. Battus, mais pas abattus, ils remuent encore. Nous ne sommes pas à l’abri d’un sursaut de désespoir. Savoir vigilance garder.

Le moment est suffisamment grave pour ne pas se tenir à l’écart. Pour ce qui me concerne, j’irai donc voter au premier tour.

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Commençons par oser tenter d’être maitres de nos réflexions et de nos actes au lieu, moutons de Panurge, de nous en remettre à quelque berger providentiel, se prétendant porteur de nouvelles manières, alors qu’il représente le plus parfait produit d’élevage des appareils en place, qu’il est  uniquement préoccupé de prolonger les courbes au bénéfice des siens, et que sa carrière est déjà celle d’un vieux routier de la politique, malgré sa « juvénilité » revendiquée.

Parmi les compétiteurs, il en existe au moins un qui semble animé d’un réel désir de rupture avec un système à bout de souffle, totalement gangréné, qu’il dénonce avec intelligence et vigueur depuis quelques lustres. Donnons-lui acte de cela, même si son comportement a souvent de quoi irriter. Foin des pudeurs de gazelle, il n'est plus temps.

Tout replâtrage est évidemment voué à l’échec, donc favorable au succès immédiat ou simplement différé du totalitarisme.

L’occasion, rare, nous est peut-être offerte d’un sursaut annonciateur d’une volonté de se libérer de la servitude volontaire dont nous nous satisfaisons depuis trop longtemps.

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