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20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 10:02

Décidément l’Artothèque Antonin Artaud est dans le viseur.[1]

Sans doute ébranlée par la levée de boucliers produite par son lâchage, la DRAC-Paca est partiellement revenue sur sa décision de couper les vivres à ce lieu unique en France puisque implanté dans un établissement d’enseignement, un lycée des quartiers nord  de Marseille.

C’est alors que le loup vient de sortir du bois. Les nains maléfiques, véritables zombies, présidant aux destinées de la Ville ont décidé en catimini de supprimer leur contribution pour l’année 2017. (N’oublions pas que Marseille fut une dérisoire Capitale de la Culture en 20013.)

Le journal La Provence daté jeudi 19 octobre 2017 l’annonce ainsi : « La Ville, qui versait jusqu’à présent 9000 € à l’artothèque, a annoncé qu’aucune aide ne serait apportée en 2017. »

L’année tire bientôt à sa fin, quel bel exemple de gestion prévisionnelle de la part des édiles ! Fielleux, ils renvoient la balle vers la Région et la Drac.

Le budget de l’artothèque se trouve ainsi délibérément amputé de plus de 50%. Quelle institution pourrait faire face sans aucun préavis à un tel coup du sort ? C’est bien d’une mise à mort programmée qu’il s’agit.

Quoi faire ? Impossible de prétendre se substituer à quiconque en préconisant quoi que ce soit. Toutefois, face aux attaques insidieuses venant de toutes parts, il parait fort aventureux de penser que le David culturel des quartiers nord de Marseille, puisse faire plier le Goliath du Vieux Port. Alors pourquoi l’ensemble des associations mises en péril par un obscurantisme sournois ne se réuniraient-elles pas pour tenter d’affronter l’immonde, et organiser une vigoureuse protestation ?

L’urgence commande, il n’est que temps !

 

[1]  Voir articles précédents sur les réalisations de l’Artothèque Antonin Artaud, à Marseille, et ses démêlés avec les pouvoirs officiels : Rapport à un cas d’école (3 octobre 20174) ; Art et pouvoir politique (9 octobre 2017).

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Marseille, Artothèque Antonin Artaud, Culture
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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 07:00

L’agression en cours contre l’Artothèque Antonin Artaud [1] offre l’occasion d’une amorce de réflexion sur le rapport conflictuel entre l’Art et le Pouvoir politique.

Aussi loin qu’on porte le regard, il apparait que la relation n’a jamais été sereine. A grandes enjambées, reviennent les souvenirs de la Très Sainte Inquisition et ses auto da fé, dont les nazis prendront allègrement la relève en pourchassant l’art dégénéré. Les mises à l’index par le Vatican, l’art officiel florissant au Grand Siècle, bien loin d’être révoqué de nos jours, le réalisme socialiste plus près de nous, constituent des jalons significatifs de la permanente volonté de mise au pas de l’Art et des artistes.

L’art officiel n’a jamais engendré d’œuvres majeures, même si sont révérées les grandes tartines de la peinture historique (Le Brun, David, Gros, Meissonnier...), qui débouchent sur l’art pompier du 19e siècle. Aujourd’hui, il serait bien aventureux de se risquer à  citer une œuvre de cette mouvance à célébrer. Quant au réalisme socialiste, dont le porte-drapeau dans la France d’après-guerre fut André Fougeron, il est heureusement chez nous tombé dans l’oubli.

 

Jaloux de sa liberté de création, donc nécessairement marginal par rapport aux institutions, l’artiste et son expression artistique dérangent et insupportent le Pouvoir politique. Ce n’est pas pour rien que Courbet, adversaire farouche de l’académisme, transgresseur des hiérarchies par le choix de ses thèmes, fut emprisonné à Sainte-Pélagie après la défaite de la Commune.

L’Art n’est jamais vraiment politiquement rentable.

Connait-on beaucoup de personnages politiques férus d’art ? Que cela pourrait-il leur rapporter ? Bien sûr, on peut objecter quelques noms, de Malraux à Christiane Taubira, que cela change-t-il dans les faits ? Quelques phares à éclipses ne dissipent pas le brouillard.

La politique traditionnelle donne en permanence les orientations officielles. Elle est avant tout soucieuse du court terme des élections à venir. Or l’Art résiste. Il résiste à tout, même à la barbarie des camps de concentration (Zoran Music, Jean Fautrier...). Il conteste les effets dévastateurs de la guerre (Jacques Callot, Goya, Picasso...). Il loue la beauté de la vie simple et naturelle (Chardin, Sisley, Bonnard, Matisse...)

L’Art est lié aux grandes constantes, la vie, la mort, la condition humaine, les mythes.

La politique garde constamment le nez à la vitre, elle dédaigne ce qui la dérange, a fortiori ce qui remet en question ses pratiques boutiquières. (De ce point de vue, Pierre Mendès-France a raté sa carrière de politicien.)

Au nom du réalisme et du possible, la politique au pouvoir ignore délibérément l’utopie, elle la combat même, alors que l’Art s’ouvre largement au rêve et au sensible.

 

Puisque l’Art est de fait réputé superflu, il est tout à fait normal qu’il soit détrôné par le sport à la télévision, et qu’aucune place véritable ne lui soit ménagée sur les antennes.

Qui se préoccupe de nos jours, quel Ministère, quelle voix officielle, de l’inexistence de relation entre Culture, Art, Enseignement, et Education ?

Cantonné au rang de valeur marchande spéculative propre à cultiver l’entre soi d’une poignée de financiers internationaux, il est normal qu’artistes authentiques inaptes à se transformer en fabricants de gadgets et de multiples à la Jeff Koons, et amateurs passionnés, soient négligés.

Objecteurs sans pouvoir, incapables de s’organiser, de s’unir, artistes authentiques et amateurs passionnés ne sont que des pelés, des galeux, bons à se soumettre ou à crever dans leurs thébaïdes.

Personne de sérieux ne se plaindra de leur disparition, dont personne d’ailleurs ne s’apercevra puisqu’ils sont inconnus du grand public, celui qui vote en colonnes par deux.

 

Et l’Artothèque Antonin Artaud dans tout ça ?

 

La politique du nivellement va de pair avec le développement aveugle de la puissance financière.

Des entreprises de dimensions différentes existent sur un même marché ? Le souci de rationalisation et d’optimisation de la rentabilité commande des regroupements, des absorptions, des fusions, des délocalisations, au nom de l’accroissement des bénéfices.

Il y aura des laissés pour compte ? Oui, sans aucun doute, mais a-t-on jamais fait une belle omelette, onctueuse à souhait, sans casser d’œufs ? L’essentiel est de se montrer conquérant et d’aller dans le sens de l’Histoire, la seule qui compte, la nôtre ! clament à l’unisson les maitres d’œuvre de la mondialisation  offensive.

Il en va de même dans le domaine culturel. Comment pourrait-on continuer à accepter de verser des fonds sans exercer un droit de regard total sur les activités et la nature des bénéficiaires ? Comment admettre de ne pas user largement de l’emprise absolue que confèrent les cordons de la bourse ? Se comporter différemment serait travailler à fonds perdus.

Des théâtres fusionnent, absorbent, sont absorbés, disparaissent. Les aides sont mieux maitrisées parce que réduites, les programmations sont mieux contrôlées, la confiscation des esprits progresse. Des associations sont asphyxiées ? Soit, mais le paysage est tellement plus lisible... Et les contestataires sont neutralisés, l’ordre gagne du terrain.

 

Ces gens de l’Artothèque Antonin Artaud ont le culot de se prétendre depuis trente ans maitres de leurs décisions, maitres à bord.

Ils n’exposent que des artistes qu’ils connaissent, repèrent, apprécient. Aucun de ceux-ci n’est répertorié par le Who’s Who, ou le livre Guinness des records. La plupart sont des régionaux de l’étape, ou des voisins immédiats. Inadmissible, cela fait tache !  

Le Ministère de la Culture, par le biais de sa  Direction Régionale des Affaires (« les affaires sont les affaires ») Culturelles (DRAC) a trop longtemps versé des subventions sans exiger un droit de regard sur les choix opérés. Il faut que cesse ce laxisme, cette anomalie !

Comme il serait difficile, car trop voyant, d’exiger la cessation d’activité de cette artothèque implantée dans un lycée des quartiers nord de Marseille, elle sera tout simplement soumise à un « Comité d’experts » (sic) spécialistes de la diffusion de l’art officiel d’Etat que l’on appelle Art Contemporain (AC). Pour s’assurer du succès de l’opération, elle sera mise sous tutelle du FRAC, qui est sur place le commissaire politique en charge de la mise au pas et du respect de l’orthodoxie officielle, dont les archanges se nomment Daniel Buren, Bernard Venet, et consorts.

 

Il n’y a pas que Monsanto pour diffuser des produits toxiques.

 

[1] Voir mon blogue précédent, 3 octobre 2017 – Rapport à l’art : un cas d’école

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 08:00

Nicole Esterolle, pseudonyme sous lequel se dissimule sans doute un critique d’art directeur de revue, vitupère à juste raison depuis des années les institutions publiques ou privées organisant et entretenant le mépris de la création artistique sensible, la plus vivante, au bénéfice de la marchandisation industrielle rentable de l’Art dit Contemporain (AC pour les initiés), dont les fleurons sont régulièrement montrés au Château de Versailles, dans des Fondations privées parisiennes ou vénitiennes, voire sur la Place Vendôme, et même au Pompidolium de Beaubourg.[1]

Les propos de Nicole Esterolle sont parfois un brin excessifs, peut-être pas toujours de stricte bonne foi, mais la passion qui l’emporte parait souvent secondaire par rapport à l’importance du sujet et aux enjeux. Lorsqu’on lit dans son dernier livre des propos tels que « il faut réhabiliter le dessin, la peinture, la poésie, l’émotion et le savoir-faire », il est difficile de se montrer intransigeant.

 

Depuis les années languiennes, le Ministère de la Culture a poussé ses pseudopodes en Régions sous l’appellation de DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et de FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain). Au fil des années un pouvoir discrétionnaire s’est mis en place introduisant une logique totalitaire dans les choix officiels, asphyxiant une partie majeure de la création artistique de plus en plus disqualifiée.

Des inspecteurs de la création décident de qui a droit aux subventions, à partir de critères de rentabilité médiatique fondée sur le n’importe quoi de la provocation permanente.

Malgré tout, vivant de peu, souvent de très peu, des artistes opiniâtres s’acharnent, des amateurs passionnés s’efforcent. Ils se battent au quotidien pour ne pas crever, pour que survive l’art essentiel à la vie, celui auquel ils croient, dans le sillage de la longue lignée de leurs prédécesseurs.

 

L’Artothèque Antonin Artaud[2] est unique en France : seule de son espèce à être implantée dans un lycée, elle a été inaugurée en 1988 à Marseille dans les quartiers Nord, par un ensemble d’enseignant soucieux d’ouvrir leurs élèves à un monde différent, cependant accessible. Comme chacun le sait, ou peut l’imaginer, les quartiers nord de Marseille ne regorgent pas d’équipements culturels.

Des artistes actuellement au travail sont régulièrement invités à rencontrer les élèves, parfois à les associer à une exposition. Plusieurs fois par an, une exposition ouverte au public permet découvertes et échanges. Des publications sont réalisées à chacune de ces occasions. L’artothèque achète des œuvres, une collection de 600 pièces dont certaines données par des artistes, existe ainsi. Les élèves peuvent emprunter pour disposer temporairement de leur choix dans leur cadre familial.

Tout un ensemble de démarches pédagogiques particulières est couramment mis en œuvre.

Il convient de signaler que la communauté artistique apprécie beaucoup ce lieu exemplaire. Outre une occasion de rencontres, y être présent est une marque intelligente de reconnaissance assortie d’un encouragement.

Il va de soi que pour vivre et durer depuis trente ans (le projet a été conçu en 1987), une telle initiative a besoin d’être soutenue financièrement, sachant que les enseignants, en exercice ou retraités, participent tous à titre bénévole. Le budget est d’autant plus fragile qu’il est modeste. Selon un récent article du journal La Provence, il oscille entre 17000 et 19000 € annuels, abondés par la Ville de Marseille (9000 €), la Région PACA (4000 €), et la DRAC (5000 € jusqu’en 2012, 2500 € jusqu’en 2015, rien ensuite). La mise en péril de l’Artothèque ainsi programmée par les représentants du Ministère de tutelle ne laisse pas indifférent. Des protestations s’élèvent, une pétition circule[3], l’indignation est grande face à cette mesquine ladrerie, misérable cache sexe d’une hostilité radicale. Il est à craindre que les autres soutiens ne s’engouffrent dans la brèche. En  premier lieu la Ville de Marseille, dont l’intérêt pour l’art et la culture ne saurait faire l’objet du moindre doute.

 

Toujours d’après l’article de La Provence (25/09/17), selon la DRAC « l’artothèque a fait ses preuves, mais nous n’avons pas pour vocation de pérenniser la subvention d’une association d’enseignants. Si compétents soient-ils, ils ne sont pas professionnels et s’ils ont bénéficié – sans doute par sympathie – de subventions de la DRAC les années passées, ce n’est pas un acquis. (...) Il appartient désormais à l’artothèque de se rapprocher d’un partenaire culturel professionnel comme le FRAC, auquel le Ministère verse des aides. »

Déclaration hallucinante d’hypocrisie, de mauvaise foi, et de cynisme.

Ne pas vouloir pérenniser la subvention d’une association d’enseignants, n’est-ce pas clamer haut et fort que le but et les actions d’une association comptent moins que la nature de ses responsables. Admettre donc ouvertement que les subventions ne sont qu’affaires de copinage, comme le laisse d’ailleurs perfidement entendre l’allusion à une sympathie antérieure.

Le comportement totalitaire de l’Administration décentralisée ne peut pas se trouver mieux affirmé et revendiqué. La censure d’une association qui revendique son indépendance est féroce.

L’argument du non professionnalisme est tout simplement ridicule. Tient-on trente ans dans quelque activité que ce soit si on n’est pas compétent, donc véritablement professionnel ? Où réside le professionnalisme des agents administratifs de la Culture, sinon dans leur auto-affirmation suffisante ?

La perversité éclate quand on déclare nécessaire un rapprochement avec le FRAC, pour espérer recueillir des miettes. SI la DRAC voulait réduire au silence l’Artothèque Antonin Artaud, elle ne s’y prendrait pas autrement.

Il est clair que le FRAC et l’Artothèque n’ont pas grand-chose en commun. L’un s’intéresse essentiellement à l‘entre soi de la mode internationale, l’autre s’intéresse à la création vivante indépendante généralement ignorée par les commissaires politiques de la culture officielle.

 

Il est grand temps d’envisager une remise en question fondamentale de ces instances toxiques qui veulent régenter la vie culturelle depuis des décennies : Ministère de la Culture, DRAC, FRAC, Ecoles nationales des Beaux-arts, expositions muséales racoleuses.

 

 

[1] Cf. Nicole Esterolle La bouffonnerie de l’art contemporain – Editions J-C Godefroy 2015, et ABC de l’art dit contemporain – idem, 2017.

[2] Artothèque, lycée Antonin Artaud, 25 chemin N-D de la Consolation – 13013 Marseille

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29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 08:00

- Vous parlez souvent d’art, est-ce si important pour vous ?

 

- L’art est ce qui a suscité quelques-unes de mes plus grandes émotions. Cela depuis longtemps, je dirais sans doute depuis mon adolescence. L’art est une de mes chances.

 

- Vraiment, à ce point ?

 

- Oui, tout à fait, l’art m’offre des moments de plénitude.

 

- Oh, là !

 

- Fréquenter l’art, cultiver cette fréquentation, c’est s’ouvrir l’esprit, c’est rester éveillé, vigilant, c’est une question d’hygiène.

 

- L’art et l’hygiène ?

 

- A coup sûr. S’entretenir, entretenir des relations véritables, authentiques, voilà qui contribue, qui détermine la qualité d’une existence. Avec l’art, l’art véritable, aucun faux-semblant n’est possible, on est vite au cœur des choses.

Braque l’a déclaré un jour, je le vérifie en permanence : avec l’âge, l’art et la vie ne font plus qu’un.

 

- L’art véritable ?

 

- Oui. Celui qui ne se soucie pas de suivre aveuglément la mode, celui qui n’a pas grand-chose à voir avec la marchandisation et la spéculation financière, celui qui répond à un besoin profond et non pas à la voracité de quelques prédateurs. Bref, l’art non considéré comme un simple produit marchand à promouvoir parmi tant d’autres. Quelle dérision ! On appelle couramment cette forme d’art prétendu l’Art Contemporain, l’AC... (lassé, oui vraiment, il y a de quoi.)

Considérons l’art qui s’intéresse aux artistes et non pas aux seules têtes de gondole. Considérons le rôle social des artistes, leurs apports là où ils se trouvent, leur situation économique, et le mépris dans lequel les tiennent la plupart des professionnels de la profession, qui ne sont souvent que des maquignons.

 

- Bien, bien, revenons à la notion d’hygiène.

 

- Soit. L’art c’est bon pour la santé, comme aurait pu dire Voltaire, ne serait-ce que parce qu’il favorise l’entretien de la mémoire. Sans mémoire, le risque majeur d’affections mentales et comportementales graves est entier. La plus fréquente d’entre elles est la soumission volontaire, que La Boétie dénonçait déjà avant hier, il n’y a que cinq cents ans environ. Il parlait alors de « servitude volontaire »

 

- Oui, oui...

 

-  La mémoire est à coup sûr le levain de la pensée, elle organise la réflexion, et grâce aux efforts sur nous-mêmes qu’elle requiert, elle nous rend plus humains. La connaissance de nos amonts favorise l’identification de nos origines, elle nous permet donc de nous situer. Le sentiment du temps qui s’écoule contribue à l’unité de la personne, il nous ouvre à tout un ensemble de relations intimes souvent éclairantes. Enfin, la mémoire, si elle n’est pas instrumentalisée par des commémorations pipées, est un précieux outil de partage social...

 

- Il y a beaucoup de choses là-dedans. Cela mériterait sans doute réflexion.

 

- La mémoire implique évidemment la durée. La fréquentation de l’art entretient la sensibilité comme l’enthousiasme pour la découverte. Elle est une véritable jouvence. Cette fréquentation ponctuée d’une succession de coups de cœur, se traduit par un art de vivre au quotidien. Des histoires d’amour successives...

 

- Un art de vivre des histoires d’amour au quotidien ?

 

- Absolument. Echanger du mot, dialoguer, entretenir des chemins de connaissance, voilà de quoi il s’agit le plus souvent. C’est ainsi que l’on rencontre des moments rares, exaltants. C’est ainsi que l’on accède au cœur des choses. Des moments décisifs ponctuent alors le quotidien.

L’art comme un déclencheur, un révélateur du Moi de chacun.

 

- Je vois, je vois...

 

- Introduire une œuvre chez soi, c’est non seulement modifier l’espace, c’est se modifier soi-même. C’est par l’art que l’homme se fait humain. Que serait une vie sans art, que seraient un ciel totalement vide, une forêt sans arbres ?

Et puis, la fréquentation des artistes aide à mieux vivre par ce qu’elle autorise de véritable. A moins d’artistes empaillés, les mondanités sont exclues.

 

- Vous mettez résolument l’accent sur la relation personnelle, affective, mais l’Histoire de l’Art ?

 

- L’Histoire de l’Art est capitale, indispensable à pratiquer, au moins à fréquenter, mais elle n’ouvre en rien à l’Art dans sa relation sensible à chacun. Elle permet de connaître, comprendre et référer, ce qui n’est pas rien. Elle permet donc d’enrichir le savoir, de situer et de se situer, étapes capitales, certainement nécessaires, mais nullement suffisantes.

D’abord le sensible, l’émotion, la surprise, la stupeur, ensuite, mais ensuite seulement, la nécessité de comprendre, d’expliquer peut-être, et puis la connaissance éclairante du contexte historique.

Un professeur d’Histoire n’est pas nécessairement un historien, un professeur de l’histoire de la philosophie, n’est pas ipso facto un philosophe, un professeur d’Histoire de l’Art peut être parfaitement insensible et n’être qu’un historien des idées, ou des techniques. La seule connaissance ne fertilise pas nécessairement. La culture s’appuie sur des données, elle ne résulte nullement de leur simple stockage. Ce sont les mises en relation et les trouvailles qu’elles permettent qui la fondent.

Un artiste ne peut pas faire autre chose que d’être artiste, il en va de même pour l’amateur fervent.

La relation à l’Art serait d’abord d’ordre passionnel, ensuite seulement d’ordre rationnel ou démonstratif.

 

- Et la notion de progrès ?

 

- Question bateau. Il ne saurait y avoir de progrès en Art, il n’y a que des évolutions techniques ou matérielles, assorties de la prise en charge de l’évolution des mentalités entrainant des modifications du regard. Rien de plus. Peut-on parler de progrès artistique depuis Lascaux, Altamira, Paestum,  l’Egypte et la Grèce anciennes, où les temples  d’Ellorâ et Ajanta, en Inde ?

L’invention de la peinture à l’huile, par exemple, permit des pratiques et des effets nouveaux (repentirs, transparences...) que la fresque ne laissait même pas envisager, le conditionnement de la peinture en tubes favorisa l’émergence de l’Impressionnisme (on pouvait désormais peindre directement sur le motif), aujourd’hui l’acrylique, les matières plastiques, et d’autres nouveautés, souvent des gadgets, offrent des possibilités de variations inattendues. Peut-on parler de progrès pour autant ? Certainement pas.

Si l’on considère attentivement l’ensemble des conséquences induites, la notion de progrès dans quelque domaine que ce soit n’est d’ailleurs la plupart du temps qu’un leurre, souvent un faux nez,

 

- Le progrès en médecine, par exemple, un faux nez ?

 

- Parfaitement. L’allongement de la dure de la vie, certes, mais que fait-on de la vieillesse, comment la traite-t-on ? En quoi les conditions d’existence des plus pauvres s’améliorent-elles ? La conquête de l’espace aérien, mais quid de la destruction de la biosphère ? La pseudo domestication de l’atome, mais pas de ses déchets, etc.

Le progrès au nom du progrès c’est effroyable ! La maitrise du vivant, que l’on veut breveter ! Vous vous rendez compte ?

D’abord Robur le Conquérant, puis la pavlovisation  et maintenant les robots...

Alors clamons haut et fort la nécessité absolue de l’Art, qui est refus de toutes ces déviations mortifères, qui poursuit fièrement sa route contre vents et marées, qui dit l’humain sacré, où qu’il soit.

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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 08:49

 

 

L’exposition se termine le 15 octobre. Il serait dommage de la manquer, d’autant plus que rares sont les occasions de rencontrer l’œuvre de cet artiste un peu méconnu.

 

De manière assez abrupte, on  pourrait déclarer Sisley intégriste de l’Impressionnisme. En effet, il n’a jamais dérogé aux principes fondateurs de ce mouvement aux canons duquel il s’est efforcé de toujours rester fidèle. Quitte à paraître aux yeux de certains lassant, insipide même. Initialement influencé par Corot, Courbet sans doute, les paysages, le travail sur le motif, sont le thème unique sur lequel il a établi sa recherche de vérité. Cette exploration obsessionnelle, cet acharnement, font immédiatement penser à ce qui animera Giorgio Morandi revenant sans cesse aux variations de ses natures mortes, pendant la première partie du siècle 20e.

 

Nous sommes confrontés à une peinture de silence. C’est-à-dire à un travail où la méditation sur le temps, la durée, les rythmes naturels, l’emporte sur toute autre considération. Rien pour plaire, rien pour séduire, rien pour s’identifier à la mode, seule une recherche de justesse, d’authenticité, pour tenter de dire l’essentiel d’un nécessaire désencombrement. Le trop plein, le bavardage, la bimbeloterie des apparences, les anecdotes, sont absents de cette peinture plaisante, qui ce faisant n’a rien d’austère.

L’amour impératif de la nature conduit l’artiste. Patient, obstiné, il scrute longuement un même paysage pour le révéler sous ses différents aspects, selon les heures du jour, selon les saisons.  Ce que Claude Monet a fait avec le paysage minéral de la cathédrale de Rouen, il l’applique à sa manière aux paysages naturels, où aux vues de villages campagnards. Les personnages ne sont jamais que des silhouettes faisant ressortir le silence et la plénitude des lieux.  Les jeux réflexifs du ciel et de l’eau sont très souvent mis à profit pour  souligner des harmonies sensibles.   

Les peintures figurant la nature enneigée ont quelque chose de fascinant, tant elles attirent l’œil et irradient des nuances colorées cristallines. Les brumes hivernales sont chatoyantes.

Sisley se fait portraitiste délicat d’une nature où le temps est suspendu (Paysanne sous les arbres fruitiers).    

Curieusement, au contraire de ses contemporains, on ne trouve dans son travail aucune trace du bouleversement industriel de la fin du 19e siècle, pas plus que d’écho de la guerre de 1870. Tout à sa quête artistique, aurait-il été insensible aux événements, comme le fut à propos de la seconde guerre mondiale Bonnard, son cadet,  se disant « de plus en plus enfoncé dans cette passion périmée de la peinture » ?

 

Parcourir la peinture de Sisley, c’est rencontrer d’intéressantes variations techniques, sortes de germes pour ce qui se trame par ailleurs, ou bien est à venir. C’est ainsi que de péniches accostées peuvent évoquer les rives de la Seine vues par Albert Marquet, quelques places ou rues de villages annonceraient doucement le Montmartre de Maurice Utrillo. Parfois des juxtapositions osées de couleurs primaires sembleraient prémices secrètes du Fauvisme, ou bien des touches rapides, contigües, feraient penser à Van Gogh, voire à Cézanne. Celui-ci pourrait davantage venir à l’esprit dans l’ultime période des bords de mer au Pays de Galles, où des à-plats blancs surimposés interviennent paradoxalement comme des réserves.

 

L’intérêt mesuré pour sa peinture se transformera en succès un an après son décès (1899, à seulement 59 ans), à partir du moment où Monet organisera une vente au bénéfice de ses enfants.

 

Hôtel de Caumont - Centre d’art -  3 rue Joseph Cabassol 13100 Aix-en-Provence.

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 15:37

Pierre Michon, l’un des auteurs majeurs de notre temps,  explore avec patience les détours de ce qui fonde la mémoire des hommes. Il a orienté son travail sur des archives déterminantes par un retour à l’Histoire empreint d’un exigeant souci de vérité et d’authenticité. Son rapport à la peinture et à la poésie nourrit une œuvre importante initiée avec les Vies minuscules, à partir desquelles il tente de se situer.  Vie de Joseph Roulin (le facteur, modèle de Van Gogh), Rimbaud le fils, Le roi vient quand il veut, Les onze, quelques titres à retenir dans un ensemble remarquable.

 

A sa manière Suzanne Hetzel développe une démarche voisine. Artiste dont la photographie est l’outil privilégié, elle examine en permanence les espaces intermédiaires où se joue la relation entre l’apparent et l’intime. Elle s’attache à ce qui est temporairement négligé, aux scènes modestes, aux objets du quotidien, aux histoires réelles ou supposées, qu’elle tente de saisir avec délicatesse et pudeur en les rafraichissant. Elle signale la singularité de lieux et d’objets érodés par une trop grande accoutumance du regard. Ce faisant elle souligne la peau seconde qui détermine nos aveuglements.

La pratique de la photographie lui permet d’approcher et de fréquenter longuement les gens et les lieux  qu’elle rencontre vraiment.

Le travail qu’elle nous montre est toujours le fruit d’une longue patience nourrie d’écoute respectueuse, qu’il s’agisse de personnes, d’objets ou de paysages. Les objets, en particulier, l’intéressent pour ce qu’ils révèlent de ceux qui les ont utilisés.

A partir de la mémoire de ce qu’elle photographie, elle sollicite notre propre mémoire. Sa quête témoigne d’une évidence poétique.

 

Septembre 2016 – été 2017, Suzanne Hetzel a carte blanche pour accompagner la transformation du Musée Angladon, à Avignon. Elle est artiste résidente.

L’hôtel particulier qui fut la demeure de Jean et Paulette Angladon, artistes héritiers des collections Jacques Doucet, le célèbre couturier mécène, connait d’importants travaux de rénovation. Le troisième étage, ancien atelier voué ensuite à la conservation et à la documentation, deviendra espace d’expositions temporaires. Des milliers de pièces soigneusement emballées et étiquetées doivent être inventoriées, triées, classées et sélectionnées. Il s’agit de trésors intimes, lettres, photographies, objets divers, souvenirs de voyages, livres, outils, documents d’étude. Il convient alors d’ouvrir des placards, de regarder, de photographier. L’artiste est sollicitée, elle doit choisir ce qu’elle retient. Moments délicats. Ses photographies deviennent des Pièces d’attention, dont certaines sont éditées sous forme de cartes  postales. Un livret, Au troisième, rassemble des images de boites, objets et documents.

Une intervention, Au premier, Au deuxième, est installée de mi-septembre  au 31 décembre 2017.[1]

Les notions de patrimoine, d’héritage, de conservation et de scénographie muséale, de transmission et d’animation, sont interrogées par l’intervention de l’artiste.

Chaque salle du musée est considérée comme un ensemble clairement perceptible ouvert au dialogue Avec une extrême discrétion et une très juste élégance, Suzanne Hetzel a placé quelques-unes de ses photographies, ainsi qu’un petit nombre d’objets, en étroite correspondance avec les œuvres et le mobilier de chaque pièce.  Il s’agit de touches légères, sensibles, respectueuses de leur voisinage auquel elles rendent hommage. Rien n’est en trop, rien ne s’impose, rien ne cherche à prévaloir. Nulle surcharge, le musée est limpide. La sobre réussite d’un exercice souvent périlleux est frappante.

Chardin, Vernet, Van Gogh, Cézanne, Modigliani, Manet, Degas, Vuillard, Foujita (superbe), et d’autres, accueillent volontiers les œuvres nouvelles qui font écho à leur présence dans les collections d’amateurs passionnés.

 

[1] Musée Angladon, 5 rue Laboureur, 484000 Avignon, jusqu’au 31 décembre 2017.

Tél. 04 90 82 29 03 – www.angladon.com

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 16:48

« C’est moi le chef » affirmait-il au moment de sa querelle avec le Chef de l’Etat-Major général des Armées.

"Je ne cèderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes", prévient-il maintenant qu’il entend avancer ses projets de profonds bouleversements.

Ces aveux de faiblesse masquée, cette crainte de se faire dépasser, de ne pas être à la hauteur,  ces maladresses, sont préoccupants.

 

Une telle fragilité latente chez celui qui détient à peu de choses près les pleins pouvoirs représente un réel danger : par quel comportement intempestif peut-il réagir face à une situation qu’il sentirait lui échapper ?

Combien a-t-il fallu de sang-froid au Préfet de Police de l’époque, Maurice Grimaud, pour que mai 68 ne se solde pas par un bain de sang. Qu’en serait-il aujourd’hui où les tensions sont incessantes, l’exaspération de la police à son comble et la répression musclée monnaie courante ?

Obnubilé par de prestigieux modèles historiques, sa jouissance du pouvoir, son goût pour la pompe, son autoritarisme et son mépris de toute contestation entrainent une fuite en avant.

Après le recours aux ordonnances, viennent en vrac le simulacre de concertation avec les « partenaires sociaux », la suppression des emplois aidés mettant en difficulté çà et là la rentrée scolaire  et, cerise sur le gâteau, la volonté de banaliser un permanent état d’exception au détriment de l’Etat de droit.

Les 5€ prélevés sur les allocations logement, offrent un consternant exemple d’aveuglement autoritariste. La stupidité comme seule réponse immédiate : que les propriétaires diminuent leurs loyers de 5€ et la cause sera entendue ! Ubuesque.

Trouvaille récente, la baisse des normes environnementales et sociales pour la construction. A l’opposé évidemment de ce qui serait souhaitable pour tenter de lutter contre le gâchis et les dérives de toutes sortes.

Crise du logement, c’est incontestable, alors construisons du précaire. La qualité de vie n’est évidemment pas rentable, foin de l’exemple des cités où fermentent les maux les plus graves, en partie à cause du mal logement. Champ libre aux promoteurs, seuls comptent les chiffres.

Bête à en pleurer de rage et d’impuissance.

Derrière tout cela, un profond mépris social, une énorme suffisance, donc de graves lignes de fracture.

Pieds d’argile, coups de menton, et traits malencontreux sous prétexte de parler clair.

« Dans les gares se croisent les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien. »

 

Il multiplie les annonces et les initiatives. Tout récemment, la PMA pour toutes les femmes, manœuvre de diversion qui ne va pas manquer d’installer un bel embrouillamini. Des fumigènes pour cacher l’essentiel, qui est la soumission sociale à marche forcée.  

Tandis que, opérateur installé dans une cabine insonorisée, le rouleau compresseur s’ébranle prêt à tout écraser sur son passage, l’opposition émiettée, essoufflée, se cherche dans l’obscurité de ses contradictions et ses querelles d’ego. Dans l’immédiat, seule une révolution de Palais serait à craindre, ce qui est hautement improbable. Aucun obstacle n’est donc à redouter pour le moment. Le chemin est dégagé.

 

Hormis celui dont la fonction est d’incarner la Voix de son Maître, il réduit ses ministres au silence et à l’anonymat.

La faiblesse et la fébrilité, source d’excès, le conduisent à tout vouloir ramener à sa personne, à tout vouloir contrôler. Illusion dramatique d’un potentat enivré par sa réussite, vers laquelle se sont tournés des électeurs à la recherche de repères différents, prétendus nouveaux, pour certains encore sous le charme factice d’une rassurante tranquillité déterminée.

Ou bien il va l’emporter, et une chape de plomb assortie d’un engourdissement général va régner sur le pays. Ou bien des refus vont coaguler, et le risque de graves débordements se présentera sans qu’il soit vraiment possible de l’endiguer.

Il n’est pas certain que les Français soient hostiles à toute réforme, ainsi qu’il le prétend. Il se pourrait que se manifeste une majorité hostile à ces réformes-là, imposées sans précaution sous prétexte d’avoir été envisagées durant la campagne électorale.

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 21:11

Le temps actuel se caractérise entre autres par un impressionnant phénomène d’amnésie, voulu et subtilement entretenu par les divers pouvoirs en place depuis des décennies, quel que soit leur coloratur. Moyen efficace d’asseoir et d’assurer leur prise de possession.

L’amnésie entraine une perte de repères débouchant sur un présent immédiat perpétuel, non relié à quoi que ce soit, sans aucune fondation solide. D’où l’existence de périls permanents, donc d’un sentiment d’insécurité générale annihilant toute initiative ou volonté de prise en main des situations qui se présentent. Les slogans réducteurs, les déclarations alarmistes, collent les nez à la vitre.

Cette dilution de la mémoire prive la pensée de tout levain. Rien, ou si peu, ne fermente plus assez pour combattre la désolante platitude de l’électroencéphalogramme. On dit alors d’un air désolé la soumission, l’apathie, l’ignorance, le désabusement du plus grand nombre auquel on veut cependant le plus grand bien. Information à jet continu, désinformation incessante, salade mentale à la sauce en tube, accompagnées de protestation de volonté de clarification et de bienveillance...

Nous sommes aujourd’hui dans un zapping permanent, nous papillonnons d’une actualité à une autre, d’un sujet au suivant, sans la moindre pause. Le silence de la réflexion n’a plus vraiment droit de cité. D’une manière générale le silence est honni, il est ringard, il fait perdre du temps. Enchainons, enchainons, le temps nous est compté (time is money).

La goinfrerie au détriment de la digestion. La boulimie au détriment de la santé méningée.

 

Or, la mémoire, pouvoir de re-présenter ce qui est absent, implique de prendre le temps d’efforts nécessaires au retour à la conscience, tout comme de réfléchir sur le temps qui passe.

La mémoire est dans le temps, elle est aussi le temps nécessaire au rappel du passé.

L’art sous toutes ses formes, la littérature, nous clament cela en permanence. D’où l’importance des musées, des rétrospectives, des expositions, des spectacles vivants, des bibliothèques, des ciné-clubs, etc. L’art nous montre combien nous sommes lestés d’un passé que l’on ne peut pas ignorer impunément. Un passé dont nous procédons, même si nous voulons le dé-passer. Considérons l’attachement de nombreux artistes majeurs à leur amont.

L’art labellisé contemporain (AC) nous dit à quel point la proposition du  passé faisons table rase est dangereusement ridicule, puissamment nocive. Combien cette visée stupide conduit non seulement à réinventer l’eau chaude en permanence, mais aussi à donner prise aux illuminations les plus folles.

Il reste toujours une trace de la chose écrite, selon Aragon.

Nous sommes constamment confrontés à un souci de vérité et de fidélité aux origines, de même qu’à une forte exigence d’authenticité. Ne pas se souvenir, oublier sans en éprouver de gêne, ou bien rejeter aveuglément, est en quelque sorte une manière d’infidélité à ce que nous sommes, à ce qui nous a façonnés, une véritable duperie.

Notre histoire nous définit en grande partie, ce qui assure la continuité dans le temps du Moi, sujet pensant.

Sans mémoire, donc sans passé intelligible, le présent succède au présent dans une bouillie incohérente. Celle de l’actualité immédiate, celle de la pensée jetable.

« Un train peut en cacher un autre ». Si nous en restons à cette évidence nous n’aurons jamais une idée du réseau ferroviaire, de son importance et de ses fonctions.

Par la consistance qu’elle confère au temps, la mémoire fonde le présent ; elle contribue à lui donner un sens.

(Notons au passage l’abus de langage que constitue l’emploi de l’expression mémoire informatique. Abus délibéré car cette pseudo mémoire n’est jamais qu’un stockage de données sauvegardées, ne nécessitant aucun effort pour surmonter l’oubli ainsi que le fait en permanence la mémoire individuelle. Ce sont des analogies fallacieuses de cet ordre qui contribuent à pervertir le langage, donc, à terme, les esprits.)

 

La mémoire est également un phénomène social (mémoire collective). Les mythes, les rites, les traditions, écrivent et perpétuent l’ancestral partagé. Leur fréquentation assoit l’idée que, quoi qu’il arrive, l’essentiel demeure depuis la nuit des temps.

Lieux symboliques, sites mémoriaux, rituels, cérémonies, commémorations, théâtralisent le passé et prennent des libertés avec l’Histoire.

Le culte du souvenir est clairement opposé à l’oubli, mais il ne garantit nullement la compréhension des leçons du passé.

Se pose à l’évidence la question de la manipulation du passé, de sa récupération fréquente pour tenter de justifier les décisions  du jour. Ce n’est pas pour rien que l’enseignement de l’Histoire est un des points cruciaux de ce qu’il est convenu d’appeler Education nationale, et non plus Enseignement public. (Trouble du langage donc trouble de la perception, à nouveau.)

 

Si « la mémoire est nécessaire pour toutes les opérations de raison », comme le soutient Pascal, ce que l’on justifie au nom de la mémoire requiert la plus grande circonspection.

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 08:04

C’est la rentrée.

Rentrée des classes, rentrée politique, rentrée « sociale », rentrée éditoriale (les romans de la rentrée), rentrée artistico-culturelle (expositions à venir, programme des spectacles à venir), rentrée « sportive » (reprise des compétitions après achats-ventes d’étalons).

Rentrée partout.

Pour le plus grand nombre la rentrée signe la fin du prolongement des jours ensoleillés de l’enfance marqués par la joie des vacances, qui peu à peu n’apparaissent plus que comme une parenthèse de souvenirs fanés d’un autre monde désiré, promis lorsque les poules auront des dents.

Naguère l’année scolaire occupait la période allant du 1er octobre au 14 juillet, seulement ponctuée par les petites vacances de Noël et de Pâques.

La France demeurait très agricole, elle marchait au rythme des saisons. La nature suivait ses rythmes propres, bien perceptibles. La planète allait son train de sénateur.

Les sports d’hiver et le tourisme cadencé n’imposaient pas encore leur tempo.

La découverte des beautés de l’automne est désormais inaccessible, car soigneusement tenue à distance par les impératifs de « La Rentrée » devenue, tout juste après la Saison des Soldes, l’une des ritournelles du marketing laïc et républicain.

L’entrée progressive dans la profondeur des nuits d’hiver entretient une frileuse relation aux espaces inconnus, aux nouveautés à côtoyer, aux aventures probables, aux rencontres surprenantes, et aux impératifs inopinés.

Désormais La Rentrée inaugure un cycle répétitif supplémentaire, prétendu différent de ses aînés. Le mythe de l’Eternel retour et celui du Renouveau vont à l’unisson, main dans la main.

Ici, la terminaison boucle sur des débuts toujours analogues.

Vaine effervescence de l’imagination désireuse de surprises. Tout est programmé.

Les habits neufs, les dispositifs et les équipements différents, disent la certitude de difficultés à venir très prévisible, d’autant plus mystérieusement fascinantes que non encore clairement nommées.

Le rapport incontournable à l’autorité commande la soumission à des rites fraichement maquillés, gages de stabilité, leurres subtils d’un changement radical toujours annoncé et soigneusement différé.

Temps propice au talisman des résolutions.

Illusion de la page blanche alors qu’elle est en grande partie déjà écrite.

Le grand bal des apparences s‘ouvre à tous.

Tournez manèges !    

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 14:38

En 2011, les éditions Gros textes (Châteauroux-lès-Alpes, 05380) ont généreusement accepté de publier mes 84 Haïkours, agrémentés d'un Petit Lexique analogique abrégé pour tenter de mieux comprendre ce que parler veut dire. Des années plus tard celui-ci se trouve pourvu d'un addendum que voici.

La pause du mois d'août est propice à un temps de réflexion indispensable...

<

Alternative    toute personne issue d’une société ou d’un lieu différent de ce que l’on connait

 

Amphitryon    limitation du droit d’accès à l’Université

 

Aéropage       membre du personnel de cabine dans les aéronefs

 

Aérosol          (tech.) plancher poreux

 

Anarchiste     pierre noire très compacte, très résistante

 

Antidote         disposition fiscale de lutte contre les mariages arrangés

 

Autoclave      (méd.) forme de pathologie conduisant à l’enfermement mutique

<

Barbouze      (fam.) individu poilu mangeant salement

 

Bière              à l’origine, boisson rustique fermentée spécialement destinée aux officiants   de rites funèbres.

 

Blaireau         désigne quelqu’un que l’on estime

 

Bouleverser (rég.) manquer son tir à la pétanque

 

Bourgeois     méthode de gavage de certains volatils domestiques

<                                

Calamiteux    abri portuaire pour entreposer les épaves

 

Catholique    trouble digestif transmis à l’homme par les félidés

 

Champagne   tissu imprimé de motifs floraux, destiné à la confection de cache-sexes

 

Charpente     véhicule ancien, aux roues articulées et de diamètre variable, pour franchir les obstacles

 

Colombophile chercheur attaché à l’étude de la découverte et de la colonisation de l’Amérique          

 

Comblanchien maladie vénérienne

 

Compassion  sentiment amoureux déraisonnable

 

Complaisance navigation au jugé, sans but précis

           

Conclave       enceinte hermétique conçue pour une expérience spirituelle en groupe mis sous pression

 

Confession   punition corporelle à tendance sadique

 

Congère        fonctionnaire de haut niveau chargé d’élaborer des prévisions économiques

 

Cornemuse   déesse aux pieds fourchus

 

Corniche       columbarium fantaisiste

 

Courlis           meuble de repos, intermédiaire entre le berceau et la literie adulte

 

Cucurbitacée            cri de ralliement des ligues de vertu

                         

Culminant      affection hémorroïdaire chronique

<

Déambulateur auteur de bandes dessinées

 

Dénigrement migration d’espèces nidificatrices

 

Dégueulasse (fém.) pathologie poussant à la recherche constante de la haute société

<

Election         1 - variété de champignon hallucinogène //  2 - préciosité langagière relative à la sexualité masculine

 

Evacuer         adresser publiquement des quolibets à une femme

<

Floculer         naviguer à contre-courant

 

Funambule    (angl.) transmission d’une plaisanterie de bouche à oreille

<

Godemiché   (de l’anglais God) idole hindouiste (syn. Lingam)

 

Grenade        fruit toxique du flicus vulgaris

<

Habiter           interjection érotomane

<

Idiosyncrasie soumission stupide à un point de vue étranger

<

Malencontreux personne ayant des difficultés à s’affirmer face à autrui

 

Mignon          coup violent porté à moitié

 

Minaret          fin de l’exploitation d’un filon lucratif

 

Mycose          conversation à mots couverts

<

Novice           affirmation d’une vertu à toute épreuve

 

Nyctalope      maniaque sexuel s’attaquant aux faibles

<

Octogone      lyonnais âgé

<

Passementerie propagation d’une rumeur

 

Périgourdin   mode d’intervention atténuée des forces de l’ordre

 

Photophore   cuir chevelu envahi de pellicules

 

Pistard           coureur cycliste pratiquant la rétention urinaire

 

Pléonasme    insuffisance respiratoire

 

Politique        parasite redoutable aux apparences trompeuses

 

Prostate         personne soutenant la politique des États-Unis quelle qu’elle soit

<

Remaillage    (méd. dermato.) adjectif désignant un ensemble de crèmes réparatrices

 

Ritournelle    spatule de bois pour tourner le risotto

<

Spadassin     obsédé fréquentant les stations thermales

<

Tohu-bohu    fromage japonais confectionné à partir d’algues à fermentation lente

 

Tordu             (jur.) dommages et intérêts

<

Vendange      brise légère du soir

 

Ventriloque   défaut d’élasticité des tissus abdominaux

 

Vertugadin    perte inopinée d’une lingerie mal ajustée

 

Vol-au-vent   discours politique

 

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans linguistique ; langage ; lexicographie
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