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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:21

Nous sommes en été, saison du tourisme culturel tous azimuts.

Livres de l’été, l’été des festivals...

1 -

Culture, un des mots les plus piégés et les plus galvaudés qui soient.

De quoi parle-t-on ?

D’une Culture stable, empreinte de certitudes, soclée sur des siècles, voire des millénaires, dominatrice, arrogante, forte comme une citadelle ? Officielle, établie sur des dogmes, comme les religions ? D’une Culture de la transmission, de la reproduction, de l’académisme, productrice d’icônes pétrifiées, source de domaines réservés et de chasses gardées (ce qui implique évidemment le risque de nécroses) ?

Ou bien

D’une Culture de l’incertitude, nourrie d’instabilité comme d’irrespect ? Donc nécessairement évolutive, marginale, adepte des pas de côté ? Génératrice d’archipels de pensées où la fécondation résulte de transgressions et de découvertes (ce qui entraine évidemment le risque du n’importe quoi) ?

2 -

Un Ministère de la Culture, qui compte des Directions régionales des « affaires culturelles » (Les affaires sont les affaires) peut-il être autre chose qu’un Ministère de la police chargée de régenter son domaine ? Les affaires culturelles sont les affaires, cela va de soi.

Penser à la remarque d’Hannah Arendt pour laquelle la diffusion massique de la culture commercialisée ne peut en rien améliorer le niveau culturel général.

3 -

Piège de l’opposition entre culture populaire et « élitisme », c’est-à-dire entre Culture stable et Culture de l’incertitude.

La culture populaire, populacière, ne peut aller que dans le sens de la facilité et de la démagogique variété (le football et une « grande » exposition se situent au même plan). Elle s’oppose nécessairement à toute création, à toute recherche. Elle industrialise le déjà vu, le déjà connu ; elle fige dans le passé et favorise la censure en entretenant, voire en honorant, la paresse intellectuelle. Seule l’immuable lui convient vraiment.

La culture soit disant élitiste stimule l’esprit en prenant le risque de tentatives dans des voies nouvelles tout en s’appropriant les acquis du passé. Elle ne peut aujourd’hui que s’installer dans la résistance, en marge

4 -.

Au lieu de l’entretien d’un conflit irréductible et bassement électoraliste entre ces deux aspects, les décisionnaires cultureux devraient s’ingénier à favoriser des passages de l’un à l’autre pour que s’établisse une fertilisante communication.

Paul Klee remarquait que la dimension du tableau n’en fait pas la grandeur, il serait temps d’admettre que ce ne sont ni le nombre de spectateurs, ni l’affluence de visiteurs qui font l’intérêt d’un spectacle ou d’une exposition, pas plus que le chiffre des ventes d’un ouvrage. Adopter un tel point de vue serait bouleversant. Le Pouvoir s’y oppose depuis des décennies, quel que soit son coloratur.

5 -

Autre aspect, culture et dépossession progressive : ne pas confondre magasinage d’un vaste savoir et culture, c'est-à-dire constitution patiente de repères personnels, apprentissage du regard, d’une grammaire, d’une langue, mise en mouvement et mobilité mentale.

Et puis, aussi, faire la part de l’indicible.

Syllogisme improbable

L’art est le facteur absolu de la mise en commun et du partage.

Les États renoncent de plus en plus au ferment de la culture.

La barbarie gagne partout du terrain.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 20:42

(suite de l’article publié le 29 juin 2017)

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Vivre est-il vraiment si compliqué ? Pourquoi tant aimer la confusion, même si parfois elle permet des relations aussi passionnantes, et surprenantes, que celles d’un homme et d’une femme ?

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Archétypes 

Rôle capital de la crainte de l’inconnu, c’est-à-dire du non savoir. Quoi que l’on prétende, l’ignorance l’emporte.

Pourquoi l’inconnaissance est-elle si difficile à admettre ? Quelle piètre vanité pousse à vouloir expliquer ou justifier ce qui échappe ?

Quelle naïveté, quel attrait de la soumission, valident les fables ?

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En dépit de son intérêt, le printemps d’après demeurera inaccessible à jamais. Alors, pourquoi s’en préoccuper ?

Cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie...

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Aller et venir, se dresser, lever la tête, prendre des poses, viser des situations ?

Sottise consternante, si puissamment ancrée.

Comme l’issue est imparable, autant s’y préparer en s’y accoutumant.

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Paradoxe encore très commun : perdre sa vie sous prétexte de la gagner.

Pascal (Pensées) :

Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre. (Si on enlevait aux hommes toutes les charges, occupations et responsabilités auxquelles ils tiennent) ils se verraient, ils penseraient à ce qu’ils sont, d’où ils viennent, où ils vont ; et ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c’est pourquoi, après leur avoir tant préparé d’affaires, s’ils ont quelque temps, s’ils ont quelque temps de relâche, on leur conseille de l’employer à se divertir, à jouer, et à s’occuper toujours tout entiers.

Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.

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Voltaire :

Essayez le bonheur, parce que c’est bon pour la santé.

Jacques Prévert :

Tu veux être heureux, eh bien sois-le !

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Incohérence

Pourquoi se soucier davantage de l’après que de l’avant ? De l’amont vertigineux seule l’existence est certaine. Puits sans fond à explorer. Pourquoi pas ? Mais alors s’arrimer solidement à la margelle.

Souvent irrémédiable orphelin du passé, le risque est de vivre trop préoccupé d’un avenir très improbable sur lequel nous projetons nos angoisses.

Les fables, les mythes, les religions, et les fanatismes se nourrissent de ce terreau.

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Aller son chemin sans forcer le pas, comme un randonneur aguerri.

Chaque jour accepter de s’amputer d’un infime quelque peu pour s’enrichir de ses pertes et pouvoir reconnaitre puis accepter l’inattendu. Lorsqu’il se présente, celui-ci peut être une chance, pour peu que nous sachions la discerner.

La combinaison de nos pertes édifie et consolide ce que nous sommes en permanence en train de devenir. Tout commence toujours sans cesse.

Accepter l’inéluctable, peut-être seule voie d’accès à la bienfaisante intranquillité du bonheur.

Fernando Pessoa, l’intranquille exemplaire.

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Vivre : un long hasard semé d’imprévus. Des actions demeurent dans le sillage. Conviendrait-il de s’y référer plus qu’à d’autres ?

Peut-on raisonnablement tenir à un souvenir ? A moins que la mémoire ne soit un ferment toujours actif du présent.

A quoi rime une vie ? Quel intérêt ? Pourquoi ? Peut-être parfaitement inutile.

Exister, disparaitre, ne change rien et passe le plus souvent totalement inaperçu. Insuffisant pour s’ériger en fait divers ou en chien écrasé.

Le regard accueillant de Segalen opposé à l’amertume de Cioran.

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Importance de l’amitié et de la fidélité : aussi fragiles qu’une porcelaine, une simple fêlure peut leur être fatale.

L’amitié, terme galvaudé car générique. Plante délicate très précieuse, très rare, une espèce à protéger, à soigner avec beaucoup d’attention. Ce qui en fait le prix.

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Nos actes suffisent-ils à nous décrire ?

Poser un acte. Posé, l’acte demeure là où il se trouve, comme un sac de gravats. Le sac appartient à qui le trouve autant qu’à celui qui l’a rempli et s’en est débarrassé, totalement dépossédé.

Inventorier les actes personnels, revendicables, oubliés, omis, récusés, et s’efforcer de ne pas donner le change à quiconque, pas plus qu’à soi-même.

Bene vixit, qui bene latuit inscrit bizarrement Descartes sur un carnet. Que faudrait-il cacher  pour vivre heureux ?

Si quelque chose est caché, l’encombrante conscience de cette dissimulation existe bel et bien. Je sais que je sais que j’ai enfoui ce que je sais.

Foin des postiches et autres moumoutes.

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Parfois une décision insensée, déraisonnable, fruit talé de l’existence, entraine des années difficiles avant un fiasco retentissant. Un échec ou une difficulté majeure peuvent cependant se révéler fondateurs par ce qu’ils inscrivent d’un avant et d’un après.

La conscience des actes accomplis en permet sans doute le détachement progressif. Elle offre une distanciation.

Le regret, comme le remords, fréquents objets de piété et de componction, sont toujours embarrassants. Ce qui a été demeure figé, il est impossible de le remanier ou de l’aménager. Connaître ce qui a été, le reconnaitre pour ce qu’il fut, permet de s’efforcer de percevoir et de mieux appréhender ce qui se présente à nouveau. Pas davantage.

L’Histoire enseigne que les assurances sont des escroqueries, et que la formule tous risques n’est que duperie. La pharmacopée ne met pas à l’abri des rechutes.

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Le détachement permet d’accueillir l’étrangeté de l’inouï. Si l’étonnement demeure sans s’imposer, il cesse d’aveugler et conserve une bienfaisante fraicheur.

L’outre passage.

De quoi sommes-nous vraiment le fruit ? D’un désir puissant, d’une présence absente, d’une méprise, d’une dissension, d’un hasard, d’autre chose encore ?

Nous n’y pouvons rien, nous n’avons aucun compte à demander. Nous sommes là parce que nous avons été engendrés, et cela devrait suffire.

Chacun se construit en taille douce ou à coups de burin. Dans les creux se sédimentent les acquis. Ce qui nous fonde et nous différencie.

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Rien ne vaut de ce qui est artificiellement ajouté, la gloriole gothique flamboyant d’un aïeul par exemple. Se mettre un aïeul à la boutonnière ne dissimulera jamais la veste élimée aujourd’hui portée, ni l’esprit étriqué.

A chacun de se faire soi-même.

Défi incessant. Défi impitoyable.

Rien ne peut excuser, justifier encore moins : nécessité cependant d’interrogations et de réflexions, pour tenter d’imaginer et de se représenter.

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Tout s’ajoute et se transforme.

Si rien ne demeure en l’état, rien ne se perd.

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Parmi ces multitudes qui vont et viennent, passent et repassent, s’affairent, discutent et s’affrontent, où certains se gobergent en faisant l’important, si celui-ci ou celui-là venait à disparaître à l’instant l’ordre du monde serait-il affecté, même très légèrement ?

Incessantes, les vagues polissent, elles effacent toute trace.

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:33

(Cet article sera publié en deux fois ; en voici le début. La suite sous huitaine environ)

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Comment ne pas s’étonner de tout ce que l’on découvre en écoutant et en regardant autour de soi ?

Rien n’est évident, tout est surprenant. Comment ce qui EST se trouve-t-il possible ?

L’inimaginable en permanence au pas de la porte.

Comment parler de notre vie humaine, incompréhensible événement ? Pourquoi cette éphémère parenthèse ? Pourquoi Moi et pas un Autre ?

Quelle est cette si puissante illusion de Soi qui nous anime ?

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Le bonheur, fantasme absolu, germerait peut-être de l’inévitable survenue du malheur.

Alors attendre avec soumission une issue inévitable et l’accepter ?

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Chercher à trouver réponse coûte que coûte tient du défi, de la provocation, de la volonté de s’affirmer. Dans la plus aimable des hypothèses peut-être, d’un déni niaiseux.

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Sous une forme faussement simpliste, Allan Watts, philosophe de la côte ouest, pose les questions essentielles, dont celle de l’opérationnalité immédiate, la seule vraiment à notre portée :

Qui sommes-nous ?

D’où venons-nous ?

Où allons-nous ?

Qui va faire la vaisselle ?

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Il est un moment où surgit le besoin de tenir à distance ce qui retient, ce qui empêche la tranquillité, ce qui nourrit inquiétude, angoisses, colères, dépits et ressentiments.

Comment ne pas moquer les obligations issues des usages et des codes sociaux de l’hypocrite bienséance du respect de ce qui se fait, parce que cela se fait ?

Messieurs laissez pisser le mérinos... (Louis XIV, Galerie des glaces, Versailles ?)

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La sage et paisible certitude de ce qui doit arriver accompagne le détachement progressif des illusions mondaines généralement entretenues par la culture des apparences. Masques et bergamasques animent le carnaval des illusions. Parler de la vie, c’est nécessairement parler de la mort, qui en est partie « prenante ».

Chercher à pallier cette évidence revient au choix d’un refuge infantile.

La vie comme patient apprentissage de son interruption. Celle-ci est inscrite dès le premier vagissement, origine du compte à rebours.

Il ne peut s’agir que d’un épisode à parcourir du mieux possible, pour se préparer à le clore sans regret ni acharnement inutiles. Comme on quitte la table, une fois rassasié et satisfait. « Merci, c’est bien comme ça, j’ai eu suffisamment, le compte est bon. »

Tendre à tranquillement affronter l’ultime en étant au clair avec soi-même, voilà qui occupe toute une vie. Venu sans rien, l’idéal serait de s’en aller de même. De partir léger, allégé. Le light est parait-il moins nocif. Puisque la mort est le port ultime, autant s’y aventurer avec un bagage léger. Se charger ne peut rien éviter. Le surcroit est toujours retenu à la douane, en pure perte.

Se désentraver de soi n’est pas une mince affaire. Le risque est grand de se prendre les pieds dans la sournoiserie du tapis et de vouloir vainement s’accrocher à la tenture effondrée.

Montaigne, inégalable maitre de bon sens.

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Que vaut le souci de transmission au-delà du simple témoignage d’une manière d’être différent, loin d’une tentative de fixation d’un éventuel souvenir ?

Transmettre quoi que ce soit conserve-t-il un sens alors que tout se modifie désormais si vite ? L’abondance partout vantée et proposée clame la puissante vertu de la sobriété.

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Anerie de la notion d’important, qui n’est qu’accumulation d’accessoire par rapport à l’essentiel, seul digne d’interrogation.

Outre l’huile d’olive, quel est l’essentiel dans la ratatouille ? Sans huile d’olive peut-on toujours prétendre à une ratatouille ? Cela étant, la manière fera que ce sera ou non une « bonne » ratatouille. La manière dira ce qu’il est simplement important de ne pas oublier pour que les saveurs et les couleurs y soient.

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Transmettre autre chose que des savoirs indubitables et des savoir-faire solidement établis se justifie-t-il autrement que par un désir absurde de contribuer à l’entretien de l’illusion de la capacité de penser ?

Aujourd’hui existe un enjeu majeur, celui de la permanence d’un esprit critique. La lucidité connait un prix élevé, elle ne s’accommode pas de l’usage d’expédients aussi inutiles qu’inefficaces.

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Le maintien de l’idée d’un avenir possible réside, entre autres, dans la connaissance sauvegardée des origines. Une fois perdue la mémoire, l’espèce risquerait d’être ballotée par le flot des événements immédiats, dénuée de tout recul possible, livrée décérébrée à la barbarie renaissante, elle serait promise à sa perte inéluctable

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L’histoire de la philosophie est une fameuse pierre à fusil. Les thèmes essentiels ont été plantés dès l’antiquité. Ils n’ont donné lieu depuis qu’à des répétitions et variations horticoles : greffages, bouturages, marcottages, clonages même. Chercher à engendrer un système prétendu nouveau procède de l’illusion, de l’abus de pouvoir, ou de la vanité.

Attention aux OGM de la pensée, comme au brevetage de l’eau chaude.

Etre philosophe, c’est d’abord vivre en philosophie et non pas faire de la philosophie comme on fait la cuisine : un peu de ceci avec un peu de cela, et laisser mijoter à feu doux. Peut-il jamais s’agir d’autre chose que de mettre en accord actes et pensées ?

On  est d’abord philosophe pour soi. Les anciens savaient cela beaucoup mieux que nous.

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Tendre sinon vers le Rien, du moins vers le Peu.

Tendre vers cette neutralité bienveillante, issue de l’absence de raison sérieuse de pencher pour ceci plutôt que pour cela. Admettre les influences, les accepter pour ce qu’elles sont, souvent malencontreuses, mais inévitables. S’en tenir autant que possible à distance. En tout cas y veiller. Se méfier de l’empire des émotions, tout en sachant les savourer pour ce qu’elles apportent de fraîcheur spontanée, notamment dans le domaine artistique, viatique incomparable, indispensable au passage d’une rive à l’autre.

Fichu programme !

Comment atteindre ce minimum du Peu ? L’exercice est si difficile qu’il convient de s’y employer sans grande relâche.

L’indifférence, qui n’a pas grand-chose à voir avec le désintérêt, n’est nullement exclusive de rejets véhéments ou de réactions en forme de jets de vapeur. S’indigner procède d’une nécessité absolue, permet le maintien d’un équilibre, si dérisoire soit-il.

S’indigner comme respirer. Qui se ferait une gloire de respirer ?

Le monde va si mal qu’il convient de pester, sachant que cela ne sert qu’à libérer des humeurs malignes. Nécessaire homéostasie.

L’indifférence nous permet sans doute de supporter le poids de ce qui nous dépasse. Elle nous garderait du donquichottisme.

Tout accepter, pour autant ?

Tout, sauf l’inacceptable, c’est-à-dire ce qui met en cause notre nature profonde.

Notre moi biologique connait parfaitement cette exclusive. Il lutte en permanence contre tout intrus mettant son intégrité en péril.

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Insupportable la prétention à vouloir dominer.

Combien faut-il être stupide pour vouloir l’emporter à tous les coups.

Se prétendre maître et possesseur d’autre chose que de soi-même est ridicule, sinon intolérable.

Aspirer à devenir maître et possesseur de soi constitue déjà un immense défi.

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Descartes, et l’interprétation qu’on en a faite, nous égare. Le chantier n’est jamais clos. Pas question de retraite anticipée, ici, ni de maison de repos autre qu’éternel. En attendant, poursuivre le débat parce qu’on ne peut pas raisonnablement l’éluder.

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Descartes inutile et incertain ( ?)

L’homme n’est pas c qu’il est, il est ce qu’il se fait ( ?)

Si l’homme n’est ni ange, ni bête, qu’est-il alors ?

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Jésus n’a pas ri sur la croix, parait-il. Sans doute eut-il mieux fait.

Cette abstention justifie-t-elle de s’interdire la joie, de rechercher la mortification, et de se sentir coupable d’exister en raison d’un péché originel ?

Pour ce que rire est le propre de l’homme.

Rire, s’esclaffer, humaine condition, absolue, nécessaire.

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Malgré d’innombrables progrès matériels, le monde va si mal depuis si longtemps, qu’il apparait vain de vouloir en changer le cours. Mais l’utopie...

Et pourtant elle tourne.

De nos jours beaucoup de hâte pour l’irrémédiable. Non contents de s’attaquer à eux-mêmes en d’interminables guerres fratricides où les monothéismes servent de poudre à canon, les hommes s’attaquent à la planète.

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La rencontre comme antidote possible ? Trinquer du mot pourrait fertiliser à peu de fais l’indispensable utopie. Capacité de la parole, si puissante que souvent elle effraie.

Pouvoir de négation et opposition non violente, les partager, font plus que force ni que rage.

Sancho Pança, Leporello, Sganarelle, champions d’évidences.

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Vanité absolue de la quête de marques de réussite. Les galons n’ont jamais fondé l’autorité réelle. Pas plus que le chromes ne font la qualité de la voiture, ni les parures la beauté ou la générosité.

A quoi bon les colifichets sociaux ?

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(à suivre)

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 18:12

A Marseille, le Musée Regards de Provence révèle jusqu’à la mi-novembre un ensemble de peintures de Joseph Inguimberty (Marseille 1896 - Menton 1971).

Après un début de carrière prometteur, lauréat de divers salons nationaux, il séjournera en Indochine de 1925 à 1946, où il participera activement à la création et au développement d’une Ecole des Beaux-Arts du Viêt-Nam, à Hanoï. De retour en France, il n’aura de cesse de chercher à fixer paysages et lumières de Provence.

Que ce soit en France ou en Indochine, sa capacité à saisir les gestes et attitudes corporelles des travailleurs des champs, des dockers de Marseille, ou de personnes diversement occupées, est remarquable. De même que son sens de la lumière.

L’hommage que lui rend cette exposition témoigne essentiellement de la constance de son travail. Fidèle à la tradition de l’Histoire de l’Art, il s’inscrirait plutôt dans un post-impressionisme.

Modeste, mais déterminé à suivre sa voie, il se tient à l’écart de la mode des révolutions formelles propres à son temps. Cette détermination a peut-être contribué à son choix d’une installation en Extrême-Orient pendant plus de vingt ans, loin des turbulences avant-gardistes parisiennes.

Jeune, il fut tenté par des études d’architecture. L’attrait pour cette discipline est particulièrement évident dans sa grande toile de 1923 (il a 27 ans) intitulée Déchargement du plâtre (230x435 cm). La composition parfaitement équilibrée, l’ancrage au sol et la tension physique des dockers, la puissance des chevaux, sur fond de cathédrale Major, en font un véritable morceau d’architecture monumentale, dans le style de l’art déco des années 20.

Les scènes tonkinoises constituent souvent une orchestration de touches colorées. L’agencement complexe des paysages de rizières, et l’articulation des masses montagneuses, témoignent d’un remarquable souci de l’essentiel, comme d’un sens de la composition. Ce qui éclatera, une fois revenu en France, dans de nombreuses vues de cargos et de paquebots, à quai au port de La Joliette, peintes dans les années 50. Les audaces d’agencements ou de sobriété expressive sont alors parfois surprenantes de culot et de réussite.

Nous retrouvons fréquemment son goût pour l’urbanisme rural ou urbain dans plusieurs peintures de son retour en Provence (paysages et villages - Saorge, posé à flanc de montagne comme des claviers face à un buffet d’orgue -,  toitures de Villeneuve-lès-Avignon, vues de Menton ou de Marseille, port, collines, calanques).

Habitué des paysages écrasés de soleil, sa palette est faite de couleurs sourdes, parfois ternies par un grisé que connaissent bien tous ceux qui ont l’expérience d’une lumière de plomb.

Le choix des sujets témoigne toujours d’une humilité certaine. Il rend compte de ce qu’il voit, comme il le voit, il ne cherche nullement le sensationnel. Il décrit la surprenante beauté du quotidien si souvent ignorée. Ses aplats et ses figures silhouettées ignorent la complaisance maniériste des petits maîtres.

Ce qu’il peint est banal, mais vrai, à la portée du regard de chacun, d’autant plus difficile à rendre de ce fait. Etre aussi juste n’est pas donné au premier venu.

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Une exposition fort aimable, bien composée, bien accrochée, aux dimensions satisfaisantes, dans un lieu convenablement aménagé.

Une occasion de rencontrer un peintre véritable demeuré cependant confidentiel, malgré sa présence passée dans des galeries de renom.

S’il fallait trouver des influences possibles à cette peinture, ou effectuer des analogies, Matisse – Nikki et les magnolias ;  Jeannette, Michel et Nikki ; Nature morte devant la fenêtre –, Bonnard – Mimosas devant la fenêtre -,  Gauguin, de Staël, pourraient venir à l’esprit.

Inguimberty est avant tout lui-même.

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Un catalogue aux illustrations convenables est disponible au Musée (26 €). Dommage que les œuvres ne soient pas toutes datées, dans le catalogue comme sur les cartels.

Des images sont visibles sur Internet (« Inguimberty Joseph, peintre »), ou sur le site du Musée Regards de Provence. 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 17:48

Mes deux derniers billets – « Législatives, idiotie collective, reprise de soi » et « Béatitudes » – ont donné lieu à divers commentaires, transmis directement ou via mon blogue.

Après avoir remarqué une fois de plus que la lecture est une activité souvent propice à un excès de vélocité (influence du zapping à la télévision ?), conscient d’une tendance personnelle à parfois couper un peu court, cela m’incite à préciser quelques points.

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1 – L’idiotie collective correspond à celle des économistes, des financiers, des industriels, des politiciens, des « experts », et de la majorité de la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle.

Mais aussi à celle dont chacun d’entre nous fait preuve de temps à autre.

S’il y a idiotie, c’est qu’il y a défaut d’intelligence, aberration, manque de bon sens, et perte de contact avec le réel.

Cela posé, je tiens pour idiots dangereux de la pire espèce :

- Les politiciens et les généraux qui mènent des guerres vouées à l’échec parce que faussement conçues et mal décidées, qui renversent des gouvernements étrangers sans préparer d’alternative autre que la création d’enclaves où fermentent la culture du fanatisme et les trafics si chers aux mafias de tous genres.

- Les économistes patentés qui appellent à toujours réduire les charges des plus riches, à supprimer les aides sociales des plus démunis et justifient le report sine die d’une véritable remise en question des pratiques fiscales.

- Les industriels multinationaux mus par le seul souci de l’accroissement de la rentabilité des capitaux investis, qui empoisonnent et saccagent la planète, détruisent des emplois, et réduisent les salaires toujours trop élevés.

- Les banquiers qui créent et entretiennent des bulles financières, ménagent des paradis fiscaux, et infligent des dettes fictives aux citoyens, avec la complicité de pouvoirs politiques asservis.

- Les médias qui se font complices de tout cela (ils sont aux mains des précédents).

 J’ajoute à cette liste tous ceux d’entre nous qui par leur passivité, leur lassitude, leur sens du réalisme quotidien, ou leur bulletin de vote, donnent leur aval à cet état de fait (occasionnelles ou non, personne n’est à l’abri de ces manifestations symptomatiques).

Ce qui revient à accepter les faits accomplis, donc la force brutale, quel qu’en soit le déguisement.

Ce qui rend progressivement incapable de nommer l’inacceptable et entraine un permanent déni du réel, donc une anémie sévère de la capacité d’indignation.

Syndrome de ce qu’un enseignant-chercheur à Paris I Sorbonne (Paul Zawadzki) relève dans un article récent comme « réalisme collabo » (c’est-à-dire résignation à l’injustifiable).

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2 – Comment interpréter l’inflation de candidats aux élections législatives ?

Doit-on se féliciter d’un engouement pour une nouvelle forme d’engagement public, ou bien peut-on y voir l’expression d’une foire d’empoigne et d’une course au financement public de la vie politique ?

La mise en relation de ce phénomène avec le niveau record (51,3%) des abstentions au premier tour parait indispensable.

Dès lors, que fait-on de ce constat, beaucoup trop occulté sans doute par des « experts » peu diserts ? Désintérêt, avec inscription de toutes les dérives possibles de la part d’un Pouvoir beaucoup trop sûr de lui, ou opposition sourde lestée de menaces porteuses d’affrontements redoutables ?

Le fait que la partie semble jouée d’avance explique peut-être en partie ces abstentions, ce qui, à terme, risque de contribuer sérieusement à la fragilisation d’une majorité sans fondations solides.

Notons par ailleurs que le renouvellement du personnel politique est peut-être plus apparent que réel. Parmi les candidats nouvelle manière, nombreux sont ceux qui ont déjà eu des engagements électoraux, aussi bien que ceux qui sont issus des classes dirigeantes d’entreprises ou des professions libérales. La nouveauté ne tient alors qu’à leur inexpérience passagère du fonctionnement de la machine politico-administrative.

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3 – Faire confiance ou non à la nouvelle équipe ?

Comment faire confiance, même un peu, à des gens qui ont clairement déclaré leur adhésion à un programme aussi régressif (répressif ?) que celui annoncé par le Président, et déjà initié par les « lois Macron et El Khomri » ?

Comment faire confiance à des gens qui acceptent l’idée d’une banalisation coutumière des lois d’exception qu’implique l’état d’urgence ?

Comment croire à une véritable négociation avec des syndicats acculés, si peu représentatifs, reçus surtout pour donner le change ? (Ce que vient de relever publiquement la CGT.)

Comment imaginer que le Parlement puisse disposer face aux décisions imposées d’un autre dernier mot que celui de son assentiment à sa dépossession ? L’acceptation des ordonnances sera-t-elle autre chose que cela ? Où en est la République quand on veut faire marcher l’Assemblée législative au pas cadencé ?

L’énorme majorité qui se profile risque à la fois d’être écrasante, c’est-à-dire source d’ankylose, et en même temps origine de dangereuses faiblesses, les individualités se révélant un jour ou l’autre susceptibles de renâcler face à leur mise au pas. Donc grosse d’affrontements redoutables, nourris de haines, de trahisons, et de fanatismes.

Faire confiance, n’est-ce pas pour une bonne part accepter de se démettre au nom d’un réalisme fataliste ?

Ne pas nous satisfaire de la réalité, réfuter l’angélisme accueillant toute solution pourvu qu’elle soit moralement apaisante, garder notre capacité d’indignation, paraissent des devoirs élémentaires pour le maintien d’une Liberté vacillante. Il s’agit là sans doute d’une exigence fondamentale, qui est d’entretenir et de conserver la capacité de nommer l’inacceptable pour le mieux dénoncer.

Le déni de la réalité commencerait par l’absence d’indignation. Donc par le consentement abandonnique.

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4 - Emmanuel Macron renouvelle le Sermon sur la montagne. Il est incontestablement très doué et fort talentueux. Ses premiers pas en tant que Président sont impressionnants de maestria.

Il séduit, et agrège autour de sa personne. Le mythe du Renouveau s’incarne ; les disciples affluent.

Produit de la finance et des médias, il a remarquablement su saisir toutes les opportunités ; ses capacités de stratège, puis de tacticien sont peu communes. Son parcours politique relève de l’exceptionnel.

Il est un personnage rare, qui pousserait à évoquer Bonaparte (bien sûr, les analogies sont souvent sujettes à caution). Sa maîtrise de la propagande, certains hésitent encore et disent pudiquement la communication, en fait un homme d’autant plus redoutable que les apparences sont aimables, car policées.

Il est à craindre que nous ayons sous peu des réveils douloureux. L’excès de Pouvoir s’est souvent révélé pathogène au fil de l’Histoire, notamment dans le passé des proches 19e et 20e siècles, comme au début de celui-ci.

La monarchie élective que nous connaissons avec la Constitution actuelle ne nous met guère à l’abri d’excès sur ce plan.

 La France n’a pas fait le deuil de sa tradition monarchique, elle attend toujours le grand homme. Patiente, elle numérote ses Républiques comme jadis ses Rois.

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5 – Jean-Luc Mélenchon passe aux yeux de beaucoup pour déplaisant, sinon dangereux.

A quoi tient sa difficulté à capitaliser et à faire fructifier les bons résultats lorsqu’il en réalise ?

Issue d’une conversation récente, une hypothèse s’est récemment présentée.

Il pointe souvent avec clarté et pertinence les points essentiels à la compréhension des situations et des enjeux. Il va droit au cœur de cible, sans la moindre précaution oratoire. L’apparence de brutalité que cela implique fraie le chemin du scepticisme.

Si son discours tribunicien est fréquemment celui d’un pédagogue (il est vraiment le seul dans ce cas), il se laisse emporter par la vigueur de son propos, sa véhémence, et son désir de convaincre à l’arraché. Il ne parvient pas à se retenir de dispenser des leçons de morale ou à se montrer hautain lorsqu’il sent poindre une difficulté.

Il apparait alors violent et dominateur aux hésitants, pour lesquels l’apparence l’emporte sur le fond. Du coup, son propos devient suspect, donc fallacieux ; la manière dilue d’autant plus volontiers le discours dans les sables du doute qu’elle déçoit une amorce d’attention. Et les commentaires hostiles ont beau jeu de venir ameublir et ensemencer le terrain des préventions.

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6 – Appendice mémoriel, en marge :

Les Quelques réflexions sur la singularité d’être français de Roger Vailland conservent-elles aujourd’hui quelque intérêt autre qu’historique, malgré  leur pertinence ?

La Liberté chantée par Paul Eluard aux heures noires de l’Occupation pourrait-elle connaître à nouveau la formidable audience qu’eut le poème éponyme en son temps ?

A l’heure de la surveillance électronique généralisée, des mesures d’urgence banalisées, de la brutalité financière mondialisée, de la xénophobie et de la discrimination, reste-t-il réellement quelque besoin de liberté au cœur de chacun ?

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:35

La presse le désignait à la foule des électeurs, parce qu’une assurance juvénile émanait de lui, et qu’il avait accompli un parcours exemplaire pour accéder au Palais des Champs-Elysées.

Il leur avait dit :

Heureux les pauvres en pensée,

Heureux les aveugles, et les crédules,

Heureux les désespérés, les aigris, les prêts-à-tout, les champions du moindre mal.

Heureuse la Très Sainte naïveté.

Grace à moi vous serez bientôt dans la sérénité et le respect international retrouvés !

Réjouissez-vous et travaillez d’arrache-pied sans attendre le secours d’un Code du Travail totalement périmé, votre récompense sera dans les Ordonnances à venir.

Ingérez sans discuter les potions magiques qui vous seront prescrites, leur aigreur vous sera salvatrice.

Tressaillez d’allégresse, votre récompense sera dans la disparition de l’Etat d’urgence devenu pratique banale et quotidienne.

Bienheureux riches et possédants, je suis votre consolation !

Ignorez ceux qui vous maudissent, ils sont dans l’erreur la plus profonde car ils n’ont jamais rien réussi aussi bien que vous.

Marchez résolument vers eux, étouffez-les de votre détermination.

Donnez à quiconque exige de vous et n’attendez plus rien des Prud’hommes, idoles sacrilèges.

Offrez à la Nation vos acquis, sans hésitation ni murmure.

Payez taxes et impôts sans rien attendre en retour.

Apprenez à reconnaître le bon guide, et faites-lui confiance aveugle.

N’écoutez pas les prophètes de malheur, chassez les de la Chambre où ils veulent entrer pour vous tromper !

Soumettez-vous, c’est pour votre seul bien !

La révolte et le refus ne conduisent qu’à la haine et au déchirement.

Ne jugez point, ne blâmez point, votez ainsi qu’il convient.

Je vous apporte l’apaisement.

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 11:31

L’idiotie collective est au mieux de sa forme.

La doxa économique se préoccupe de la réduction de Ladette, bien plus que de la fuite des capitaux et de la lutte contre l’existence de paradis fiscaux à nos portes.

Les financiers inventent des bulles hors sol dans lesquelles ils cultivent des plus-values sources de dettes virtuelles, de crises réelles, de destruction massive des emplois.

Les industriels multinationaux brevètent le vivant et empoisonnent la biosphère sans aucune vergogne. Ils veulent toujours plus.

Les politiciens se succédant au pouvoir entretiennent le mythe de Lacroissance. Ils pourchassent les profiteurs planqués parmi les démunis et les laissés pour compte. Ils traquent les immigrés affamés. Ils organisent la destruction du droit du travail et glosent sur la permanence d’un chômage de masse.

Des experts et consultants de tous poils pérorent lors d’émissions à forte audience. Ils justifient l’existant a à coup d’arguments fallacieux, de graphiques truqués et de théories vaseuses.

La plupart des intellectuels portent ailleurs leurs regards, ou bien parlent dans le vide.

La presse avide de croustillant relaie mensonges, contre-vérités et fausses mises en perspective. A quelques exceptions près, elle est aux mains de nuisibles majeurs tenant fermement en mains les manettes conduisant au naufrage général.

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Si l’idiotie collective est au mieux de sa forme, nous savourons le spectacle, idiots collectifs que nous sommes.

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Emblématique, Donald Trump est le champion toutes catégories confondues de la crétinerie universelle. La France abrite quelques-uns de ses clones dont les plus visibles ont été éliminés (jusqu’à quand ?) lors des primaires de la présidentielle.

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Dans quelques jours, le premier tour des législatives.

La fête continue.

Des candidats à foison, quelques slogans, des anathèmes, des querelles de voisinage, des ragots, des rumeurs, des rancœurs.

Où est le fond, où réside un effort de pensée ? Alors ne pas voter, s’abstenir ?

Si pendant longtemps je fus adepte de ce type de retrait, la présidentielle m’a rappelé la nécessité du chemin des urnes, malgré une forte prévention contre ce système absurde de délégation abandonnique et fainéante.

Dans quelques jours, le premier tour des législatives. La fête continue. Certes, et c’est à nous de nous exprimer clairement.

Le système a failli, le système est pourri, il est à changer. 

Cette idée chemine, elle pourrait signer  la fin d’une pensée d’une pensée magico-religieuse.

C’est à nous de prendre, de reprendre, la parole. De dire haut et fort ce que nous ne voulons plus, ce que nous refusons par avance.

C’est à nous de choisir, de prendre la responsabilité de nos engagements. C’est à nous de ne plus rien attendre de la Providence et de ses émissaires patentés.

Le choix est simple : continuer à se soumettre, à choisir de ne pas choisir (le fameux moindre mal), ou bien refuser de prolonger les courbes et de les accentuer, comme cela nous est ouvertement proposé par un pouvoir exténué ou prétendu « En marche ».

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Une grande partie du pays est laissée en jachère, les libertés élémentaires sont menacées, la régression colore l’horizon proposé, le monde est en faillite intellectuelle et morale. Il dépend de chacun d’entre nous de tenter de renverser la vapeur !

Jusqu’où continuerons-nous à être des idiots consentants ?  

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 07:16

L’Histoire a-t-elle tendance à se reproduire ?

Elle ne se reproduit jamais à l’identique.

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Il est certain qu’elle n’enseigne rien.

Elle permet seulement de connaître et de comprendre.

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Plus jamais ça ! Que ça vous serve de leçon !

Quelle est la leçon ? Où est-elle ?

Il n’y a jamais de leçon.

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Rien ne  s’apprend, tout s’efface et s’oublie.

Intransmissible, l’expérience vécue par d’autres.

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L’Histoire est étrangère à chacun.

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Le Progrès, illusion complète, mensonge absolu, boite de Pandore.

Perpétuation du même sous des formes variables.

Changer pour mieux dissimuler et maintenir.

Miroir aux alouettes, leurre, rideau de fumée.

Pacotille, faux nez.

Thérapies  souhaitables : Rabelais, Montaigne, Voltaire, Diderot.

Refuser, résister : pratiquer l’Art.

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Eppure  si muove (attribué à Galilée, condamné par le Saint-Office le 22 juin 1633, réhabilité en 1992).

 

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 18:54

Comme d’autres, j’ai vécu le temps de la campagne présidentielle avec un intérêt croissant, allant de l’indifférence totale à une décision de vote clairement assumée au nom d’une fidélité à ce que j’estime essentiel.

Cela après bien des hésitations, voire un réel désarroi débouchant sur un malaise profond ne correspondant à aucun souvenir de situation analogue.

Cette période fut empreinte d’invraisemblables péripéties survenant à jet presque continu. De révélations en dénégations, de mensonges en confirmations, de postures éphémères en lâchages spectaculaires, de faux-semblants en dissimulations honteuses, d’évitements en oublis, l’arsenal complet des vilénies fut étalé sur la place publique.

De très nombreuses décisions d’abstention proviennent sans nul doute d’un écœurement généralisé. Peu à peu une angoisse collective s’est diffusée puis installée, au bénéfice de pressions de tous bords. La raison s’est mise à vaciller, cédant le pas à des comportements de panique. Nous nous trouvions dans une situation d’urgence face à un péril majeur. L’entretien de la peur mené de main de maître pendant plusieurs années rencontrait un champ d’application inespéré.

Des images inattendues du passé me sont apparues lors de ces semaines si chargées. Troublé par leur survenance les évocations dont elles sont porteuses me paraissent suffisamment fortes pour en faire état. Il ne saurait toutefois être question de songer à les présenter comme des analogies probables. Cela serait abusif. Le seul fait qui puisse importer tient au moment de leur résurgence ; les associations d’idées ne se forment pas par pur hasard.

Au lecteur de décider de leur éventuel degré de pertinence, ou de les ignorer.

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Juin 40 : En provenance de Blois, nous étions parvenus aux rives de l’Adour ma mère et moi, après quelques vicissitudes fort peu originales au moment.

Bien qu’enfant alors, je me souviens de la demande d’armistice par un pouvoir aux abois.

Il s’agissait d’une reddition et d’une soumission aux conséquences d’une absence totale de maitrise des situations antérieures. Le Front populaire balayé par ses adversaires, miné par ses dissensions, avait échoué. Après de nombreuses rodomontades les responsables du désastre prétendaient sauver la mise en abandonnant la lutte. Une honte rageuse et apeurée se mêlait à un profond sentiment d’impuissance. Pétain faisant don de sa personne à la France (sic) était l’homme providentiel dont le pays défait avait besoin. S’en remettre à lui allait de soi pour le plus grand nombre. Il fallait un chef vénérable à une nation atterrée. Ce fut ma première rencontre, marquante, avec la notion d’homme providentiel...

1940 – 1944 : Face à l’inéluctable une politique de collaboration s’exerça sans aucune vergogne. Il s’agissait de tenter de sauver le peu qui pouvait l’être. La recherche et l’entretien d’un moindre mal en quelque sorte. Eviter le pire ! Ce qui revenait à admettre la servitude, voire à l’entretenir et à la favoriser.

Les exigences croissantes de l’occupant ne fortifièrent que très progressivement la résistance, très minoritaire au départ. La répression eut loisir de se mettre en place et d’exercer sa violence.

Août 1944 : Libération, chasse aux collabos, recherche de boucs émissaires et justice expéditive, révélation  de résistants de la dernière minute.

Ces souvenirs imagés se sont présentés par bouffées d’autant plus surprenantes qu’inattendues, entre les deux tours de l’élection présidentielle.

Le tout sur la toile de fond d’un échec cuisant de la pseudo gauche dénaturée depuis des décennies ; naguère si bien illustrée par Guy Mollet.

2017 : Cette soi-disant gauche a échoué, sinon trahi les causes qu’elle prétend défendre depuis des lustres. Elle est en miettes. Lassitude, fatalisme, perte de repères, absence de projet réel, la caractérisent. Elle tente maladroitement de faire pression, de développer une  propagande en faveur du moindre mal.

Ses tentatives de résistance et de regroupements tournent à vide, comme son discours.

Une partie de ses représentants se réjouit à nouveau de l’élection d’un « homme neuf ». Certains   vont même jusqu’à défendre la constitution d’un gouvernement de compromis, ce qui somme toute n’est pas très loin de la collaboration d’antan et du gouvernement pétainiste d’union nationale.

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L’audition très récente des « Chants des guerres que j’ai vues », composés par Heiner Goebbels sur des textes de Gertrude Stein écrits en 1942-43, vient de réactiver cette impression de déjà-vu fortement éprouvée au cours des toutes dernières semaines.

Ces chants ont fait surgir des impressions de soirées glauques, lourdes de craintes ; celles de l’occupation. L’attention à tout bruit suspect propre aux temps feutrés de l’inquiétude, de l’insécurité, et du mensonge.

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Poursuite de l’Etat d’urgence, gouvernement par ordonnances, célébration appuyée des forces armées, jeunesse du Chef, carrière foudroyante... Vite un manuel d’Histoire, y aurait-il quelque précédent à examiner de plus près ? Oui, c’est entendu, l’Histoire ne se répète jamais à l’identique...

Braves gens, dormez en paix.

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 16:23

Jean-Jacques Ceccarelli, artiste patient et opiniâtre, aussi exigeant que généreux, aux propos toujours vivifiants, une figure incontournable de l’art actuel bien au-delà de son Marseille natal, vient de rendre les armes, vaincu par un crabe qui le tourmentait depuis un long moment.

La nouvelle était attendue, comme toujours, elle prend au dépourvu.

J’ai eu la chance de le rencontrer il y a plusieurs décennies. J’ai eu la chance d’exposer son travail, et même de créer avec lui une œuvre un peu secrète. Il me semble qu’il m’a accordé de l’amitié et qu’il a manifesté quelque intérêt à nos échanges. Il n’était pas homme à feindre.

Comment lui rendre hommage alors que nous sommes très nombreux à lui adresser bientôt un ultime adieu ?

L’idée m’est venue de reprendre quelques-unes des notes écrites à l’occasion de nos rencontres, comme la trace d’une conversation informelle.

Diverses périodes de son travail sont évoquées.

- 1 -

Ne partant jamais d’une idée préconçue, l’artiste s’applique à des séries dont le cours du temps constitue la matière principale.

Il part d’un premier geste, observe et constate ce qu’il advient. Il s’efforce alors d’accompagner le surgissement en cherchant un équilibre parfois très instable. Les formes se groupent, s’articulent, s’enlacent, se modifient selon leur gré. Le dessin se constitue en un en-cours permanent, comme un journal intime auquel chaque jour apporte son épisode.

Lorsqu’un format parait abouti, il convient de poursuivre sans délais, dans la continuité immédiate. L’artiste se fait ainsi témoin permanent de son propre travail. Ses dessins jouissent d’une forte autonomie, ils vivent une vie bien à eux. La minutieuse progression qui les relie rend toujours saisissant l’ensemble.

L’immuable écoulement des instants s’écrit sans discontinuer, il se prolonge, il se développe. De curieuses chorégraphies immobiles s’organisent (le mouvement n’est pas trop ce qui l’intéresse), des glissements graduels s’imposent en un jeu thématique dont l’existence procède de la capture d’éléments qui s’engendrent mutuellement. Le dessin d’origine est peu à peu altéré, comme absorbé par son devenir : il rencontre et provoque des identités variables par le jeu d’enfouissements, de disparitions, de transparences veloutées ou d’interventions multiples.

Progressivement, de la pensée, du silence, du labeur, apparaissent pour qui s’attache à considérer ces suites de travaux. L’indécis, l’évanescent, l’entre-deux prennent sens, une sorte de fondu enchainé permanent se manifeste.

Une même écriture se développe ainsi d’années en années avec une saisissante cohérence. L’œil s’empare de la main pour lui indiquer à partir de quoi elle peut rebondir. L’attention se fixe sur des détails et des complémentarités, initiateurs possibles d’histoires nouvelles à laisser venir.

Ceccarelli exige de lui-même comme de l’autre. Souvent impitoyable, parfois redoutable, son propos est toujours vivifiant, parce que juste.

Il prolonge parfois son travail par la réalisation de livres hors normes, exemplaires uniques ou très peu nombreux.

Il réalise également de curieux objets indéfinis, des boites magiques ou de mini totems, à partir d’éléments glanés au hasard de cueillettes urbaines. Etranges cadeaux qu’il aime à offrir.

Il s’est aussi essayé à l’art de la céramique en compagnie de spécialistes de Moustier.

Sa correspondance privée est toujours véhiculée par de très délicates cartes postales qu’il confectionne à partir de macules, et adresse régulièrement à quelques heureux destinataires.

- 2 -

L’application de Jean-Jacques Ceccarelli possède quelque chose de monacal. Elle est lentement attachée à la poursuite acharnée d’un travail de découverte progressive de ce qu’il se présente, à mesure que celui-ci se développe. Elle fait penser à la quête d’excellence comme à la patience des moines copistes. Le support employé est à peu près toujours le même, un papier pur chiffon découpé selon deux ou trois formats invariants auxquels sont proposés selon les périodes, de la gouache, des collages, du brou de noix, des jus de rouille, des transferts, des frottages ou des poussières de pastels, ainsi que de la durée.

- 3 -

Dans son atelier de la rue Estelle, Ceccarelli poursuit un travail opiniâtre de guetteur de formes.

Au fil des années, il fixe sur de grands formats de papier l’évolution patiente de ce qu’il lui apparaît. La continuité assidue de sa démarche saisit. Il y a beaucoup d’acharnement là-dedans. Après une longue période où des flaques plus ou moins orientées déterminaient ce qu’il devait advenir, des formes humanoïdes, vagues pantins plus ou moins colorés et hachurés, se présentent depuis plus d’une année.

Jean-Jacques ne part jamais d’une idée préconçue. Il pose un premier geste et constate ce qu’il se passe, qu’il s’efforce d’accompagner, en équilibre instable. Les formes se groupent, s’articulent, se modifient indépendamment de l’artiste, semble-t-il. Sa seule contrainte est celle du format d’accueil, toujours identique. Son dessin est comparable à l’écriture quotidienne d’un journal de bord. Il sait qu’il doit chaque jour ajouter un nouvel épisode, mais il ignore totalement de quoi il s’agira. Il se contente d’accepter et de recueillir. Lorsque le format lui semble abouti, il arrête et entame le suivant, dans la continuité immédiate. Il se constitue ainsi comme témoin de son propre travail, ses dessins jouissent d’une réelle autonomie.

- 4 -

Les formes qui viennent en ce moment s’apparentent plutôt aux silhouettes des danses macabres, celle de La Chaise Dieu en particulier, allure générale et comportements. Voilà bien des années, il dessina des séries de gisants, qui semblent aujourd’hui réapparaitre avec un aspect plus leste cette fois. L’humour y trouve une place. Si le mouvement devait s’inscrire, il ne serait lisible que dans la relation des planches successives, sortes de plans séquences. Son attention se fixe plutôt sur des détails et des complémentarités, possibles initiateurs d’histoires nouvelles à saisir, à laisser venir.

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Nous sommes nombreux, Jean-Jacques, honorés de ton estime, à apprécier ton talent, ton intelligence, et ton exemple de rigueur cohérente.

Adieu et Merci !

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