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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 09:33

Deux livres très récemment lus traitent de la marche, celle qui consiste à mettre un pied devant l’autre et à recommencer :

- Frédéric Gros, Marcher, une philosophie (Flammarion, Champs essais, 2011, 310 p., 8,20€) ;

- Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs (Gallimard, 2016, 42 p., 15€).[1]

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Frédéric Gros, professeur de philosophie, et assurément marcheur lui-même, aborde le sujet en... professeur de philosophie. Non sans toutefois situer d’entrée de jeu le thème au niveau convenable : « Marcher n’est pas un sport. (...) Pas de résultat, pas de chiffre (...) On a bien essayé pourtant de créer un nouveau marché d’accessoires (...) On tente bien de faire entrer l’esprit du sport : on ne marche plus, on « fait un trek » (...) La marche on n’a rien trouvé de mieux pour aller plus lentement (...) il n’y a qu’une performance qui compte : l’intensité du ciel, l’éclat des paysage. Marcher n’est pas un sport. »

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Plusieurs chapitres sont consacrés à des exemples de marcheurs, parfois promeneurs, célèbres. L’intérêt principal de l’ouvrage, mais aussi sa faiblesse, réside en cela.

Ainsi, nous rencontrons au fil des chapitres :

- Nietzche, Pourquoi je suis un bon marcheur ;

- Rimbaud, La rage de fuir ;

- Rousseau, Les rêves éveillés du marcheur ;

- Thoreau, La conquête du sauvage ;

- Nerval, L’errance mélancolique ;

- Kant, La sortie quotidienne ;

- Gandhi, Mystique et politique ;

- Hölderlin, Marcher dans le retrait des lieux.

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Fort intéressant, son livre demeure un ensemble de réflexions beaucoup plus intellectuelles que sensibles. Si la part faite à des réflexions personnelles est importantes, celles-ci sont souvent formulées avec une prise de distance les sollicitant vers la théorisation universitaire. Ce qui les affadit et peut laisser le lecteur sur sa faim. Dommage, car l’ensemble est riche.

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D’une toute autre facture est l’ouvrage de Sylvain Tesson.

Ecrivain marcheur, marcheur écrivain, l’auteur nous livre un récit sous forme de témoignage d’une expérience singulière, celle de la récupération partielle et progressive de ses capacités physiques. Tout en ne ménageant pas les allusions littéraires ou artistiques, ainsi que les réflexions générales, Sylvain Tesson nous livre de manière charnelle, authentiquement vécue, sensible et quasi quotidienne, le défi à lui-même lancé : parcourir une diagonale du Mercantour au nord Cotentin, en suivant le plus possible ces chemins noirs, apparents sur les cartes de l’IGN, mais souvent disparus sur le terrain. Cela après une chute qui faillit le laisser brisé à jamais, définitivement en miettes.

« Un médecin m’avait dit : « L’été prochain, vous pourrez séjourner dans un centre de rééducation. » Je préférais demander aux chemins ce que les tapis roulants étaient censés me rendre : des forces. (...) Je fis les premiers pas en pensant que si je réussissais cette traversée de la France, ce serait une rémission. Si je n’y parvenais pas, je prendrais mon échec pour une rechute. Elle était loin, la perspective de guérison ! Aussi loin que le Cotentin ! Je plaçais mon salut dans le mouvement. »

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Elaborer son itinéraire, le construire et le prolonger jour après jour, se révéla très vite tâche ardue. En effet, l’aménagement du territoire conçu par « une batterie d’experts, c’est-à-dire des spécialistes de l’invérifiable », a peu à peu anéanti la richesse patrimoniale de la ruralité. Par les champs et par les grèves de Flaubert serait plutôt aujourd’hui « Par les ZUP et par les ZAC »... Bientôt la mise en réseaux et la Wi-Fi achèveront l’uniformisation des esprits et la mise en conformité de populations parfaitement soumises.

« Il fallait que les hommes fussent drôles pour s’imaginer qu’un paysage eût besoin qu’on l’aménageât. »

La traversée du plateau de Valensole et l’abord de la rive droite de la Durance achèvent de souligner le maléfique des Trente Glorieuses, qui ont profondément modifié le rapport entre l’homme et la nature. « La lavande de Valensole, le blé de Beauce et le poulet martyr étaient le fruit de cette agriculture technique. Dans les années 1960, les commissaires européens avaient décrété que l’agriculture était une industrie comme une autre, qu’élever des vaches ou produire des semelles de caoutchouc répondait aux mêmes lois. » (Combien d’entre nous sont-ils conscients que notre bel aujourd’hui était déjà inscrit dans les années Pompidou-Giscard ?)

Seuls les chemins noirs livrent des issues propres à nous soustraire aux urgences de l’époque. Les  emprunter favorise la satisfaction de « menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l’actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d’armes, ses goûts, ses écœurements (...) En somme se détourner. » 

Le franchissement de la montagne de Lure, voie d’accès vers le Mont Ventoux, offre l’occasion de ce constat : « La force aveugle de l’époque était cette rapidité avec laquelle elle se débarrassait des vieilleries. » Traversée du Comtat Venaissin et rappel d’une évidence soigneusement tue : « Les nourrissons de 1945 avaient tiré à la loterie de l’Histoire le gros lot des années prospères. Ils n’avaient pas écouté Jean Cocteau lançant cette grenade à fragmentation dans son adresse à la jeunesse de l’an 2000 : Il est possible que le Progrès soit le développement d’une erreur. » 

Aux abords du Rhône, évocation émue de Sérignan et surtout de l’Harmas de J.H. Fabre, le patient « Homère des insectes » soucieux de scruter les mystères du vivant. Une remarque vient alors tout naturellement : « Récemment, le chef de l’Etat français s’était piqué d’infléchir le climat mondial quand il n’était pas même capable de protéger la faune d’abeilles et de papillons (Fabre en aurait pleuré). »

Traversée patiente du Massif Central, Bas Vivarais, Cévennes, Mont Lozère, Gévaudan avec « les bâtiments de la prospérité pompidolienne sous les poutres desquels les paysans ruinés pouvaient à présent se passer la corde au cou », Aubrac, Monts du Cantal, plateau de Millevaches, Creuse, et l’Indre, avec un hommage à « toutes les expériences humaines du repli (...) Tous ces reclus avaient emprunté leur chemin noir vers les domaines de la solitude. Ils refusaient l’accumulation des choses, s’opposaient à la projection du monde sur un écran. »

A mesure qu’il avance le marcheur ausculte le pays qu’il traverse pour tenter une synthèse des maux les plus criants qui l’affectent, comme le ferait un médecin interniste. En parallèle, attentif aux réponses de son organisme, il se reconstruit peu à peu, découvrant ce que ses handicaps physiques lui permettent d’acquérir de nouveau : ses chemins noirs les plus secrets.

Acheminement progressif vers la mer dans un pays plat, plus familier, où le cheminement devient plus complexe du fait des « chasses gardées », et des « propriétés privées », clôtures et panneaux dissuasifs. La Gâtine tourangelle où « je croisai un braque qui donnait à son maître l’occasion de marcher », la Mayenne, avec son chemin de halage aménagé par une « Direction du Cadre de Vie » (« Fallait-il être vertueux pour occuper pareilles fonctions ! »), le bocage et la baie du Mont-Saint-Michel, le Cotentin et la fin du parcours.

« La France changeait d’aspect, les campagnes de visage, les villes de forme (...) on pouvait encore partir droit devant soi (...) Il y avait encore des vallons où s’engouffrer le jour sans personne pour indiquer la direction à prendre (...) Il fallait les chercher, il existait des interstices. Il demeurait des chemins noirs... »

 

[1] Ces deux auteurs ont été reçus par Alain Finkielkraut dans son émission radiophonique hebdomadaire, Répliques du 8 juillet 2017.

Cette émission suscite fréquemment l’intérêt en raison de la qualité des invités, bien plus que pour la parole abondante du Maître.

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27 juillet 2017 4 27 /07 /juillet /2017 22:15

 1 -

Écrire est souvent comparé à dessiner. Cela semble assez juste si l’on s’en tient au geste de tracer et à l’habileté faite d’application et d’aisance corporelle qu’il requiert. L’analogie ne s’applique qu’à un type précis d’activité, qui est déposer une empreinte volontaire sur une surface.

Plus précisément, écrire au sens de composer un texte pour s’exprimer s’apparente d’avantage à peindre. Dans l’un et l’autre cas le geste qui consiste à déposer des couleurs ou des mots sur une surface n’est que le résultat d’une intention bien plus vaste. Peindre c’est avant tout appliquer du temps sur une toile qu’il convient de nourrir patiemment touche après touche, selon un mode de recherche de complémentarités et d’équilibres.

Peindre réclame de la distance et de la réflexion. Peindre permet les repentirs.

Je vois un étrange parallèle entre l’acte de peindre et celui d’écrire. Au départ une idée, le plus souvent vague. Des mots couleurs s’avoisinent, un certain recul permet une première évaluation, puis vient le temps de la décantation, du repos préalable à des reprises, des mises au point parfois délicates, des ajouts, des retraits ou un abandon définitif, fruits de patients allers et retours. Sans cesse sur le métier...

Quand peut-on dire d’une toile qu’elle est terminée, qu’un texte est au point ? Il s’agit de labeur. Écrire, peindre, des activités physiques aussi bien que mentales. L’inspiration soudaine ou le don irrépressible ? Jolie fable. La page écrite d’un jet, la toile réalisée d’un seul mouvement ? Sans doute existe-t-il quelques cas « historiques », certainement fort rares. Poser, reculer, apprécier, évaluer, attendre, reprendre, soumettre et achever temporairement. Les manuscrits et les carnets de croquis témoignent.

C’est probablement parce qu’il n’est jamais vraiment satisfait qu’un peintre continue à chercher, c’est vraisemblablement pour une raison similaire qu’un écrivant soutient son effort. A y bien regarder, l’un comme l’autre ne font que décliner une seule et même chose à longueur de vie. Les obsessions de chacun sont inscrites dès les origines. Elles n’ont pas de cesse.

Peindre et écrire ont à voir avec le mythe.

 

- 2 -

Pourquoi lire, pourquoi écrire ? Sans doute pour répondre à une question non identifiée, jamais posée, toujours latente, donc obsédante.

Pourquoi faudrait-il donc que chaque interrogation connaisse un débouché ?

L’écriture comme la lecture auraient-elles alors une raison d’être ?

Comme ces activités dérisoires se perpétuent depuis si longtemps, il faut bien croire que la quête non satisfaite d’une réponse est un moteur indispensable au maintien de l’espèce.

Quelques remarques issues d’une rencontre avec Alberto Manguel :

- Si l’auteur est limité par sa capacité à dire, le lecteur est illimité dans ses possibilités de compréhension. Il est par là totalement imprévisible.

- La lecture est permanente, elle concerne le quotidien de chacun : lire une ville, un paysage, une situation… Lire est un acte naturel. Lire pour se situer, pour se repérer, pour vivre.

- Le lecteur s’inscrit toujours dans la suite de tous ceux qui l’ont précédé, même si ce qu’il découvre est nouveau pour lui. La lecture, acte individuel par excellence, ouvre sur une mise en relation parfois vertigineuse.

- Lire est un acte politique majeur, puisque cela engage la réflexion, donc la possibilité d’une contestation. D’où le faux-semblant de toutes ces manifestations officielles en faveur du livre, le faux-semblant de tout Ministère de la Culture, simple gadget du Pouvoir, toujours soumis à la portion congrue.

Les Pouvoirs ont tous toujours le plus grand intérêt à développer et à entretenir l’illettrisme, de même qu’ils décident de la censure, voire de la destruction par le feu des ouvrages ne leur convenant pas. L’enseignement de l’ignorance est leur plus fidèle allié.

Aucun homme de pouvoir ne s’intéresse vraiment à la lecture, car il ne peut véritablement admettre de concurrence ; mais la sacralité du livre est telle que nombreux sont ceux qui se piquent d’écriture pour parvenir à s’acheter une renommée.

Le dérisoire de ces photos officielles sur fond de rayonnages garnis de livres, ou de ces portraits un livre à portée de main.

- Lire, c’est prendre son temps, c’est ne rien produire, c’est s’abstraire de l’agitation ambiante ; tout le contraire de la vitesse, de la consommation, de la marchandisation, du toujours plus.

- La bibliothèque comme auto portrait : un regard porté sur les livres disposés, les contenus, le classement, les dimensions, l’ordonnance générale, pour approcher qui est l’autre.

- La lecture précède sans doute l’écriture, puisque, pour savoir écrire, il faut savoir lire.

- Traduire fidèlement c’est nécessairement interpréter, voire compléter ou adapter : ce que dit une langue particulière ne peut être dit de la même façon par une autre. Fausseté évidente du mot à mot, duperie certaine.

 

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Les enjeux fondamentaux peuvent-ils jamais varier ? Rien ne semble l’établir. Intemporels, Pétrone, Apulée, et leurs compères « romanciers » grecs ou latins, parlent de nous aujourd’hui.

Si des œuvres sont uniquement préoccupées de leur immédiateté jusqu’à se proclamer éphémères, d’autres demeurent le lieu de multiples temporalités référées les unes aux autres. Si des œuvres contemporaines marquantes paraissent parfois hors de la chronicité, c’est que des temps divers se mêlent en elles. Dates, époques, périodes, ne comptent plus, dès lors. Picasso, par exemple, nous en a offert une lumineuse illustration avec la fréquentation assidue de ses prédécesseurs.

Montaigne, Shakespeare, Rabelais, Cervantès, Fra Angelico, Masaccio, Franz Halls, Rembrandt, Vermeer ou Goya nous sont contemporains, au même titre que les artistes aujourd’hui actifs. Ils témoignent de l’exigence d’un temps éternel qui est le nôtre.

Cependant, l’actualité brouille en permanence les distinctions entre les arts, les manières de faire, mais aussi les époques. Par ses ruptures, ses dissidences et ses emprunts, elle maquille et confond à plaisir les limites entre ce qui est art et ce qui ne l’est pas. Elle se joue de la pensée, qu’elle récuse comme pernicieuse.

Par son recours aux performances et aux installations, un certain art d’aujourd’hui (que l’on dit abusivement contemporain) se revendique souvent fête primitive. Il est comme fasciné par l’archaïque, le brut, le non élaboré, l’éphémère. Son goût pour les friches industrielles, symboles de la déchéance (mais aussi d’une régénération espérée), pourrait l’apparenter à une croissance généralisée d’une attirance pour le chaos originel.

 

- 4 -

Alors qu’une peinture peut hypnotiser le regardeur occasionnel en lui faisant perdre tout repère immédiat, les images des images, les commentaires sur les images, l’imaginaire et la glose des exégètes s’additionnent et composent un sfumato masquant le tableau. Comme le dit Daniel Arasse On n’y voit rien.

Revenons vite à nos émotions premières, accueillons-les, tentons de les comprendre et, ensuite seulement, de les référer.

Ce que nous reconnaissons n’est souvent que le souvenir de choses vaguement vues ; ce que nous apprécions n’est parfois que la trace d’une culture auto-satisfaite. Se défier du déjà connu requiert beaucoup de vigilance.

L’œuvre est avant tout un ensemble de propositions. A nous de les découvrir, de leur donner sens, de nous les approprier.

Le tableau s’offre immédiatement de manière souvent déroutante, c’est un paysage mental (cosa mentale selon Léonard) à éprouver pour en apprécier les éléments et la structure.

Si le replacer dans son cadre historique est un souci normal, ceci ne permet jamais de saisir la réalité de ce que fut le regard historicisé ; dès lors, pourquoi ne pas s’autoriser à le transposer dans le temps même du regardeur actuel ? Qu’importe l’anachronisme, si le tableau nous est parvenu c’est bel et bien aujourd’hui qu’il est visible !

Intemporalité de la peinture, le petit pêcheur de Paestum et le trait de Matisse ou Picasso se télescopent. Comment dénuder le tableau pour l’ausculter minutieusement ?

Une image peinte est d’abord un ensemble dont il convient de se déprendre car le tableau qui saute aux yeux aveugle. Puisse l’impression première ne pas tout déséquilibrer. Il est bien difficile de chercher ce que le regard n’impose pas d’emblée, il est malaisé de ne pas suivre son regard, mais de le diriger.

Si le regardeur ne la voit pas, l’œuvre n’est pas en cause. Elle n’y peut rien. Regarder un tableau, le dévisager, le scruter, l’explorer, le questionner, varier les distances, exige patience, curiosité, envie, allées et venues d’un point à un autre, écoute des émotions, attention au moindre détail, sachant que rien jamais n’est le fruit du hasard.

A moins de la suffisance de certains discoureurs actuels, sait-on jamais ce qu’a voulu dire l’artiste au-delà de ce qu’il livre aux regards, parfois avec une désinvolture teintée d’humour ? Une énigme s’offre à nous, à nous d’en reconnaître l’existence, de tenter de la déchiffrer, d’inventer les chemins de notre sagacité.

La peinture est un art majeur par ce qu’elle requiert de tout amateur, exigeante elle élève par les questions qu’elle nous pose. Plus que ce que nous connaissons d’une œuvre, c’est ce qu’elle nous fait connaître de nous-mêmes qui en fait le prix.

La peinture nous regarde à plus d’un titre.

 

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Au 17è siècle, le siècle d’or hollandais, la Réforme a sorti les bondieuseries aussi bien de la peinture que des églises. Elle a fait entrer dans la peinture l’ordre et la discipline, le quotidien des paysages, des scènes d’intérieur et des travaux ménagers, ainsi que l’austère célébration des biens matériels et de la réussite sociale.

 

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Contemporanéité, modernité, actualité, des termes difficiles à cerner. Illusion de temps simultanés, présupposé mythique d’un temps fondateur. En quoi notre époque diffèrerait-elle des précédentes ? Il y a sans doute autant, c’est-à-dire aussi peu, de gens susceptibles de retenir l’attention aujourd’hui, qu’hier ; nous sommes simplement plus nombreux.

Le développement des sciences et des techniques a modifié notre cadre de vie ainsi que notre relation au monde,  nous disposons de moyens de diffusion plus conséquents, mais au fond demeurent les tropismes essentiels.

Au vu de tous ceux qui surnagent dans les musées, on peut imaginer combien d’artistes renommés en leur temps ont sombré corps et biens. Et pourtant leur mérite ne fut pas mince, car il en faut pour oser prendre le risque de créer quelque chose à partir de ce qui se présente. De ce point de vue, il ne saurait y avoir aucune différence en art. Si différence il y a, elle ne tient qu’aux pratiques de l’artiste et aux procédés qu’il mobilise. Elle tient également à la nature de la relation aux œuvres, passant du secret et de la sacralité de l’atelier ou du cabinet caché à une présentation publique au musée, en galeries ou en tout autre endroit, comme au rôle du spectateur amateur devenant consommateur, de plus en plus appelé à interagir.

D’un côté, perte de prestige de l’art par une banalisation extensive à de nombreux domaines tels que le design ou la publicité et la répétition commerciale d’une empreinte ou d’une signature, de l’autre déplacement des pratiques par modification du regard et implication sollicitée du public. Le système des beaux-arts se trouve ainsi déstabilisé par une démultiplication, donc un changement de statut, au bénéfice de démarches  collectives et non plus d’accomplissements individuels privés.

 

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- Depuis quand l’art existe-t-il ?

- Qu’est-ce qu’un artiste ?

- L’art possède-t-il une utilité ?

- Qui a besoin de l’art ?

- Une histoire de l’art présente-t-elle de l’intérêt ?

- Peut-on acheter ou vendre de l’art ?

- Un objet d’art est-il toujours de l’art ?

- Que manque-t-il à l’art ?

- La réussite en art est-elle possible ?

- L’art peut-il aider les gens ?

- Qu’est-ce que l’art ?

- Etre artiste est-il un travail ?

- Où est l’art ?

- L’art a-t-il un avenir ?

Etc.

 

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« Ce qui me plait dans la peinture, c’est qu’on est vraiment obligé de regarder. » (Michel Foucault)

« La fin de la peinture est la délectation. » (Poussin)

La peinture met « en route l’intelligence sans le secours des cartes d’État-major. » (René Char, in Les Feuillets d’Hypnos)

La peinture libère et fait grandir. Elle n’a pas de message à délivrer, au contraire des images de la publicité ou de l’information.

In fine, c’est le tableau qui a raison, ce qu’on en dit importe assez peu.

 

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La peinture nous décrit.                    

Elle évoque souvent cet autre lieu que nous pressentons, dont nous savons l’existence inéluctable, sans jamais pouvoir l’éprouver. C’est un lieu de l’imaginaire, si réel et pourtant si inaccessible, que nous portons en nous, que nous connaissons tous, sans jamais l’avoir aperçu.

Au soleil couchant, la ligne de crête souligne un indispensable franchissement, à ne surtout pas accomplir pour que demeure le rêve, ce qui fait l’inconnue de la peinture.

Il y a toujours du temps dans le dos du temps, comme il y a toujours un au-delà, mobile, inconnaissable, en changement perpétuel.

La peinture joue en permanence avec la vie et la mort.

L’horizon est ce lieu de l’imaginaire que Piero et les siens outrepassent. La Toscane est l’horizon des horizons.

Visiter des paysages imaginaires appartient à chacun. Les pénétrer parait illusoire. Déserts, montagnes, villes labyrinthiques, lieux de dévotion ancestrale. C’est en Inde, au Nil, en Méditerranée, aux Hébrides, mais aussi sur le plateau du Comtadour et en Aragon pyrénéen.

Dire un jour peut-être ce long voyage de la peinture dans les régions de l’esprit les plus ombrées. Lent cheminement assoiffé, souvent erratique, où se font des rencontres, souvent différées, toujours décisives.

Dire aussi la révélation du haut niveau de conscience, du degré de connaissance, des artistes. Peinture, objet de grande culture, enfouissement et révélation réunis ! Unicité de la peinture, qui est.Epiphanie.

Rechercher le corps du peintre. Où est-il ? Qu’est-il devenu ? L’œuvre en conserve la trace, toujours insuffisante.

Le tableau est un appel vers le mystère d’amont, celui de l’épaisseur si légère du temps. Il établit parfois une ouverture vers des profondeurs entrouvertes, ressenties, devinées plus que perçues.

A ce mystère permanent de la peinture correspond l’humilité de l’architecture romane, qui tire de sa modestie sa force et son incomparable puissance, son éternité. Carluc, Salagon, Lombardie, les deux versants des Pyrénées.

(après une lecture d’Yves Bonnefoy, L’arrière pays)

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:21

Nous sommes en été, saison du tourisme culturel tous azimuts.

Livres de l’été, l’été des festivals...

1 -

Culture, un des mots les plus piégés et les plus galvaudés qui soient.

De quoi parle-t-on ?

D’une Culture stable, empreinte de certitudes, soclée sur des siècles, voire des millénaires, dominatrice, arrogante, forte comme une citadelle ? Officielle, établie sur des dogmes, comme les religions ? D’une Culture de la transmission, de la reproduction, de l’académisme, productrice d’icônes pétrifiées, source de domaines réservés et de chasses gardées (ce qui implique évidemment le risque de nécroses) ?

Ou bien

D’une Culture de l’incertitude, nourrie d’instabilité comme d’irrespect ? Donc nécessairement évolutive, marginale, adepte des pas de côté ? Génératrice d’archipels de pensées où la fécondation résulte de transgressions et de découvertes (ce qui entraine évidemment le risque du n’importe quoi) ?

2 -

Un Ministère de la Culture, qui compte des Directions régionales des « affaires culturelles » (Les affaires sont les affaires) peut-il être autre chose qu’un Ministère de la police chargée de régenter son domaine ? Les affaires culturelles sont les affaires, cela va de soi.

Penser à la remarque d’Hannah Arendt pour laquelle la diffusion massique de la culture commercialisée ne peut en rien améliorer le niveau culturel général.

3 -

Piège de l’opposition entre culture populaire et « élitisme », c’est-à-dire entre Culture stable et Culture de l’incertitude.

La culture populaire, populacière, ne peut aller que dans le sens de la facilité et de la démagogique variété (le football et une « grande » exposition se situent au même plan). Elle s’oppose nécessairement à toute création, à toute recherche. Elle industrialise le déjà vu, le déjà connu ; elle fige dans le passé et favorise la censure en entretenant, voire en honorant, la paresse intellectuelle. Seule l’immuable lui convient vraiment.

La culture soit disant élitiste stimule l’esprit en prenant le risque de tentatives dans des voies nouvelles tout en s’appropriant les acquis du passé. Elle ne peut aujourd’hui que s’installer dans la résistance, en marge

4 -.

Au lieu de l’entretien d’un conflit irréductible et bassement électoraliste entre ces deux aspects, les décisionnaires cultureux devraient s’ingénier à favoriser des passages de l’un à l’autre pour que s’établisse une fertilisante communication.

Paul Klee remarquait que la dimension du tableau n’en fait pas la grandeur, il serait temps d’admettre que ce ne sont ni le nombre de spectateurs, ni l’affluence de visiteurs qui font l’intérêt d’un spectacle ou d’une exposition, pas plus que le chiffre des ventes d’un ouvrage. Adopter un tel point de vue serait bouleversant. Le Pouvoir s’y oppose depuis des décennies, quel que soit son coloratur.

5 -

Autre aspect, culture et dépossession progressive : ne pas confondre magasinage d’un vaste savoir et culture, c'est-à-dire constitution patiente de repères personnels, apprentissage du regard, d’une grammaire, d’une langue, mise en mouvement et mobilité mentale.

Et puis, aussi, faire la part de l’indicible.

Syllogisme improbable

L’art est le facteur absolu de la mise en commun et du partage.

Les États renoncent de plus en plus au ferment de la culture.

La barbarie gagne partout du terrain.

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 20:42

(suite de l’article publié le 29 juin 2017)

- 6 -

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Vivre est-il vraiment si compliqué ? Pourquoi tant aimer la confusion, même si parfois elle permet des relations aussi passionnantes, et surprenantes, que celles d’un homme et d’une femme ?

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Archétypes 

Rôle capital de la crainte de l’inconnu, c’est-à-dire du non savoir. Quoi que l’on prétende, l’ignorance l’emporte.

Pourquoi l’inconnaissance est-elle si difficile à admettre ? Quelle piètre vanité pousse à vouloir expliquer ou justifier ce qui échappe ?

Quelle naïveté, quel attrait de la soumission, valident les fables ?

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En dépit de son intérêt, le printemps d’après demeurera inaccessible à jamais. Alors, pourquoi s’en préoccuper ?

Cueillir dès aujourd’hui les roses de la vie...

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Aller et venir, se dresser, lever la tête, prendre des poses, viser des situations ?

Sottise consternante, si puissamment ancrée.

Comme l’issue est imparable, autant s’y préparer en s’y accoutumant.

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Paradoxe encore très commun : perdre sa vie sous prétexte de la gagner.

Pascal (Pensées) :

Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes, et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer au repos, dans une chambre. (Si on enlevait aux hommes toutes les charges, occupations et responsabilités auxquelles ils tiennent) ils se verraient, ils penseraient à ce qu’ils sont, d’où ils viennent, où ils vont ; et ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c’est pourquoi, après leur avoir tant préparé d’affaires, s’ils ont quelque temps, s’ils ont quelque temps de relâche, on leur conseille de l’employer à se divertir, à jouer, et à s’occuper toujours tout entiers.

Les hommes n’ayant pu guérir la mort, la misère, l’ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux, de n’y point penser.

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Voltaire :

Essayez le bonheur, parce que c’est bon pour la santé.

Jacques Prévert :

Tu veux être heureux, eh bien sois-le !

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Incohérence

Pourquoi se soucier davantage de l’après que de l’avant ? De l’amont vertigineux seule l’existence est certaine. Puits sans fond à explorer. Pourquoi pas ? Mais alors s’arrimer solidement à la margelle.

Souvent irrémédiable orphelin du passé, le risque est de vivre trop préoccupé d’un avenir très improbable sur lequel nous projetons nos angoisses.

Les fables, les mythes, les religions, et les fanatismes se nourrissent de ce terreau.

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Aller son chemin sans forcer le pas, comme un randonneur aguerri.

Chaque jour accepter de s’amputer d’un infime quelque peu pour s’enrichir de ses pertes et pouvoir reconnaitre puis accepter l’inattendu. Lorsqu’il se présente, celui-ci peut être une chance, pour peu que nous sachions la discerner.

La combinaison de nos pertes édifie et consolide ce que nous sommes en permanence en train de devenir. Tout commence toujours sans cesse.

Accepter l’inéluctable, peut-être seule voie d’accès à la bienfaisante intranquillité du bonheur.

Fernando Pessoa, l’intranquille exemplaire.

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Vivre : un long hasard semé d’imprévus. Des actions demeurent dans le sillage. Conviendrait-il de s’y référer plus qu’à d’autres ?

Peut-on raisonnablement tenir à un souvenir ? A moins que la mémoire ne soit un ferment toujours actif du présent.

A quoi rime une vie ? Quel intérêt ? Pourquoi ? Peut-être parfaitement inutile.

Exister, disparaitre, ne change rien et passe le plus souvent totalement inaperçu. Insuffisant pour s’ériger en fait divers ou en chien écrasé.

Le regard accueillant de Segalen opposé à l’amertume de Cioran.

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Importance de l’amitié et de la fidélité : aussi fragiles qu’une porcelaine, une simple fêlure peut leur être fatale.

L’amitié, terme galvaudé car générique. Plante délicate très précieuse, très rare, une espèce à protéger, à soigner avec beaucoup d’attention. Ce qui en fait le prix.

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Nos actes suffisent-ils à nous décrire ?

Poser un acte. Posé, l’acte demeure là où il se trouve, comme un sac de gravats. Le sac appartient à qui le trouve autant qu’à celui qui l’a rempli et s’en est débarrassé, totalement dépossédé.

Inventorier les actes personnels, revendicables, oubliés, omis, récusés, et s’efforcer de ne pas donner le change à quiconque, pas plus qu’à soi-même.

Bene vixit, qui bene latuit inscrit bizarrement Descartes sur un carnet. Que faudrait-il cacher  pour vivre heureux ?

Si quelque chose est caché, l’encombrante conscience de cette dissimulation existe bel et bien. Je sais que je sais que j’ai enfoui ce que je sais.

Foin des postiches et autres moumoutes.

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Parfois une décision insensée, déraisonnable, fruit talé de l’existence, entraine des années difficiles avant un fiasco retentissant. Un échec ou une difficulté majeure peuvent cependant se révéler fondateurs par ce qu’ils inscrivent d’un avant et d’un après.

La conscience des actes accomplis en permet sans doute le détachement progressif. Elle offre une distanciation.

Le regret, comme le remords, fréquents objets de piété et de componction, sont toujours embarrassants. Ce qui a été demeure figé, il est impossible de le remanier ou de l’aménager. Connaître ce qui a été, le reconnaitre pour ce qu’il fut, permet de s’efforcer de percevoir et de mieux appréhender ce qui se présente à nouveau. Pas davantage.

L’Histoire enseigne que les assurances sont des escroqueries, et que la formule tous risques n’est que duperie. La pharmacopée ne met pas à l’abri des rechutes.

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Le détachement permet d’accueillir l’étrangeté de l’inouï. Si l’étonnement demeure sans s’imposer, il cesse d’aveugler et conserve une bienfaisante fraicheur.

L’outre passage.

De quoi sommes-nous vraiment le fruit ? D’un désir puissant, d’une présence absente, d’une méprise, d’une dissension, d’un hasard, d’autre chose encore ?

Nous n’y pouvons rien, nous n’avons aucun compte à demander. Nous sommes là parce que nous avons été engendrés, et cela devrait suffire.

Chacun se construit en taille douce ou à coups de burin. Dans les creux se sédimentent les acquis. Ce qui nous fonde et nous différencie.

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Rien ne vaut de ce qui est artificiellement ajouté, la gloriole gothique flamboyant d’un aïeul par exemple. Se mettre un aïeul à la boutonnière ne dissimulera jamais la veste élimée aujourd’hui portée, ni l’esprit étriqué.

A chacun de se faire soi-même.

Défi incessant. Défi impitoyable.

Rien ne peut excuser, justifier encore moins : nécessité cependant d’interrogations et de réflexions, pour tenter d’imaginer et de se représenter.

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Tout s’ajoute et se transforme.

Si rien ne demeure en l’état, rien ne se perd.

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Parmi ces multitudes qui vont et viennent, passent et repassent, s’affairent, discutent et s’affrontent, où certains se gobergent en faisant l’important, si celui-ci ou celui-là venait à disparaître à l’instant l’ordre du monde serait-il affecté, même très légèrement ?

Incessantes, les vagues polissent, elles effacent toute trace.

 

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 16:33

(Cet article sera publié en deux fois ; en voici le début. La suite sous huitaine environ)

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Comment ne pas s’étonner de tout ce que l’on découvre en écoutant et en regardant autour de soi ?

Rien n’est évident, tout est surprenant. Comment ce qui EST se trouve-t-il possible ?

L’inimaginable en permanence au pas de la porte.

Comment parler de notre vie humaine, incompréhensible événement ? Pourquoi cette éphémère parenthèse ? Pourquoi Moi et pas un Autre ?

Quelle est cette si puissante illusion de Soi qui nous anime ?

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Le bonheur, fantasme absolu, germerait peut-être de l’inévitable survenue du malheur.

Alors attendre avec soumission une issue inévitable et l’accepter ?

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Chercher à trouver réponse coûte que coûte tient du défi, de la provocation, de la volonté de s’affirmer. Dans la plus aimable des hypothèses peut-être, d’un déni niaiseux.

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Sous une forme faussement simpliste, Allan Watts, philosophe de la côte ouest, pose les questions essentielles, dont celle de l’opérationnalité immédiate, la seule vraiment à notre portée :

Qui sommes-nous ?

D’où venons-nous ?

Où allons-nous ?

Qui va faire la vaisselle ?

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- 2 -

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Il est un moment où surgit le besoin de tenir à distance ce qui retient, ce qui empêche la tranquillité, ce qui nourrit inquiétude, angoisses, colères, dépits et ressentiments.

Comment ne pas moquer les obligations issues des usages et des codes sociaux de l’hypocrite bienséance du respect de ce qui se fait, parce que cela se fait ?

Messieurs laissez pisser le mérinos... (Louis XIV, Galerie des glaces, Versailles ?)

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La sage et paisible certitude de ce qui doit arriver accompagne le détachement progressif des illusions mondaines généralement entretenues par la culture des apparences. Masques et bergamasques animent le carnaval des illusions. Parler de la vie, c’est nécessairement parler de la mort, qui en est partie « prenante ».

Chercher à pallier cette évidence revient au choix d’un refuge infantile.

La vie comme patient apprentissage de son interruption. Celle-ci est inscrite dès le premier vagissement, origine du compte à rebours.

Il ne peut s’agir que d’un épisode à parcourir du mieux possible, pour se préparer à le clore sans regret ni acharnement inutiles. Comme on quitte la table, une fois rassasié et satisfait. « Merci, c’est bien comme ça, j’ai eu suffisamment, le compte est bon. »

Tendre à tranquillement affronter l’ultime en étant au clair avec soi-même, voilà qui occupe toute une vie. Venu sans rien, l’idéal serait de s’en aller de même. De partir léger, allégé. Le light est parait-il moins nocif. Puisque la mort est le port ultime, autant s’y aventurer avec un bagage léger. Se charger ne peut rien éviter. Le surcroit est toujours retenu à la douane, en pure perte.

Se désentraver de soi n’est pas une mince affaire. Le risque est grand de se prendre les pieds dans la sournoiserie du tapis et de vouloir vainement s’accrocher à la tenture effondrée.

Montaigne, inégalable maitre de bon sens.

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Que vaut le souci de transmission au-delà du simple témoignage d’une manière d’être différent, loin d’une tentative de fixation d’un éventuel souvenir ?

Transmettre quoi que ce soit conserve-t-il un sens alors que tout se modifie désormais si vite ? L’abondance partout vantée et proposée clame la puissante vertu de la sobriété.

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Anerie de la notion d’important, qui n’est qu’accumulation d’accessoire par rapport à l’essentiel, seul digne d’interrogation.

Outre l’huile d’olive, quel est l’essentiel dans la ratatouille ? Sans huile d’olive peut-on toujours prétendre à une ratatouille ? Cela étant, la manière fera que ce sera ou non une « bonne » ratatouille. La manière dira ce qu’il est simplement important de ne pas oublier pour que les saveurs et les couleurs y soient.

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Transmettre autre chose que des savoirs indubitables et des savoir-faire solidement établis se justifie-t-il autrement que par un désir absurde de contribuer à l’entretien de l’illusion de la capacité de penser ?

Aujourd’hui existe un enjeu majeur, celui de la permanence d’un esprit critique. La lucidité connait un prix élevé, elle ne s’accommode pas de l’usage d’expédients aussi inutiles qu’inefficaces.

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Le maintien de l’idée d’un avenir possible réside, entre autres, dans la connaissance sauvegardée des origines. Une fois perdue la mémoire, l’espèce risquerait d’être ballotée par le flot des événements immédiats, dénuée de tout recul possible, livrée décérébrée à la barbarie renaissante, elle serait promise à sa perte inéluctable

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L’histoire de la philosophie est une fameuse pierre à fusil. Les thèmes essentiels ont été plantés dès l’antiquité. Ils n’ont donné lieu depuis qu’à des répétitions et variations horticoles : greffages, bouturages, marcottages, clonages même. Chercher à engendrer un système prétendu nouveau procède de l’illusion, de l’abus de pouvoir, ou de la vanité.

Attention aux OGM de la pensée, comme au brevetage de l’eau chaude.

Etre philosophe, c’est d’abord vivre en philosophie et non pas faire de la philosophie comme on fait la cuisine : un peu de ceci avec un peu de cela, et laisser mijoter à feu doux. Peut-il jamais s’agir d’autre chose que de mettre en accord actes et pensées ?

On  est d’abord philosophe pour soi. Les anciens savaient cela beaucoup mieux que nous.

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- 3 -

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Tendre sinon vers le Rien, du moins vers le Peu.

Tendre vers cette neutralité bienveillante, issue de l’absence de raison sérieuse de pencher pour ceci plutôt que pour cela. Admettre les influences, les accepter pour ce qu’elles sont, souvent malencontreuses, mais inévitables. S’en tenir autant que possible à distance. En tout cas y veiller. Se méfier de l’empire des émotions, tout en sachant les savourer pour ce qu’elles apportent de fraîcheur spontanée, notamment dans le domaine artistique, viatique incomparable, indispensable au passage d’une rive à l’autre.

Fichu programme !

Comment atteindre ce minimum du Peu ? L’exercice est si difficile qu’il convient de s’y employer sans grande relâche.

L’indifférence, qui n’a pas grand-chose à voir avec le désintérêt, n’est nullement exclusive de rejets véhéments ou de réactions en forme de jets de vapeur. S’indigner procède d’une nécessité absolue, permet le maintien d’un équilibre, si dérisoire soit-il.

S’indigner comme respirer. Qui se ferait une gloire de respirer ?

Le monde va si mal qu’il convient de pester, sachant que cela ne sert qu’à libérer des humeurs malignes. Nécessaire homéostasie.

L’indifférence nous permet sans doute de supporter le poids de ce qui nous dépasse. Elle nous garderait du donquichottisme.

Tout accepter, pour autant ?

Tout, sauf l’inacceptable, c’est-à-dire ce qui met en cause notre nature profonde.

Notre moi biologique connait parfaitement cette exclusive. Il lutte en permanence contre tout intrus mettant son intégrité en péril.

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Insupportable la prétention à vouloir dominer.

Combien faut-il être stupide pour vouloir l’emporter à tous les coups.

Se prétendre maître et possesseur d’autre chose que de soi-même est ridicule, sinon intolérable.

Aspirer à devenir maître et possesseur de soi constitue déjà un immense défi.

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Descartes, et l’interprétation qu’on en a faite, nous égare. Le chantier n’est jamais clos. Pas question de retraite anticipée, ici, ni de maison de repos autre qu’éternel. En attendant, poursuivre le débat parce qu’on ne peut pas raisonnablement l’éluder.

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Descartes inutile et incertain ( ?)

L’homme n’est pas c qu’il est, il est ce qu’il se fait ( ?)

Si l’homme n’est ni ange, ni bête, qu’est-il alors ?

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Jésus n’a pas ri sur la croix, parait-il. Sans doute eut-il mieux fait.

Cette abstention justifie-t-elle de s’interdire la joie, de rechercher la mortification, et de se sentir coupable d’exister en raison d’un péché originel ?

Pour ce que rire est le propre de l’homme.

Rire, s’esclaffer, humaine condition, absolue, nécessaire.

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Malgré d’innombrables progrès matériels, le monde va si mal depuis si longtemps, qu’il apparait vain de vouloir en changer le cours. Mais l’utopie...

Et pourtant elle tourne.

De nos jours beaucoup de hâte pour l’irrémédiable. Non contents de s’attaquer à eux-mêmes en d’interminables guerres fratricides où les monothéismes servent de poudre à canon, les hommes s’attaquent à la planète.

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La rencontre comme antidote possible ? Trinquer du mot pourrait fertiliser à peu de fais l’indispensable utopie. Capacité de la parole, si puissante que souvent elle effraie.

Pouvoir de négation et opposition non violente, les partager, font plus que force ni que rage.

Sancho Pança, Leporello, Sganarelle, champions d’évidences.

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Vanité absolue de la quête de marques de réussite. Les galons n’ont jamais fondé l’autorité réelle. Pas plus que le chromes ne font la qualité de la voiture, ni les parures la beauté ou la générosité.

A quoi bon les colifichets sociaux ?

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(à suivre)

 

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 18:12

A Marseille, le Musée Regards de Provence révèle jusqu’à la mi-novembre un ensemble de peintures de Joseph Inguimberty (Marseille 1896 - Menton 1971).

Après un début de carrière prometteur, lauréat de divers salons nationaux, il séjournera en Indochine de 1925 à 1946, où il participera activement à la création et au développement d’une Ecole des Beaux-Arts du Viêt-Nam, à Hanoï. De retour en France, il n’aura de cesse de chercher à fixer paysages et lumières de Provence.

Que ce soit en France ou en Indochine, sa capacité à saisir les gestes et attitudes corporelles des travailleurs des champs, des dockers de Marseille, ou de personnes diversement occupées, est remarquable. De même que son sens de la lumière.

L’hommage que lui rend cette exposition témoigne essentiellement de la constance de son travail. Fidèle à la tradition de l’Histoire de l’Art, il s’inscrirait plutôt dans un post-impressionisme.

Modeste, mais déterminé à suivre sa voie, il se tient à l’écart de la mode des révolutions formelles propres à son temps. Cette détermination a peut-être contribué à son choix d’une installation en Extrême-Orient pendant plus de vingt ans, loin des turbulences avant-gardistes parisiennes.

Jeune, il fut tenté par des études d’architecture. L’attrait pour cette discipline est particulièrement évident dans sa grande toile de 1923 (il a 27 ans) intitulée Déchargement du plâtre (230x435 cm). La composition parfaitement équilibrée, l’ancrage au sol et la tension physique des dockers, la puissance des chevaux, sur fond de cathédrale Major, en font un véritable morceau d’architecture monumentale, dans le style de l’art déco des années 20.

Les scènes tonkinoises constituent souvent une orchestration de touches colorées. L’agencement complexe des paysages de rizières, et l’articulation des masses montagneuses, témoignent d’un remarquable souci de l’essentiel, comme d’un sens de la composition. Ce qui éclatera, une fois revenu en France, dans de nombreuses vues de cargos et de paquebots, à quai au port de La Joliette, peintes dans les années 50. Les audaces d’agencements ou de sobriété expressive sont alors parfois surprenantes de culot et de réussite.

Nous retrouvons fréquemment son goût pour l’urbanisme rural ou urbain dans plusieurs peintures de son retour en Provence (paysages et villages - Saorge, posé à flanc de montagne comme des claviers face à un buffet d’orgue -,  toitures de Villeneuve-lès-Avignon, vues de Menton ou de Marseille, port, collines, calanques).

Habitué des paysages écrasés de soleil, sa palette est faite de couleurs sourdes, parfois ternies par un grisé que connaissent bien tous ceux qui ont l’expérience d’une lumière de plomb.

Le choix des sujets témoigne toujours d’une humilité certaine. Il rend compte de ce qu’il voit, comme il le voit, il ne cherche nullement le sensationnel. Il décrit la surprenante beauté du quotidien si souvent ignorée. Ses aplats et ses figures silhouettées ignorent la complaisance maniériste des petits maîtres.

Ce qu’il peint est banal, mais vrai, à la portée du regard de chacun, d’autant plus difficile à rendre de ce fait. Etre aussi juste n’est pas donné au premier venu.

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Une exposition fort aimable, bien composée, bien accrochée, aux dimensions satisfaisantes, dans un lieu convenablement aménagé.

Une occasion de rencontrer un peintre véritable demeuré cependant confidentiel, malgré sa présence passée dans des galeries de renom.

S’il fallait trouver des influences possibles à cette peinture, ou effectuer des analogies, Matisse – Nikki et les magnolias ;  Jeannette, Michel et Nikki ; Nature morte devant la fenêtre –, Bonnard – Mimosas devant la fenêtre -,  Gauguin, de Staël, pourraient venir à l’esprit.

Inguimberty est avant tout lui-même.

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Un catalogue aux illustrations convenables est disponible au Musée (26 €). Dommage que les œuvres ne soient pas toutes datées, dans le catalogue comme sur les cartels.

Des images sont visibles sur Internet (« Inguimberty Joseph, peintre »), ou sur le site du Musée Regards de Provence. 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 17:48

Mes deux derniers billets – « Législatives, idiotie collective, reprise de soi » et « Béatitudes » – ont donné lieu à divers commentaires, transmis directement ou via mon blogue.

Après avoir remarqué une fois de plus que la lecture est une activité souvent propice à un excès de vélocité (influence du zapping à la télévision ?), conscient d’une tendance personnelle à parfois couper un peu court, cela m’incite à préciser quelques points.

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1 – L’idiotie collective correspond à celle des économistes, des financiers, des industriels, des politiciens, des « experts », et de la majorité de la presse écrite, radiophonique ou télévisuelle.

Mais aussi à celle dont chacun d’entre nous fait preuve de temps à autre.

S’il y a idiotie, c’est qu’il y a défaut d’intelligence, aberration, manque de bon sens, et perte de contact avec le réel.

Cela posé, je tiens pour idiots dangereux de la pire espèce :

- Les politiciens et les généraux qui mènent des guerres vouées à l’échec parce que faussement conçues et mal décidées, qui renversent des gouvernements étrangers sans préparer d’alternative autre que la création d’enclaves où fermentent la culture du fanatisme et les trafics si chers aux mafias de tous genres.

- Les économistes patentés qui appellent à toujours réduire les charges des plus riches, à supprimer les aides sociales des plus démunis et justifient le report sine die d’une véritable remise en question des pratiques fiscales.

- Les industriels multinationaux mus par le seul souci de l’accroissement de la rentabilité des capitaux investis, qui empoisonnent et saccagent la planète, détruisent des emplois, et réduisent les salaires toujours trop élevés.

- Les banquiers qui créent et entretiennent des bulles financières, ménagent des paradis fiscaux, et infligent des dettes fictives aux citoyens, avec la complicité de pouvoirs politiques asservis.

- Les médias qui se font complices de tout cela (ils sont aux mains des précédents).

 J’ajoute à cette liste tous ceux d’entre nous qui par leur passivité, leur lassitude, leur sens du réalisme quotidien, ou leur bulletin de vote, donnent leur aval à cet état de fait (occasionnelles ou non, personne n’est à l’abri de ces manifestations symptomatiques).

Ce qui revient à accepter les faits accomplis, donc la force brutale, quel qu’en soit le déguisement.

Ce qui rend progressivement incapable de nommer l’inacceptable et entraine un permanent déni du réel, donc une anémie sévère de la capacité d’indignation.

Syndrome de ce qu’un enseignant-chercheur à Paris I Sorbonne (Paul Zawadzki) relève dans un article récent comme « réalisme collabo » (c’est-à-dire résignation à l’injustifiable).

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2 – Comment interpréter l’inflation de candidats aux élections législatives ?

Doit-on se féliciter d’un engouement pour une nouvelle forme d’engagement public, ou bien peut-on y voir l’expression d’une foire d’empoigne et d’une course au financement public de la vie politique ?

La mise en relation de ce phénomène avec le niveau record (51,3%) des abstentions au premier tour parait indispensable.

Dès lors, que fait-on de ce constat, beaucoup trop occulté sans doute par des « experts » peu diserts ? Désintérêt, avec inscription de toutes les dérives possibles de la part d’un Pouvoir beaucoup trop sûr de lui, ou opposition sourde lestée de menaces porteuses d’affrontements redoutables ?

Le fait que la partie semble jouée d’avance explique peut-être en partie ces abstentions, ce qui, à terme, risque de contribuer sérieusement à la fragilisation d’une majorité sans fondations solides.

Notons par ailleurs que le renouvellement du personnel politique est peut-être plus apparent que réel. Parmi les candidats nouvelle manière, nombreux sont ceux qui ont déjà eu des engagements électoraux, aussi bien que ceux qui sont issus des classes dirigeantes d’entreprises ou des professions libérales. La nouveauté ne tient alors qu’à leur inexpérience passagère du fonctionnement de la machine politico-administrative.

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3 – Faire confiance ou non à la nouvelle équipe ?

Comment faire confiance, même un peu, à des gens qui ont clairement déclaré leur adhésion à un programme aussi régressif (répressif ?) que celui annoncé par le Président, et déjà initié par les « lois Macron et El Khomri » ?

Comment faire confiance à des gens qui acceptent l’idée d’une banalisation coutumière des lois d’exception qu’implique l’état d’urgence ?

Comment croire à une véritable négociation avec des syndicats acculés, si peu représentatifs, reçus surtout pour donner le change ? (Ce que vient de relever publiquement la CGT.)

Comment imaginer que le Parlement puisse disposer face aux décisions imposées d’un autre dernier mot que celui de son assentiment à sa dépossession ? L’acceptation des ordonnances sera-t-elle autre chose que cela ? Où en est la République quand on veut faire marcher l’Assemblée législative au pas cadencé ?

L’énorme majorité qui se profile risque à la fois d’être écrasante, c’est-à-dire source d’ankylose, et en même temps origine de dangereuses faiblesses, les individualités se révélant un jour ou l’autre susceptibles de renâcler face à leur mise au pas. Donc grosse d’affrontements redoutables, nourris de haines, de trahisons, et de fanatismes.

Faire confiance, n’est-ce pas pour une bonne part accepter de se démettre au nom d’un réalisme fataliste ?

Ne pas nous satisfaire de la réalité, réfuter l’angélisme accueillant toute solution pourvu qu’elle soit moralement apaisante, garder notre capacité d’indignation, paraissent des devoirs élémentaires pour le maintien d’une Liberté vacillante. Il s’agit là sans doute d’une exigence fondamentale, qui est d’entretenir et de conserver la capacité de nommer l’inacceptable pour le mieux dénoncer.

Le déni de la réalité commencerait par l’absence d’indignation. Donc par le consentement abandonnique.

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4 - Emmanuel Macron renouvelle le Sermon sur la montagne. Il est incontestablement très doué et fort talentueux. Ses premiers pas en tant que Président sont impressionnants de maestria.

Il séduit, et agrège autour de sa personne. Le mythe du Renouveau s’incarne ; les disciples affluent.

Produit de la finance et des médias, il a remarquablement su saisir toutes les opportunités ; ses capacités de stratège, puis de tacticien sont peu communes. Son parcours politique relève de l’exceptionnel.

Il est un personnage rare, qui pousserait à évoquer Bonaparte (bien sûr, les analogies sont souvent sujettes à caution). Sa maîtrise de la propagande, certains hésitent encore et disent pudiquement la communication, en fait un homme d’autant plus redoutable que les apparences sont aimables, car policées.

Il est à craindre que nous ayons sous peu des réveils douloureux. L’excès de Pouvoir s’est souvent révélé pathogène au fil de l’Histoire, notamment dans le passé des proches 19e et 20e siècles, comme au début de celui-ci.

La monarchie élective que nous connaissons avec la Constitution actuelle ne nous met guère à l’abri d’excès sur ce plan.

 La France n’a pas fait le deuil de sa tradition monarchique, elle attend toujours le grand homme. Patiente, elle numérote ses Républiques comme jadis ses Rois.

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5 – Jean-Luc Mélenchon passe aux yeux de beaucoup pour déplaisant, sinon dangereux.

A quoi tient sa difficulté à capitaliser et à faire fructifier les bons résultats lorsqu’il en réalise ?

Issue d’une conversation récente, une hypothèse s’est récemment présentée.

Il pointe souvent avec clarté et pertinence les points essentiels à la compréhension des situations et des enjeux. Il va droit au cœur de cible, sans la moindre précaution oratoire. L’apparence de brutalité que cela implique fraie le chemin du scepticisme.

Si son discours tribunicien est fréquemment celui d’un pédagogue (il est vraiment le seul dans ce cas), il se laisse emporter par la vigueur de son propos, sa véhémence, et son désir de convaincre à l’arraché. Il ne parvient pas à se retenir de dispenser des leçons de morale ou à se montrer hautain lorsqu’il sent poindre une difficulté.

Il apparait alors violent et dominateur aux hésitants, pour lesquels l’apparence l’emporte sur le fond. Du coup, son propos devient suspect, donc fallacieux ; la manière dilue d’autant plus volontiers le discours dans les sables du doute qu’elle déçoit une amorce d’attention. Et les commentaires hostiles ont beau jeu de venir ameublir et ensemencer le terrain des préventions.

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6 – Appendice mémoriel, en marge :

Les Quelques réflexions sur la singularité d’être français de Roger Vailland conservent-elles aujourd’hui quelque intérêt autre qu’historique, malgré  leur pertinence ?

La Liberté chantée par Paul Eluard aux heures noires de l’Occupation pourrait-elle connaître à nouveau la formidable audience qu’eut le poème éponyme en son temps ?

A l’heure de la surveillance électronique généralisée, des mesures d’urgence banalisées, de la brutalité financière mondialisée, de la xénophobie et de la discrimination, reste-t-il réellement quelque besoin de liberté au cœur de chacun ?

 

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 17:35

La presse le désignait à la foule des électeurs, parce qu’une assurance juvénile émanait de lui, et qu’il avait accompli un parcours exemplaire pour accéder au Palais des Champs-Elysées.

Il leur avait dit :

Heureux les pauvres en pensée,

Heureux les aveugles, et les crédules,

Heureux les désespérés, les aigris, les prêts-à-tout, les champions du moindre mal.

Heureuse la Très Sainte naïveté.

Grace à moi vous serez bientôt dans la sérénité et le respect international retrouvés !

Réjouissez-vous et travaillez d’arrache-pied sans attendre le secours d’un Code du Travail totalement périmé, votre récompense sera dans les Ordonnances à venir.

Ingérez sans discuter les potions magiques qui vous seront prescrites, leur aigreur vous sera salvatrice.

Tressaillez d’allégresse, votre récompense sera dans la disparition de l’Etat d’urgence devenu pratique banale et quotidienne.

Bienheureux riches et possédants, je suis votre consolation !

Ignorez ceux qui vous maudissent, ils sont dans l’erreur la plus profonde car ils n’ont jamais rien réussi aussi bien que vous.

Marchez résolument vers eux, étouffez-les de votre détermination.

Donnez à quiconque exige de vous et n’attendez plus rien des Prud’hommes, idoles sacrilèges.

Offrez à la Nation vos acquis, sans hésitation ni murmure.

Payez taxes et impôts sans rien attendre en retour.

Apprenez à reconnaître le bon guide, et faites-lui confiance aveugle.

N’écoutez pas les prophètes de malheur, chassez les de la Chambre où ils veulent entrer pour vous tromper !

Soumettez-vous, c’est pour votre seul bien !

La révolte et le refus ne conduisent qu’à la haine et au déchirement.

Ne jugez point, ne blâmez point, votez ainsi qu’il convient.

Je vous apporte l’apaisement.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Béatitudes ; Législatives
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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 11:31

L’idiotie collective est au mieux de sa forme.

La doxa économique se préoccupe de la réduction de Ladette, bien plus que de la fuite des capitaux et de la lutte contre l’existence de paradis fiscaux à nos portes.

Les financiers inventent des bulles hors sol dans lesquelles ils cultivent des plus-values sources de dettes virtuelles, de crises réelles, de destruction massive des emplois.

Les industriels multinationaux brevètent le vivant et empoisonnent la biosphère sans aucune vergogne. Ils veulent toujours plus.

Les politiciens se succédant au pouvoir entretiennent le mythe de Lacroissance. Ils pourchassent les profiteurs planqués parmi les démunis et les laissés pour compte. Ils traquent les immigrés affamés. Ils organisent la destruction du droit du travail et glosent sur la permanence d’un chômage de masse.

Des experts et consultants de tous poils pérorent lors d’émissions à forte audience. Ils justifient l’existant a à coup d’arguments fallacieux, de graphiques truqués et de théories vaseuses.

La plupart des intellectuels portent ailleurs leurs regards, ou bien parlent dans le vide.

La presse avide de croustillant relaie mensonges, contre-vérités et fausses mises en perspective. A quelques exceptions près, elle est aux mains de nuisibles majeurs tenant fermement en mains les manettes conduisant au naufrage général.

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Si l’idiotie collective est au mieux de sa forme, nous savourons le spectacle, idiots collectifs que nous sommes.

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Emblématique, Donald Trump est le champion toutes catégories confondues de la crétinerie universelle. La France abrite quelques-uns de ses clones dont les plus visibles ont été éliminés (jusqu’à quand ?) lors des primaires de la présidentielle.

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Dans quelques jours, le premier tour des législatives.

La fête continue.

Des candidats à foison, quelques slogans, des anathèmes, des querelles de voisinage, des ragots, des rumeurs, des rancœurs.

Où est le fond, où réside un effort de pensée ? Alors ne pas voter, s’abstenir ?

Si pendant longtemps je fus adepte de ce type de retrait, la présidentielle m’a rappelé la nécessité du chemin des urnes, malgré une forte prévention contre ce système absurde de délégation abandonnique et fainéante.

Dans quelques jours, le premier tour des législatives. La fête continue. Certes, et c’est à nous de nous exprimer clairement.

Le système a failli, le système est pourri, il est à changer. 

Cette idée chemine, elle pourrait signer  la fin d’une pensée d’une pensée magico-religieuse.

C’est à nous de prendre, de reprendre, la parole. De dire haut et fort ce que nous ne voulons plus, ce que nous refusons par avance.

C’est à nous de choisir, de prendre la responsabilité de nos engagements. C’est à nous de ne plus rien attendre de la Providence et de ses émissaires patentés.

Le choix est simple : continuer à se soumettre, à choisir de ne pas choisir (le fameux moindre mal), ou bien refuser de prolonger les courbes et de les accentuer, comme cela nous est ouvertement proposé par un pouvoir exténué ou prétendu « En marche ».

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Une grande partie du pays est laissée en jachère, les libertés élémentaires sont menacées, la régression colore l’horizon proposé, le monde est en faillite intellectuelle et morale. Il dépend de chacun d’entre nous de tenter de renverser la vapeur !

Jusqu’où continuerons-nous à être des idiots consentants ?  

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 07:16

L’Histoire a-t-elle tendance à se reproduire ?

Elle ne se reproduit jamais à l’identique.

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Il est certain qu’elle n’enseigne rien.

Elle permet seulement de connaître et de comprendre.

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Plus jamais ça ! Que ça vous serve de leçon !

Quelle est la leçon ? Où est-elle ?

Il n’y a jamais de leçon.

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Rien ne  s’apprend, tout s’efface et s’oublie.

Intransmissible, l’expérience vécue par d’autres.

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L’Histoire est étrangère à chacun.

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Le Progrès, illusion complète, mensonge absolu, boite de Pandore.

Perpétuation du même sous des formes variables.

Changer pour mieux dissimuler et maintenir.

Miroir aux alouettes, leurre, rideau de fumée.

Pacotille, faux nez.

Thérapies  souhaitables : Rabelais, Montaigne, Voltaire, Diderot.

Refuser, résister : pratiquer l’Art.

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Eppure  si muove (attribué à Galilée, condamné par le Saint-Office le 22 juin 1633, réhabilité en 1992).

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Histoire ; Progrès ; pratiquer l'Art ; Galilée
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