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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 22:08

2002 – 2017, quinze ans et un scénario analogue, après une hécatombe des appareils et des apparatchiks, lors des primaires et du premier tour. Un enseignement en serait-il possible ?

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Le choix nous est donné entre un nationalisme xénophobe, haineux, fascisant, conduisant à une catastrophe économique par repliement sur soi, - une France remise en ordre -, et le mirage d’un développement fondé sur une accentuation de la dépendance de la haute finance internationale et du pouvoir des banques, assorti d’un pouvoir autocratique sans vergogne, - une France chance pour tous -.

Dans l’un et l’autre cas le libre choix du joug auquel nous soumettre nous est offert par la magie d’un bulletin de vote, véritable stimulus pavlovien.

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Election du Président de la République au suffrage universel.

Choix du monarque républicain, forme modernisée du tyran antique, auquel confier la chose publique.

Qui y-a-t-il de publique dans ce gouvernement où tout est à un seul, se demande La Boétie dans son Discours de la servitude volontaire. Anticipation magistrale de la Ve République...

C’est le peuple qui s’asservit et qui se coupe la gorge.

Ce maître ... (possède) les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire.

Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ?

Questions capitales posées dès les premiers paragraphes du Discours.

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Dimanche 7 mai, user ou non du bulletin de vote, accorder ou non une légitimité à un personnage auquel accepter de facto de se soumettre ? Plus le refus serait fort, plus faible serait la légitimité.

La responsabilité est considérable.

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Présidentielles 2e tour
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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 09:09

Le Musée Fabre, à Montpellier, compte parmi les musées régionaux les plus actifs et les plus intéressants.

Lieu de découverte et d’approfondissement de la scène artistique actuelle, il s’intéresse davantage à la présentation d’artistes majeurs du temps présent, plutôt qu’à la défense et illustration des têtes de gondole de la mode ambiante, ou à la promotion de tout jeunes produits d’élevage si chers aux spéculateurs.

Rares sont les lieux publics animés du souci de montrer des artistes affirmés mais demeurés confidentiels.

Avec la rétrospective consacrée à François Rouan, 74 ans, dont 50 de pratique assidue de la peinture, artiste sans doute mieux connu à l’étranger qu’en France, le musée montpelliérain nous convie au plaisir rare de la découverte d’un parcours. Il révèle et proclame, qu’il en soit remercié.

L’événement prend fin le 30 avril, s’efforcer de ne pas le rater peut constituer une priorité. Si le lieu est trop éloigné ou trop court le délai, consulter Internet, ou se procurer un catalogue via une librairie, s’apparente au minimum indispensable.

1 -

François Rouan est un officiant tout entier voué à la célébration de la peinture.

Son œuvre est d’une beauté saisissante, de cette beauté si peu définissable, qui capture le regard, provoque une émotion intense, et irrigue aussitôt l’esprit.

Peinture, beauté, deux éléments qui peuvent le faire paraitre désuet aux yeux des Trissotins actuels maîtres du marché. Deux raisons majeures de se réjouir de la rencontre.

L’attention soutenue des visiteurs et le plaisir manifeste témoigné montrent que l’Art entraine toujours de fortes résonances lorsque l’artiste ne triche pas.

2 -

Pour Rouan, peindre signifie entretenir une interminable conversation avec l’Histoire, celle de la peinture comme celle de chacun.

Histoire personnelle : né en 1943, il fut emprisonné avec sa mère retenue comme otage par l’occupant, alors que son père animait un maquis dans les Cévennes.

Beaucoup plus tard, une vision du film Shoah, de Claude Lanzmann, lui remit en mémoire ce passé enfoui de l’enfance. Des peintures de la série Empreintes (1986-1996) témoignent avec force de cette résurgence où s’impose le corps humain, soumis torturé, réduit à l’état de fragments, de moignons, allusion aux stücke concentrationnaires propres aux nazis.

La mort violente obsède l’artiste. S’agirait-il de la conjurer ?

Histoire de la peinture : études aux Beaux-Arts, Montpellier puis Paris, découverte des papiers découpés de Matisse, puis séjour à la Villa Médicis alors dirigée par Balthus, artiste honni de l’avant-garde des années soixante. Il visite Sienne, Assise et Rome, imprégnation indélébile.

La série des Portes de Rome, puis celle des Cassoni (coffres), nous offrent une somptueuse palette de couleurs patinées par le temps écoulé de la fin du Moyen-âge à nos jours.

La peinture gothique siennoise irrigue un travail très personnel, profondément habité, dans lequel on peut aussi bien discerner une sourde influence des fresques de Pompéi. 

Nous sommes face à quelque chose de somptueux, totalement dénué d’ostentation.

Au fil de la visite, nous découvrons avec un grand plaisir des allusions discrètes aux mains soufflées de l’art pariétal, à la peinture baroque d’Arcimboldo, au cubisme, à Klimt, voire au lyrisme d’André Masson. Il ne s’agit jamais de citations, mais plutôt de la manifestation d’une appropriation très personnelle d’antécédents très respectés, auxquels hommage est à rendre puisqu’ils permettent notre aujourd’hui.

Peu à peu Rouan parvient à nous rendre complices de ses recherches.

On trouve dans l’un de ses écrits la proposition suivante : « La peinture n’est pas une affaire de théorie mais de pratique – et de pratique de la pensée. (...) La peinture ne sert à rien, sauf que de temps en temps elle fait surgir de la pensée ...»

3 –

« François Rouan – Tressages – 1966/2016 » s’intitule l’exposition. L’artiste, la technique qui le caractérise, la durée, sont ainsi mis en exergue.

Que signifie cette appellation bizarre, tressages ? Il s’agit en fait de réintervenir sur des toiles peintes, coupées en lanières, puis entrelacées pour composer un nouveau support. Le fond et la surface s’entremêlent en permanence, ce qui permet une exploration de la densité de la matière.

Dessus-dessous, apparition-disparition, enfouir et recomposer, depuis des décennies Rouan cache et révèle pour approcher le mystère de la disparition et la découverte de l’interdit.

Cette féconde opiniâtreté fait penser à celle de Georges Braque, soldat laboureur traçant inlassablement son sillon, picorant çà et là mais demeurant farouchement tel qu’en lui-même.

La cohérence du travail de Rouan est parfaitement illustrée par cette remarquable exposition.

 

 

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 10:10

« L'objectif de l'Enseignement Moral et Civique est d'associer dans un même mouvement la formation du futur citoyen et la formation de sa raison critique. Ainsi l'élève acquiert-il une conscience morale lui permettant de comprendre, de respecter et de partager des valeurs humanistes de solidarité, de respect et de responsabilité. » (Fiche Eduscol – Ministère de l’Education Nationale – mise à jour le 11 janvier 2016)

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Aujourd’hui, plus on est visible moins la parole engage. La notoriété ne souffre plus aucune obligation à ce sujet.

Un mot chasse l’autre.

Il y a un peu plus d'un siècle, le Chancelier allemand s’adressant à l’ambassadeur du Royaume Uni à propos de la neutralité de la Belgique, le 4 août 1914, a clairement établi que les traités ne sont que des chiffons de papier.

Des progrès significatifs sont intervenus au fil du temps puisque désormais les mots émis par la plupart des dirigeants politiques ne sont plus que de la vapeur, sinon une exhalaison fétide. La campagne présidentielle atteint un point d’excellence à ce sujet. 

Les engagements quels qu’ils soient n’ont plus aucune importance, et cela se trouve si commun que peu nombreux, semble-t-il, sont ceux qui s’en offusquent.

Il faut être un  tantinet benêt pour considérer que la parole engage celui qui la prononce.

Pourquoi le ferait-elle puisque les mots perdent progressivement de leur valeur ?

D’abord initié par la chrétienté où l’écart entre le dire et l’agir est historiquement flagrant, le processus très élaboré décortiqué par Victor Klemperer concernant la langue du IIIe Reich pousse inlassablement ses métastases.

Lasse et désabusée, une grande majorité d’entre nous s’accommoderait, ou bien se désintéresserait de ce qui pourtant est essentiel. Ne pas se laisser aller au fil de l’eau, serait une marque de naïveté, d’utopie, pire, le signe d’un tempérament irrécupérable.

Allons, il faut bien être de son temps, que diable !

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Nous avons connu la collaboration, nous avons eu Guy Mollet et la guerre d’Algérie, nous avons pu croire ces temps révolus. Le Général était revenu, et avec lui la droiture et le désintéressement.

François Hollande et François Fillon étaient en culottes courtes, Manuel Valls balbutiait. Incontestablement doués, les uns faisaient des gammes sous la férule de l’autorité morale aussi évidente qu’incontestable de François Mitterrand, tandis que l’autre, déjà vêtu de lin blanc et de probité candide  savourait ses premières hosties en se faisant bronzer l’âme à la lueur des vitraux du moustier voisin. Le Pen venait d’engendrer. Macron ne perçait pas encore sous Emmanuel.

Ce furent les Trente glorieuses, et, comme un bonheur ne vient jamais seul, nous sommes entrés dans cette ère fantastique de réalisation de soi dont les délices nous sont maintenant connus.

La racaille est soigneusement pourchassée dans les bas-fonds où elle se terre, sachant bien qu’il n’y a que là que l’on puisse la rencontrer et que sa génération est quasi spontanée. Elle ne se développe jamais,  c’est évident, à l’air libre des beaux quartiers et des comptoirs de banques. L’indice du CAC 40 est le meilleur aseptiseur.

Le souci de bien-être et de sécurité irrigue chacun des actes de ceux qui nous dirigent avec la constance et le bonheur que l’on ne sait malheureusement pas apprécier à sa juste valeur.

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Alors que l’Enseignement Moral et Civique de nos maitres est devenu quelque peu... confus, il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Le moment parait propice à une tentative de traitement hygiénique, un grand ménage de printemps en quelque sorte. Sarkozy, Hollande, Juppé, Valls, ont été éloignés du premier plan. Battus, mais pas abattus, ils remuent encore. Nous ne sommes pas à l’abri d’un sursaut de désespoir. Savoir vigilance garder.

Le moment est suffisamment grave pour ne pas se tenir à l’écart. Pour ce qui me concerne, j’irai donc voter au premier tour.

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Commençons par oser tenter d’être maitres de nos réflexions et de nos actes au lieu, moutons de Panurge, de nous en remettre à quelque berger providentiel, se prétendant porteur de nouvelles manières, alors qu’il représente le plus parfait produit d’élevage des appareils en place, qu’il est  uniquement préoccupé de prolonger les courbes au bénéfice des siens, et que sa carrière est déjà celle d’un vieux routier de la politique, malgré sa « juvénilité » revendiquée.

Parmi les compétiteurs, il en existe au moins un qui semble animé d’un réel désir de rupture avec un système à bout de souffle, totalement gangréné, qu’il dénonce avec intelligence et vigueur depuis quelques lustres. Donnons-lui acte de cela, même si son comportement a souvent de quoi irriter. Foin des pudeurs de gazelle, il n'est plus temps.

Tout replâtrage est évidemment voué à l’échec, donc favorable au succès immédiat ou simplement différé du totalitarisme.

L’occasion, rare, nous est peut-être offerte d’un sursaut annonciateur d’une volonté de se libérer de la servitude volontaire dont nous nous satisfaisons depuis trop longtemps.

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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 09:00

Dans une plaquette de 16 pages, éditée par l’Atelier contemporain[1], Christophe Fourvel[2] évoque des événements politiques et des faits sociaux que nous avons tous présents à l’esprit.

Ce texte bref, écrit comme une litanie proche du Je me souviens  de Georges Perec, recense une partie de ce qui fait symptôme dans notre quotidien.

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Les turpitudes et les mensonges de nos dirigeants ne sont possibles qu’à l’aune de  nos indifférences ou de nos tolérances, c’est à  dire de nos capitulations.

Celles-ci ont commencé avec les fameux cadeaux Bonux annonciateurs de la corruption du consommateur par le marchand de lessive : Si tu achètes mon produit, je t’offre un cadeau spécial à découvrir, à  chaque fois différent (en échange de ton asservissement à la marque).

« Il aurait fallu se méfier des cadeau Bonux » ouvre  le propos.

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Dans une note accompagnant l’envoi de la plaquette, l’auteur confie qu’il a eu l’idée de cet écrit lors d’un débat d’entre deux tours de la présidentielle de 2007.

(Il aurait fallu) « Qu’en 2007, le Parti socialiste ait porté à la candidature présidentielle une femme qui sache quoi répondre à un homme disant : à quoi ça sert les RTT, quand on n’a pas de quoi payer des vacances pour ses enfants ? »

Se montrer dans toute sa goujaterie et n’envisager le temps libre que sous l’angle de la consommation touristico-vacancière, est évidemment insupportable. L'absence de réponse en termes simples de qualité de vie est évidemment inadmissible, et révèle une bien faible prise en compte de données essentielles.

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Des notations apparemment bénignes mettent opportunément en lumière des incongruités pernicieuses auxquelles nous ne prêtons plus suffisamment attention, tant elles sont désormais intégrées :

(Il aurait fallu)

- « Qu’Intermarché n’ait pas associé son nom à celui des Mousquetaires »

- « qu’un nombre significatif de maisons de la presse refusent d’afficher les couvertures de Gala, Closer, Paris Match, VSD, Voici, sur leurs vitrines. »

- « Ne jamais commercialiser de raviolis en boite. De carottes déjà râpées. Que la mention Vu à la télé n’ait jamais été déposée. »

- « ne pas vendre la première chaine de télévision à un marchand de béton. »

- « s’étonner plus tôt que l’on puisse être de gauche et créer une clinique de chirurgie esthétique spécialisée dans l’implant capillaire. »

- « ne pas laisser le soin à sa voiture, à ses chaussures, de décliner pour nous notre identité. »

- « Que l’on soit capable de ne pas acheter des produits Ferrero ou Nestlé quand nous sommes en colère contre Ferrero ou Nestlé. Que nous ayons un peu plus de suite dans les idées. »

- « qu’il n’y ait pas du tout de sandwichs en vente avec de la mayonnaise. Et mieux défendre la pratique du cerf-volant contre celle du quad. »

Etc.

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L’auteur conclut ainsi la note de présentation de son travail :

« Ce qu’il aurait fallu ... (énonce) quelques consignes à prendre en compte pour bâtir un monde un soupçon plus exigeant, et donc meilleur. Qui réhabiliterait une certaine qualité de vie et mettrait au placard les ersatz, les faux-semblants, les paillettes... »

L’ensemble est clair, l’humour et la dérision apparente permettent de prendre du recul. Ils préservent du catastrophisme, et rendent attractif ce texte hautement salubre.

(Il aurait fallu) « Ne pas bêtement faire porter aux  hommes politiques les maux que nous entretenons tous. »

Les maux dont nous souffrons tous ne sont pas imputables aux seuls hommes politiques, c’est vrai. Nous n’avons que les politiciens que nous méritons en grande partie.

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Grâce à des outils aussi accessibles que cette plaquette, la prise de conscience de notre responsabilité personnelle dans le marasme où nous pataugeons pourrait peut-être entraîner un sursaut. Il n’est sans doute pas trop tard pour l’envisager.

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A l’orée de la campagne présidentielle officielle, il apparait que l’abstention ou le vote blanc ne sont peut-être pas aujourd’hui les mieux adaptés aux graves défis du moment. La volonté d’une nécessaire rupture fondamentale, contraire au renoncement qualifiant le vote « utile », pourrait semble-t-il trouver à s’exprimer au premier tour.

 

[1] « Ce qu’il aurait fallu », Christophe Fourvel, l’Atelier contemporain éd., mars 2017, 16  p. -  5 € - Diffusion : Entre Livres – Distribution : Belles Lettres Diffusion Distribution (BLDD).

[2] Ecrivain chargé de mission au Centre Régional du Livre de Franche-Comté, à Besançon.

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 11:23

Les temps sont si brumeux, l’air souvent irrespirable, les miasmes si fétides, que l’envie d’une croisière m’est venue. Aller ailleurs, tenter d’y voir plus clair, parvenir à respirer quelque autre atmosphère.

Les éditions Les Belles Lettres ont publié l’an passé un fort volume regroupant des traductions nouvelles de « Romans grecs et latins »[1]. Aller butiner chez des gaillards tels que Xénophon d’Ephèse, Pétrone, Apulée, Héliodore, et d’autres, une belle équipée ! Croisière aux lisières de nos origines, là où nos lointains prédécesseurs découvraient l’essentiel, ouvraient des voies, et souvent approchaient le terme de l’itinéraire.

Les œuvres recueillies furent écrites aux premier et deuxième siècles de notre ère, en grec ou en latin. Elles témoignent de l’existence d’un genre méconnu, en marge du paysage littéraire officiel tel qu’habituellement considéré. Cette marginalité a longtemps perduré puisqu’il a fallu attendre le temps présent pour que le genre romanesque occupe une place prépondérante, voire étouffante, dans le monde de l’édition.

Pour la littérature philosophique, comme pour la fiction, vu de notre mansarde, il apparait que, mises à part les productions très singulières de quelques phares, bien des auteurs qui jalonnent l’histoire post gréco-romaine sont parfois de grands inventeurs d’eau chaude. Le trophée revenant sans conteste possible à notre bel aujourd’hui.

Le regard réflexif est à la fois rafraichissant et occasion d’humilité.

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Arrêtons-nous un instant sur le Satiricon, écrit peut-être à l’époque de Néron par un certain Pétrone dont l’identité demeure conjecturale. L’adaptation très libre qu’en fit Fellini à la fin des années 60 a contribué à sa notoriété [2]. Nous avons là sans doute une satire annonciatrice de ce que sera plus tard le roman picaresque espagnol. Humour, drôlerie, fantaisie, extravagance, critique sociale, persillent l’œuvre.

Outre le plaisir pris à ces divagations, quelques remarques d’une actualité intemporelle puisque fondée sur la théâtralité et l’illusion, retiennent plus particulièrement l’attention. Qu’on en juge.

Les fragments dont nous disposons s’ouvrent sur une tirade à l’adresse d’un professeur de rhétorique :

« Cette façon de gonfler les faits, ces phrases ronflantes et parfaitement vides, ne leur servent qu’à une chose : se croire tombés sur une autre planète quand ils font leurs premiers pas au forum (...) vous les rhéteurs, vous êtes les premiers responsables de la mort de l’éloquence. »

Difficile de refuser l’analogie avec une campagne électorale en cours, les révélations dont elle s’orne quotidiennement, et le désamour pour la gent politique.

Un peu plus loin, cette question « A quoi servent les lois, là où l’argent règne en maître, là où la pauvreté ne saurait l’emporter ? » ne peut qu'accentuer la tentation de la comparaison.

« Le festin de Trimalcion », pièce maîtresse de l’édifice, permet de retenir avec surprise une ou deux citations assurant notre propos :

« Maudits soient les édiles qui sont de mèche avec les boulangers : Rends-moi service, c’est à charge de revanche ! » Le changement, c’est maintenant ! N’est-il pas vrai ?

« Y a plus personne qui croit que le ciel est le ciel, plus personne qui observe les jeûnes, plus personne qui s’inquiète de Jupiter ; tout le monde compte ses sous sans plus rien regarder d’autre. » Décadence, fin d’un système, abstentions... On s’y croirait. Le mythe de l’éternel retour s’avance.

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Le réalisme du langage, comme celui des situations, souvent drolatiques,  nous permet d’imaginer un Bernard Tapie mâtiné de Sarkozy, époux de Brigitte Bardot, recevant Strauss-Kahn et Cahuzac, pour bâfrer en compagnie de jeunes bobos. Le dîner est ponctué d’intermèdes forains et de tours de magie animés par des équipes de footballeurs, des rugbymen, des pom-pom girls, des plumitifs et des journalistes serviles.

Macron officie en cuisine, il vient de temps à autre trancher une viandet et recevoir les louanges d’une assistance saturée de vin de Falerne.

La fête et la culture déjà réunies. Il ne manque que M. le Sénateur-Maire venu inaugurer à tout hasard une manifestation dont l’intérêt lui échappe, mais à laquelle il est bon qu’il soit vu. La densité du fretin qu’il émoustille lui sert de gage.

Un délice !

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Magnifique croisière, merci aux tour-opérateurs, qui permettent d’apprécier le chemin parcouru et de goûter l’exemplarité de progrès indubitables.

 

[1] Romans grecs et latins – Les Belles Lettres, editio minor – 2016, 1234 p., 49 €

[2] Fellini Satyricon, film 1969

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 08:39

Il s’agit d’un carnet ouvert  en 1983, des textes, des dessins, continué, abandonné, poursuivi jusqu’en 1992, un jour intitulé Sottises, en référence aux soties d’antan. 

Vertu particulière des Carnets auxquels il est essentiel de se confier. Témoins, jalons, mémoire prête à jaillir, vieilles malles abondantes des greniers de la vie. Souvenirs sans lesquels aucune approche réelle de soi n’est possible, ils sont notre humus.

Sans humus, le présent n’est qu’un décor, les Villes nouvelles en témoignent.

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Etrange permanence des propos picorés au hasard des pages, citations, remarques, départs de pistes :

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- L’infaillible façon de tuer un homme, c’est de le payer pour être chômeur (Félix Leclerc, chanteur compositeur québécois). (1983)

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- Ce qui est inscrit dans l’esprit des hommes est plus difficile à changer que ce qui n’est inscrit que dans la matière (Thierry Gaudin).

- L’inquisition comme technologie de contrôle social est un crime métaphysique. Le crime métaphysique touche aux fondements mêmes de la société, il se reproduit à travers l’histoire. Le crime de droit commun reste singulier dans le temps et dans l’espace (Thierry Gaudin).

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- Si l’on pense trop, c’est que l’on pense mal, si l’on pense mal, c’est que l’on ne pense pas (J-P Sartre, 1960, conférence à l’Ecole Polytechnique).

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- L’histoire est le dernier mythe des sociétés modernes. C’est une manipulation arbitraire pour inventer (arranger) une vision globale de l’univers (d’après Lévy Strauss).

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- Il n’y a plus d’autre système de gouvernement viable que celui de la cure générale de sommeil (Philippe Muray).

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- Qui sème des églises pendant des siècles finit, inévitablement, par placer des vases avec des fleurs en plastique sur les frigos (Antonio Lobo Antunes, « Le cul de Judas »).

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- Discerner l’éternel dans la patience du quotidien (Jean Vautrin, « Un grand pas vers le Bon Dieu »).

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- Se méfier des prévisions, surtout quand elles concernent l’avenir (Proverbe anglais).

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- Je ne conçois l’hexagone qu’inscrit dans la sphère (Paul Morand).

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- Ici vit un homme libre, personne ne le sert (Albert Camus).

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- Planter un clou, c’est déjà imiter quelqu’un (José Artur).

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- Les preuves fatiguent la vérité (Georges Braque).

- L’artiste a quelque chose à avouer (marchand de tapis, souk de Marrakech, 1988).

- L’exactitude n’est pas la vérité (Henri Matisse).

- Parmi les grandes découvertes artistiques contemporaines la plus astucieuse est l’invention de l’inventé (Pol Bury, « Bouvard et Pécuchet précurseurs des avant-gardes »).

- Tout sert pour faire des tableaux, aussi les tableaux des autres (Enrico Baj, peintre et sculpteur).

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- La notion de culture s’est avilie au point de n’être plus qu’une variété dégénérée de la communication (Jean Clair, « Paradoxe sur le conservateur »).

- Paris donne le silence à la France (visiteur italien, 1992).

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- C’est parce qu’il fabrique de l’ombre que j’aime le soleil.

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- Venise : ici la folie des hommes a engendré la beauté. Venise n’est pas à voir, mais à recevoir.

- Venise : cette fantastique mosaïque hétérogène compose un ensemble tellement harmonieux. A quelques siècles de distance, New-York lui répond. (1987)

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- Se faire à soi-même le cadeau de sa vie. (1987)

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- Passé, opinions, croyances, établissent le bilan de ce que nous sommes. (1989)

- Le désert c’est la richesse absolue. (1989)

- Aller à son rythme, hors des sentiers battus, là où tout commence et jamais ne finit.

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- L’époque vidéo-chrétienne, ou la vie cathodique illustrée. (1987)

- L’incommunicabilité est un concept né de la société de communication.

- Rasoirs jetables, produits jetables, allant de soi, idées toutes faites, pensée jetable. (1989)

- L’envie de parler ne supplée jamais l’absence de pensée.

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- Assumer un rôle social, une œuvre de fiction.

- Se dire expert et se prononcer au nom de son expertise, c’est admettre que l’on a cessé de penser.

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- La vie donne tout juste le temps de s’installer dans le provisoire.

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- Politique, le mensonge social absolu.

- D’où qu’ils soient, les hommes politiques se disculpent. Le pays va mal. (1991)

- Quand l’homme désespère l’homme, la voie est ouverte à tous les faux-semblants. (1990)

- La bourgeoisie a inventé l’hypocrisie au 18e siècle, puis l’hygiène, au 19e.

- Le pouvoir socialiste sera comptable à jamais d’avoir coupé les ailes à toute ambition. D’avoir sapé la part de rêve. D’avoir anéanti la possibilité de toute utopie. D’avoir tout rabaissé, banalisé, rendu médiocre, quotidien, inintéressant. D’avoir éradiqué toute possibilité de croyance. Après lui, avec lui, plus rien n’est désormais crédible (1991).

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- Les réponses abondent, quelles nouvelles questions se poser ? (1990)

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- Croire, c’est admettre l’ignorance comme la seule possibilité de certitude.

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- Mode et modernité sont contraires. La mode est consommation et fuite en avant. La modernité est présence sereine au monde contemporain.

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- Le romantisme de Picasso, le classicisme de Mondrian.

- Velásquez, Les Ménines ! Comment oser s’occuper, parler, de peinture après cela ?

La fonction idéalisante de la peinture, jusqu’à Velásquez, qui a cherché à capter le spontané de la vision. Qui, donc, a dû inventer une nouvelle peinture : technique du brossage non lissé, du détail non rigoureusement figuré, mais suggéré par un jeu d’ombres, de lumières, de taches colorées. (1989)

- Comparaison entre les volutes de chair chez Rubens, et les périodes oratoires ultérieures de Bossuet.

- L’art contemporain ne représente pas quelque chose. L’œuvre se présente dans une opacité réflexive : la vitre n’est plus transparente, elle s’offre elle-même au regard.

L’art contemporain comme expérimentation très étendue de l’opacité de l’œuvre d’art.

- L’œuvre se construit activement à partir de la vérification de souvenirs ou d’images mentales. Vrai pour l’artiste, comme pour l’amateur, qui re-connait une œuvre comme artistique ou simplement documentaire.

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- L’anecdote tue tout. (1990)

- L’actualité présente de moins en moins d’intérêt.

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- Le sens est toujours lié au contexte : « l’addition pour le 2 », « on va rendre visite à l’ulcère du second »... les images artistiques soclent et précisent ce que nous sommes, là où nous sommes.

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- En se peignant lui-même sur la toile, le peintre ajoute à sa vision des choses ce que les choses croient de lui. Il peint ainsi une vision totale constamment recherchée (Velásquez, Rembrandt, Courbet, Picasso...)

- Sans souvenirs, pas d’imagination.

- L’image ne tire pas sa valeur de la perfection de la ressemblance, mais de l’efficacité qui lui est reconnue dans un contexte donné. Valeur des effigies, des symboles, des formules magiques. Si l’image est parfaite, c’est que son efficacité le commande. Un schéma peut suffire. Le pouvoir des images est tel que parfois elles sont incomplètes (Egypte ancienne), de manière à leur interdire toute vie autonome.

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- Parfois, ce qui se vend ce n’est pas l’œuvre, mais son prix.

- Le pouvoir d’intimidation et d’illusion de l’art actuel.

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- L‘art comme effort conscient – et patient – pour ne pas donner son consentement à l’ordre du monde, pour ne pas se résigner à la passivité intellectuelle et morale.

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- La réalité c’est le flou, l’apparence. Ainsi le réalisme s’oppose au vérisme, qui tend à décrire ce que l’on sait et non pas ce que l’on perçoit.

La précision d’un fait ou d’un personnage ne peut être que légendaire.

- Le tableau s’offre immédiatement au regard. Cette immédiateté de la peinture la rend hermétique. Entièrement présent d’un coup, le tableau peut laisser croire qu’il n’est rien d’autre.

Voilà pourquoi on n’en a jamais fini avec la peinture.

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- L’œil et le pinceau de Franz Halls broutent le sujet. Son irrespect technique bouscule le formalisme vériste. Il annonce une liberté tard venue.

- A la Défense, des sculptures entre la tour Coface et le Sofitel, Bernard Venet etc.

C’est froid, c’est voulu, c’est bien élevé. Même le végétal est aseptisé, irréel, non crédible.

C’est comme du persil dans les naseaux de la tête de veau. Ça ne sert qu’à souligner l’absence d’âme.

Calder et Miró sur la grande dalle, c’est autre chose. Ce sont des provocations toniques, qui jurent et qui pètent.

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- La culture, une manière d’être au monde : conservation fétichiste du passé ; kaléidoscope mental ; encyclopédisme sauvage ; etc.

- Sous prétexte de rendre le passé accessible à tout le monde, on le profane en le banalisant.

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 09:00

Les « leçons de choses » sont devenues au fil du temps « sciences naturelles », puis « Sciences de la Vie et de la Terre », appellation qui convient à l’examen des choses que nous vivons en ces temps idylliques de l’an de grâce 2017.

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Je demandais récemment à une universitaire honoraire de forte réputation, ex titulaire d’une chaire de psychologie, de me brosser le tableau clinique du très honorable M. Fillon. Impossible, me répondit-elle, il n’appartient pas à notre monde.

Et voilà, Monsieur, pourquoi votre fille est muette.

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Nous vivons un temps étonnant, magnifique, exaltant, où la parole prononcée n’engage en rien, où les mots s’évaporent sitôt qu’émis, simples nuages gazeux vite dissipés par des bavardages incessants.

Quelques attardés s’offusquent de ce progrès décisif de la liberté de penser.

Les benêts ! Ils ne savent pas vivre avec leur temps.

Tartuffe, contemporain majeur, donne la note.

Laurent, serrez ma haire avec ma discipline.

Imaginerait-on le Général de Gaulle mis en examen ?

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En compagnie du très honorable M. Fillon, Dame Le Pen s’est invitée au théâtre de Guignol.

Pour l’un comme pour l’autre, les juges doivent être rossés. Ils sont indignes de l’institution prestigieuse hautement respectable (il va de soi) dont ils se réclament, alors qu’ils la dénaturent. Il en va de même des journalistes, qui ont le front d’user (bien timidement) de la liberté de la presse.

Vertueux et dévoués au bien commun, le Monsieur et la Dame nous rappellent opportunément cette vérité fondamentale de la turpitude des personnes malfaisantes outrepassant les limites de leurs attributions.

Cornegidouille ! A la trappe, mère Ubu !

L’un comme l’autre sont en mission au nom du Tout Puissant. Ils dévoilent en pleine clarté quels joyeux drilles ils seraient s’ils étaient élus. Quelle fête permanente, quelle joie promises.

Pour le moment, ils ne reconnaissent pour censeur suprême que le Peuple souverain.  

En vérité, en vérité, je vous le dis ... Il n’y a que l’électorat pour équivaloir le Jugement de Dieu.

(Le propos omet de préciser que si le peuple se prononce mal, il faudra bien le dissoudre dans la chaux vive.)

Peu importe que l’un des deux soit excommunié par les siens. La vertu pédagogique de l’aventure anti juges est si éclatante que ses effets sont très porteurs.

Vivent les méthodes actives : coups de force, attaques ad hominem, rébellion, juridisme, mensonges calomnieux, parjure, appel à l’insurrection, détournement multiples, dissimulations, usage de faux, acharnement forcené, népotisme... En elles résident la créativité, l’innovation, et les indispensables avancées sociales au service des entreprises.

Demain sera enfin un autre jour. Gaudeamus.

On n’arrête pas le progrès.

Les lendemains qui chantent (partition pour orgue de Barbarie).

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Dents blanches, haleine fraîche !

Sur son nuage, à l’abri de sa bulle monospatiale, maître dans l’art du bonneteau, Jupiter grimé en séduisant perdreau de l’année tient boutique chez tous les Amphitryons honorés de l’accueillir, bluffés par la charmante nouveauté d’un procédé inédit (oubliés à jamais l’affriolant Lecanuet et le sémillant Giscard). Vieux routier des allées du pouvoir, conseiller officiel, puis membre d’un gouvernement qu’il a largement influencé, démissionnaire pour mieux revenir, il jouit du mystérieux privilège de l’Immaculée Conception.

Par ici, le stand de la barbe à papa !

Tournez manèges !

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La violence faite à autrui est si permanente qu’elle est devenue banale. Elle est indispensable à la satisfaction des pulsions les plus élémentaires : assouvir le besoin de puissance, se satisfaire avant tout, dominer et jouir sans entrave.

(Qui aurait le front de penser ici à  cet autre Honorable qu’est Mr Trump ?)

Qui veut faire l’ange, fait la bête.

Un bon maître, on en aura un quand chacun sera le sien.

Nous sommes confrontés à la volonté de pouvoir absolu d’un seul, contre tous.  C’est-à-dire à une logique de prédateurs fous furieux. Des fauves que rien ne retient, auxquels tout est permis.

Après moi, le chaos.

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Totalitarisme, despotisme, fascisme ?

Allons donc ! Maitrisons notre propos, demeurons gens de bonne compagnie, tenons à distance les excès et les grands mots inutiles qui les accompagnent !

Il convient qu’en langage châtié ces choses-là soient dites.

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Face à cela un duo pathétique : Footit prodigue exigences et conseils à l’égard du malheureux Chocolat empêtré dans l’histoire de sa tribu d’origine. Fort peu les sépare, mais cela est énorme. Quelques divergences l’emportent nettement sur la somme considérable de leurs convergences. 

Liés par un phénomène d’attraction-répulsion, ils courent à leur perte et nous entrainent dans leur chute infernale.

Alceste souhaite perdre son procès pour mesurer à quel point le monde est mauvais.

Je t’aime, moi non plus.

Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous !

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L’actualité est croustillante, ne boudons pas notre plaisir.

Profitons de l’instant qui passe, il est gouleyant à souhait.

Le risque de ne pas le  voir se reproduire avant longtemps est bien réel.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 07:54

« C’est bien, mais c’est trop élitiste » - « Intéressant, mais j’ai peur que cela paraisse trop intellectuel »...

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Propos infâmes trop souvent entendus, depuis trop longtemps, tenus par de misérables Trissotins adeptes de fadaises. J’ai connu cela du temps que j’animais une galerie dans le Luberon. Un certain souci de qualité et de diversité passait mal auprès de quelques roitelets locaux et de leurs thuriféraires.

La curiosité d’esprit est incompatible avec le souci du maintien de l’existant en son état.

Tout récemment, j’ai rapporté sur ce blogue comment un processus d’asphyxie financière progressive est venu à bout des Rencontres Cinéma de Manosque, après trois décennies d’activité largement appréciée.

Vivent les Kermesses, les Fêtes commerciales, l’obscénité des illuminations de fin d’année et les feux d’artifice. Panem et circenses. Les zombis pensent au renouvellement de leurs mandats, ils ne savent même pas mettre à profit le potentiel créateur disponible.

Les exemples abondent, hélas.

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Dans le journal La Provence du vendredi 24 février 2017, une rencontre avec Roland Hayrabedian, directeur de l’ensemble Musicatreize. Cet ensemble qui vient de fêter son trentième anniversaire doit beaucoup à l’énergie de son directeur-créateur, ainsi qu’aux encouragements initiaux de Maurice Ohana. Cette formation est sans conteste possible l’un des fleurons de la ville de Marseille, son lieu de résidence habituel. Très prisé en France et à l’étranger, nombreuses tournées internationales d’années en années, Europe, deux Amériques, la cité phocéenne et la Région brillent par leur discrétion à son égard. Ce groupe serait... élitiste.

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Voici lâchée l’accusation majeure proférée par tous les jocrisses, minables desservants de toute absence d’ambition autre que le court terme du nez à la vitre et de la béate contemplation de leur propre médiocrité.

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Culture hors-sol

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« Dans le cas des cultures hors-sol, les cultures se déroulent sans terre, se libérant ainsi des contraintes liées aux cultures terriennes classiques. » (Wikipedia)

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Belle définition pouvant s’appliquer à une grande partie de nos élites politiques.

A chacun de discerner qui s’apparente davantage à la tomate, à la laitue, au concombre, à la courgette ou au poivron.

Une chose est certaine, c’est l’aisance naturelle avec laquelle ils se libèrent des contraintes du commun. Pour ceux qui ont connu au préalable une (courte) expérience de la vie quotidienne et du travail rémunéré, l’oubli opère rapidement. 

Cumul des mandats, immunité parlementaire ou vociférations contre le système qu’ils ont non seulement mis en place, mais dont ils sont les représentants incontestables, facilitent leur perte de mémoire ainsi que leur ignorance de la réalité du terrain.

Nourris au goute à goute de fonds secrets ou d’indemnités exceptionnelles, s’estimant d’une autre essence que le vulgum pecus, ils ont des avis sur tout, et savent discerner le Bien du Mal. Ils savent donc débusquer et combattre l’élitisme là où il sévit.

Quelque chose admirable, séraphique, niche en eux. Ils le croient profondément, et veillent à nous faire partager leur conviction, puisque c’est en notre nom qu’ils se prononcent.

Quels braves gens si attentifs aux glébeux que nous sommes !

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De longue date, la diffusion des produits de la pensée, artistique surtout, connait bien des difficultés. Elle n’est pas seulement entravée par la marchandisation généralisée. Des facteurs plus spécifiques, de l’ordre des mécanismes individuels de défense, sont en jeu. Aller au-devant du public n’est pas une mince affaire. Jean Vilar, puis Antoine Vitez (« du théâtre élitaire pour tous »), l’ont magistralement démontré.

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Une indigence d’esprit, très fréquente chez des décideurs soigneusement élevés hors sol ou en batteries, détenteurs de pouvoirs financiers arbitrairement monopolisés alors qu’ils sont issus des contributions citoyennes, agit comme un frein puissant.

L’onction électorale confère une capacité épiphanique à juger de tout. En particulier de ce dont ces décideurs sont souvent le moins à même d’apprécier. Mais leur œcuménisme n’a pas de limite.

C’est bien connu, la fonction rend légitime en tous domaines. Le titre, le grade, parfois le diplôme (dans ce cas il ne s’agit que d’anciens combattants du diplôme), le costume, servent de bouclier aux fragilités personnelles.

Admettre qu’on ne sait pas, quand on possède un titre, ou qu’on occupe une fonction, est souvent de l’ordre de l’impossible. Puisque le Verbe s’est fait chair, mieux on est situé dans la hiérarchie, plus on détient Vérité et Savoir discrétionnaire. Moins on supporte d’être mis en question, voire simplement interpellé, et détenir des budgets assoit un pouvoir formidable, car indiscutable.

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Alors que les institutions publiques devraient relayer, elles s’en abstiennent généralement puisqu’elles ne sont que l’expression de leurs représentants.

Une grande difficulté propre aux artistes et à certains de leurs représentants, galeristes, éditeurs singuliers, tient à leur malaisance à établir des relations au-delà du cercle nécessairement restreint des aficionados.

Ils ne savent généralement pas faire, et s’en gardent même parfois avec répugnance. D’où une fragilité de personnes fréquemment désarmées face aux mauvaises grâces de quelque filou incompétent, organisateur de manifestations culturelles.

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Tandis que l’accent n’est pas mis sur l’urgence de rétablir le primat de la pensée, de favoriser la réflexion et la curiosité personnelle, il y a là un très vaste chantier délibérément laissé en friche, auquel il serait urgent de s’attacher. Cela va bien au-delà d’une discussion sur la nécessité ou non de maintenir sous une tente à oxygène un inutile Ministère de la Culture et ses pseudopodes (DRAC, FRAC, et autres micmacs).

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 09:00

Fruit d’un long travail  de conception et de mise au point, ce livre passionnant, à butiner, à déguster à petites lampées, a toutes les qualités d’un livre de chevet.[1]

Coordinateurs et contributeurs, plus d’une centaine, historiens et historiennes, s’attachent à rendre très accessibles des données parfois subtiles, toujours documentées sans aucune pédanterie.

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Puisqu’il convient de « mobiliser une conception pluraliste de l’histoire », ni la question des origines, ni celle de l’identité, n’y sont posées autrement qu’en filigrane, sans en faire un thème en soi. De ce point de vue, ce livre tombe à pic. Il s’agit d’une revue de points nodaux, « une historiographie de grand vent » qui, peu à peu, vont sceller le destin d’un pays territoire profondément lié au reste du monde qu’il prétend parfois incarner.

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Une chronologie de 146 dates articule l’ouvrage pour l’aérer de courts récits qui revisitent la mémoire collective en l’éclairant parfois de manière surprenante. « ... les séquences que dessinent ces dates ne valent pas périodisation : elles sont là pour guider une lecture qui peut aussi s’échapper par les sentiers buissonniers que percent dans le corps du livre index et renvois, et que relance, à la fin de l’ouvrage, une invitation au voyage par le biais d’autres parcours... ».

Quelques exemples parmi les 73 « parcours buissonniers » suggérés à la fin du livre :

- absolutisme et puissance ; catholicisme ; colonies ; défaite ; diversité ; étrangers et xénophobie ; gloire et victoires ; grandeur ; liberté, égalité, fraternité ; littérature française ; peuplement et migrations ; république ; sciences et culte du progrès ; universel, etc.

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Plongeant « au plus profond de l’histoire de l’occupation humaine sur le territoire identifié aujourd’hui comme français », cette chronologie s’étend de – 34000 avant JC, la grotte Chauvet, jusqu’à 2015, « Le retour du drapeau » après les attentats de janvier et novembre. Nous sommes ainsi conviés à un parcours allant des « prémices d’un bout du monde » à « aujourd’hui en France ».

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Les grandes séquences selon lesquelles se répartissent les 146 dates retenues s’intitulent :

- Aux prémices d’un bout du monde (34000 av. JC >> 52 av. JC Alésia)

- De l’Empire à l’Empire (48, des Gaulois au Sénat de Rome >> 800 Charlemagne l’Empire et le monde)

- L’ordre féodal conquérant (842-843, quand les langues ne faisaient pas les royaumes >> 1159, la guerre pour Toulouse)

- Croissance de la France (1202, quatre Vénitiens aux foires de Champagne >> 1336, le pape d’Avignon n’est pas en France)

- La grande monarchie d’Occident (1347, la peste atteint la France >> 1610 le climat politique de la France baroque)

- La puissance absolue (1633, Descartes, c’est le monde ! >> 1720, une douche écossaise)

- La nation des lumières (1751, tous les savoirs du monde >> la Terreur en Europe)

- Une patrie pour la révolution universelle (1795, « la république des lettres enfantera des républiques » >> 1852, la colonisation pénitentiaire)

- La mondialisation à la française (1858, terre d’apparitions >>1903, le rayonnement sous X de la science française)

- Modernités dans la tourmente (1907, le manifeste de l’art moderne >> 1960 la fin du rêve fédéraliste et l’invention de la Françafrique)

- Après l’Empire, dans l’Europe (1960, la Gerboise tricolore et nucléaire du Sahara >> 1984, Michel Foucault est mort)

-Aujourd’hui en France (1989, la Révolution est terminée >> 2015, le retour du drapeau)

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Les auteurs dont le pari initial était d’ « écrire une histoire de France accessible et ouverte, en proposant au plus large public un livre innovant (...) afin de réconcilier l’art du récit et l’exigence critique » méritent une large audience pour un ouvrage qui devrait rapidement constituer une référence, et s’inscrire dans le sillage de Jules Michelet, sous le patronage duquel ils ont choisi de se situer.

 

[1] Histoire mondiale de la France - Ouvrage collectif (800 p., Seuil éd., 29€, sous la direction de Patrick Boucheron – Collège de France - , parution janvier 2017).

 

 

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Published by Blogue-note de Jean Klépal - dans Histoire de la France Patrick Boucheron
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 22:51

« Nomade » est le titre générique de la série. Il s’agit de peintures de formats variés.

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Un personnage, seul, vu de dos, chemine une sorte de rêverie désertique. De tableau en tableau sa position n’est pas la même. Il est donc question d’un parcours. La vision est toujours frontale, la silhouette semble pénétrer peu à peu la densité d’un rideau de scène où chatoie un brouillard coloré très lumineux. Les matières sont opulentes, l’or est présent, et cependant ces œuvres sont empreintes d’humilité, désencombrées de tout accessoire. L’ambiance minimale pourrait renvoyer à Turner ou à Claude Monet. Nous sommes dans la peinture-peinture. Libre, joyeuse, somptueuse, fière d’elle-même.

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Ces peintures répétitives, presque obsessionnelles ?

Elles racontent une histoire, pour chacun, à chacun. Proches de la perfection, elles demandent d’être prolongées par un apologue personnel.

Il est fort difficile de passer sans réagir, de les affronter sans s’arrêter. L’artiste, maître en nomadisme, nous tient sous son regard. Il a quelque chose à nous faire dire.

Quelles intuitions nous visitent-elles, pour quelles vérités ?

La Vie sans doute. La Vie rendue possible et attractive par les lueurs, parfois les éclats, du lointain. Si fortes, si totalement présentes, qu’elles s’imposent et emplissent la totalité du champ de vision. Impossible de leur échapper. Alors commence la longue marche d‘un apprentissage jamais fini. Le nomadisme ignore la cesse.

Il convient de viser ces lueurs les sachant inatteignables. Tenter seulement de progresser jusqu’au plus près, comme de parvenir à la margelle du puits, à l’oasis. Apercevoir la Terre Promise suffit, nul besoin de la posséder. Le but est atteint dès lors qu’on s’en approche suffisamment pour le contempler. Vérifier, et puis lâcher prise. Le chemin est accompli. Bienfaisante sérénité.

Etre disponible à ce qui se présente, accepter de recevoir l’inattendu, conditions pour envisager la plénitude, enseignent ces peintures. Elles disent aussi que la Vie n’a pas de prix, qu’elle n’est presque rien, à peine une biffure sur l’éternité.

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(Outre ses activités de peintre et de dessinateur, Eric Rolland alias Bellagamba est auteur et illustrateur de livres pour la jeunesse. Grandir, Lirabelle, Le bonhomme vert, Winioux, SD Edición Barcelona, l’éditent.

Créateur de lumières et scénographe, il collabore à des spectacles vivants, ainsi qu’avec des musées.

Il a notamment procédé à la mise en lumière permanente de l’Hôtel de Ville, de la Primatiale Saint-Trophime et du patrimoine historique d’Arles.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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